lundi 9 janvier 2012

Les prétendus "génocides" arménien et algérien : le fil rouge de la stratégie soviétique de déstabilisation de l'Alliance atlantique durant la Guerre froide

Gaïdz Minassian, Géopolitique de l'Arménie, Paris, Ellipses, 2005 :

"De 1953 à 1965, l'Arménie soviétique s'acclimate au dégel de l'après-Staline. Le nouveau pouvoir aux mains de Kroutchev multiplie les gestes symboliques : libéralisation des régimes locaux, sacralisation de figures nationalistes, réhabilitation d'une mémoire nationale, libération de prisonniers politiques, dont certains dachnaks. A cette restitution encore partielle du patrimoine national, s'ajoute un vaste programme de modernisation de l'Arménie soviétique. Démographie en hausse, urbanisation accélérée mais sauvage, élection d'un jeune évêque, Vasken Ier, à la tête de l'Eglise arménienne en 1955, forte croissance industrielle avec usines et combinats, amélioration du système de santé et des réseaux scolaires, désignation de Yakov Zaroubian, un Arménien originaire de Turquie, émergence d'une vie culturelle dense, développement d'une intelligentsia nationale communiste, encouragements aux productions cinématographiques à la gloire du communisme et échanges culturels avec les milieux progressistes en exil, dont le moment fort est la rencontre à Erevan entre une délégation d'Arméniens de diaspora et Kroutchev, en mai 1961. Un nouveau plan de rapatriement est organisé au tournant des années 1960, cette fois-ci sans conditions. (...)

Ainsi le nationalisme est-il devenu une réalité présente à chaque échelon de la société soviétique arménienne, au point qu'à Erevan, on se réjouit de la création d'un comité chargé des relations avec la diaspora et que l'intelligentsia locale soutient la pétition signée en 1962 par 2 500 Arméniens de la région autonome du Nagorny-Karabakh appelant Moscou à rattacher l'enclave à la RSS d'Arménie. En d'autres termes, plus la République retrouve ses intonations nationales, plus le haïtadisme fait un retour remarqué dans le débat public. C'est dans ce sens qu'il faut appréhender le dégel soviéto-dachnak lors des manifestations de commémoration du cinquantenaire du génocide arménien à Erevan en 1965, symbole du réveil identitaire d'une nouvelle génération d'Arméniens soviétiques. Descendus dans les rues, ils se réapproprient leur mémoire et réclament le retour des territoires arméniens de Turquie à leur légitime propriétaire. La puissance du mouvement dépasse le périmètre d'une manifestation, les idées évoluent, les mentalités bougent, les comportements se désinhibent ; bref, l'Arménie soviétique change, à telle enseigne, que tous les observateurs ont vu dans le mouvement du Karabakh de 1988 un clin d'œil, une parenté même, avec le mouvement fondateur de 1965. (...)

La politique de la Turquie en Méditerranée orientale et au Proche Orient rapproche les lectures que font communistes et dachnaks des crises internationales : crispations gréco-turques en 1955, tension turco-syrienne en 1957, crise des fusées en 1962. A chaque développement, les deux camps réajustent leur stratégie autour d'une polarisation sur la Turquie." (p. 23-24)

"La RSS d'Arménie a suivi à la lettre les indications du léninisme en matière de question nationale ; ce qui lui a permis de s'ouvrir la voie du haïtadisme de soumission à l'ordre soviétique, alors que la FRA s'engage dans une stratégie anti-turque, avec le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) dans une main et le Commando des justiciers du génocide arménien, dans l'autre. A partir de 1975, Erevan veut en effet montrer à la FRA qu'il existe plusieurs orientations pour combattre la Turquie : le cortège d'un million de personnes conduites par Demirdjian lors du soixantenaire du génocide, l'édition du 24 avril 1975 de La Pravda consacrant une longue étude en russe sur le génocide arménien en témoignent." (p. 26)

Jacques Simon, Algérie : l'abandon sans la défaite, 1958-1962, Paris, L'Harmattan, 2009 :

"Les événements de décembre [1960] eurent un grand retentissement à l'ONU pendant le débat ouvert sur l'Algérie. Dès le 12 décembre, Yazid se lance dans une grande opération de propagande, parlant de « génocide du peuple algérien » et affirmant que de Gaulle était incapable de régler seul le conflit algérien. Le relais est pris par Krim Belkacem, le chef de la délégation algérienne, entouré de Francis, Boumendjel, Ben Yahia, Dahlab, qui retrouveront à New York l'efficace Abdelkader Chanderli, délégué auprès de l'ONU. Soutenu par Khrouchtchev, Krim remporte un vif succès.

« Assistant à la décisive quinzième session des Nations unies, Belkacem Krim avait, pour la première fois, rencontré en personne Khrouchtchev qui lui avait serré les deux mains et avait posé avec lui pour les photographes dans une attitude presque affectueuse. A une réception, quarante huit heures plus tard, Khrouchtchev avait informé Krim, comme tout à fait en passant, que l'URSS était sur le point de reconnaître de facto le GPRA. [...] L'importante délégation algérienne à l'Assemblée de l'ONU se trouvait entourée d'une chaleureuse auréole de bonne volonté parmi les représentants du tiers monde, conséquence des efforts du FLN depuis 1955, pour « internationaliser » la guerre. » " (p. 234)

Voir également : L'amitié franco-turque

Le contexte international de la formulation de la revendication génocidaire arménienne (1965)

Les relations des trois principaux partis nationalistes arméniens (Ramkavar, Hintchak, Dachnak) avec le totalitarisme soviétique

L'union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique

Grossière duplicité de l'activisme arménien