mardi 27 décembre 2011

La confrontation du MIT turc et du Mossad israélien avec le problème du terrorisme arménien

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 77-79 :

"(...) décidés à faire plier la FRA, dont les attentats du CJGA se sont étendus au Canada, où le colonel Attila Altikiat, attaché militaire turc à Ottawa, est assassiné le 27 août 1982, les Etats-Unis participent le 28 décembre 1982, à Beyrouth, à l'enlèvement, d'Apo Achdjian, chef présumé du Conseil militaire dachnak et n° 2 du CJGA.

Coup dur pour la FRA, qui s'agite dans tout Beyrouth et interpelle chancelleries occidentales et ONG pour retrouver son chef militaire et dénoncer « le terrorisme d'Etat de la Turquie du général Evren responsable du kidnapping ». L'enlèvement d'A. Achdjian a trop longtemps été présenté comme le résultat d'une « division interne entre l'aile droite du Parti (Maroukhian-Zeitlian) contre l'aile gauche (Achdjian) ». Cette version relève, sinon de la méconnaissance du phénomène dachnak, du moins de la provocation. Les auteurs de cette thèse, des chercheurs turcs et américains, créent de cette manière la zizanie au sein de la FRA et font porter le chapeau de cet enlèvement au bras politique du Parti. Depuis quand H. Maroukhian incarne-t-il la droite du Parti aux côtés de S. Zeitlian, alors qu'il est avec A. Achdjian favorable à la poursuite du terrorisme ? Au-delà du fait qu'elle affaiblit le CJGA, l'affaire Achdjian serait le résultat d'un complot mené par la CIA, le MIT, le Mossad et les Phalangistes de B. Gemayel et préparé en pleine invasion israélienne au Liban. Malgré un démenti du gouvernement turc dans cette affaire, son service secret, le MIT, coopère avec les services de renseignements israéliens, eux-mêmes en relation avec le Kataëb. A. Achdjian a été enlevé à Beyrouth-Est, dans une zone sous contrôle phalangiste, ce qui impliquerait au moins la passivité des services de sécurité du Parti maronite. Selon la FRA, B. Gemayel, instigateur potentiel de l'enlèvement, veut la faire payer pour sa neutralité positive dans le conflit libanais. Fadi Frem, commandant général des Forces libanaises, opposées au parti Kataëb, corrobore cette thèse en déclarant que « l'enlèvement le 28 décembre 1982 d'A. Achdjian est l'œuvre des services secrets turcs qui avaient agi très habilement ». La mort d'A. Achdjian, telle qu'elle a été annoncée par son parti, n'a cependant jamais été confirmée. Les enquêtes de la FRA n'ont pas dépassé la thèse de l'enlèvement. D'après certaines sources, A. Achdjian aurait été aperçu à Istanbul, à la fin des années 1980, autour d'agents de la CIA. A. Achdjian est-il dès lors lui-même membre des services secrets américains ? Ce qui étayerait la thèse de la responsabilité américaine dans la mise en place du terrorisme du CJGA en 1975. Il ne s'agirait donc même pas d'un enlèvement, mais d'une simple mise en sommeil d'un agent. Il est difficile, à l'heure actuelle, de se prononcer davantage sur ces allégations, bien que le corps d'A. Achdjian n'ait, à ce jour, jamais été retrouvé...

Au Moyen-Orient, plusieurs rebondissements s'ajoutent à la guerre civile, compliquent davantage les lignes de forces et redistribuent les alliances locales. Il s'agit de l'invasion du Liban par Tsahal, de la guerre israélo-syrienne, du conflit Iran-Irak, des divisions du camp maronite, de l'arrivée de la force multinationale et de l'apparition de la milice chiite du Hezbollah, le parti de Dieu, pro-iranien, au Liban. Alors que l'armée israélienne détruit les structures de l'ASALA au Liban-Sud, H. Hagopian trouve refuge chez son ami Abou Nidal. Celui-ci, privé de l'appui du FPLP, offre à H. Hagopian logistique et moyens financiers dans la Bekaa sous contrôle syrien. Abou Nizar et Abd Al Rhaman Iza, deux hommes d'A. Nidal, mettent en contact H. Hagopian avec le colonel Haitham Saïd, responsable du Département d'intelligence de l'Air Force syrienne, ce qui procure à H. Hagopian des facilités en Syrie et par ficelles interposées entre l'ASALA et le KGB."

Voir également : Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien

La coopération des terroristes arméniens de l'ASALA avec les services secrets de Kadhafi

Grossière duplicité de l'activisme arménien

La jalousie maladive des militants arméniens à l'égard des Juifs