mardi 3 janvier 2012

Les Arméniens, des bons Aryens : rétrospective sur une obsession raciale du nationalisme arménien

Article dans le journal Hayasdan (publié à Sofia), n° 56, 19 août 1914 :

"La race mongole [les Turcs], funeste et traîtresse, attaque une fois encore, mais avec plus de violence, un des peuples les plus purs et les meilleurs de la race arienne [aryenne]. Ces luttes qui continuent depuis des siècles sous différentes formes ne sont autre que l'assaut d'une nation restée dans les ténèbres contre une autre qui ayant déjà parcouru le cycle des progrès sociaux, s'avance vers la lumière."


Mikaël Varandian, L'Arménie et la question arménienne, Laval, G. Kavanagh & Cie, 1917 :


"De toute façon, le peuple arménien est une branche de la race indo-européenne, de la grande famille Aryenne. La langue arménienne est cousine germaine du Zend, du grec, du latin." (p. 14-15)

"Le contraste est absolu entre l'élément arménien et son milieu ethnographique. Un petit fragment de race indo-européenne, placé entre des peuplades primitives et nomades appartenant à la race touranienne et professant une religion toute différente :

De là la grande tragédie de l'histoire arménienne." (p. 23)


K. Tahmazian, Turcs et Arméniens, plaidoyer et réquisitoire, Paris, H. Turabian, 1919 :


"Notons d'abord qu'il est absolument faux que Turc et Arménien soient de même origine asiatique. Cela est vrai seulement pour nos anciens maîtres, qui sont venus du fond de l'Asie et sont de la race touranienne. Quant aux Arméniens, ils sont de race aryenne et d'après les plus anciens historiens grecs (Hérodote, Strabon) et les plus réputés savants contemporains, ils sont venus de l'Occident, de la Thrace vers l'Asie Mineure, contrairement aux grandes émigrations des anciens temps qui se sont faites de l'Asie vers l'Occident." (p. 45)


Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007 :


"Les dirigeants kurdes [Khoyboun] et arméniens [Dachnak] tentent par ailleurs de convaincre le gouvernement iranien de soutenir la cause kurdo-arménienne au nom de la fraternité aryenne. Les plus grands défenseurs de cette « fraternité aryenne » sont les frères Bedir Khan, du côté kurde, et Roupen Ter Minassian, du côté arménien. L'idée d'une origine commune entre Kurdes et Arméniens n'était pas nouvelle. De même, l'idée de l'origine aryenne des Kurdes avait déjà été émise auparavant. En revanche, le projet d'union politique kurdo-arménienne justifiée par la filiation aryenne commune est un élément idéologique nouveau. En effet, l'objectif final de ces intellectuels est la création d'une « Confédération aryenne » formée par Arméniens et Kurdes. Pour assurer la survie de cette union des membres de la famille aryenne, la Perse est invitée à présider cette confédération.

Le projet de « Confédération aryenne » n'est cependant pas défini dans les détails. En outre, les autorités iraniennes auraient fait allusion aux propositions de Djeladet Bedir Khan déclarant qu'elles étaient « intéressantes mais utopiques ». Le but stratégique de cette démarche commune est évident car le Tachnak et la Ligue Khoyboun cherchent l'appui d'une force étrangère pour aider les rebelles regroupés autour du mont Ararat. (...)

Malgré la rupture des relations avec le parti Tachnak, les frères Bedir Khan continuent à clamer l'origine aryenne des Kurdes, en opposition aux Turcs (« Mongoles » ou « Tartares ») dans les brochures de la Ligue Khoyboun comme dans les revues qu'ils éditent. De même, dans la revue officielle du parti Tachnak, Roupen Ter Minassian défend l'union des peuples aryens comme un contrepoids au nationalisme turc avant même la conclusion de l'alliance avec le Khoyboun, ce qui met en évidence un certain engagement intellectuel avec cette idée." (p. 227-228)


Yves Ternon, La cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983 :


"Un membre du Bureau daschnak, le général Dro, un des héros de la résistance arménienne, et surtout un Arménien du Caucase, reçoit la mission (ou entreprend de son propre chef ?) de se rendre à Berlin, puis au Caucase. Assisté de plusieurs Arméniens pronazis, aidé du vieil arménophile allemand Paul Rohrbach et d'autres savants allemands arménophiles, Dro parvient à convaincre les Allemands que les Arméniens sont bien des aryens." (p. 131)


Cyril Le Tallec, La communauté arménienne de France : 1920-1950, Paris, L'Harmattan, 2001 :

"Dans un but de "clarification", on diffuse alors en France des ouvrages consacrés à la "pureté raciale" des Arméniens, tel Les Arméniens, Race, Origines ethno-raciales de R. Kherumian (Paris, Vigot, 1941) ou Die Armenische Nation (H. H. Sandel, 1943), très admiratif envers le Parti "national-révolutionnaire" Daschnak. Un quotidien collaborationniste publié à Paris, au ton prolétarien mais aux rédacteurs de droite, La France socialiste, décrira également la contribution des Arméniens à la défense de l'Occident ("Les marches orientales de l'Europe", septembre 1942). Quant à l'édition française du magazine italien Tempo du 8 octobre 1942, elle ne craint pas d'affirmer, au sujet de l'Arménie, que "c'est dans ces pays qu'il faut chercher l'incarnation de l'ancien idéal de beauté de la race Aryenne" ! Contacté par les Allemands, Charvach Missakian refuse catégoriquement de republier Haratch et de recruter, en échange de cette faveur, des ouvriers arméniens pour le Reich. Cependant, si la majorité des militants daschnaks se cantonne dans une neutralité vigilante, des Arméniens nantis n'hésiteront pas à s'afficher avec les Occupants. C'est le cas du grand fourreur S., ou du célèbre photographe U., lesquels multiplient les publicités (en allemand) dans le Pariser Zeitung. Mais il y a pire que la collaboration économique : dans L'Appel (l'hebdomadaire antisémite de la Ligue française), le diamantaire T. se proclamera ainsi, en mars 1941, "d'origine arménienne, catholique et aryen", afin de ne pas être confondu avec les locataires juifs de son immeuble..." (p. 186-187)


Voir également : Européanocentrisme et racisme biologique au sein de l'intelligentsia nationaliste arménienne

Le délire raciste et mortifère des ethno-nationalistes arméniens (dachnaks en l'occurrence) dans le texte

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien

L'antisémitisme arménien : quelques pistes à explorer

Comme les Iraniens, les Arméniens ont une identité issue de l'expansion brutale des Indo-Européens