dimanche 8 janvier 2012

L'éditorialiste Jean Daniel énonce une évidence : "il y a génocide non pas simplement lorsqu’il y a un crime plus ou moins collectif mais lorsqu’il y a intention d’extermination. Le cas n’est nullement prouvé en ce qui concerne les massacres des Arméniens par les Turcs."

"La définition du génocide appartient aux historiens

Je n’en ai pas fini avec mon impatience devant le projet de loi – à l’origine duquel on trouve des socialistes !- visant à pénaliser toute négation du "génocide" des Arméniens par les Turcs en 1911. Je m’aperçois d’ailleurs qu’en mettant des guillemets à "génocide", je tombe déjà sous le coup de cette future loi.

Alors je répète que les hommes politiques ne peuvent pas prétendre aux plus hautes responsabilités et au statut d’hommes d’Etat s’ils ne se rendent pas compte qu’accuser un autre pays de "génocide" à propos d’une tragédie sur laquelle les historiens continuent de se diviser - et alors que l’on s’apprête à saluer le 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, où, pendant la guerre que les Français y ont livrée, des opérations de type "génocidaires" leur ont été parfois reprochées -, c’est faire preuve d’une cécité déconcertante.

De toute manière, la définition du génocide appartient aux historiens, non aux politiques. On m’oppose qu’il y a en France, à la veille des élections, trois minorités arméniennes structurées, en Provence, à Lyon, en Ile de France, et que la loi envisagée a pour but de s’attirer leurs voix. La rivalité démocratique imposerait en somme, l’irresponsabilité.


Eh bien non ! Ce serait au contraire, à mes yeux, l’occasion exceptionnelle d’une politique bipartisane. Les grandes formations politiques de gauche et de droite devraient décider ensemble de renoncer à promulguer une nouvelle loi mémorielle, après les lois Gayssot et Taubira. Au moins ces deux dernières lois respectaient-elles l’esprit du Tribunal de Nuremberg : il y a génocide non pas simplement lorsqu’il y un crime plus ou moins collectif mais lorsqu’il y a intention d’extermination. Le cas n’est nullement prouvé en ce qui concerne les massacres des Arméniens par les Turcs.

Pour Israël, l’effet sera encore plus désastreux

J’apprends maintenant que les Israéliens n’entendent pas réserver aux Français l’exclusivité de l’erreur et qu’ils s’apprêtent à voter en faveur du désir des Arméniens d’être considéré comme un peuple victime d’un génocide. Pour Israël, l’effet sera encore plus désastreux.

Après avoir laissé passer l’occasion de se réconcilier avec la Turquie, en présentant quelques vagues formules d’excuses pour avoir abattu au moins cinq militants turcs de la cause Palestinienne qui avaient tenté de ravitailler par la mer la bande de Gaza, voici qu’ils vont achever de perdre la seule grande puissance musulmane qui était pour eux une alliée irremplaçable. Mais les Israéliens ne savent plus où ils vont. L'histoire retiendra le jour où ils ont demandé à leurs alliés politiques au sein des Etats-Unis d'organiser au Congrès une cérémonie injurieusement humiliante pour la Maison Blanche, en réservant une ovation historique à Benjamin Netanyahou qui venait pourtant de mettre en question l’autorité de Barack Obama."

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120104.OBS8050/les-nuees-de-2012.html

Voir également : La droiture de Rony Brauman : "Je serais bien en peine, à titre personnel, de dire s’il y a eu oui ou non un génocide en Arménie."

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