mercredi 7 décembre 2011

Le terrorisme interne arménien

Anahide Ter Minassian, "Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973 :

"Il est clair que si le mouvement révolutionnaire arménien s'est inspiré du mouvement haïdouk balkanique, il s'est non moins inspiré du terrorisme russe. Les trois partis armenagan, hintchak et daschnak ont pratiqué le terrorisme et ce chapitre de l'histoire du mouvement arménien est particulièrement riche. Si les armenagans toutefois conseillaient de l'éviter, sauf dans des cas précis, la « terreur » est nommément inscrite au programme du parti hintchak. Avec la propagande et l'agitation, c'est un des moyens d'éducation populaire. Destinée à défendre les masses, à accroître leur confiance en elles-mêmes, à affaiblir l'Etat, la terreur doit s'exercer contre le Gouvernement ottoman, contre les agents (arméniens ou turcs) de ce Gouvernement, contre les espions et les traîtres. Pour cela, le parti doit se donner une organisation spéciale chargée des actes de terrorisme.

Le 8e point du paragraphe, intitulé « Moyens », du programme du parti daschnak déclare « lutter et pratiquer le terrorisme contre les fonctionnaires, les espions, les traîtres, les usuriers et tous les exploiteurs ».

Ces pratiques terroristes arméniennes de même que le mouvement fédaï furent vivement critiqués par les marxistes caucasiens. Inversement, les révolutionnaires arméniens leur reprochèrent de ne préconiser que la grève, de négliger l'action directe violente, seule susceptible avec de faibles forces d'ébranler les empires.

Appliqué aux « espions, traîtres, renégats », le terrorisme interne fit les victimes les plus nombreuses parmi les Arméniens eux-mêmes. A l'inévitable psychose de méfiance, développée dans toute minorité révolutionnaire, s'ajoutait le pourcentage exceptionnellement élevé des espions arméniens. (...)

Vers 1895, les hintchaks inaugurèrent en Transcaucasie une nouvelle forme de terrorisme : la taxation forcée de la bourgeoisie arménienne, les expropriations. Là encore, les daschnaks les imitèrent plus tard (cf. infra, p. 604, n. 100). Cette tactique leur fut inspirée par une véritable « famine d'argent » et par l'indifférence de la bourgeoisie arménienne au mouvement révolutionnaire.

Les échecs de l'insurrection du Sassoun avaient démontré l'insuffisance de la préparation et l'insuffisance de l'armement. En 1895, les hintchaks préparent une nouvelle insurrection au Zeïtoun pour laquelle ils recherchent fiévreusement de l'argent, des armes et des munitions. La bourgeoisie arménienne, « classe maussade » dénoncée comme telle par les écrivains transcaucasiens du XIXe siècle, n'a jamais, sauf exceptions individuelles, financé le mouvement révolutionnaire arménien. Sans être totalement indifférente au sort des classes populaires, dont elle était physiquement séparée par l'espace, elle n'entendit pas s'engager dans la « voie révolutionnaire »." (p. 583-585, note 51)

"Sous l'impulsion de Christapor Mikaélian, le parti daschnak entreprit en 1902 une série d'actes de terrorisme interne à Smyrne. Dès juillet 1902, on relève régulièrement dans Droschak, souvent en dernière page sous le titre de « Terreur », l'annonce de l'exécution de tel ou tel Smyrniote, accusé d'espionnage. Les exécutions continuèrent pendant l'année 1903. Mathéos Baléozian, richissime Smyrniote, fut effectivement exécuté en 1902 pour sa collaboration avec la police turque." (p. 605, note 105)

Voir également : Gaïdz Minassian : "des Arméniens ont tué des Arméniens"

Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens

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