mercredi 21 décembre 2011

Crétinisme mémoriel à l'Assemblée nationale

21/12 | 07:00 |

DE FAVILLA

Crétinisme mémoriel

L'Assemblée nationale française a été saisie d'un texte de loi visant à sanctionner pénalement la contestation du génocide arménien perpétré en Turquie en 1915. L'initiative vient d'une députée UMP. Elle aurait tout aussi bien pu émaner de l'un de ses collègues centristes, socialistes, voire communistes. Il existe, en effet, quelques poignées de circonscriptions rouges, roses ou bleues, qui de Marseille à Alfortville en passant par l'Isère ou le Rhône, dépendent du vote de la communauté arménienne. Un siège à l'Assemblée vaut bien une loi mémorielle.
Sauf qu'à l'incertitude juridique et à la confusion historienne s'ajoute désormais le crétinisme politique. Dès la loi Gayssot de 1990 sur le génocide juif, des personnalités peu soupçonnables de sympathie pour les thèses révisionnistes des Le Pen, Faurisson et autres avaient contesté sa pertinence. Sur le plan juridique, Robert Badinter et Georges Vedel estimaient qu'elle était inconstitutionnelle car aucune disposition de l'article 34 de la Constitution qui fixe le domaine de la loi n'autorise le Parlement à qualifier un épisode de notre histoire. Sur le plan historique, Pierre Vidal-Naquet avait exhorté le pouvoir politique à ne pas se mêler d'établir une vérité officielle et à laisser les historiens libres de faire leur métier. Il avait été rejoint sur cette position par de nombreux autres grands historiens, notamment René Rémond et Pierre Nora, inquiets de voir le Parlement se mettre à écrire l'histoire des traites négrières (loi Taubira du 21 mai 2001) ou de la colonisation (loi du 23 février 2005).

Et voici qu'aujourd'hui, après avoir reconnu le génocide arménien par la loi du 29 janvier 2001, le Parlement envisage de pénaliser sa contestation. Le Premier ministre turc a aussitôt averti qu'une telle mesure, si elle était adoptée, ne serait pas sans conséquence sur les relations franco-turques. Pour quelques circonscriptions, la France s'apprêterait ainsi à se brouiller avec un acteur stratégique du Proche Orient et un partenaire économique en plein essor. A leurs failles juridiques et scientifiques, les lois mémorielles ajouteraient une faute politique majeure.
Source : http://www.lesechos.fr/opinions/favilla/0201802866715-cretinisme-memoriel-265929.php