mardi 8 novembre 2011

Mort d'un stalinien arménien : Henry Karayan

Résistance: mort de l'un des deux derniers survivants du groupe Manouchian

publié le 08/11/2011 à 17:36, mis à jour à 17:36

PARIS - Le résistant Henry Karayan, l'un des deux derniers survivants du groupe Manouchian, est mort le 2 novembre à l'âge de 90 ans, a annoncé mardi l'Association nationale des anciens combattants et résistants Arméniens (Anacra).

Né le 3 mai 1921 à Istanbul (Turquie), Henry Karayan arrive en France en 1923. Il rencontre Missak Manouchian en 1942 et participe aux actions armées et aux sabotages menées par les Francs-Tireurs et Partisans - Main d'oeuvre immigrée (FTP-MOI) du groupe en région parisienne.

Responsable de la troisième équipe du groupe, il avait coutume de dire: "Moi, je ne tuais pas des civils, je ne tuais pas des Allemands, je tuais des nazis en uniforme".

Avec Arsène Tchakarian, 94 ans, désormais dernier survivant du groupe Manouchian, il témoignait régulièrement auprès des jeunes et avait aidé Robert Guédiguian pour son film "L'Armée du Crime" sorti en 2009.

Selon l'Anacra, Henry Karayan "a de tout temps souligné la fraternité d'armes entre tous ces immigrés qui dépassait tous les clivages religieux et identitaires" et qui ont fait "l'Europe avant l'heure".

Le Groupe Manouchian fut l'un des mouvements les plus actifs de la Résistance. A Paris, des groupes armés FTP-MOI, communistes, furent constitués dès avril 1942 et d'autres détachements formés en province. Pour toute la France, ils seront moins de 200.

En février 1943, Missak Manouchian rejoint un détachement des FTP-MOI d'une cinquantaine de Juifs roumains et hongrois et d'Arméniens qu'il commande six mois plus tard. Le groupe Manouchian réalisa une trentaine d'opérations de sabotages ou d'exécutions de collaborateurs d'août à mi-novembre 1943.

Vingt-trois membres du groupe sont arrêtés en région parisienne en novembre 1943.
Torturés, ils sont livrés à la police militaire allemande et jugés par une cour martiale du tribunal allemand à Paris le 15 février 1944.

Les vingt-deux hommes sont fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. La seule femme du groupe, Olga Bancic, est décapitée à la prison de Stuttgart le 10 mai 1944.

Au moment du procès, les Allemands impriment et placardent à 15.000 exemplaires une affiche qui présente sur un fond rouge les photos, les noms et les actions de dix résistants du groupe avec le slogan : "Des libérateurs' La Libération! Par l'armée du crime" et Manouchian "Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés".

L'affiche devient vite un symbole de la Résistance et des mains anonymes écrivent sur l'affiche "Morts pour la France".

Onze ans après, Aragon écrit un poème sur l'Affiche rouge, mis en musique et chanté quelques années plus tard par Léo Ferré.
Par AFP
Source : http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/resistance-mort-de-l-un-des-deux-derniers-survivants-du-groupe-manouchian_1049003.html

Politique - le 7 Novembre 2011

Disparition
Henri Karayan, un engagement pour la liberté et l’universalisme


Disparition. Les obsèques d’Henri Karayan, l’un des derniers témoins du groupe Manouchian, ont lieu aujourd'hui. Né à Istanbul dans une famille victime du génocide arménien, il avait à peine vingt ans lorsqu’il s’est engagé dans la Résistance.

«Je n’ai jamais tué d’Allemands, je n’ai tué que des nazis. » Voilà ce qu’avait coutume de répondre Henri Karayan lorsqu’on l’interrogeait sur ses actions armées durant la Résistance. Henri Karayan est décédé mardi 2 novembre. Il avait été l’un des compagnons de Missak Manouchian et était l’un des derniers témoins du groupe des FTP-MOI, de ces hommes et ces femmes, « Français de préférence », dont l’Affiche rouge perpétue le souvenir. Né en 1921 à Istanbul, dans une famille arménienne victime du génocide de 1915, il arrive en France avec ses parents à l’âge d’un an et demi. Avant la déclaration de guerre, la famille est installée à Décines, près de Lyon. Son père avait été responsable du Comité de secours pour l’Arménie (HOC), créé en 1921, afin de venir en aide à l’Arménie soviétique isolée par le blocus des armées alliées. En 1938, alors que ce comité venait d’être dissous, Missak Manouchian, intellectuel engagé qui avait adhéré au Parti communiste en 1934 et qui participait avec Henri Barbusse et Romain Rolland au mouvement Amsterdam-Pleyel contre la guerre, travaillait à mettre sur pied une nouvelle structure du nom de l’Union populaire franco-arménienne. C’est dans ce cadre que la famille Karayan reçoit sa visite. Le jeune Henri a alors dix-sept ans. Il participe activement, à travers une troupe de théâtre, une équipe de foot, une chorale, à la vie des organisations culturelles arméniennes très présentes dans la région. De cette première rencontre avec Missak Manouchian, Henri Karayan a toujours gardé un souvenir très fort. Il en témoignait, bien des années plus tard, en se confiant, pour un article dans l’Humanité, à Jean Morawski : « Manouchian me parla d’Aragon et d’Eluard, qu’il connaissait. Il se tenait informé de la vie des gens de Décines. Je lui avais parlé des ouvriers de Rhodiaceta, qui travaillaient “à la soie”, et de ceux de chez Gilet, tous pris dans le même cercle vicieux : à la merci de leurs patrons, que ce soit pour le logement ou les salaires. Quant aux conditions de travail, ils tenaient rarement plus de cinq ans et finissaient vitriolés de l’intérieur par les vapeurs d’acide… Et pourtant, ils restaient. Encore heureux s’ils n’étaient pas expulsés pour avoir envoyé un colis en Arménie. » Entre le jeune homme et l’intellectuel, le courant passe. « Quand nous évoquions l’actualité, témoigne encore Henri Karayan, nous étions si bien en résonance que j’aurais presque pu terminer ses phrases. » En mai 1940, Henri Karayan est incarcéré à la prison Saint-Paul de Lyon comme « individu douteux » et de là envoyé au camp de Loriol, dans la Drôme, puis à celui du Vernet, dans l’Ariège, avant d’être livré aux Allemands pour travailler dans la Ruhr. Il y retrouve un jeune communiste allemand, Léo Kneler, interné avec lui au Vernet après avoir participé aux Brigades internationales. Celui-ci était de retour en Allemagne, à la demande du Parti communiste allemand, pour y organiser un réseau de résistance. Henri Karayan l’aide jusqu’à ce que les deux jeunes gens, repérés par la Gestapo, réussissent à s’enfuir pour la France. À Paris, il reprend contact avec Manouchian auquel il présente son ami Léo Kneler. Il participe aux distributions clandestines de l’Humanité ou de tracts. Et il se fait embaucher à l’usine de Satory puis comme coiffeur à l’hôpital de la Pitié. « Un jour, raconta-t-il encore à Jean Morawski, dans le quartier carcéral, je dus couper les cheveux d’un jeune homme, un enfant… Malgré les cris et les insultes de son garde, il s’adressa à moi : “Demain, je serai fusillé ; je suis d’Argenteuil. Va dire à mes parents que je n’ai pas peur ; je meurs en Français, en communiste”. » En avril 1943, Henri Karayan s’engage dans la lutte armée. Il est incorporé aux côtés de Marcel Rayman et de Tamas Elek, au groupe de jeunes FTP-MOI, sous le commandement de Missak Manouchian. Il participe alors à de nombreuses opérations contre l’occupant dans toute la région parisienne. Jusqu’à il y a quelques mois, il n’a cessé de témoigner, d’expliquer les valeurs et les motivations qui l’ont habité, la fraternité qui le liait à ses camarades de combat, leur lutte pour la liberté et l’universalisme. En août 2010, il écrivait à Christophe Betenfeld, enseignant d’histoire au collège Lurçat de Ris-Orangis, dans l’Essonne : « La Résistance fut aussi une école. C’est elle qui m’a fait grandir en confortant mes choix. »

Les obsèques d’Henri Karayan auront lieu aujourd'hui, mardi 8 novembre, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Une messe arménienne sera célébrée à 10 h 30, et,
à 11 h 15, un hommage national sera rendu, au nom du PCF par Henri Malberg,
au cimetière d’Issy-les-Moulineaux où aura lieu l’inhumation. Le secrétariat national
du PCF sera représenté par Éric Corbeaux.




    En 2000, dans les colonnes de l'Humanité, Henri Karayan nous relatait deux rencontres significatives avec Missak Manouchian. Extrait.

" J'évoquerai ma première rencontre avec Missak Manouchian... C'était après la dissolution, en 1937, du Comité de secours pour l'Arménie (HOC), fondé par le docteur Haïc Kaldjian. Manouchian entreprit à travers la France entière une tournée des communautés arméniennes afin de mettre en place une structure de rechange : l'Union populaire franco-arménienne. C'est ainsi, tout naturellement, qu'en 1938 il fit halte à Décines, chez mon père, ancien responsable du HOC J'étais alors malade et alité depuis des mois. Avant la réunion du soir, ce personnage à la trentaine sportive demanda à me voir et passa un après-midi entier au chevet de l'adolescent de dix-sept ans que j'étais, dont le seul mérite était de participer à la vie des organisations culturelles arméniennes, il est vrai très actives dans cette commune de la région lyonnaise, nonobstant de nombreuses pressions." --> Lire la suite



    Notre hors-série sur "l'Affiche rouge" est toujours en vente dans la boutique de l'Humanité

Jacqueline Sellem
Source : http://www.humanite.fr/politique/henri-karayan-un-engagement-pour-la-liberte-et-l%E2%80%99universalisme-483165

Les opinions exprimées dans ces articles, et particulièrement dans celui du journal communiste L'Humanité, ne correspondent pas à la position de la rédaction de ce blog, mais sont citées à titre informatif (liens de Manouchian et/ou Karayan avec l'Arménie soviétique totalitaire et des personnalités staliniennes, communautarisme arménien avéré, militantisme pacifiste, incarcération par la police de la IIIe République française au moment du pacte de non-agression germano-soviétique et entrée en résistance seulement après l'opération Barbarossa).

Voir également : Missak Manouchian : patriote français ou terroriste stalinien sans envergure ?

Discours haineux d'un pleurnichard sénile, Shahnourh Varinag Aznavourian, dit Charles Aznavour

Les Arméniens de France sous l'occupation allemande

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Ne pas oublier de consulter ce blog : Mensonges de l'Histoire