mercredi 21 décembre 2011

Les attaques des bandits de Dersim (Tunceli) contre les déportés arméniens en 1915

Yusuf Halaçoğlu, "Realities behind the Relocation", in Türkkaya Ataöv (dir.), The Armenians in the late Ottoman period, Ankara, TTK, 2001 :

"La nécessité de terminer le transport des Arméniens rapidement et les conditions défavorables de la guerre étaient la principale cause qui rendait difficile d'assurer la sécurité pour les groupes en transit et de distribuer la nourriture. Il est estimé que quelque 20-21.000 Arméniens ont succombé à des maladies contagieuses sur le chemin.

Par exemple, le document daté du 8 zilhicce 1333 (17 octobre 1915) faisait remarquer que la fièvre typhoïde et la dysenterie revendiquaient de 70 à 80 vies quotidiennes parmi les déportés qui étaient à Hama et ordonnait l'adoption immédiate de mesures. En outre, un certain nombre d'Arméniens semblent être morts au cours de raids armés, lancés principalement par des tribus arabes, en particulier entre Alep et Zor. Par exemple, les documents montrent que sur les routes pour Meskene juste à une heure d'Alep, près de 2000 Arméniens ont été tués au cours de raids, lancés par des tribus arabes pour dépouiller les déportés. Les mêmes documents notent également qu'encore 2000 déportés envoyés à partir de Diyarbakir à Zor et de Surug pour Alep via Menbiç furent attaqués et dépouillés par des tribus arabes. Les documents citent également des rapports des renseignements selon lesquels des bandits avaient raflé un autre lot de 2000 Arméniens, parmi les groupes de déportés rassemblés dans la zone de Diyarbakir, les conduisirent à Mardin et les tuèrent. A propos des informations selon lesquelles un groupe de 500 Arméniens furent attaqués et assassinés par des Kurdes sur la route Erzurum-Erzincan, un télégramme codé fut envoyé à Diyarbakir, Bitlis et Mamuretulaziz le 14 juin 1915, ordonnant aux autorités d'utiliser tous les moyens pour prévenir les attaques par des bandits et des paysans pendant le transit des déportés, et freiner ceux qui tentaient d'assassiner et de voler. Un autre document, daté du 27 juin 1915, citait des fonctionnaires provinciaux d'Erzurum rapportant que des bandits locaux dans la région de Dersim avaient intercepté et tué des groupes arméniens envoyés à partir d'Erzurum, et qu'il n'avait pas été possible de les sauver. Le gouvernement répondit par une forte réprimande, en disant que de tels actes étaient inacceptables, ordonnant aux fonctionnaires de prendre des mesures immédiates permettant d'assurer le transit sécurisé des groupes de déportés. A partir des enregistrements ci-dessus, on voit que quelque 9000 Arméniens, ou environ 10 000 décédèrent lors de la déportation à la suite d'attaques de bandits." (p. 118-120)

"Les deux documents indiquent que parmi les Arméniens déportés, un groupe au nombre de 500 avait été massacré par des Kurdes entre Erzurum et Erzincan. L'autre document indique que des Arméniens envoyés à partir de la zone de Dersim furent tués jusqu'au dernier par des bandits de Dersim. Etant donné qu'on ne sait pas combien il y avait de déportés dans ces groupes, un chiffre putatif de 5000 a été accepté." (p. 131)

"Dans un télégramme envoyé depuis Nizip le 21 octobre 1915/3 novembre 1915, Şükrü Bey indiquait que le transfert s'effectuait régulièrement.

Parmi les personnes incluses dans la réinstallation, mais représentées comme restant derrière dans la liste ci-dessus, celles restant à Adana furent ensuite transférées dans des zones de réinstallation. Le nombre des Arméniens réinstallés, ainsi, dans le Sud totalisait 438 758 personnes, tandis que ceux atteignant la zone de réinstallation se montaient à 382 148. Donc, il y a une différence de 56 610 entre ceux qui se mirent en route et ceux qui atteignirent leurs nouvelles habitations.

Cette différence provient des événements suivants selon des documents : 500 personnes furent tuées entre Erzurum et Erzincan, 2000 autres furent tuées à Meskene entre Urfa et Alep, et encore 2000 furent tuées par des bandits et des tribus arabes près de Mardin. Bien qu'aucun chiffre précis ne soit disponible, on estime qu'un nombre similaire, ce qui représente environ 5000 ou un peu plus, ont été tués dans la région de Dersim par des bandits attaquant des groupes de déportés en transit. A la lumière de ces données, il est estimé qu'environ 9-10.000 Arméniens ont été tués au cours de leur déportation." (p. 133)

Voir également : "Les" Arabes ont-ils vraiment "sauvé" les Arméniens ? Les exactions des bandes tribales arabes contre les Arméniens durant la Première Guerre mondiale et peu après



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