Gaïdz Minassian, Géopolitique de l'Arménie, Paris, Ellipses, 2005, p. 20 :
"Sur le plan politique, Erevan [capitale de la RSS d'Arménie] multiplie les mesures contre les dachnaks : congrès d'auto-liquidation de la FRA à Erevan en 1923, décret d'interdiction du Dachnak en 1924, procès du dachnakisme en 1926 et déportations de dachnaks en Sibérie. A l'égard des colonies arméniennes en exil, Erevan mène une politique d'instrumentalisation des institutions locales. Fort du soutien du Komintern, Erevan contrôle le Saint siège d'Etchmiadzin, crée le HOK (Haïastani Oknoutian Komité ou Comité de secours à l'Arménie) en 1921, dirigé par l'écrivain Hovannes Toumanian, et infiltre le PSDH [Hentchag] et le parti libéral-démocrate ramgavar (PLDR). Les Hentchags reconnaissent la soviétisation de l'Arménie comme idéal politique et vont servir d'agents de la révolution du prolétariat dans le monde en participant à la création de partis communistes, notamment en Syrie alors sous mandat français. Les Ramgavars reconnaissent l'existence de la République communiste comme seule entité arménienne mais tentent en vain de distinguer reconstruction nationale et édification du communisme.
Seule la FRA échappe à la toile d'araignée communiste. Mais, au nom de l'internationalisme prolétarien, Moscou préserve quelques passerelles avec les chefs dachnaks les plus ouverts à des échanges. Proche de Staline, l'ancien ministre de la Défense, le dachnak de gauche Dro, est nourri et logé à Moscou, à proximité du Kremlin. En pleine guerre civile et en vertu de la lutte contre le panturquisme, le général Dro a dirigé des bataillons dachnako-bolcheviques pour écraser la révolte des Bastmachis en Asie centrale. Et dans les années 1920, Dro quitte librement Moscou pour l'Europe. Il rejoint ses camarades dachnaks à Paris puis à Bucarest mais certains l'accusent d'être un agent de la Tcheka, la police politique soviétique. Moscou a toujours maintenu des liens opaques avec la FRA, jusqu'à susciter les réserves d'Erevan. Ainsi des relations triangulaires complexes se sont-elles nouées entre les trois pôles du développement politique arménien. En guise d'ouverture, Moscou oblige Erevan à organiser le rapatriement d'Arméniens exilés dans la Mère-patrie pour stopper l'hémorragie démographique. Des intellectuels dachnaks, comme l'ancien ministre de l'Education, Nigol Aghbalian, sont même invités à s'installer à Erevan."
Voir également : Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40
Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien
Staline et le chiffre sacro-saint d'1,5 million d'Arméniens
Aux sources de l'insatiable violence stalinienne : la culture de violence clanique des Arméniens et Géorgiens
Le bolcheviste arménien Stepan Shaoumian (Stepane Chaoumian) : un ami intime de Staline et le massacreur des Azéris de Bakou
Une hypothèse plausible : Staline a-t-il envisagé la déportation du peuple azéri sous l'influence de son camarade arménien Anastase Mikoyan ?
Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris
Grossière duplicité de l'activisme arménien
Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens
Les racines positivistes du nationalisme révolutionnaire arménien
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Seule la FRA échappe à la toile d'araignée communiste. Mais, au nom de l'internationalisme prolétarien, Moscou préserve quelques passerelles avec les chefs dachnaks les plus ouverts à des échanges. Proche de Staline, l'ancien ministre de la Défense, le dachnak de gauche Dro, est nourri et logé à Moscou, à proximité du Kremlin. En pleine guerre civile et en vertu de la lutte contre le panturquisme, le général Dro a dirigé des bataillons dachnako-bolcheviques pour écraser la révolte des Bastmachis en Asie centrale. Et dans les années 1920, Dro quitte librement Moscou pour l'Europe. Il rejoint ses camarades dachnaks à Paris puis à Bucarest mais certains l'accusent d'être un agent de la Tcheka, la police politique soviétique. Moscou a toujours maintenu des liens opaques avec la FRA, jusqu'à susciter les réserves d'Erevan. Ainsi des relations triangulaires complexes se sont-elles nouées entre les trois pôles du développement politique arménien. En guise d'ouverture, Moscou oblige Erevan à organiser le rapatriement d'Arméniens exilés dans la Mère-patrie pour stopper l'hémorragie démographique. Des intellectuels dachnaks, comme l'ancien ministre de l'Education, Nigol Aghbalian, sont même invités à s'installer à Erevan."
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