François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003 :
"En créant les régiments hamidiye,
Abdülhamid montre clairement que, dans la question du contrôle de
l'Anatolie orientale, il prend le parti des Kurdes contre les
Arméniens. On aurait pu imaginer l'inverse, qu'Istanbul mise sur les
Arméniens contre les Kurdes ; après tout, ces derniers, avec les
révoltes qui se sont succédées tout au long du XIXe siècle, ont
constitué une menace beaucoup plus grande pour l'Empire que les
paysans arméniens de l'Est anatolien. Mais Abdülhamid est en train
de mettre en oeuvre la politique du califat, en train d'essayer de
créer, autour de l'islam, un principe d'unification pour préserver
ce qui reste de l'Empire, et notamment l'Anatolie et les provinces
arabes. Il note d'ailleurs qu'en toute logique, les provinces
orientales de l'Asie Mineure devraient s'appeler « Kurdistan »,
puisque, dit-il, les Kurdes y sont plus nombreux que les Arméniens.
Cependant, la mise en place des forces hamidiye est lente, elle se
heurte à bien des résistances, provoque de multiples désordres et
un accroissement des violences dans l'Anatolie orientale." (p. 268-269)
Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes. Les hommes et les idées du "Nouvel Ordre" militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007 :
"Entre les mois de mai et de juin 1892, on distribua officiellement les drapeaux aux députations de 24 régiments kurdes.
Lors de la parade, les troupes régulières marchaient en premier, puis les régiments hamîdiye qui comptaient de 40 à 120 hommes. Au fil des cérémonies, on inventait une « nouvelle tradition » dans laquelle les allégeances tribales étaient sublimées par la loyauté à l'Etat ottoman et particulièrement à la personne de son souverain. Ces commandants de la périphérie étaient ainsi intégrés au cérémonial impérial, créant une nouvelle identité.
On jouait sur les effets de mise en scène et ces aspects psychologiques étaient très importants. Essentiellement composés par des Kurdes de tribus sunnites, ils comprenaient aussi un ou deux régiments formés de Turcomans. Toutefois, en 1898-1899, on projeta de recruter des Kurdes alévis du Dersim dans des régiments hamîdiye, mais d'infanterie. Quelques chefs signèrent, mais les régiments ne virent jamais le jour. Cette initiative était sans doute l'oeuvre de Zekî Paşa plus pragmatique qui cherchait aussi à enrôler des Yézidis, car le sultan privilégiait l'orthodoxie sunnite.
Poursuivant des buts multiples, ils furent un moyen de soumettre les tribus kurdes turbulentes à un certain contrôle et à « pacifier » la région, en luttant notamment contre les mouvements nationalistes arméniens. (...)
Le but ostensible de la cavalerie hamîdiye était d'ériger un rempart contre une attaque russe et d'institutionnaliser les Kurdes dans l'Empire ottoman, puisque certaines tribus avaient auparavant fait acte d'allégeance avec le tsar contre le sultan. (...)
Les hamîdiye avaient été constitués en unités de combat sur le modèle cosaque. Pour mettre à profit ce modèle, le sultan envoya un groupe d'officiers ottomans à Saint Pétersbourg afin d'étudier leur mode de combat. Ils retournèrent dans l'Empire à la fin de leur formation en 1896." (p. 123-125)
Voir également : Musa Bey, le boucher kurde des Arméniens de Muş
"Quels sont les moyens dont dispose le
sultan pour s'opposer à la vague montante du nationalisme arménien
? Dans les Balkans, il peut lancer les Etats et les nationalismes les
uns contre les autres : Grecs, Bulgares, Serbes, voire Roumains ont
des intérêts conflictuels sur lesquels il est possible de s'appuyer
et Abdülhamid est passé maître à ce jeu. En Anatolie orientale,
la seule possibilité est d'utiliser les Kurdes. Mais les Kurdes
eux-mêmes se sont maintes fois révoltés contre le pouvoir central au
cours du XIXe siècle ; trop les renforcer peut être dangereux et
c'est pourquoi le sultan cherche à les encadrer et à les contrôler
dans les régiments hamidiye." (p. 282)
Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes. Les hommes et les idées du "Nouvel Ordre" militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007 :
"Entre les mois de mai et de juin 1892, on distribua officiellement les drapeaux aux députations de 24 régiments kurdes.
Lors de la parade, les troupes régulières marchaient en premier, puis les régiments hamîdiye qui comptaient de 40 à 120 hommes. Au fil des cérémonies, on inventait une « nouvelle tradition » dans laquelle les allégeances tribales étaient sublimées par la loyauté à l'Etat ottoman et particulièrement à la personne de son souverain. Ces commandants de la périphérie étaient ainsi intégrés au cérémonial impérial, créant une nouvelle identité.
On jouait sur les effets de mise en scène et ces aspects psychologiques étaient très importants. Essentiellement composés par des Kurdes de tribus sunnites, ils comprenaient aussi un ou deux régiments formés de Turcomans. Toutefois, en 1898-1899, on projeta de recruter des Kurdes alévis du Dersim dans des régiments hamîdiye, mais d'infanterie. Quelques chefs signèrent, mais les régiments ne virent jamais le jour. Cette initiative était sans doute l'oeuvre de Zekî Paşa plus pragmatique qui cherchait aussi à enrôler des Yézidis, car le sultan privilégiait l'orthodoxie sunnite.
Poursuivant des buts multiples, ils furent un moyen de soumettre les tribus kurdes turbulentes à un certain contrôle et à « pacifier » la région, en luttant notamment contre les mouvements nationalistes arméniens. (...)
Le but ostensible de la cavalerie hamîdiye était d'ériger un rempart contre une attaque russe et d'institutionnaliser les Kurdes dans l'Empire ottoman, puisque certaines tribus avaient auparavant fait acte d'allégeance avec le tsar contre le sultan. (...)
Les hamîdiye avaient été constitués en unités de combat sur le modèle cosaque. Pour mettre à profit ce modèle, le sultan envoya un groupe d'officiers ottomans à Saint Pétersbourg afin d'étudier leur mode de combat. Ils retournèrent dans l'Empire à la fin de leur formation en 1896." (p. 123-125)
Voir également : Musa Bey, le boucher kurde des Arméniens de Muş
Les affrontements arméno-kurdes dans le Sasun à la fin du XIXe siècle
Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895
Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895
L'antagonisme arméno-kurde
XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman
Le martyre des Arméniens sous le joug féodal des Kurdes
L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine
XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman
Le martyre des Arméniens sous le joug féodal des Kurdes
L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine
Le
règne du "sultan rouge" (sic) Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : une
"belle époque" pour les Arméniens ottomans hors d'Anatolie orientale
Abdülhamit II (Abdul-Hamid II), un sultan entouré d'Arméniens
Abdülhamit II (Abdul-Hamid II), un sultan entouré d'Arméniens
