samedi 7 janvier 2012

Les divergences du Comité Union et Progrès d'Ahmet Rıza avec la FRA-Dachnak (et le prince Sabahattin) au sein de l'opposition anti-hamidienne : la question de l'intervention étrangère et du terrorisme nihiliste

François Georgeon, "Le dernier sursaut (1878-1908)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 571-573 :

"C'est à Paris, qui demeurait malgré tout le centre des activités jeunes-turques, qu'eut lieu le congrès de 1902. Réuni à l'initiative des fils de Dâmâd Mahmûd Pacha, pour unifier le mouvement jeune-turc, le congrès consacra en fait sa division. Si tous les délégués étaient tombés d'accord sur la nécessité d'impliquer l'armée dans un changement politique que la seule propagande ne pouvait espérer réaliser, ils se séparèrent sur la question de l'intervention de l'Europe pour obtenir le rétablissement de la Constitution. Le recours aux puissances européennes (il s'agissait bien entendu de la France et de l'Angleterre) était souhaité par les délégués non turcs, notamment les Arméniens, et par Sabâheddîn et ses amis. Ahmed Rïza et ses partisans s'y opposèrent farouchement, considérant que cela impliquait un danger extrême pour l'empire, mais, mis en minorité, ils refusèrent de se ranger à l'avis de la majorité. Le mouvement jeune-turc était désormais divisé en deux factions, celle de Sabâheddîn et celle d'Ahmed Rïza. (...)

L'un des problèmes fondamentaux auxquels les Jeunes-Turcs se trouvaient confrontés était celui du passage à l'acte : comment une poignée d'exilés disposant de peu de moyens matériels et éloignés de la Turquie allaient-ils pouvoir transformer le régime et rétablir la Constitution ? Le recours à l'Europe ? On a vu qu'il ne faisait pas l'unanimité dans les rangs des opposants. La violence et le terrorisme ? Sur ce point également, ils étaient en désaccord. Sabâheddîn pencha un moment pour cette solution, mais la tentative qu'il cautionna en 1903, plus ou moins soutenue par la Grande-Bretagne, tourna court. Plus légaliste, Ahmed Rïza refusait la dérive vers les méthodes des nihilistes russes. Restait l'armée. Sur ce point, les Jeunes-Turcs étaient d'accord : il était indispensable de la gagner à la cause révolutionnaire. En 1906, Ahmed Rïza fit paraître au Caire une brochure à ce sujet, intitulée : Devoir et responsabilité : le soldat. Il y expliquait le rôle que l'armée était appelée à jouer dans la défense et les progrès de l'Empire ottoman. Ce rôle avait changé, il était passé de la conquête à la défense du pays, de la ghazâ au patriotisme. Les officiers étant les éléments les plus qualifiés et les plus patriotes de la nation, il leur revenait de guider la vie politique du pays. En particulier, face au despotisme hamîdien qui conduisait à sa perte, Ahmed Rïza demandait à l'élite militaire d'assumer son devoir révolutionnaire. En publiant cette brochure, Ahmed Rïza traduisait un phénomène qui était en train de se réaliser : la relève de l'opposition jeune-turque en exil par des officiers turcs."

François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003, p. 382 :


"En février 1902, quarante-sept délégués se retrouvent sous la présidence de Sabahaddin. Parmi eux, il y a une importante représentation des comités arméniens, très actifs durant tout le congrès, des Grecs et également quelques Albanais. Mais très vite des désaccords profonds apparaissent entre Sabahaddin soutenu par les Arméniens, les Grecs et les Albanais, et le groupe d'Ahmed Rıza qui se trouve mis en minorité. Le désaccord porte sur deux points : l'intervention de l'Europe et le recours à la violence, deux thèmes que récusent absolument Ahmed Rıza et ses amis ; ceux-ci sont en particulier persuadés que l'immixtion de l'Europe dans les affaires de l'Empire mettra fin à l'indépendance ottomane.

L'opposition jeune-turque est donc divisée, principalement sur la question du rôle de l'Europe et de son intervention dans les affaires ottomanes."

Voir également : Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens

Istanbul, 1890-1896 : les provocations des comités terroristes arméniens


Les troubles sanglants provoqués par les comités arméniens sous Abdülhamit II







1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Entente et contre l'Empire ottoman