vendredi 13 janvier 2012

A méditer : les liens étroits entre francophobie et turcophobie dans les "Weltanschauungen" nationalitaires arménienne et algérienne

Pour ceux qui douteraient encore que les tensions qui secouent la relation franco-turque séculaire sont artificiellement attisées par des acteurs externes et hostiles, les prises de positions ahurissantes de plusieurs personnalités nationalistes algériennes devraient avoir valeur de preuve à charge indéniable : les intérêts convergents des deux nations sont bien menacés par des extrémistes doublement haineux, à la faveur de la naïveté de certains Français et de certains Turcs.

Ainsi le Premier ministre Ahmed Ouyahia a déclaré :

"La Turquie, qui était membre de l’Otan pendant la Guerre d’Algérie, et qui l’est encore, avait participé, de par sa qualité de membre de cette Alliance, à fournir des moyens militaires à la France dans sa guerre en Algérie, au moins par l’achat d’une bombe larguée en Algérie ou d’une balle tirée contre des Algériens."

"Même le dey Hocine (dey de la régence d’Alger au moment du débarquement des troupes militaires françaises à Alger en 1830) avait quitté le pays trois jours après l’invasion d’Alger par les troupes militaires du roi Charles X."

Source : http://www.latribune-online.com/evenement/62461.html

Abdelhamid Salakdji, président d'une "Fondation du 8 Mai 1945", a renchéri :

"Le génocide turc est condamnable, certes, mais il ne faut pas faire dans les deux poids deux mesures et balayer les atrocités commises par le colonialisme français en Algérie."

Source : http://www.elwatan.com/weekend/contrechamps/les-derapages-du-soldat-ouyahia-13-01-2012-154688_184.php

Quant au journaliste Kamel Daoud, il a exprimé toute l'aversion délirante que lui inspiraient les Turcs :

"Les frères Barberousse, anciens pirates, devenus protecteurs des gens d’Alger face aux espagnols au XVIième siècle ne se gêneront pas pour offrir l’Algérie comme butin à la porte Sublime( Istambul). Le pays ne sera pas colonisé par les vignes, «l’œuvre positive», les gaulois et les fermes, mais par l’impôt, les taxes et la dîme. La colonisation ottomane a laissé, enfin, en Algérie quelque bons reflexes politiques qui persistent jusqu’à maintenant: la tradition de la désignation du Dey par des officiers et selon les soldes qu’il promet, le racisme urbain face aux «hordes» rurales, le centralisme confirmé encore plus par la colonisation française, la culture de la piraterie et de la flibusterie comme économie de base, la rente, autrefois guerrière, aujourd’hui pétrolière, le rapport malsain au bien public, les divisions du pays en tribus, caïds, makhzen et territoires en révoltes permanentes."

Source : http://www.slateafrique.com/80865/france-turquie-algerie-bouteflika-erdoganune-dispute-entre-deux-colons

Une turcophobie éhontée et sans nuance (qui n'est que la soeur jumelle d'une francophobie obsédante) donc, que ne renieraient pas les adeptes balkaniques de l'épuration ethnique : eux aussi font des Ottomans des boucs-émissaires responsables de tous leurs tracas (alors que la Turquie est moins corrompue que la Grèce et l'Algérie), eux aussi parlent de "nuit ottomane" barbare et oppressive (alors que la Régence d'Alger était indépendante de facto de la Porte, à cause de l'attitude insoumise et des ambitions des deys, cf. André Raymond, "Les provinces arabes (XVIe-XVIIIe siècle)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 409-411).

Quant à la francophobie du nationalisme arménien anti-turc, elle n'est plus à démontrer : elle s'est notamment manifestée par le sabotage de la politique française en Cilicie et l'attentat d'Orly (qui faucha la vie à 8 personnes dont 4 Français, sans compter le très grand nombre de blessés).

Que chacun prenne donc un recul judicieux et nécessaire, pour ne pas tomber dans ce traquenard écoeurant.

Voir également : Les prétendus "génocides" arménien et algérien : le fil rouge de la stratégie soviétique de déstabilisation de l'Alliance atlantique durant la Guerre froide

La FRA-Dachnak et le tiers-mondisme arabe

L'amitié franco-turque

"Génocide arménien" : la parole aux historiens turcologues et islamologues