samedi 5 novembre 2011

Les Arméniens d'Istanbul

Robert Mantran, Istanbul au siècle de Soliman le Magnifique, Paris, Hachette Littératures, 2008, p. 72-73 :

"Les premiers Arméniens d'Istanbul ont été amenés de Tokat, de Sivas et de Kayséri dans la capitale ottomane par Mehmed le Conquérant et installés à Souloumonastir. D'autres, par la suite, vinrent de Brousse, d'Ankara, de Baybourt, d'Adana et s'installèrent à Galata, à Samatya ou à Souloumonastir où était fixé le siège du patriarcat orthodoxe arménien, qui y demeura jusqu'en 1641, date à laquelle il fut transféré à Koum Kapi. Au début du XVIIe siècle, il semble qu'il y ait eu une nouvelle vague d'arrivants arméniens des provinces orientales d'Anatolie, vague qui correspond à la place grandissante prise alors par les Arméniens dans le commerce anatolien et méditerranéen. Est-ce en raison de cet afflux que le sultan Mourad IV prit en 1635 le décret d'expulsion contre les Arméniens originaires de Kayséri et des provinces est-anatoliennes ? C'est possible, mais ce décret ne reçut finalement pas d'application pratique.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, on trouve à Istanbul des Arméniens dans les quartiers suivants : Samatya, Souloumonastir, Yéni Kapi, Koum Kapi, c'est-à-dire en bordure du rivage de la mer de Marmara, à Balat, à Top Kapi ; sur la rive septentrionale de la Corne d'Or : à Haskeuï, Kassim Pacha, Galata ; sur le Bosphore : à Béshiktash, Ortakeuï, Kouroutcheshmè et Usküdar. Ils possèdent quatre églises à Stamboul, et cinq dans les autres localités, soit en tout neuf églises...

Ces Arméniens ont, en gros, deux genres d'activité : l'une orientée vers le commerce de transit et le commerce international où ils pratiquent le négoce, le change et la banque et qui fait d'eux les membres de cette bourgeoisie urbaine qui, au XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle, a joué un si grand rôle dans les affaires ottomanes. L'autre, beaucoup plus modeste, tournée vers les petits métiers, tenus par des gens besogneux : âniers, marchands de pastirma (viande boucanée), boulangers, etc. Il ne semble pas qu'alors on trouve d'Arméniens ni parmi les fermiers de l'administration turque, ni parmi les intermédiaires entre l'administration et les Européens : c'est seulement au XVIIIe siècle qu'ils concurrencent Juifs et Grecs dans ces fonctions. Ils n'en jouent pas moins un rôle qui est loin d'être négligeable dans la vie d'Istanbul et sont certainement plus unis, plus solidaires que les Grecs et même que les Juifs à cette époque."

Voir également : Le XIXe siècle, l'âge d'or des Arméniens d'Istanbul

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