mercredi 30 novembre 2011

"Casse" du musée de Nice : Patrick Chelelekian soupçonné

Musée de Nice : un casse très infiltré

28-11-2011

Les accusés accusent le FBI d’avoir provoqué le vol des toiles.

Le procès des sept auteurs présumés du casse du musée des beaux-arts de Nice en 2007 s’ouvre à Aix ce matin. Leur chef niçois et ses acolytes varois disent avoir été manipulés par le FBI dans une opération d’infiltration et finalement de provocation au vol. Les quatre toiles de maître avaient été récupérées intactes dans un coffre de voiture sur la corniche Kennedy à Marseille.
    Il n’a fallu que quatre minutes, dimanche 5 août 2007, à 13h, aux cinq braqueurs pour neutraliser les employés et rafler quatre toiles du musée Cheret de Nice. Sans cris, sans éclats, les malfrats décrochaient deux Brueghel. A l’étage, ils emportaient un Sisley et un Monnet, des dépôts du musée d’Orsay.


La Rolls vers Miami Beach


    Deux Français de Miami semblant vouloir jouer les intermédiaires pour la revente d’un Rembrandt et d’un Vermeer étaient soupçonnés : Patrick Chelelekian, surnommé l’Arménien, et Bernard Ternus, alias Sonny, un Bandolais.

    Bien avant le casse, en juin 2006, les services français auraient avisé Robert Wittman, le patron de l’Art crime team, la division du FBI qui traque les œuvres volées. C’est ce que soutient ce dernier dans un livre sur la rocambolesque opération d’infiltration qui a permis leur arrestation en 2008 à Marseille. Le super flic de Miami sait qu’il n’existe qu’un seul Vermeer volé au monde, celui du casse du Gardner Museum de Boston en mars 1990 qu’il tente d’élucider pour récupérer un butin estimé à 500 millions de dollars.
    Alors par l’entremise d’un millionnaire parisien véreux, indic des flics français, il établit un contact avec les deux Français en se glissant dans le personnage de « Bob Clay », un courtier en art de Philadelphie aux affaires louches. « La Rolls-Royce Phantom aux vitres pare-balles filait vers l’Est sur la Palmetto Expressway en direction de Miami Beach », narre dans son bouquin Wittman, à la retraite et cité comme témoin aux assises.


Le FBI, contraint d’acheter les toiles de Nice


    Les accusés soutiendront avoir été manipulés par le FBI qui promettait cher pour des tableaux hollandais. Comme provoqués au casse de Nice. « Il se pouvait que nous soyons contraints d’acheter réellement les tableaux de Nice, si nous avions ne serait-ce que la demi-certitude que ce marché nous permettrait de récupérer les tableaux de Boston », écrit d’ailleurs Wittman.
    Une première rencontre a lieu en décembre 2007 avec des agents spéciaux américains dissimulés en trafiquants colombiens à bord du Pelican, un yacht de luxe loué par le FBI avec jolies pépées pour appâter Bernard Ternus sur un gros deal de cocaïne.
    Une seconde rencontre a lieu début 2008 à Barcelone pour fixer un prix : il est question de trois millions d’euros pour les toiles de Nice, condition sine qua non pour accéder aux toiles du musée Gardner qu’ils disent détenir. « Je te vends d’abord les tableaux de Nice », insiste Chelelekian qui en avril 2008, envoie Bonniface et Lhomme rencontrer deux faux acheteurs à Miami. Côté français, deux agents infiltrés sont autorisés à négocier.


Un Partner bleu sur la corniche Kennedy


    Les mois passent, reste à fixer une date pour la transaction avec un acheteur présenté par Bob Clay. Les toiles sont montrées à un agent infiltré français.
    L’épilogue a lieu le 4 juin 2008, sur la corniche Kennedy pas loin de l’hôtel Pullman. Une vingtaine de flics en civil sont au rendez-vous à 9h10 fixé par Lionel Ritter dit « le Gros », Pierre Noël-Dumarais, dit « le Niçois » - l’organisateur présumé du casse niçois - et Patrice Lhomme. Les quatre toiles sont intactes, emballées à l’arrière d’un Peugeot Partner bleu.
    La matière est romanesque, le procès promet des débats épiques, l’accouchement sans doute d’une vérité trouble et kaléidoscopique. Dans cette même cour d’assises qui, clin d’œil de l’histoire, jugea le vol des bijoux de la Bégum à Cannes en 1949, procès où le directeur central de la police fut accusé d’être le cerveau du braquage !
Source : http://www.lamarseillaise.fr/justice-faits-divers/musee-de-nice-un-casse-tres-infiltre-24910.html

Le procès d'un des plus gros vols de tableaux s'ouvre à Nice
Par Henri Haget, publié le 27/11/2011 à 10:00, mis à jour le 28/11/2011 à 09:51

Deux Bruegel, un Monet et un Sisley: à Marseille, en juin 2008, les quatre tableaux dérobés dix mois plus tôt au musée des Beaux-Arts de Nice pour un montant de 22 millions d'euros sont présentés à la presse, après avoir été retrouvés.


Sept hommes comparaissent ce lundi à Aix-en-Provence pour un important vol de tableaux, en 2007, au musée des Beaux-Arts niçois. Mais le chef de la bande dénonce le rôle, en coulisses, d'un agent américain infiltré. Enquête sur une affaire digne d'un scénario hollywoodien.

Dans leur petit meublé niçois, Pierre et Madeleine (1) coulaient une retraite paisible. Pour tromper la routine, ils allaient pique-niquer dans la pinède. C'est le seul moyen qu'elle avait trouvé pour lui faire lâcher ses mots croisés. Il y passait ses journées. Un vrai caïd du Larousse et des astuces à deux balles. Madeleine se souvient de son sourire vainqueur quand il agrippait son stylo. Poulet à l'américaine? En trois lettres? FBI, évidemment... La seule fois où Pierre n'a rien vu venir, finalement, c'est quand l'agent spécial Robert K. Wittman, alias "Bob Clay", le super-flic de Miami, s'est mis en travers de son chemin.

Le 28 novembre, Pierre Noël-Dumarais, 64 ans, comparaîtra avec six complices devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence, pour l'un des plus grands vols de tableaux jamais commis en France: le casse du musée des Beaux-Arts de Nice, le 5 août 2007. Ce jour-là, en pleine affluence, Noël-Dumarais et sa fine équipe, déguisés en agents d'entretien, décrochent un Monet, un Sisley et deux Bruegel sous le nez des visiteurs. Coût du déménagement: 22 millions d'euros. 

Un musée protégé comme un self-service. Ni alarme ni vidéosurveillance. Les vigiles? Une e brochette de babas cool

Lors de ses repérages, "M. Pierre", comme l'appellent ses amis, avait bien noté que ce musée était protégé comme un self-service. Ni alarme ni vidéosurveillance. Les vigiles? Une belle brochette de babas cool. "A la pause déjeuner, je les ai suivis jusqu'au café voisin et j'ai vu qu'ils se roulaient des cigarettes à la moquette..." a confié Noël-Dumarais au juge marseillais Dominique Voglimacci. 

22 millions d'euros! Dans toute sa carrière de scribouilleur de chéquiers volés, "M. Pierre" n'avait jamais rêvé d'additionner autant de zéros. Jusque-là, ses escroqueries et ses braquages foireux l'avaient plus souvent mené au tribunal que sous les tropiques. Huit séjours à l'ombre en trente ans, ça vous forge une réputation, pas un patrimoine. A sa sortie de prison, en 1997, Pierre n'a pas de magot planqué qui l'attend. Il n'a que Madeleine.

Un orfèvre de l'infiltration, aux méthodes assez personnelles

Elle tenait un pressing en face de chez lui. A peine l'a-t-elle distingué, dans le brouillard de son fer à vapeur, que son existence a basculé. "Il était si élégant, si beau, avec son regard vert", dit-elle, la voix encore embuée. Elle brade son pressing et son premier mariage. Il jure de solder son passé. Un nid discret, en lisière de pinède, abritera leur bonheur. Il a 50 ans, elle, 45. Ces deux-là n'ont pas de temps à perdre pour s'aimer et faire des mots croisés.

A l'époque, il y a plus d'un océan qui sépare Pierre Noël-Dumarais de Robert K. Wittman, 55 ans, star du FBI, fondateur de la section "Art Crime", une unité d'élite qui traque les voleurs de tableaux. Expert en histoire de l'art, Wittman est aussi un orfèvre de l'infiltration. Il a sauvé des limbes plusieurs bustes de Rodin, une palanquée de Rembrandt, la coiffe de Geronimo et même la plus grosse boule du monde taillée dans du cristal de roche, provenant du palais de l'impératrice de Chine Cixi, et retrouvée dans la caravane d'une voyante portoricaine. Ses missions l'ont parfois mené à Paris. "C'est un enquêteur redoutable, aux méthodes assez personnelles..." convient son homologue français, le colonel Pierre Tabel, qui dirigea jusqu'en 2009 l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC). Avec ce personnage hollywoodien, on est loin de "M. Pierre" et de ses carambouilles à la petite semaine. Mais on y arrive.

Depuis quinze ans maintenant, Wittman est obsédé par une affaire mythique: le vol de cinq Degas, deux Rembrandt et un Vermeer, au Gardner Museum de Boston, en 1990. Un butin estimé à plus de 500 millions de dollars. Une enquête impossible. Au fil du temps, les pistes de l'IRA et de la Mafia ont été évoquées. En vain. Mais, en 2006, tandis que, dans son meublé, Noël-Dumarais transpire sur une grille de Max Favalelli, Wittman reprend soudain espoir. L'un de ses indics lui a balancé un sacré tuyau: le trésor du Gardner serait aux mains de voyous corses, le gang de la Brise de mer. Dans la foulée, il lui présente Bernard Ternus, 53 ans, un Gitan qui vit entre Bandol et Miami, baragouine un anglais incompréhensible et répond "Yes!" à tout ce qu'on lui demande. Ce dernier se vante de connaître le Bottin du milieu corso-marseillais. Avec lui, Wittman, qui a enfilé sa panoplie de marchand d'art véreux en se faisant passer pour un certain Bob Clay, pense avoir trouvé l'homme providentiel. Le type capable, sans se méfier, de le mener à son Graal: le butin de Boston.

Ternus se croit au cinéma. Il gobe tout, il en redemande

Pour convaincre Ternus de sa carrure de trafiquant international, Wittman l'invite sur un yacht amarré à Miami Beach. A bord: un chef narco de Medellin, sa ribambelle de gardes armés et quatre brunettes en bikini. Sous le regard éberlué du Français, Wittman-Bob Clay échange avec le Colombien six toiles de maître contre une poignée de diamants et un sac de pièces d'or. Naturellement, les tableaux sont des copies, les diamants en toc, le trafiquant et ses playmates appartiennent au FBI, mais Ternus, lui,

se croit au cinéma. Il gobe tout. Il en redemande. Et quand Wittman lui parle du casse de Boston, il acquiesce, l'air entendu: "Yes!" Oui, bien sûr, pour quelques millions de dollars, il peut ramener à son nouvel ami tous les chefs-d'oeuvre de la création. Et tant pis si, en vérité, il n'a pas la queue d'une idée de l'endroit où se trouvent ces tableaux.

De retour au pays, Ternus va faire miroiter son rêve américain à une petite équipe de Pieds nickelés: "Je connais un type à Miami qui est prêt à payer très cher pour des tableaux hollandais!" Pour "M. Pierre", la nouvelle tombe à pic. Il commençait à s'ennuyer ferme sur son canapé. Après dix ans de retraite à vivre sur le RSA de Madeleine, le voici prêt à rempiler. Il s'en va faire un tour à la Fnac, rayon "beaux livres", histoire de vérifier le tarif des peintres flamands exposés au musée de Nice. Il en ressort tout sourire. "C'est vrai qu'ils ont la cote, les Hollandais!" lâche-t-il à son complice Patrick Chelelekian, dit "l'Arménien", un gamin, lui aussi, qui flirte avec la soixantaine. Le reste de la bande est constitué pour l'essentiel d'un terrassier endetté et d'un ancien dealer. Le 5 août 2007, cette troupe d'élite entre comme à la parade dans le musée de Nice pour en ressortir, cinq minutes plus tard, avec ses précieuses huiles sous le bras. Et c'est maintenant que le plus dur commence.

"Le grand art, ce n'est pas de voler, mais de revendre"

Quelques semaines après le casse, Ternus propose le lot à son "acheteur" supposé, Bob Clay, lequel alerte aussitôt ses collègues de l'OCBC. Les gendarmes n'ont aucun mal à faire le lien avec le casse de Nice. Au terme de huit mois d'écoutes et de filatures épiques, ils finissent par piéger Noël-Dumarais et ses acolytes lors d'une fausse transaction sur la corniche de Marseille, le 4 juin 2008. "Il n'y a pas plus crétin que les voleurs de tableaux: le grand art, ce n'est pas de les dérober, mais de parvenir à les revendre..." confie Wittman à L'Express, depuis Philadelphie, où il est aujourd'hui consultant en sécurité.

L'affaire aurait pu en rester là si, au début de cette année, ce même Wittman n'avait pas publié ses Mémoires d'ex-agent du FBI. Son livre, Inestimable (Sonatine éditions), traduit en neuf langues, fait un tabac. Surtout auprès de Me Ludovic Depatureaux, l'avocat de Noël-Dumarais. Il faut dire que Wittman révèle dans les moindres détails la façon dont il a manipulé Ternus en espérant remonter, grâce à lui, jusqu'aux commanditaires du casse du Gardner Museum. "Un flic du FBI qui, pour récupérer des tableaux volés à Boston, en vient, par ricochet, à faire piller le patrimoine français, c'est une provocation policière, et une pratique interdite en France !" argue Me Depatureaux, qui pense faire citer Wittman au procès.

En attendant, à la prison de Luynes, "M. Pierre" a retrouvé ses bonnes habitudes. Il noircit chaque jour des lettres d'amour à Madeleine. Et il s'est abonné au Canard enchaîné. Pour les mots croisés. 

(1) A la demande de l'intéressée, son prénom a été changé. 
Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-proces-d-un-des-plus-gros-vols-de-tableaux-s-ouvre-a-nice_1054431.html

Voir également : Nice : les truands arméniens pourraient encore faire parler d'eux

Edvard Margaryan : mort d'un "voleur dans la loi" (sic) arménien

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