jeudi 3 novembre 2011

Le martyre des Arméniens sous le joug féodal des Kurdes

Yves Ternon, 1915, le génocide des Arméniens, Bruxelles, Complexe, 2006, p. 19-20 :

"Nomades et pillards, les Kurdes apparaissaient à la saison froide dans les vallées. Chaque tribu était sous les ordres d'un bey. Chaque bey avait ses villages arméniens qu'il taillait à son tour, réclamant sa part des récoltes, des troupeaux, de la production artisanale, la moitié de la dot versée par le fiancé. A l'occasion, les Kurdes enlevaient les jeunes filles et les enfants, ravageaient et incendiaient les villages indociles, le plus souvent sans que le gouvernement turc intervienne. Parfois les Arméniens réagissaient, et un mouton volé, une fille enlevée, déclenchaient une vendetta. Au détour d'un chemin, au fond d'un ravin, on découvrait un cadavre d'Arménien ou de Kurde. Chacun gardait silencieusement le nom de l'assassin et connaissait celui de la prochaine victime.

Cependant, au cours du XIXe siècle, seuls résultats des promesses de réformes, l'administration civile cessa de dépendre exclusivement des tribunaux du Chériat et les Arméniens purent devenir fonctionnaires aussi bien des tribunaux que des postes, des mairies ou de la police. L'installation de missions et d'écoles offrit aux Arméniens des possibilités d'instruction croissantes ce qui permit des échanges entre les communautés arméniennes et rompit peu à peu leur isolement.

Pauvre, humiliée, opprimée, dévastée par les famines, dépouillée par les Kurdes, cette société restait stable dans sa misère. Le premier élément de déstabilisation fut introduit au début du XIXe siècle par l'incorporation à l'Empire russe des territoires arméniens situés à l'est de l'Ararat et au nord de l'Araxe. La Russie, qui depuis deux siècles était obsédée par la conquête de Constantinople, disposait ainsi d'un peuple chrétien aux marches orientales de l'Empire ottoman. Elle pouvait, comme elle l'avait fait pour les chrétiens des Balkans, s'en déclarer la tutrice et s'octroyer le droit d'intervenir pour assurer leur protection. Dès lors la partie était engagée, le premier pion déplacé."

Voir également : L'antagonisme arméno-kurde

XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman

Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895

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Réfutant les mensonges haineux de l'extrémiste kurde Maxime Azadi, un Franco-Arménien modéré et honnête met en garde contre les dangers du terrorisme et du racisme des nationalistes kurdes