jeudi 5 janvier 2012

Après tout, qui se souvient de ce que faisait Vahan Papazian pendant la Seconde Guerre mondiale ? Du maquis des fedai à la collaboration avec le IIIe Reich, en passant par le soutien au Khoyboun : l'engagement de toute une vie au service de la FRA-Dachnak

Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007 :

"En revanche, les contacts établis dès 1926 entre les comités kurdes et le parti arménien Tachnak en exil vont s'avérer des plus fructueux. S'il est douteux que le Khoyboun ait été formé « sur les instances » de l'Arménien Vahan Papazian (1867-1973), il est certain que le rapprochement kurdo-arménien est une initiative des militants arméniens basés en exil, notamment en France. Papazian, ex-député de Van et membre du Comité central du Tachnak de Paris, est choisi par le parti arménien comme l'interlocuteur privilégié avec les comités kurdes du Levant mais aussi en Irak. Il est invité au congrès fondateur de Khoyboun et il est même intégré aux structures du comité kurde ce qui lui donne un caractère kurdo-arménien dès la première heure. De sorte que nous pouvons suggérer que l'initiative arménienne donne le coup d'envoi à l'unification des différents comités kurdes." (p. 121)

"Des membres du parti arménien Tachnak prennent également part aux activités de la Ligue Khoyboun. Lors du premier congrès tenu à Bihamdoun, Vahan Papazian y est présent. De même, Ador Lévonian et Vahan Papazian participent au congrès du 29 mars 1928, réuni à l'Hôtel Central d'Alep. En outre, la présence de Rifat Mevlazande et de Vahan Papazian au sein du comité central du Khoyboun est tantôt mentionnée tantôt omise." (p. 138)

"Dès sa fondation, le Khoyboun présente un caractère kurdo-arménien. Vahan Papazian assiste à la fondation du Khoyboun et il assure la liaison entre le comité kurde et le Tachnak. Cette collaboration se voit consolidée lorsqu'un traité de collaboration, prônant la libération des deux patries sœurs, est signé en octobre 1927 entre le parti arménien Tachnak et le comité kurde Khoyboun." (p. 220)

"En effet, les militants du Tachnak se chargent de la recherche de fonds pour le comité Khoyboun et la révolte de l'Ararat. Les succès de Vahan Papazian sont particulièrement significatifs. Il obtient des sommes importantes auprès de divers gouvernements et organisations. Ainsi, au début de la collaboration kurdo-arménienne, Papazian aurait fourni la Ligue Khoyboun de 20'000 dollars. De même, il aurait obtenu en 1928 de l'argent de l'Italie afin de financer la publication d'une revue kurde et près de 7'000 dollars de l'American Armenian Red Cross Society en partie destinés à des activités éducatives. L'ex-député de Van par ailleurs met à profit les promesses de fonds faites par certains gouvernements pour convaincre les chefs et intellectuels kurdes d'oublier leurs différends.

Les sources françaises font également état de l'aide économique apportée par le Tachnak par l'intermédiaire de Vahan Papazian. Ainsi, en 1930 et avec une pétition lancée par Chérif Pacha, représentant du Khoyboun en France, le comité Tachnak de France fait une collecte (500'000 francs) auprès des notables arméniens de Nice afin de pouvoir continuer les envois de munitions aux rebelles kurdes. En outre, l'importance de la tâche de Papazian sur le plan financier apparaît au grand jour lors de son arrestation en 1929 à Beyrouth. Il est accusé d'avoir assassiné un partisan du parti arménien Hentchak, Sarkis Kaderian Dikhrouni. L'activité du Khoyboun entièrement dépendante des fonds obtenus par l'ex-député de Van, est presque inexistante pendant quelques mois." (p. 225-226)


Yves Ternon, La cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983 :

"Pour chaque nationalité qui dispose de légions, l'Ostministrum a créé un Conseil général. C'est ainsi qu'est formé, le 15 décembre 1942, un « Conseil national arménien ». Son président est Ardaches Apeghian, qui s'occupait d'une association arméno-germanique chargée d'établir (comme Kherumian à Paris) la pureté raciale des Arméniens. Parmi ses membres, Nejdeh et Vahan Papazian. Le Conseil national publie jusqu'à la fin de 1944 un hebdomadaire, Armenian, édité par Viken Chanth, le fils de Levon Chanth, et diffusé par Radio Berlin. Comme le Conseil national arménien, le mouvement Azatamargan (« bataillon pour la liberté ») que dirige Nejdeh, est une organisation nazie." (p. 132)


Voir également : Quelques figures de l'activisme/terrorisme arménien

La collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Allemagne hitlérienne

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien

Les Arméniens de France sous l'occupation allemande

L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste

La coopération des dachnaks avec la Perse/Iran aryaniste et antisémite de Reza Shah Pahlavi

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)