dimanche 1 janvier 2012

Les constatations d'Adrien Léger sur les Arméniens en Cilicie

Adrien Léger, Mercure de France, 1er avril 1922, p. 269-270 :

"Monsieur le Directeur,

Je n'ai pas lu sans quelque surprise dans le Mercure de France du 1er mars le compte rendu d'un livre de M. Altiar sur le Problème de la Cilicie. Ayant séjourné moi-même en Cilicie et l'ayant parcourue de bout en bout, je n'ai pas trouvé confirmation de tout ce qu'avance M. Altiar. (...)

Pour la population, M. Altiar dit, ainsi que le résume M. Merki, qu' « elle y est arménienne, chaldéenne syrienne ; il y a même des musulmans non turcs, mais c'est à peu près tout ». J'avais constaté, au contraire, la prédominance de l'élément turc. Les Arméniens s'y trouvaient fort nombreux, mais c'étaient, pour la plupart, des réfugiés et non des sédentaires. Ils occupaient à Adana, entre autres, un immense camp de baraques, situé entre l'Intendance et le Seyboun. J'ajouterai que ces populations, logées, nourries, le plus souvent vêtues par nous (je ne me souviens pas si à Adana comme à Alexandrette elles étaient payées) se refusaient systématiquement a travailler à l'intendance ou à tout autre service où elles auraient pu se rendre utiles. (...)

Le commerce est aux mains des Grecs et aussi des Juifs, ils détiennent les minoteries d'Adana et toutes les boutiques importantes. Les rares Arméniens qui se livraient au petit commerce se faisaient toujours remarquer par leur âpre avidité au gain. (...)

En ce qui concerne les secours que nous ont prêtés les Arméniens, je vous signalerai la formation d'une légion arménienne, qu'à l'encontre de la légion syrienne on a dû dissoudre, également celle d'une gendarmerie arménienne à opinions très changeantes. Je ne vous citerai que celle d'Osmanié qui disparut derrière les canons turcs après un bombardement un peu fort de leur part. (...)

Il est bien entendu, du reste, que je me suis borné au compte rendu de M. Charles Merki. Je regrette infiniment de ne pas arriver à la même conclusion que M. Altiar : défiance envers les Turcs. Je ne puis m'empêcher d'avouer ma sympathie pour eux, sympathie que je partage avec la majorité de ceux qui virent et jugèrent les Turcs chez eux, (et que ceux-ci nous rendent d'ailleurs)."

Adrien Léger, Mercure de France, 15 juin 1922, p. 844-845 :


"Monsieur le Directeur,

Je lis dans le Mercure de ce jour une réponse de M. Altiar à ma lettre insérée dans le numéro du 1er avril. Je n'ai jamais mis en doute la bonne foi de M. Altiar, ni celle de ses informateurs. Mais on peut, de la meilleure foi du monde, négliger certains points. La haute autorité du colonel Brémont, sous laquelle M. Altiar place ses sources, ne peut que donner plus de valeur morale à sa brochure, et je m'en voudrais de me prononcer à ce sujet. (...)

Je ne demande pas mieux que d'être convaincu de l'héroïsme de la Légion arménienne, mais les preuves n'abondent guère. Je sais, au contraire, pertinemment, que les éléments civils montraient peu d'empressement à nous venir en aide et peu de courage dans l'exécution des mêmes travaux qu'on leur donnait à faire (manutentions diverses dans les intendances pour les hommes ; réparation ou lavage de sacs, pour les femmes).

Soyez convaincu, d'ailleurs, que je ne cherche nullement une querelle de petits détails à M. Altiar ; mais j'ai cru que je devais signaler aux lecteurs du Mercure ce que, d'après mes constatations, je croyais différent de ses affirmations. (...)

Je n'ai pas dit, du reste, que les Turcs avaient de l' « amitié » pour nous. J'ai écrit qu'ils nous rendaient notre sympathie, entendant par là qu'ils nous préféraient à d'autres que je ne nommerai point, et les évènements de mai 1920 à Constantinople ne me contredisent pas, je crois."

Voir également : En réponse à l'inculte Sarkozy, le professeur Kemal Çiçek (de la Türk Tarih Kurumu) exhume un document troublant des archives nationales américaines : en Cilicie, en 1920, l'armée française se serait retournée contre ses supplétifs arméniens et aurait vidé la région de la population arménienne

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