mardi 3 janvier 2012

La coopération des dachnaks avec la Perse/Iran aryaniste et antisémite de Reza Shah Pahlavi

Amnon Netzer, "Persian Jewry and Literature : A Sociocultural View", in Harvey E. Goldberg (dir.), Sephardi and Middle Eastern Jewries : History and Culture in the Modern Era, New York, Jewish Theological Seminary of America, 1996 :

"Au début de son règne (1925), et dans le but de moderniser le pays, Reza Shah décida d'unir les divers groupes ethniques et tribus sous la bannière du nationalisme iranien. Il fit la guerre aux forces séparatistes et interdit toute activité politique ou organisationnelle qui avait un lien avec les peuples ou les pays hors de la Perse. Son but principal était de lutter contre le communisme, mais le sionisme fut également touché. Il n'y avait donc aucune activité sioniste significative durant le règne de Reza Shah, qui était également la période où les liens de l'Iran avec l'Allemagne nazie étaient en train d'être renforcés et où tous les types de nationalisme iranien prospéraient.

Les Juifs d'Iran voulaient que les organisations sionistes dans le monde entier les aident à les sauver de l'exil et la misère. Ils demandèrent une assistance pour émigrer en Palestine, une aide pour acquérir des terres en Palestine afin d'établir des colonies agricoles et industrielles, et une participation active dans l'organisation de l'éducation juive en Iran. L'Organisation sioniste mondiale ignora les problèmes particuliers des Juifs iraniens et leurs demandes ne furent pas satisfaites. Etant donné que le sionisme mondial n'était pas venu à leur secours et ne les aidait pas, l'espoir de salut se tourna vers le régime du Shah, qui commençait à réprimer le clergé chiite (la plupart opposés aux Juifs). Cependant, il y avait des contradictions apparemment inconciliables entre les actions du régime et les aspirations sionistes des Juifs iraniens. Il limita l'activité sioniste, bloquant l'émigration en Palestine, et introduisit l'"iranisation" des programmes dans les écoles des minorités religieuses. (...)

Jusqu'à la mise en place de la dynastie des Pahlavi, les Juifs en Iran souffraient en raison des croyances religieuses, c'est-à-dire, du fait qu'ils n'étaient pas musulmans chiites. Leur "origine nationale" (la leur n'étant pas "iranienne") n'était pas un problème. Le régime des Pahlavi ignorait la période islamique et glorifiait la terre sur laquelle il dominait, sur laquelle les Iraniens "de pure souche aryenne" avaient vécu, ce qui accrut considérablement la conscience raciale du peuple iranien. Reza Shah et ses soutiens intellectuels, tout en utilisant la force contre l'establishment religieux, travaillaient dur pour construire un pays nouveau, moderne pour les Iraniens qui savaient être fiers de leur passé pré-islamique. A cet effet, ils utilisaient souvent la propagande de style nazi, publiée par les Iraniens qui avaient étudié dans des universités européennes.

Dans le contexte de cette tentative intellectuelle pour souligner l'unicité du peuple aryen-iranien et renouveler son passé glorieux, et sur la base de considérations politiques, l'Iran développa rapidement des liens avec l'Allemagne. Ces liens, qui atteignirent leur apogée durant la période nazie, servaient à développer en Iran un nouveau type d'antisémitisme basé sur l'idéologie raciale.

Les chiites considéraient les Juifs comme rituellement impurs. Mais dans le passé un Juif pouvait "se purifier" en devenant un musulman chiite. Aux yeux d'un raciste iranien, cependant, il ne pourrait jamais devenir un Iranien." (p. 250-252)


Jane Gerber, "The Impact of the Holocaust on Sephardic and Oriental Jews", in Genocide, Critical Issues of the Holocaust : A Companion to the Film Genocide (ouv. col.), West Orange, Simon Wiesenthal Center-Rossel Books, 1983 :


"En Iran, le régime nationaliste et pro-nazi de Reza Shah introduisit une série de lois anti-juives après 1936. L'attraction du nazisme sur le shah iranien était si grande qu'Arthur S. Millspaugh, l'administrateur général des finances de l'Iran de 1922 à 1927 et de 1943 à 1945, a témoigné que "Reza Shah remettait pratiquement la Perse à Hitler"." (p. 348)


Gaïdz Minassian, Géopolitique de l'Arménie, Paris, Ellipses, 2005 :


"(...) la FRA maintient d'importantes forces militaires au nord de l'Iran et signe en 1926 avec la Ligue kurde Hoyboun un traité d'alliance contre la Turquie mais aussi contre la propagation du communisme au Proche-Orient, avec le concours des Britanniques, soucieux de préserver le contrôle des ressources pétrolières en Irak." (p. 20)


Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007 :


"Quant aux activités diplomatiques, le Tachnak tente d'obtenir l'appui du gouvernement persan à la révolte de l'Ararat. Pour ce faire, la Ligue Khoyboun par l'intermédiaire du Tachnak inscrit dans son programme le principe de ne pas s'attaquer aux intérêts de la Perse. En contrepartie, le Tachnak doit accepter quelques conditions imposées par le gouvernement iranien peu désireux de molester ouvertement ses voisins, l'URSS et la Turquie. Afin de calmer le gouvernement iranien, Djeladet Bedir Khan se rend alors à Téhéran. Celui-ci se tient en contact permanent avec les tachnakis de la capitale iranienne lesquels facilitent l'exécution de sa mission. En dépit des démarches du Tachnak, Djeladet Bedir Khan n'est pas reçu très chaleureusement par les dirigeants iraniens qui « semblent le tenir en suspicion » à cause de l'indiscrétion du dirigeant kurde dans sa venue en Iran. (...)

Les dirigeants kurdes et arméniens tentent par ailleurs de convaincre le gouvernement iranien de soutenir la cause kurdo-arménienne au nom de la fraternité aryenne. Les plus grands défenseurs de cette « fraternité aryenne » sont les frères Bedir Khan, du côté kurde, et Roupen Ter Minassian, du côté arménien. L'idée d'une origine commune entre Kurdes et Arméniens n'était pas nouvelle. De même, l'idée de l'origine aryenne des Kurdes avait déjà été émise auparavant. En revanche, le projet d'union politique kurdo-arménienne justifiée par la filiation aryenne commune est un élément idéologique nouveau. En effet, l'objectif final de ces intellectuels est la création d'une « Confédération aryenne » formée par Arméniens et Kurdes. Pour assurer la survie de cette union des membres de la famille aryenne, la Perse est invitée à présider cette confédération.

Le projet de « Confédération aryenne » n'est cependant pas défini dans les détails. En outre, les autorités iraniennes auraient fait allusion aux propositions de Djeladet Bedir Khan déclarant qu'elles étaient « intéressantes mais utopiques ». Le but stratégique de cette démarche commune est évident car le Tachnak et la Ligue Khoyboun cherchent l'appui d'une force étrangère pour aider les rebelles regroupés autour du mont Ararat. (...)

Malgré la rupture des relations avec le parti Tachnak, les frères Bedir Khan continuent à clamer l'origine aryenne des Kurdes, en opposition aux Turcs (« Mongoles » ou « Tartares ») dans les brochures de la Ligue Khoyboun comme dans les revues qu'ils éditent. De même, dans la revue officielle du parti Tachnak, Roupen Ter Minassian défend l'union des peuples aryens comme un contrepoids au nationalisme turc avant même la conclusion de l'alliance avec le Khoyboun, ce qui met en évidence un certain engagement intellectuel avec cette idée." (p. 226-228)

"Le Kurdistan iranien était une zone de refuge traditionnel pour les Kurdes de Turquie lors des différents soulèvements contre le centre. De même, des chefs kurdes persans se réfugiaient en Turquie fuyant les troupes persanes. La perméabilité de la frontière turco-persane rendait possible cette dynamique qui, même tolérée par les gouvernements, ne manquait pas de susciter des conflits sporadiques entre les deux pays.

Lorsque les chefs de la tribu Djelali se réfugient dans les montagnes de l'Ararat, à cheval entre l'URSS, la Turquie et l'Iran, ils sont donc conscients des avantages géostratégiques de ce choix. En effet, les Turcs se heurtent à un obstacle majeur : la frontière turco-persane, telle qu'elle a été délimitée en 1914, passe par le Petit Ararat. Dès lors, les combattants kurdes peuvent attaquer les soldats turcs pour ensuite se rendre en Perse, hors de la juridiction du gouvernement turc et sous la protection de Téhéran ; d'autant plus que le gouvernement iranien, qui a réussi à maintenir un certain calme dans l'Azerbaïdjan occidental depuis la défaite de Simko Agha, ne veut pas compromettre les bons résultats de cette politique en recourant à la force contre les rebelles de l'Ararat dont beaucoup appartiennent à des tribus vivant en Perse.

Or, la constitution d'un seul foyer de résistance face au régime kémaliste dans la région de l'Ararat, rend les insurgés kurdes dépendants de l'attitude de la Perse. (...) En effet, Téhéran permet au Tachnak et au Khoyboun d'entrer en contact avec les insurgés de l'Ararat tout en demandant aux organisations tachnakis d'Azerbaïdjan de refuser de jouer le rôle d'agents de liaison entre les différents groupements kurdes d'Irak et de Perse. En outre, le gouvernement persan envoie plusieurs émissaires sur l'Ararat jusqu'en 1930. De la sorte, les relations diplomatiques entre la Turquie et l'Iran entrent dans une phase de conflit latent. Selon Nader Entessar, le Chah utilise à cette époque la carte kurde afin d'obliger le régime kémaliste à négocier quelques différends frontaliers entre les deux pays." (p. 253)


Ervand Abrahamian, Iran Between Two Revolutions, Princeton, Princeton University Press, 1982, p. 388 :

"(...) le parti nationaliste Dachnak, le seul vrai rival du Toudeh [parti communiste] au sein de la communauté arménienne, avait été considérablement affaibli, en partie à cause des arrestations massives effectuées par les Alliés en 1941-1944, et en partie parce que sa politique de soutien à la dynastie Pahlavi avait été discréditée par l'attaque soudaine de Reza Shah contre la minorité chrétienne en 1938-1939."


Voir également : L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)

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