mercredi 7 décembre 2011

XVIIe siècle : le rôle des Arméniens dans l'esclavage des Turcs à Cadix en Espagne

Arturo Morgado García, "Esclaves turcs à Cadix à l’époque moderne", Cahiers de la Méditerranée, n° 81, 2010 :

"Les troupes impériales [du Saint Empire], avec leurs alliés vénitiens, lors de leur avancée dans les Balkans et la Hellade saccagèrent, violèrent et réduisirent en esclavage de nombreux sujets de l'Empire ottoman. Et il nous semble qu'ils ne s'intéressèrent guère à distinguer s'ils étaient chrétiens (quoique, comme ils étaient orthodoxes, cela leur fût égal) ou musulmans : nombreux furent ceux qui finirent par être vendus sur différents marchés d'esclaves en Méditerranée. A Bologne, par exemple, en 1687, arrivèrent en provenance de Florence 146 esclaves turcs, que l'Empereur avait donnés au Grand Duc de Toscane pour le service des galères. A la fin des années quatre-vingt et au début quatre-vingt-dix du XVIIe siècle, quelques Turcs furent baptisés parmi la population. A Malte arrivèrent, notamment pendant la dernière décennie du XVIIe siècle, de nombreux Turcs originaires des régions balkaniques, qui avaient été achetés dans le port adriatique de Fiume. D'autres encore arrivèrent jusqu'à la lointaine Cadix. Cette donnée, relayée par Adolfo de Castro, qui parle ni plus ni moins (sans que nous ne sachions sur quel fondement) de 2 000 esclaves turcs, aurait été reprise par Antonio Domínguez Ortiz, puis par Bartolomé Bennassar qui citerait à son tour l'historien sévillan, suivi aussi sur ce point par Henry Kamen, mais sans que ce dernier ne précise ses sources. (...)

La documentation, cependant, n'est pas très explicite sur les voies et les réseaux utilisés pour introduire les esclaves ottomans dans la ville. Certes, l'on constate la présence de marchands grecs parmi les vendeurs, comme ce fut le cas d'Antonio Luis, ou d'Arméniens, comme Alejandro Midanle, ou encore Alejandro Domingo. (...)

Ainsi, en 1695, comparaissait par-devant notaire Ana María Teresa, d'origine turque, mariée à Gregorio Martín, d'origine arménienne ; ils étaient accompagnés de Pablo Tadeo, Arménien lui aussi, car ils ne parlaient pas bien le castillan ; elle précisa qu'alors qu'elle était l'esclave de Pedro de Cruz, lui-même arménien, elle eut des relations sexuelles avec lui et donna naissance à deux fils, Alejandro Domingo et Martín Gregorio, âgés respectivement alors de trois ans et de quinze jours ; à cause de cela, son propriétaire lui accorda la manumission et lui donna 100 pesos de dot, ajoutant encore 140 autres pesos quelques jours auparavant."

Voir également : L'esclavage dans l'Empire ottoman