dimanche 18 décembre 2011

Une expérience politique éclairée et constructive en Arménie : la présidence de Levon Ter Petrossian (1991-1998)

Gaïdz Minassian, Géopolitique de l'Arménie, Paris, Ellipses, 2005, p. 92-93 :

"Grâce au vecteur turc, le système haïtadiste sur lequel se fonde le dachnakisme et actuellement en pleine mutation, sera toujours porteur de déficiences organiques.

L'expérience de Ter Petrossian tente de surmonter ces déficiences, lui qui, s'inspirant du haïtadisme, a sûrement dû lire les mémoires de Simon Vratsian, dernier Premier ministre de la Ire République et qui considérait que ne pas tenir compte de la Turquie relevait de l'ineptie en politique. Dès les premiers pas de l'Arménie indépendante en 1991, la clef de voûte de la diplomatie arménienne repose sur l'idée de bon voisinage avec l'ensemble des Etats, y compris la Turquie et sur le principe qu'« il n'y a pas d'ennemi permanent mais que des intérêts permanents ». Cependant, l'alliance stratégique turco-azérie et les velléités d'Ankara de créer dès 1992 un espace turcophone de l'Asie centrale aux Balkans, sur les ruines du bloc communiste, a divisé les Arméniens entre le MNA qui s'accommode avec pragmatisme des velléités de la Turquie et la FRA qui dénonce le panturquisme. Ce jeu de cordes va tourner à l'avantage des premiers qui considèrent que la construction de l'Etat moderne nécessite des sacrifices, des choix stratégiques vitaux pour que la République vive pleinement sa souveraineté ; sacrifices que la FRA interprète comme des provocations, des actes politiques irresponsables. En 1992, en raison d'un faux pas diplomatique envers Ankara, Ter Petrossian limoge son ministre des Affaires étrangères, Raffi Hovannessian, pour avoir stigmatisé la Turquie négationniste lors du sommet de la CSCE à Istanbul. En 1993, alors que la bataille fait rage dans la poche de Kelbadjar et que la Turquie menace d'intervenir militairement dans le conflit arméno-azéri, Ter Petrossian accepte le plan tripartite turco-russo-américain et se rend en mai à Ankara aux obsèques du président Turgut Ozal, lequel avait déclaré quelques jours avant sa mort qu'« il faut effrayer un peu les Arméniens ». En 1994, le ministre des Affaires étrangères arménien, Vahan Papazian, s'est rendu à Beyrouth en empruntant un avion de la compagnie aérienne turque. En 1995, le conseiller du président, l'ex-dachnak Jiraïr Libaridian, déclare à la presse que « la reconnaissance du génocide des Arméniens n'est pas une priorité de la diplomatie de l'Arménie ». De son côté, le ministre de l'Education nationale, Achot Béléian, supprime des programmes scolaires le chapitre sur le génocide au motif que ce drame ne doit plus servir de référence morale dans l'éducation des collégiens. Enfin, le président Ter Petrossian rencontre à deux reprises le leader de l'extrême droite turque, le colonel Alparslan Turkesh, chef des loups gris et « führer du panturquisme ». A chaque fois, ces gestes et paroles provoquent l'indignation et la colère des rangs dachnaks et d'une partie de la diaspora hostile à tout rapprochement avec la Turquie, (...)."


Gaïdz Minassian, Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Paris, Autrement, 2007, p. 119 :

"En décembre 1994, le président arménien suspend donc la FRA, considérée comme un parti anti-turc populaire dans le Haut-Karabakh. Il ne reconnaît pas l'indépendance de la « RHK », évoquant une large autonomie dans le cadre de l'Azerbaïdjan. Il tente de normaliser ses relations avec Ankara en évitant de faire de la reconnaissance du génocide une priorité de sa politique étrangère. De son côté, Ankara ouvre en 1996 une ligne aérienne Istanbul-Erevan et voit dans Levon Ter Petrossian un rempart contre les « faucons » arméniens."


Voir également : La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes

Le parti Dachnak et le trafic de drogue