dimanche 20 novembre 2011

La "Grande Arménie" (Miatsial Hayastan) de la Cilicie à la Caspienne : un projet colonial de type "européen" ?

Mikaël Varandian (idéologue de la FRA-Dachnak), L'Arménie et la question arménienne, Laval, G. Kavanagh & Cie, 1917 :

"Et c'est un grand problème sociologique que cette éternelle immobilité de la race kurde, qui ne manque cependant pas de qualités positives, cette humeur éternellement inquiète, pareille à celle des Tziganes que la civilisation européenne ne parvient pas à domestiquer.

C'est aussi un grand problème politique qui se posera demain devant l'Europe poursuivant la réalisation de ses vastes projets, dans ces régions lointaines d'Anatolie et de Mésopotamie, où des masses de Kurdes sont fixés avec leurs habitudes invétérées de vie nomade, de razzias et de brigandage." (p. 30)

"Lorsque les Puissances de l'Entente proclament hautement que le principe des nationalités est à la base de la guerre, lorsque la Grande République Transatlantique, elle aussi, entre en lice au nom des mêmes intérêts des nationalités subjuguées, lorsque enfin la Révolution Russe, renonçant à toute conquête, préconise la création d'un régime assurant à tous les peuples leur libre développement, il est impossible qu'on oublie le plus grand martyr de l'histoire, le peuple qui a fait tant de sacrifices au Moloch de la guerre et à la cause de la civilisation.

Il faudra bien tenir compte des aspirations nationales des Arméniens. Celles-ci tendent à la création d'une Arménie autonome, protégée par les Puissances. Tel parait être le voeu des démocrates et des socialistes russes, même des anti-annexionistes. Car, comme le déclaraient récemment Branting et Vandervelde, le fait de renoncer aux annexions ne veut point dire qu'on tient au rétablissement du statu quo ante bellum. Délivrer l'Arménie de la Turquie, ne serait pas annexer, mais désannexer.

L'Arménie autonome, selon le voeu unanime de tous les Arméniens, engloberait les six vilayets d'Erzeroum, Van, Bitlis, Sivas, Kharpout, Diarbékir et la Cilicie.


Cette vaste région dont le territoire est à peu près égal à la moitié de celui de la France, est aujourd'hui presque déserte. Un grand nombre de Musulmans, Kurdes et Turcs, se sont retirés à la suite des progrès russes, vers le Kurdistan et l'Anatolie, tandis que la population arménienne fut en partie exterminée, en partie déportée en Mésopotamie, ou évacuée au Caucase. Les centaines de milliers d'Arméniens qui se sont réfugiés en Arménie russe, vont rentrer dans leurs foyers, maintenant qu'avec le régime de liberté il n'y a plus d'obstacle à leur rapatriement. D'autres centaines de mille vivent en ce moment à Constantinople, à Smyrne, en Anatolie et dans les déserts arabiques. Il y a enfin la vaste Diaspora (dans la seule Amérique du Nord, il y a plus de 100.000 Arméniens), qui n'attend que la libération de la Patrie pour y rejeter une grande partie de sa population.

N'oublions pas que la Grèce n'avait guère plus de 400.000 habitants aux jours de la fondation du Royaume Grec ; de même, les Serbes et les Bulgares n'étaient qu'au nombre de 6 à 700.000 lors de la création de la Serbie et de la Bulgarie indépendantes.

N'oublions pas surtout d'envisager avec le problème de la quantité celui de la qualité ou du degré de civilisation. Les Arméniens ont eu et auront toujours la supériorité en maturité politique et en culture générale sur leurs voisins musulmans qui représentent, malheureusement, un degré trop inférieur de civilisation. Il suffit de mentionner qu'avant la guerre les 2.000.000 Arméniens avaient entre leurs mains la plus grande partie du commerce de l'Empire Ottoman, qui compte plus de 20.000.000 d'habitants. Il en est de même au Caucase où les Arméniens ne représentent qu'un septième de la population totale (2.000.000 sur 14.000.000)." (p. 102-103)

Du même auteur : Le délire raciste et mortifère des ethno-nationalistes arméniens (dachnaks en l'occurrence) dans le texte

La perception des Kurdes dans la littérature nationaliste arménienne, avant l'alliance nouée entre la FRA-Dachnak et le Khoyboun dans les années 20

Voir également : Le saviez-vous ? Comment la "Grande Arménie" s'est vidée de ses Arméniens au cours des siècles

Les revendications irrédentistes du dachnak Mourad Papazian

Des victimes oubliées du terrorisme nationaliste arménien en Anatolie : les Juifs d'Hakkari et les Grecs de Trabzon

Le délire de la "Grande Arménie" (Miatsial Hayastan) : les visées des nationalistes arméniens sur Ourmia en Iran

Européanocentrisme et racisme biologique au sein de l'intelligentsia nationaliste arménienne

Une épuration ethnique nommée "arménisation"

Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921