mardi 28 février 2012

Mauvaise nouvelle pour Erevan : accord israélo-azéri sur la fourniture d'un matériel militaire d'un montant d'un milliard et demi de dollars

Numéro 1080 - 27.02.2012 - 4 AdarI 5772
Israël - Défense : important contrat d'armement avec l'Azerbaïdjan sur fond de tension avec l'Iran
par Gerard Fredj
Les responsables de la défense israélienne ont confirmé dimanche la vente d'armes à l'Azerbaïdjan, pour un montant d'un milliard et demi de dollars.


L'accord comprend en particulier la fourniture de drones, de missiles sol-air, et de systèmes de défense anti-missiles.


C'est annonce intervient alors qu'Israël tente de créer de nouveaux liens diplomatiques avec des pays d'une région voisine de l'Iran qui lui est réputée hostile.

On ne peut pas ne pas rapprocher cette vente de matériels de haute technologie d'une possible intervention militaire israélienne sur l'Iran, pays frontalier de l'Azerbaïdjan, même si ce type d'accord prend de longs mois, voir de longues années à être négocié.

Selon Dany Yatom, un ancien chef du Mossad, "Israël continuera de fournir des armes à ses alliés, si cela nous aide à faire face à l'Iran, tant mieux".

Les liens d'Israël avec l'Azerbaïdjan, une république musulmane née de l'éclatement de l'union soviétique, se sont considérablement renforcés au fur et à mesure que les relations avec un autre voisin de l'Iran, la Turquie, se dégradaient.

Pour Israël, dans une période de forte tension avec l'Iran, l'Azerbaïdjan représente un allié stratégiquement important, non seulement en raison de la frontière commune entre les deux pays, mais également des échanges avec l'importante communauté azeri en Iran.

Plusieurs tentatives d'attentats contre des diplomates israéliens ont été déjoués, dont une visant l'ambassadeur d'Israël Michael Lotem, contribuant à un vif regain de tension entre ce pays et son voisin iranien, qui à son tour, a accusé l'Azerbaïdjan de laisser les agents du Mossad opérer depuis son territoire.
Source : http://www.israel-infos.net/Israel--Defense--important-contrat-d-armement-avec-l-Azerbaidjan-sur-fond-de-tension-avec-l-Iran-8273.html

Voir également : Mauvaise nouvelle pour Erevan : 60 drones israéliens pour l'Azerbaïdjan

Mauvaise nouvelle pour Erevan : l'Azerbaïdjan obtient des drones israéliens sous licence

Mauvaise nouvelle pour Erevan : les relations entre l'Azerbaïdjan et Israël sont toujours au beau fixe

Israël : Danny Ayalon et Avigdor Lieberman contre la "reconnaissance" du prétendu génocide arménien

Avigdor Lieberman exprime son opposition à la criminalisation de la "négation" du prétendu "génocide" arménien

L'Arménie et la carte de l'islamisme iranien

Le Conseil constitutionnel repousse les ingérences liberticides d'un ethno-nationalisme étranger en France

"LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL,

Vu la Constitution ;

Vu l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 modifiée portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;

Vu la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

Vu le code pénal ;

Vu les observations du Gouvernement, enregistrées le 15 février 2012 ;

Vu les observations en réplique présentées par les députés requérants, enregistrées le 21 février 2012 ;

Le rapporteur ayant été entendu ;

1. Considérant que les députés et sénateurs requérants défèrent au Conseil constitutionnel la loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi ;

2. Considérant que l'article 1er de la loi déférée insère dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse un article 24 ter ; que cet article punit, à titre principal, d'une peine d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ceux qui « ont contesté ou minimisé de façon outrancière », quels que soient les moyens d'expression ou de communication publiques employés, « l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide défini à l'article 211-1 du code pénal et reconnus comme tels par la loi française » ; que l'article 2 de la loi déférée modifie l'article 48-2 de la même loi du 29 juillet 1881 ; qu'il étend le droit reconnu à certaines associations de se porter partie civile, en particulier pour tirer les conséquences de la création de cette nouvelle incrimination ;

3. Considérant que, selon les auteurs des saisines, la loi déférée méconnaît la liberté d'expression et de communication proclamée par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ainsi que le principe de légalité des délits et des peines résultant de l'article 8 de cette Déclaration ; qu'en réprimant seulement, d'une part, les génocides reconnus par la loi française et, d'autre part, les génocides à l'exclusion des autres crimes contre l'humanité, ces dispositions méconnaîtraient également le principe d'égalité ; que les députés requérants font en outre valoir que le législateur a méconnu sa propre compétence et le principe de la séparation des pouvoirs proclamé par l'article 16 de la Déclaration de 1789 ; que seraient également méconnus le principe de nécessité des peines proclamé à l'article 8 de la Déclaration de 1789, la liberté de la recherche ainsi que le principe résultant de l'article 4 de la Constitution selon lequel les partis exercent leur activité librement ;

4. Considérant que, d'une part, aux termes de l'article 6 de la Déclaration de 1789 : « La loi est l'expression de la volonté générale... » ; qu'il résulte de cet article comme de l'ensemble des autres normes de valeur constitutionnelle relatives à l'objet de la loi que, sous réserve de dispositions particulières prévues par la Constitution, la loi a pour vocation d'énoncer des règles et doit par suite être revêtue d'une portée normative ;

5. Considérant que, d'autre part, aux termes de l'article 11 de la Déclaration de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » ; que l'article 34 de la Constitution dispose : « La loi fixe les règles concernant... les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques » ; que, sur ce fondement, il est loisible au législateur d'édicter des règles concernant l'exercice du droit de libre communication et de la liberté de parler, d'écrire et d'imprimer ; qu'il lui est également loisible, à ce titre, d'instituer des incriminations réprimant les abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication qui portent atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers ; que, toutefois, la liberté d'expression et de communication est d'autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés ; que les atteintes portées à l'exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi ;

6. Considérant qu'une disposition législative ayant pour objet de « reconnaître » un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi ; que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide « reconnus comme tels par la loi française » ; qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, l'article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n'en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution,


D É C I D E :

Article 1er.- La loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi est contraire à la Constitution.

Article 2.-La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française.

Délibéré par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 28 février 2012, où siégeaient : M. Jean-Louis DEBRÉ, Président, M. Jacques BARROT, Mme Claire BAZY MALAURIE, MM. Guy CANIVET, Michel CHARASSE, Renaud DENOIX de SAINT MARC, Valéry GISCARD d'ESTAING et Pierre STEINMETZ."

Source : http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2012/2012-647-dc/decision-n-2012-647-dc-du-28-fevrier-2012.104949.html

Voir également : Le "modèle" répressif arménien et dachnak importé en France par Valérie Boyer

Les sénateurs français font preuve de patriotisme et rejettent les revendications impudentes des communautaristes arméniens

lundi 27 février 2012

Les circonstances des émeutes anti-arméniennes de Bakou en janvier 1990

Anahide Ter Minassian, Histoires croisées : diaspora, Arménie, Transcaucasie, 1880-1990, Marseille, Parenthèses, 1997, p. 113 :

"A la fin du mois de décembre 1989, la tension est à son comble dans le nord du Gharabagh et à Bakou, où l'incapacité des autorités locales à trouver une solution au douloureux problème créé par l'afflux des 170 000 réfugiés azeris (absence de logement et de travail dans une région gravement touchée par la crise économique) a exaspéré la haine contre les Arméniens. Prévisible et prédite depuis plusieurs mois, la « guerre » entre Arméniens et Azeris débute le 13 janvier 1990 par des prises d'otages réciproques dans la région de Chahoumian et par des pogroms d'Arméniens qui font officiellement 56 morts à Bakou et donnent le signal d'une insurrection azerie contre Moscou. L'extrême gravité d'une situation mal maîtrisée et aux conséquences imprévisibles n'échappe à personne et la position de Mikhaïl Gorbatchev semble sérieusement ébranlée. L'armée soviétique rétablit par la force l'ordre à Bakou. L'état de siège est décrété à Bakou et dans le Haut-Gharabagh. La frontière avec l'Iran et la Turquie qui avait littéralement implosé sous la pression de la population azerie du Nakhitchevan est de nouveau contrôlée par les soldats soviétiques et l'internationalisation de la « question azerie » a été évitée. Vezirov a été limogé et des milliers d'Arméniens et de Russes ont dû être évacués de Bakou."



Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 329-334 :

"(...) les Arméniens ne relâchaient pas la pression. Le Soviet suprême à Erevan, avec le soutien du nouveau premier secrétaire, adopta le 15 juin [1988] une résolution en faveur du rattachement du Karabagh, à laquelle répondit aussitôt une résolution inverse à Bakou. Après une intervention de Gorbatchev, hostile à toute modification frontalière, l'assemblée du Karabagh vota à nouveau le 12 juillet pour l'unification, infligeant un camouflet à l'autorité du premier secrétaire. Une commission spéciale d'observation venue de Moscou s'installa à Stepanakert le 18 juillet et instaura la loi martiale en septembre. Le Soviet suprême d'URSS se prononça à son tour pour le statu quo.

Le très meurtrier tremblement de terre du mois de décembre en Arménie fut le moment choisi par Gorbatchev pour arrêter les animateurs du Comité Karabagh et restaurer le magistère du Parti. En janvier 1989, la région autonome du Haut-Karabagh fut placée sous l'administration directe de Moscou, qui la soustrayait ainsi nominalement aux deux protagonistes.

Sur un plan institutionnel, l'affaire était bloquée. Sur le terrain, les choses en allaient autrement. Les échauffourées intercommunautaires et les attaques de convois se poursuivirent sous les yeux des militaires soviétiques qui semblaient impuissants à les maîtriser. Dans le courant 1989, la situation dégénéra avec des opérations d'interruption du trafic ferroviaire. Des jets de pierre, des tirs, du sabotage sur la voie ferrée qui relie Bakou à Djoulfa se multiplièrent sur le tronçon qui traverse le territoire arménien, isolant le Nakhitchevan. Les représailles touchèrent un mouvement politique azéri naissant qui perturbait la circulation des trains à destination de la Géorgie et de l'Arménie. Le manque de combativité du Parti en Azerbaïdjan sur la question du Haut-Karabagh avait engendré des formations qui voulaient se faire entendre et peser sur le cours des événements.

La soudaine apparition à Bakou de milliers de réfugiés errants en ville avait suscité une vaste prise de conscience de la gravité de la situation. L'Etat central tout-puissant, souvent brutal mais auréolé d'invincibilité, apparaissait vulnérable aux yeux de ceux qui avaient appris à le craindre et à s'y soumettre. Le pouvoir s'organisa tant bien que mal pour leur donner au moins un abri. (...)

Le 28 novembre 1989, devant l'échec de ses efforts de conciliation, Moscou abolit l'administration directe du centre sur le Haut-Karabagh, réinstaura la souveraineté de Bakou, ce que le Front populaire analysa comme une victoire sur le principe. L'abolition impliquait la restauration de l'assemblée locale aux mains des Arméniens et la présence de 5 000 hommes du ministère de l'Intérieur (MVD) qui tentaient de s'interposer dans de fréquentes confrontations entre les membres des deux nations, encore plus meurtrières depuis la formation des milices armées. L'Azerbaïdjan émit des réserves sur ces deux mesures limitant sa souveraineté. Quelques jours plus tard, critiquant aussi le nouveau statut qui ne se conformait pas à ses exigences, Erevan prononça l'annexion du Haut-Karabagh. La trêve était rompue. Bakou annula les deux dispositions contestées. Désormais, les décisions de Moscou étaient ignorées tandis que Gorbatchev n'était plus écouté qu'à l'Ouest, où il fut élu « Homme de l'année » et pressenti comme futur prix Nobel de la paix... Dans la foulée de sa décision, le 10 janvier 1990, Erevan incorpora le Karabagh dans les comptes de son budget et proclama que les lois fédérales n'entreraient plus en vigueur en Arménie qu'avec son accord. La sédition était complète et le pouvoir soviétique ridiculisé. Moscou n'agit pas. (...)

Les dissensions au sein du Front populaire s'accentuèrent. Panakhov, un des animateurs de la branche la plus radicale, à l'islam le plus voyant, rompit avec le mouvement et disparut pendant deux ans en Turquie et en Iran. Les plus modérés fondèrent le Parti social-démocrate autour de Zardoucht Alizadeh et de Leila Younoussova, tandis que le courant d'Etibar Mammedov, Rahim Gaziev et Aboulfaz Eltchibey s'imposa à la direction du Front populaire. On annonça bientôt que des hélicoptères arméniens avaient débarqué des combattants dans la région de Khanlar et s'étaient attaqués à des villageois azéris. Les blocages de convois ferroviaires s'intensifièrent en représailles alors que des actes de guerre se développèrent sur le terrain au Karabagh. Dans ce contexte très tendu, un nouveau pogrom antiarménien eut lieu en plein Bakou pendant le week-end du 13-14 janvier 1990. Profitant d'un meeting du Front populaire, une foule ivre de violence, composée de réfugiés, expulsa des familles de leurs appartements, pilla et tua les nombreux Arméniens qui étaient restés en ville, devant des forces de l'ordre passives.

Comme à Soumqaït, nombreux furent les héros anonymes qui cachèrent leurs voisins arméniens et les prirent sous leur protection, tandis que des milices du Front populaire, et parfois ses militants, risquèrent leur vie pour les regrouper en lieux sûrs hors de la ville. D'autres restèrent passifs et certains prirent part aux brutalités. Un des responsables du Front populaire, Etibar Mammedov, déclara quelques jours plus tard que les dirigeants de son mouvement avaient demandé au ministre de l'Intérieur azerbaïdjanais de disperser les foules. En vain. Ces deux jours coûtèrent la vie à 32 Arméniens et à un nombre indéterminé d'Azéris. De nombreux Russes, effrayés par la tournure des évènements sans en être la cible, quittèrent la ville dans les semaines qui suivirent. (...)

L'état d'urgence fut proclamé le 15 janvier 1990, le lendemain de l'arrivée d'Evgueni Primakov, qui annonça l'envoi d'une armée de 11 000 hommes en Azerbaïdjan et en Arménie. Des unités blindées devaient se rendre à la frontière iranienne. Le pogrom était un succès : provoquer des troubles anti-Arméniens à la faveur d'une manifestation du Front populaire, lui en faire porter la responsabilité puis l'accuser de tentative de renversement du pouvoir soviétique en Azerbaïdjan. La troupe pouvait venir rétablir l'ordre pour protéger la sécurité des citoyens. Ce qu'elle fit sans état d'âme le 20 janvier à 0 heure, début de l'assaut contre Bakou. Des provocations répétées par des professionnels du KGB suscitèrent des tirs en riposte de la part d'une armée comprenant de nombreux appelés.

L'engrenage était lancé, causant 150 morts, 715 blessés et 400 disparus, dont les corps auraient été jetés en mer du haut d'hélicoptères. Une quarantaine de responsables du Front populaire furent arrêtés. Le but était bien de mettre un terme à la fronde de l'Azerbaïdjan, et de briser le mouvement qui la menait, par un spectaculaire pogrom anti-Azéris qui devait avoir une valeur exemplaire. La presse occidentale passa presque sous silence la normalisation de l'Azerbaïdjan opérée au moyen d'une véritable opération de guerre contre la population civile. Le président américain, George Bush, déclara qu'il comprenait le besoin de Gorbatchev de maintenir l'ordre. La presse, retenue à Moscou, était trop mal informée pour y voir autre chose que la volonté de protéger des chrétiens arméniens et russes isolés dans les marches lointaines de l'empire et cacha mal un soupir de soulagement. Fort heureusement, les 22 morts de Tbilissi l'année précédente en avril 1989 et, l'année suivante, les 14 morts de Vilnius en 1991, suscitèrent une juste émotion. Il y eut un blanc en 1990. Seules les autorités d'Erevan protestèrent contre la répression qui s'était abattue sur Bakou. Gorbatchev avait le choix de frapper l'Arménie ou l'Azerbaïdjan pour restaurer l'autorité du pouvoir central. Il a choisi Bakou, sachant que les conséquences en seraient moins sonores."


Voir également : Le prétendu "pogrom nationaliste azéri" de Soumgaït en 1988 : une manipulation communisto-mafieuse ?

Histoire des Arméniens dans le Caucase : le déchaînement de la violence nationaliste arménienne à l'occasion de la décomposition soviétique

samedi 25 février 2012

Le millet arménien au XIXe siècle : ascension socio-économique, apogée de l'autonomie structurelle interne et montée du nationalisme

Robert Mantran, Histoire d'Istanbul, Paris, Fayard, 1996, p. 300-301 :

"Les Arméniens profitent de l'élan des modernisations et affermissent leurs positions dans la société ottomane. Malgré les dangers de leur métier qui les expose à des confiscations de biens, à l'exil (voire à être exécutés), les financiers arméniens ont persévéré. Ils ont pu ainsi s'introduire dans les milieux dirigeants, en prêtant des sommes souvent considérables à de hauts personnages (y compris les sultans) et en obtenant l'attribution de fermes importantes. Dans les finances publiques, ils ont désormais supplanté les banquiers juifs, et à partir de 1856 occupent des postes dans les ministères ou dans les sociétés étrangères. Très liés avec les représentants et les marchands des nations européennes, on les trouve aussi dans les échelles.

Si les Arméniens doivent craindre une chose, c'est la menace qui pèse sur la cohésion de leur communauté. Face à la communauté arménienne catholique (elle ne compte en 1826 qu'un millier de personnes), les Arméniens convertis au protestantisme obtiennent en 1850 le droit de constituer une communauté indépendante, dirigée par un évêque assisté d'un conseil religieux et d'un comité laïc. A l'invitation de cette « nation arménienne protestante », les Arméniens grégoriens, très majoritaires, obtiennent à leur tour en 1863 un règlement qui « laïcise » la vie de leur communauté : une assemblée de cent quarante membres est instituée, où les laïcs sont en majorité. Cette assemblée, qui élit deux conseils, l'un religieux et l'autre civil, se transforme assez rapidement en parlement de la communauté, et ses membres les plus radicaux vont jusqu'à réclamer l'autonomie des provinces peuplées d'Arméniens, revendication que soutiennent les patriarches Khrimian et Varjabedian.

Bien que largement présents dans les diverses structures du gouvernement ottoman, les Arméniens expriment de plus en plus un sentiment national, entretenu et favorisé par une diaspora arménienne très active et par la bienveillance des grandes puissances étrangères6. Des mouvement politiques arméniens ont lieu à Istanbul même : en 1890, en 1895 devant la Sublime Porte, en 1896 en occupant le siège de la Banque ottomane. Par la suite, ils se divisent, certains se rapprochant du mouvement jeune-turc.

6. Le mouvement ne se limite pas à Istanbul : après le soulèvement de la région de Sasun contre les Kurdes en 1894, durement réprimé, des révoltes éclatent dans la région de Zeytun entre 1894 et 1896."

Voir également : Le XIXe siècle, l'âge d'or des Arméniens d'Istanbul







jeudi 23 février 2012

La turcophobie exacerbée de l'historiographie arménienne et les buts stratégiques de l'URSS vis-à-vis de la Turquie : éclaircissement du cas de la RSS d'Arménie par celui de la RSS de Géorgie

Thornike Gordadze, entretien avec William Gueraiche pour Outre-Terre, n° 10, 2005/1, p. 317-318 :

"(...) c’est l’historiographie russe des Tsars et des Soviétiques qui a en réalité produit une image négative de la Turquie chez les Géorgiens. En particulier durant la première moitié du XXe siècle et surtout pendant les années 1940-1950, les Soviétiques promeuvent une historiographie géorgienne nationaliste et très anti-turque parce que Moscou projetait l’invasion de la Turquie, en tout cas de la partie nord-est de l’Anatolie. Les travaux qui ravivaient les irrédentismes géorgien et arménien devaient apporter une légitimité à cette offensive."

Thornike Gordadze, publication : "Géorgie : un nationalisme de frontière", rapport du Fonds d'Analyse des Sociétés Politiques (FASOPO) : "Legs colonial et gouvernance contemporaine", volume I, décembre 2005, p. 162-164 :

"(...) les relations turco-soviétiques se sont progressivement dégradées au long des années 1930 et se sont franchement envenimées à partir de 1944. Présageant la sortie victorieuse de la seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique préparait une guerre contre la Turquie. Avec l’instauration d’un régime socialiste en Turquie, l’URSS, en passe de devenir la seconde puissance mondiale, projetait l’établissement de son contrôle sur les détroits (vieux rêve impérial de deux cent ans) et la création d’une place d’arme pour assurer l’extension de son influence en direction du Moyen Orient. Le développement des irrédentismes géorgien et arménien vis-à-vis de la Turquie au milieu des années 1940, des thèmes violemment anti-turcs dans l’historiographie géorgienne soviétique, des tendances turcophobes et « ottomanophobes » dans l’art populaire et la production cinématographique, étaient sensés asseoir la légitimité de l’intervention militaire soviétique contre la Turquie. L’irrédentisme géorgien et arménien (les prétentions sur les vilayets d’Artvin, Rize, Trabzon et Kars) devait servir de prétexte à l’invasion ; les cadres politiques du futur Oblast soviétique étaient déjà choisis et les écrivains géorgiens avait reçu l’ordre de composer des romans sur la « Géorgie turque » et sur l’aspiration des musulmans géorgiens à la réunification avec la Mère-patrie. Les pièces de théâtre ayant pour sujet la « réunification » furent jouées des centaines des fois.

La littérature scientifique et populaire et les films de l’époque mettent l’accent sur les « crimes » accomplis par les « Turcs » en Géorgie durant des siècles. L’ethnographie géorgienne se voit assignée pour mission de récolter, auprès de la population des régions ayant connu la domination ottomane, les récits, les contes et autres formes de folklore relatant la haine que vouait la population subjuguée aux conquérants. Ces études furent largement diffusées sous forme de lectures publiques et du livre intitulé Les récits populaires Meskhètes au sujet de la barbarie des conquérants turcs. Dès les premières pages du livre, l’auteur donne le ton : « En 1453, après avoir capturé Constantinople, les Turcs (ces éleveurs de troupeaux) achevèrent Byzance, le pays hautement civilisé de l’Orient. Dorénavant, à la frontière Sud-Ouest de la Géorgie, tout au long du littoral de la Mer Noire, tel un dragon mythique s’étendit la Turquie, l’envahisseur brutal, ennemi de la paix entre les peuples ». En donnant des centaines d’exemples de contes, récits et poèmes traitant des invasions, massacres et conversions de force (dans un pays supposé athée, la résistance du christianisme y est décrite comme un acte héroïque et hautement patriotique...), les auteurs tentaient de montrer la résistance de la population locale et « l’incompatibilité historique » des Turcs avec les Géorgiens. En réalité, les récits cités dans les livres portaient plutôt sur les violences intercommunautaires. Or, les « barbares turcs » décrits dans les livres de l’époque étaient principalement des populations musulmanes locales, au pire celles des Pachaliks voisins (les mêmes que la doxa patriotique considère comme étant de souche géorgienne). Les pachas d’Akhaltsikhé, tant haïs dans l’historiographie géorgienne, étaient issus de la famille des Djaqeli, une dynastie géorgienne convertie à l’islam. Ainsi, l’essentiel des représentations négatives envers l’Empire ottoman dans l’imaginaire géorgien date de la période moderne et trouve ses racines dans la propagande anti-turque des années 1940."

Voir également : Le contexte international de la formulation de la revendication génocidaire arménienne (1965)

Les prétendus "génocides" arménien et algérien : le fil rouge de la stratégie soviétique de déstabilisation de l'Alliance atlantique durant la Guerre froide

Les relations des trois principaux partis nationalistes arméniens (Ramkavar, Hintchak, Dachnak) avec le totalitarisme soviétique

L'union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Staline et le chiffre sacro-saint d'1,5 million d'Arméniens

Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique

mercredi 22 février 2012

Arnold J. Toynbee : de la propagande pro-arménienne au témoignage pro-turc

William H. McNeill, Arnold J. Toynbee : A Life, chapitre IV : "The Great War and the Peace Conference 1914-1919", Oxford, Oxford University Press, 1989 :

"Quelques mois après le discours de Lord Bryce, les propagandistes britanniques décidèrent que des efforts pour faire connaître les souffrances arméniennes aideraient à contrecarrer les bulletins d'information allemands en provenance du front de l'Est, décrivant les atrocités russes contre les Juifs en Pologne. Les Etats-Unis étaient la cible principale, pour laquelle les Britanniques évaluaient qu'ils avaient besoin de contrebalancer la grande sympathie pour l'Allemagne parmi les Juifs américains, qui étaient bien conscients des pogroms russes et d'autres manifestations d'antisémitisme. (...) Toynbee fut choisi pour ce rôle, et il continua à faire un suivi des souffrances arméniennes jusqu'à la fin de la guerre."


Paul Dumont, "La mort d'un empire (1908-1923)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 624 :

"Repérer dans la multitude des écrits consacrés de part et d'autre à la question des inexactitudes, des affirmations contestables, voire des falsifications, ne présente guère de difficultés. En particulier, il semble établi aujourd'hui que quelques-unes des pièces essentielles versées au dossier par l'accusation (par exemple, le Livre bleu préparé pour le compte du gouvernement britannique par Bryce et Toynbee ou les Mémoires de Na'îm Bey publié par les soins d'Aram Andonian) ne puissent d'aucune façon être considérées comme des documents irrécusables. Toynbee lui-même n'a-t-il pas avoué que son Livre bleu avait été « publié et diffusé en tant que propagande de guerre » ?"


Auriant, Mercure de France, 15 octobre 1922, p. 550-552 :

"L'Orient, le proche et le moyen Orient, surtout, sollicitaient depuis longtemps l'érudite curiosité de M. Arnold J. Toynbee. Et ce qui, dans l'histoire moderne de ces peuples, l'intriguait le plus, c'était de suivre la réaction de la civilisation occidentale sur un fonds national et social suranné. M. Toynbee avait consulté les historiens et les voyageurs les plus divers, des âges les plus reculés aux jours les plus récents ; il avait déjà rassemblé en faisceau leurs témoignages et s'occupait de les ramener à son angle original, quand, à la suite du traité de Sèvres, la guerre éclata entre Turcs et Grecs. M. Toynbee se garda de laisser échapper cette occasion de vérifier sur place l'exactitude de ses recherches et de compléter ainsi sa documentation dans l'atmosphère adéquate. Il obtint aisément un congé à cet effet de l'Université de Londres où il professe un cours d'histoire byzantine et un cours d'histoire, de langue et de littérature grecques modernes, et, le Manchester Guardian l'ayant nommé son correspondant de guerre, le 15 janvier 1921 il débarquait à Athènes. De là, il gagna Smyrne, puis Constantinople. De ces trois villes il rayonna dans l'hinterland ; il suivit les opérations sur le front grec, assista à des retraites, à des « représailles », vit flamber des villages turcs et terroriser leurs habitants musulmans, et s'il eut des entrevues avec des hommes politiques, un « Harmoste » et des généraux, il ne dédaigna pas d'ausculter dans les villes comme dans les campagnes l'état d'âme des populations, grecque aussi bien que turque, dont il avait recherché le contact. Tout yeux, tout oreilles, huit mois durant, il observa, interrogea, interrogea contradictoirement, serrant dans son portefeuille une profusion de notes, de croquis et de documents inappréciables. (...) Rentré à Londres en septembre 1921, M. Toynbee utilisa les résultats de son enquête à réviser, puis à refondre ses carnets en marge antérieurs. Et ce travail nous a valu sous le titre the Western Question in Turkey and Greece un livre à maints égards remarquable et qui certainement est un livre de parfaite bonne foi. M. Toynbee l'a écrit sans passion comme sans préjugés, pour l'édification de ceux qui s'intéressent aux affaires d'Orient. Il a même dépouillé toute sentimentalité et n'a demandé son inspiration qu'à sa seule raison. Son essai est fort intelligent, cela transpire à chaque ligne. Il est aussi bondé de faits, mi-observations personnelles, mi-érudition historique et diplomatique. (...)

Des provinces entières ont été ravagées ; partout les ruines s'accumulent. Il est temps qu'une solution intervienne. Mais laquelle ? M. Toynbee semble embarrassé de la proposer. Les gouvernements qu'il accuse d'avoir déchaîné cette guerre ne le sont pas moins. Tout récemment une alerte assez vive s'était produite, rien n'en était toutefois sorti, si ce n'est un discours de M. Lloyd George qui ne dissimulait plus ses sympathies en faveur des Grecs. On en trouvera les raisons à la page 74 du livre de M. Toynbee, lequel se recommande, par son impartialité, à quiconque cherche à voir clair dans cette mêlée."


Jean-Pierre Derriennic, "La "Question d'Occident" 70 ans plus tard : à propos de la crise bosniaque", Commentaire, volume 17, n° 67, automne 1994, p. 505-506 :

"Certaines des observations faites en 1922 par Toynbee dans The Western Question in Greece and Turkey ; A Study in the Contact of Civilisations sont encore pertinentes pour nous aider à réfléchir sur les relations entre les sociétés musulmanes et l'Occident.

En 1921, Toynbee se fait envoyer à Istanbul comme correspondant du Manchester Guardian afin de couvrir la guerre gréco-turque. Il est alors professeur d'histoire grecque à l'Université de Londres et a joué pendant la Première Guerre mondiale et à la conférence de la paix un rôle de conseiller du gouvernement britannique pour les affaires du Proche-Orient. A partir d'Istanbul, qui est encore la capitale de l'Empire ottoman sous occupation des vainqueurs de la guerre mondiale, il se joint à des missions d'aide du Croissant rouge dans des villes ou des villages turcs qui sont occupés par l'armée grecque dans la région d'Izmir. La Grande-Bretagne est alors l'alliée principale de la Grèce et la présence parmi eux d'un Britannique déjà presque célèbre représente pour les Turcs du Croissant rouge une protection face aux soldats grecs. Dans The Western Question, écrit et publié afin d'influencer l'opinion publique et le gouvernement de son pays, Toynbee fait le récit de cette expérience. Il critique sévèrement la politique qui a consisté à encourager la Grèce à s'engager dans une aventure aux conséquences tragiques pour toutes les populations concernées, turques et grecques. Il met en évidence certains des effets des préjugés hostiles aux Turcs et aux musulmans qui sont répandus dans les pays occidentaux. Et il propose une interprétation très éclairante du mécanisme qui produit ce que nous appelons depuis 1992 le « nettoyage ethnique ». 

A partir des atrocités dont il est le témoin presque direct, Toynbee montre que les massacres et les déplacements forcés de populations ne sont pas, comme on le croyait souvent à l'époque, le fait d'un peuple, d'une religion ou d'une civilisation, mais la conséquence d'une conjoncture historique particulière : l'occidentalisation politique des sociétés qui ont longtemps été gouvernées par des musulmans. (...)

En 1821 la lutte pour l'indépendance de la Grèce commence par des massacres de musulmans dans le Péloponnèse et se poursuit par des massacres de chrétiens commis par l'armée ottomane. Des événements du même type ont lieu en Bosnie en 1875, en Bulgarie en 1876, en Arménie en 1895 et 1915, en Macédoine en 1913, pour ne mentionner que les drames les plus graves. En 1921, Toynbee observe les tentatives faites par les forces d'occupation grecques pour faire fuir les habitants turcs de la région d'Izmir que la Grèce veut annexer. En 1922, quand l'armée turque reprend Izmir, ce sont les habitants grecs de cette ville qui s'enfuient ou en sont chassés."


Stéphane Rosière, Le nettoyage ethnique : terreur et peuplement, Paris, Ellipses, 2006, p. 93-94 :

"L'armée grecque, soutenue par les Britanniques, paraît en position de force, elle débarque à Smyrne le 15 mai 1919 dans l'enthousiasme de la population hellène locale.

A la même période, commencent l'ascension politique de Mustapha Kemal et la « révolution kémaliste » stimulées par l'occupation étrangère. En avril 1920, est formée la Grande Assemblée Kémaliste d'Ankara qui jette les bases de la république turque. Les corps expéditionnaires français et anglais se retirent d'Anatolie en octobre 1921, avec l'accord d'Ankara. Les Grecs se retrouvent seuls face aux forces kémalistes. Or, depuis juin 1920, tout à la réalisation de la Megala Idea, et même au-delà en termes ethniques, ils ont considérablement élargi leur zone d'occupation anatolienne. En août 1922, ils ont progressé de près de 400 km en territoire turc et atteignent le fleuve Sakarya (Sangarios) à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Ankara. Mais cette progression a compliqué le ravitaillement de leurs troupes et leurs possibilités de contrôle du territoire. En août 1922, la contre-attaque turque est fatale aux forces grecques. Une retraite précipitée commence qui se transforme en exode. Plus de 200.000 civils grecs refluent avec l'armée grecque vers le port de Smyrne dans un flot qui évoque la débâcle française de juin 1940. L'extrémisme de la guerre explique cette fuite éperdue. En effet, la progression des Grecs en territoire turc, puis leur retraite, a été l'occasion de nombreuses destructions de villages et de toutes sortes de crimes exercés contre les civils turcs. Un rapport du Parlement britannique estime même qu'il existe alors « un plan de destruction systématique et d'extermination de la population musulmane. Ce plan est mis en œuvre par des Grecs et des Arméniens, qui paraissent agir suivant des instructions grecques et parfois avec l'aide de détachement de l'armée régulière grecque » (cité par Naimark, p. 45). Arnold Toynbee est le témoin choqué de ces exactions, selon Naimark (p. 45) « ses observations sur l'attaque grecque de l'été 1921 sont parmi les plus tranchantes dans la littérature de violence qui accompagne le nettoyage ethnique. » Ainsi, Toynbee écrit-il que « mon impression la plus forte durant cette horrible expérience était la part inhumaine qui s'exprimait dans les instincts sanglants des agresseurs et dans la terreur des victimes » (cité par Naimark, p. 46)."


Voir également : Les atrocités de l'armée russe contre les civils (sujets russes ou étrangers) durant la Première Guerre mondiale





mardi 21 février 2012

Genève : forte opposition locale à l'enlaidissement "mémoriel" de la ville

19.02.2012, 21:50 - Suisse
Actualisé le 19.02.12, 23:01
L'Association de la Vieille-Ville de Genève (AVVGE) s'oppose à l'implantation du monument à la mémoire du génocide arménien

L'Association de la Vieille-Ville de Genève s'oppose à l'implantation du monument à la mémoire du génocide arménien au Bastion St-Antoine. Elle a annoncé avoir fait recours vendredi contre l'appel d'offres de la Ville.

«L'appel d'offres du 7 janvier concernant la rénovation du site  comprend aussi les infrastructures pour le monument», a indiqué  dimanche à l'ats Patrick Gutknecht, président de l'AVVGE. Or le  Conseil municipal a adopté fin janvier le budget de rénovation avec  l'assurance du magistrat Rémy Pagani, à la tête des Constructions et  de l'Aménagement, que le monument n'était pas inclu.
En 2005, le Conseil municipal de la Ville de Genève reconnaissait  le génocide des Arméniens de 1915. Dans la foulée, un concours  international pour l'édification d'un monument a été lancé. Le  projet lauréat «Les Réverbères de la mémoire», de l'artiste français  Mélik Ohanian, consiste en neuf réverbères disséminés sur le Bastion  St-Antoine.
«Le Bastion n'a pas a accueillir un monument qui n'a rien à voir  avec l'histoire de Genève», estime M. Gutknecht. Datant du 16e  siècle et classé depuis 1921, le site est l'un des derniers vestiges  des fortifications de la ville. Le recours rédigé par Alain Marti,  avocat de l'AVVGE, demande la restitution de l'effet suspensif.

Source: ATS
Source : http://www.arcinfo.ch/fr/suisse/l-association-de-la-vieille-ville-de-geneve-avvge-s-oppose-a-l-implantation-du-monument-a-la-memoire-du-genocide-armenien-au-bastion-st-antoine-566-393717

Voir également : Lyon : surprenante levée de boucliers devant l'indécence du communautarisme associatif arménien

dimanche 19 février 2012

Tours : pas de droit d'asile pour Edgar Avramian et sa famille

Edgar et Nvard doivent pouvoir se consacrer à leurs études

Edgar AVRAMIAN, 23 ans, et sa soeur Nvard, 22 ans, sont arrivés en France en 2005 avec leurs parents. Ils avaient dû fuir l’Arménie où ils sont nés, puis la Russie. Ils sont aujourd’hui domiciliés à Joué-lès-Tours (37). Déboutés du droit d’asile, ils ont bénéficié jusqu’en 2010 de titres de séjour pour recevoir des soins médicaux, ce qui leur a permis de se consacrer à l’apprentissage de la langue française, la vie associative, le sport et surtout leurs études afin de s’intégrer à notre société. Pourtant, en mai 2010, Edgar s’est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour « Vie privée et familiale », refus assorti d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). En octobre 2010, il a, comme sa soeur Nvard, déposé une demande de titre « étudiant » pour pouvoir continuer à suivre son cursus de Langues étrangères appliquées (LEA) à l’Université François Rabelais de Tours. Il est en 2ème année de licence tandis que Nvard, après avoir obtenu en juin 2010, un bac avec mention, s’est inscrite en 1ère année,de LEA. Tous deux sont boursiers de l’enseignement supérieur. La Préfecture doit permettre à Edgar et Nvard de sortir de l’angoisse et de se consacrer sereinement à leurs études, en levant l’OQTF qui pèse sur Edgar et en leur accordant à tous deux un titre de séjour « étudiant. ».
Source : http://resf37.free.fr/spip.php?article521

"TOURS Un étudiant arrêté devant la faculté
02/02/2012 05:24

Plusieurs militants du RESF sont allés hier au commissariat pour rendre visite à Edgar Avraminan, 24 ans, l'étudiant en 2e année de langues arrêté lundi devant la faculté. Il a été placé dans le local de rétention. Son avocate, Me Esnault-Benmoussa, conteste ce matin sa mise en rétention devant le tribunal administratif d'Orléans au motif qu'il est éligible à un titre de séjour et dispose de garanties de représentativité. Né en 1987 dans l'Arménie encore soviétique, il a quitté son pays en 1995, avec ses parents et sa jeune sœur. Après avoir séjourné plusieurs années en Russie, il est arrivé en France en septembre 2005. Sa famille et lui-même étant déboutés du droit d'asile, ils ont pu, dans un premier temps, bénéficier de titres de séjour qui leur ont permis de gagner leur vie et de poursuivre leurs études. Il a reçu une obligation de quitter le territoire français en mai 2010. En janvier 2011, un parrainage républicain était organisé en mairie de Joué-lès-Tours, conjointement par le Réseau Éducation sans frontières et par l'Union des Arméniens du Centre. En mars 2011, après une longue bataille, une autorisation provisoire de séjour lui était accordée pour terminer son année universitaire. Malgré toutes les démarches entreprises, celle-ci ne sera pas renouvelée, aucun titre de séjour pour poursuivre ses études ne lui sera accordé et, le 12 octobre, une deuxième OQTF le frappait. Edgar et sa sœur sont privés de titre de séjour parce qu'ils n'ont pas de passeport et l'ambassade d'Arménie refuse de leur en délivrer un ; ils ont dû déposer une demande d'apatridie."

Source : http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2012/02/02/TOURS-Un-etudiant-arrete-devant-la-faculte

Haute-Loire : la terrible détresse de deux réfugiés politiques arméniens, Vruyr Dovlatian et David Asryan

Solidarité
Réfugiés, certains survivent cachés en Haute-Loire


Date : 18/02/2012 - Mise à jour : 18/02/2012 18:28

Depuis quelques mois, plusieurs affaires d’arrestations et d’expulsions de sans papiers ont fortement mobilisé la population. La plus récente, l’expulsion de Vruyr, a mobilisé du monde tous les jours devant la préfecture au mois d’Octobre.

Christine Chevalier, porte parole du Collectif de soutien aux demandeurs d’asile de Haute-Loire revient sur ces situations difficiles.


Migrant ou réfugié ?
Elle commence par donner la différence entre un migrant et réfugié. « Un migrant a changé de pays, peut-être pour le plaisir, pour du travail ou encore pour découvrir un pays, pour explorer de nouveaux horizons. Un réfugié, lui, a fuit son pays parce qu’il était persécuté. Il est venu demander l’asile en France parce qu’il était pourchassé, qu’il avait subi des persécutions ».


3 familles, 3 histoires en Haute-Loire
La première avait ému la population en début d’année 2011. David Asryan avait été arrêté par la police et son fils Vazgen, âgé de 6 ans avait lui aussi été arrêté au sein même de son école à Langeac. Jugés indésirables en Arménie, les parents de David étaient exilés en Russie où David a vécu la majeure partie de sa vie. Il a subi des persécutions du a son engagement politique dans un parti d’opposition et a dû fuir. La France où il s'est exilé lui a refusé l'asile. Christine Chevalier explique « Ils ont été arrêtés et emmenés dans un centre de rétention à Nîmes. Ils y sont restés trois semaines avant d’être libérés ». Elle ajoute « On avait jamais connu ça en Haute-Loire, depuis ils ont obtenu le droit d’asile et le statut de réfugié, en septembre. On constate que l’on casse les gens ! Il était content bien sûr, mais s’avouait, brisé. Il a passé 4 ans à tourner en rond dans un appartement, évidemment sans travail. Pendant 4 ans, on ne l’a pas cru».
Aujourd’hui, il vit au Puy, a du travail et le petit Vazgen est scolarisé.

L’histoire de Vruyr ne finit pas aussi bien. Au mois d’Octobre, cet arménien de 24 ans et bénévole à Emmaüs depuis 1 an a été arrêté et conduit dans le centre de rétention de Lyon. La population s’est aussitôt mobilisée en se réunissant chaque jour devant la préfecture pour demander sa libération et l’octroi du droit d’asile à titre humanitaire. Celui-ci lui avait été refusé car la préfecture estimait qu’il n’apportait pas assez de preuves des persécutions.
Il a été expulsé alors que sa mère, malade est toujours sur le territoire français. Depuis, il se cache en Arménie.

Christine Chevalier raconte " A son arrivée en Arménie, il a été accueilli par l’ex-KGB. Ils voulaient récupérer son numéro de téléphone, son adresse et son nom. Il en a donné de faux et il vit caché depuis cette arrivée. La corruption est omniprésente en Arménie et il sait que si l’ex-KGB le retrouve il sera torturé, persécuté, peut-être jusqu’à la mort jusqu’à ce qu’il donne une somme d’argent exorbitante ".

La troisième histoire concerne des roms du Kosovo. Dans cette famille, il y avait 7 enfants dont 6 étaient scolarisés. Christine Chevalier précise « C’était une véritable chance pour eux car au Kosovo, ils n’auraient eu aucune possibilité d’aller à l’école ». Cette famille avait été parrainée en Juillet par des élus. Ce monsieur a été assigné à résidence pendant 2 mois, Christine Chevalier explique «Il devait se rendre fois par jours au commissariat de police pour signifier sa présence ». Ils se sont beaucoup impliqués pour Vruyr et ont été découragés par l’issue et ont perdu espoir. Christine Chevalier précise « Depuis, ils ont quitté leur appartement, les enfants ne sont plus à l’école. On ne sait pas où ils sont, ils sont peut-être sous les ponts ».


L’angoisse et la peur
Christine Chevalier explique « En France, on vit caché car on a peur d’être arrêtés ». A l’instar de David Asryan qui a eu peur pendant 4 ans, l’angoisse et la peur sont leur point commun. « C’est le cas de tous ceux que l’on rencontre. Ils sont brisés par la peur ». On pourrait presque parler de profil type. Ce sont des gens stressés, habités par une angoisse terrible. Christine Chevalier raconte « Certains sont dans une angoisse permanente à la simple idée de rentrer chez eux ».


Des associations et la préfecture
Le Réseau Educateurs Sans Frontières (RESF) et toutes les associations d’aide aux réfugiés joue un rôle administratif, les bénévoles aident à monter des dossiers, à traduire ainsi qu’à mobiliser la population lors de réunions mensuelles ou lors des cercles de silence.
A l’occasion d’une rencontre avec le préfet, ils ont su qu’il y avait, au mois d’Octobre 47 personnes en demande de régularisation. C’est le seul chiffre qu’ils connaissent, la préfecture refusant de communiquer là-dessus.
Christine Chevalier raconte « On s’occupe de 20 à 30 personnes dans l’année. Certains se cachent par peur des contrôles et des expulsions. On est en contact avec des gens cachés en attente de fin de procédure. C’est une non-vie, il n’y a pas de projets, pas de sorties possibles. Leur vie est arrêtée ». Pour elle, « le préfet est soumis à des obligations du gouvernement. Il y a des quantités, des quotas d’expulsions et de titres de séjours à respecter. Si le préfet n’est pas très obéissant, sa prime de résultats peut baisser. Selon le journal « Le Monde », elle pourrait aller jusqu’à 66 000 euros. Ça explique que le préfet n’utilise pas autant qu’il le devrait son pouvoir discrétionnaire ».

A.B et E.A
Source : http://www.zoomdici.fr/actualite/Refugies-certains-survivent-caches-en-Haute-Loire-id117184.html

Pour rappel : Vruyr Dovlatian, issu d'un couple mixte arméno-azéri, est menacé d'expulsion vers l'Arménie raciste

Brives-Charensac : parrainage républicain pour deux familles de réfugiés arméniens

Langeac : le fils d'un voleur de gasoil arménien est conduit dans un centre de rétention

samedi 18 février 2012

"Cohérence", "nuance" et "exactitude" chez Nicolas Sarkozy, "fin connaisseur" de l'histoire de France, comme de celle de la Turquie

Discours à Perpignan, 23 février 2007 :

"Je n'accepte pas cette obsession de la repentance qui nourrit la détestation de la France et la détestation de soi.

Je ne veux plus de ce dénigrement systématique de l'histoire de France, de ce révisionnisme historique qui n'a d'autre but que la destruction de notre pays en tant que nation.

Nous pouvons être fiers de la France. Elle a parfois commis des fautes mais elle n'a jamais renoncé, elle n'a jamais cédé au totalitarisme et elle a fait plus que toute autre nation pour la liberté et la dignité de tous les hommes."

Discours à Caen, 9 mars 2007 :


"Mais au bout du compte nous avons tout lieu d’être fiers de notre pays, de son histoire, de ce qu’il a incarné, de ce qu’il incarne encore aux yeux du monde.

Car la France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide."

Discours à Nice, 30 mars 2007 :


"Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l’Homme et elle est le pays du monde qui s’est le plus battu pour la liberté."

Discours à Montpellier, 3 mai 2007 :

"La France n'a pas commis de génocide, elle n'a pas inventé la solution finale. Elle est le pays qui a le plus fait pour la liberté du monde. Elle est le pays qui a le plus fait rayonner les valeurs de liberté, de tolérance, d'humanisme.

Nous pouvons être fiers de notre pays, de ce qu'il a apporté à la civilisation universelle, à l'idée d'humanité.

Nous pouvons être fiers d'être les enfants d'un pays de liberté et de démocratie.

Nous pouvons être fiers d'être les enfants de la patrie des Droits de l'Homme.

Et nous pouvons légitimement faire partager cette fierté à nos propres enfants. Nous pouvons leur raconter l'histoire de France sans rougir.

Nous pouvons leur raconter que tous les Français pendant la guerre n'étaient pas pétainistes, qu'il y avait aussi des Français qui se battaient dans les maquis, qu'il y avait des Français qui risquaient leur vie dans la Résistance, qu'il y avait des Français qui se battaient dans les rangs de la France libre, qu'il y avait des Français qui cachaient des Juifs dans leurs propres maisons, dans leur propre famille. (...)

Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s'est rétréci quand s'est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l'Europe sur les routes de l'Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d'empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu'un rêve de civilisation."

Discours à l'Université Mentouri, Constantine, 5 décembre 2007 :

"Je sais, cher Abdelaziz [Bouteflika], les souffrances du passé, je sais les blessures profondes que les tragédies de l'Histoire ont laissées dans l'âme du peuple algérien.

Et dans cette ville de Constantine, je n'ignore nullement que les universités portent les noms de grands résistants qui furent des héros de la cause algérienne.

Dans cette ville, que je n'ai pas choisie par hasard, les pierres se souviennent encore de ce jour de 1837 où un peuple libre et fier, exténué après avoir résisté jusqu'à l'extrême limite de ses forces, fut contraint de renoncer à sa liberté.

Les pierres de Constantine se souviennent encore de cette journée terrible du 20 août 1955 où chacun fit couler ici le sang, pour la cause qui lui semblait la plus juste et la plus légitime. Ce n'est pas parce que 1955 est l'année de ma naissance que je dois ignorer cette bataille et cette date.

Le déferlement de violence, le déchaînement de haine qui, ce jour-là, submergea Constantine et toute sa région et tua tant d'innocents étaient le produit de l'injustice que depuis plus de cent ans le système colonial avait infligée au peuple algérien.

L'injustice attise toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus s'installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l'intention d'asservir, ni d'exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d'asservissement et d'exploitation."

Discours lors du dîner du CRIF, 8 février 2012 :

"Qui s'est plus détesté, qui s'est plus affronté à travers l'histoire de l'humanité, que les Français et les Allemands ? Où y a-t-il eu les conflits les plus barbares, les plus sanglants ? Où s'est déroulée la Shoah ? En Europe.

En Europe, pas au Moyen-Orient, en Europe avec des Européens, pas au Moyen-âge, au XXème siècle. Hier, hier, on s'est entretué, on s'est détesté, on s'est envahi, on s'est déchiré, on s'est massacré. Les Européens ont eu l'idée folle de la Shoah, la France et l'Allemagne."

Entretien à Politique Internationale, n° 134, hiver 2012 :


"S'agissant du génocide arménien, qui a fait 1 500 000 victimes en 1915, nous étions face à une question de principe : le devoir de mémoire devait-il céder devant la raison d'Etat ? Ma conviction, c'est que céder sur ses convictions est une lâcheté qui finit toujours par se payer. Je n'ignore pas le caractère éminemment sensible de cette question. Je sais bien, aussi, que la France n'a pas de leçons à donner ; cela dit, elle n'a certainement pas à en recevoir !"

Guignol...

Voir également : "Génocide arménien" : la parole aux historiens turcologues et islamologues

La controverse historique autour du prétendu génocide arménien

L'historien Pierre Nora réprouve énergiquement les agissements du lobby arménien en France

Les pertes arméniennes dans l'Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale : 1,5 million de morts ou 600.000 ?

Quand le très honnête Sarkozy (cf. les affaires Karachi et Woerth-Bettencourt) donnait des leçons de probité à la Suisse

Christophe Darbellay se déchaîne contre Sarkozy
Nouvel avion de combat


«Comment Sarkozy peut-il croire que nous allons acheter à la France des avions», s'emporte le président du PDC suisse. Explications de ce coup de sang
Par Arthur Grosjean. Mis à jour le 09.02.2012

Mauvaise nouvelle pour la France. Elle aura du mal à vendre ses avions de combat Rafale à la Suisse.


Christophe Darbellay, le président du PDC, un parti charnière au Parlement fédéral, vient de tirer une violente salve sur le président français. «Comment Sarkozy peut-il croire que nous allons acheter à la France des avions, alors qu'il attaque la Suisse sans raison», a-t-il confié dans un entretien au site web alémanique du Tages Anzeiger.


Une froide vengeance

Quelle mouche a piqué Christophe Darbellay pour qu'il se lâche pareillement? En fait, il applique le proverbe suivant: la vengeance est un plat qui se mange froid. Les politiciens suisses, toutes tendances confondues, n'ont pas du tout apprécié que le président français fasse la leçon à la Suisse lors du sommet du G20 à Cannes. Sarkozy avait dénoncé les «déficiences» de la Confédération pour ne plus être considérée comme un paradis fiscal.

Cette déclaration, qui n'était pas prévue, avait provoqué l'ire de l'ancienne cheffe du Département des affaires étrangères, la socialiste Micheline Calmy-Rey. Cette dernière avait convoqué l'ambassadeur français puis manifesté sa mauvaise humeur en déclarant à la TSR: «Nicolas Sarkozy a probablement un problème avec nous, je ne sais pas lequel».

Tuer l'espoir français

Aujourd'hui apparemment, l'heure de la facture est arrivée. Le Conseil fédéral a choisi le Gripen suédois comme nouvel avion de combat. Et comme le Parlement doit encore se prononcer, le président du PDC s'applique à tuer tout espoir pour la France. Il disqualifie la dernière offre de nos voisins (18 Rafale pour 2,7 milliards) comme trop tardive et «pas sérieuse».

Mais Darbellay en veut surtout à Sarkozy. «Il ne perd pas une occasion pour pilonner la Suisse. Et il voudrait dans le même temps qu'on lui achète des avions de combat? (...) Même si c'était le meilleur avion du monde , au prix le plus favorable, je n'approuverais jamais cet achat».

Les carottes sont cuites

Le président du PDC reconnaît une seule qualité au dirigeant français. Il n'a pas changé son discours sur sa volonté d'échange automatique des données fiscales et son refus d'adopter une taxe libératoire à l'instar du gouvernement allemand.

Les carottes sont-elles cuites pour la France? Darbellay laisse une petite porte entrouverte. En gros, si Sarkozy veut vendre des avions à la Suisse, il faut qu'il arrête ses attaques et conclut un accord fiscal qui normalise les relations entre les deux pays.

En attendant, les 22 Gripen suédois continuent de faire la course en tête. Surtout que leur prix d'achat pourrait être inférieur à 3 milliards selon les dernières déclarations du groupe Saab.
Source : http://www.lematin.ch/suisse/standard/Christophe-Darbellay-se-dechaine-contre-Sarkozy/story/18380903

Voir également : Isolement de l'insignifiant donneur de leçons Sarkozy (en conflit avec le Royaume-Uni, le Mexique et la Turquie) : il ne fait pas partie des "amis dignes de confiance" du président américain Obama

L'anglophobe-turcophobe Sarkozy et le prétendu "génocide" arménien : l'opinion du conservateur britannique Daniel Hannan

Douche froide pour Sarkozy à Strasbourg : David Cameron critique sa loi génocidaire débile et défend la Turquie

Jean-Pierre Chevènement au Sénat (7 février 2012) : "On comprend la circonspection de la Turquie de M. Erdogan."

"On comprend la circonspection de la Turquie de M. Erdogan. Celle-ci a pris une position d’arbitre. La Turquie est évidemment une puissance d’équilibre dans la région. Etait-il bien judicieux de nous la mettre à dos par le vote d’une loi prétendant écrire l’Histoire ?"

Source : http://www.chevenement.fr/Notre-politique-etrangere-porte-la-marque-d-une-improvisation-et-d-une-incoherence_a1360.html

Voir également : Jean-Pierre Chevènement : "la proposition de loi porte atteinte au principe fondateur de la liberté d’expression et ce, tout particulièrement dans le domaine de la recherche historique"

Le républicain de gauche Jean-Pierre Chevènement dénonce une "capitulation face aux lobbies"

Jean-Pierre Chevènement s'élève contre la dérive "victimaire" et communautariste du PS

Régis Debray et l'"affaire arménienne" : une "loi absurde et liberticide"

La déception du socialiste arménophile Gaston Defferre devant le déchaînement du fanatisme arménien en France

Gaston Defferre, déclaration sur Antenne 2, 26 juillet 1982 :

"Quand je suis arrivé au ministère de l'Intérieur, je demandai aux représentants officiels de la communauté arménienne, des associations déclarées, de venir me voir. Et je leur ai déconseillé la violence, en leur disant que ce serait nuisible, dangereux pour leur communauté. Pendant plusieurs mois, ils semblaient m'avoir entendu, je regrette que les choses prennent cette tournure. Le gouvernement ne peut pas céder devant la violence."

Source : http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAB8201193101/gaston-defferre-a-propos-du-terrorisme-armenien.fr.html

Voir également : La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

Le terrorisme arménien en France : images d'archives

Une question légitime à se poser : la violence terroriste est-elle consubstantielle au parti Dachnak ?

"Arménité", "cause arménienne", qu'est-ce que c'est ?

Le financement communautaire et illicite de l'organisation terroriste arménienne ASALA

Quelques figures de l'activisme/terrorisme arménien

La destruction d'un tiers des loups d'Arménie a été officiellement décidée : opposition des écologistes arméniens

En Arménie, la chasse au loup est ouverte

LEMONDE.FR avec AFP | 16.02.12 | 21h43

C'est une autre conséquence de la vague de froid qui a balayé l'Europe au début du mois de février : l'arrivée des loups dans les villages d'Arménie. Les autorités arméniennes ont proposé, jeudi 16 février, une récompense aux chasseurs qui abattraient des loups. Ces derniers ont multiplié les attaques dans des villages, où ils viennent chercher de la nourriture en raison de la récente vague de froid dans cette ex-république soviétique du Caucase.
"En raison de fortes chutes de neige, les loups apparaissent plus souvent dans les zones peuplées, et il est devenu nécessaire d'agir", a déclaré le ministre de la protection de l'environnement arménien, Aram Kharoutiounian, au cours d'une conférence de presse. Ainsi, une récompense d'environ 200 euros est prévue pour chaque loup tué par un chasseur, une somme considérable dans les régions pauvres d'Arménie.

TUER UN TIERS DES LOUPS


Près de deux cents loups, sur une population totale évaluée à entre cinq cents et sept cents de ces carnivores, devraient être abattus dans le cadre de cette campagne, a précisé le ministre, soulignant que cette espèce n'était pas en danger d'extinction. "Nous pensons que de cette manière, nous pouvons rendre la situation moins pénible et que cela n'affectera pas la population des loups", a-t-il dit.
Cette initiative a cependant été dénoncée par des écologistes arméniens.
"Au lieu de tuer les loups, il vaudrait mieux cesser la chasse illégale et incontrôlée des animaux sauvages" qui servent de nourriture à ces carnassiers, poussés ainsi à venir chercher de la nourriture dans les villages, a déclaré Srboukhi Kharoutiounian, responsable d'une association écologiste arménienne.
Sourcée : http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/02/16/en-armenie-la-chasse-au-loup-est-ouverte_1644694_3244.html

Voir également : Atteinte à l'écosystème caucasien : les autorités arméniennes appellent au massacre des loups

Le mafieux Tigran Arutyunyan a été livré à la Belgique par la Russie

Devant la justice belge pour une affaire vieille de 12 ans

7S7 mise à jour   Un Arménien de 37 ans est arrivé mercredi en Belgique depuis Volgograd (Russie) dans le cadre d'une affaire de meurtre vieille de douze ans. Il est suspecté d'avoir tué un autre Arménien dans les bois de Zedelgem (Flandre occidentale) en 2000, a indiqué le parquet de Bruges.
Lorsque des chasseurs ont trouvé le cadavre de la victime dans les bois aux alentours de Zedelgem, il a directement été établi qu'il s'agissait d'un règlement de compte au sein d'une organisation criminelle active dans toute l'Europe de l'ouest.
 
L'homme a été interpellé par la police russe l'année dernière après qu'un mandat d'arrêt international ait été délivré contre lui.


"Les collaborateurs du bureau central d'Interpol auprès du ministère russe de l'Intérieur ont livré à la Belgique Tigran Arutyunyan, un citoyen arménien de 43 ans", a indiqué cette source.


L'individu était recherché depuis 2010. Il avait été condamné en Belgique pour un assassinat commis en 2000. Il a finalement été arrêté à Volgograd en 2011.

Le juge d'instruction de Bruges espère pouvoir entendre le suspect jeudi ou vendredi. (belga)
15/02/12 19h10
Source : http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1395296/2012/02/15/Devant-la-justice-belge-pour-une-affaire-vieille-de-12-ans.dhtml

vendredi 17 février 2012

La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

Claude Cheysson, ministre des Affaires étrangères (1981-1984) :

"La question du génocide arménien ne saurait donc entrer en compte dans les relations entre la Turquie et la Communauté européenne à laquelle cette dernière est associée." (réponse écrite à une question du député Michel Noir, Journal officiel, 19 juillet 1982)

"Mais, Mesdames, Messieurs les députés, le gouvernement turc actuel ne saurait être tenu pour responsable d'un drame vécu par le peuple arménien voici plus de soixante ans." (déclaration à l'Assemblée nationale, 20 avril 1983)


Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères (1984-1986 et 1988-1993) :

"Prétendre que la politique de la France encourage le terrorisme arménien est une contre-vérité. La France a sans ambiguïté affirmé à plusieurs reprises sa condamnation catégorique de tous les actes de terrorisme et elle agit en conséquence. Rien ne saurait justifier de tels actes, qui ne servent qu'à entretenir la haine. Le gouvernement français a également déclaré que la Turquie actuelle ne saurait être tenue pour responsable des événements de 1915 à 1916, et il a exclu tout soutien à une quelconque revendication qui menacerait l'intégrité de la République de la Turquie.

L'attitude de la France est guidée par le seul souci de contribuer à l'apaisement dans une affaire très sensible qui en fin de compte, nuit à tous. C'est pourquoi au moment où la question arménienne est évoquée dans plusieurs instances (Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies, Parlement Européen, Chambre des représentants des Etats-Unis d'Amérique), le Président de la République française a proposé aux partenaires européens de la France de discuter de ce problème pour voir de quelle manière, ensemble, ils pourraient apporter leur contribution à la recherche d'une solution satisfaisante pour tous.

L'idée pourrait être d'instituer une commission internationale et neutre d'historiens qui devrait avoir accès aux documents les plus intéressants sur cette période. Pour notre part nous sommes prêts à lui ouvrir les archives françaises." (entretien à Cumhuriyet, 12 janvier 1986)

"Cependant, il ne serait pas juste de faire porter au gouvernement turc d'aujourd'hui la responsabilité des massacres de 1915. Je rappelle que M. le Président de la République avait proposé la constitution d'une commission internationale et neutre, formée d'historiens et chargée d'étudier les tragiques événements de cette époque." (déclaration à l'Assemblée nationale, 7 décembre 1988)


Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères (1997-2002) :

"J'en viens maintenant à l'éventuelle adoption de la proposition de loi déjà votée par l'Assemblée nationale sur le génocide arménien. Vous avez souhaité connaître la position du Gouvernement. Je vais donc vous la présenter.

En premier lieu, ce devoir de mémoire doit-il et peut-il prendre la forme d'une loi qui "reconnaîtrait" ce génocide ? Cette interrogation est d'ordre juridique et constitutionnel, mais aussi philosophique. Appartient-il en effet à une assemblée parlementaire de qualifier des faits historiques, survenus il y a plus de quatre-vingts ans, dans un autre pays ?

L'Assemblée nationale a, par son vote, exprimé son intention politique de reconnaissance du génocide arménien. Le Gouvernement en a pris acte. Il peut comprendre les sentiments qui ont inspiré cette initiative parlementaire. Mais est-ce à la loi de proclamer "la vérité" sur cette tragédie historique ? Le Gouvernement ne le pense pas, et le Président de la République partage cette appréciation.

Après cette question de principe, j'en viens à l'appréciation de l'opportunité de cette initiative. La politique étrangère de la France est une politique de paix. C'est pourquoi il lui est indispensable de comprendre ce qui a conduit aux tragédies du passé, pour mieux en conjurer la répétition dans la réalité du monde d'aujourd'hui, c'est pourquoi elle doit aussi pouvoir avoir un dialogue utile avec tous.

De la Méditerranée à la Caspienne, comme partout dans le monde, notre politique extérieure vise à éradiquer les causes des conflits, à surmonter les antagonismes, à trouver des solutions aux problèmes que pose la coexistence entre les peuples. Le vote de cette loi servirait-il ces objectifs ? Renforcerait-il le message de notre pays, sa capacité à parler à chaque protagoniste des conflits d'Asie Mineure et du Caucase, à les convaincre de régler leurs différends d'aujourd'hui par la voie du dialogue et de la coopération ? Responsables de la politique extérieure du pays, le Gouvernement et le Président de la République ne le pensent pas.

Vis-à-vis de la Turquie en premier lieu, que veut la France ? Voir ce grand pays évoluer dans le sens de la modernité, de la stabilité, d'un respect accru des droits de l'Homme, d'un renforcement de la démocratie, d'une reconnaissance des droits des minorités. La France soutient ceux qui oeuvrent dans ce sens.

Nous redoutons que l'adoption de cette loi serve avant tout ceux que tentent le repli sur soi, le nationalisme autoritaire et la répudiation des valeurs de progrès et d'ouverture.

La situation est particulièrement tendue dans le Caucase. La réconciliation entre les peuples et les divers Etats de cette région, meurtris par leurs luttes passées, mutuellement méfiants, opposés sur la question du Haut Karabakh, y est encore fragile. Les forces du nationalisme le plus ombrageux peuvent y précipiter de nouvelles tragédies, et leur esprit de surenchère pourrait, certes à mauvais droit, trouver de nouveaux aliments dans un vote du Parlement français. La France risque d'y perdre son image d'impartialité, de compréhension et d'ouverture, jusqu'ici reconnue par toutes les parties, et le crédit diplomatique qui lui a permis de jouer, dans le cadre du groupe de Minsk, un rôle utile dans la recherche d'une solution aux conflits de la région.

Je vous ai dit avec franchise les raisons pour lesquelles le Gouvernement en ce qui le concerne, en accord avec le Président de la République, n'a pas inscrit et n'entend pas inscrire cette proposition de loi à l'ordre du jour prioritaire du Sénat, comme l'avait déjà indiqué à plusieurs reprises M. Daniel Vaillant.

Mais la Haute Assemblée a la faculté de l'inscrire à son ordre du jour complémentaire, conformément à l'article 48, alinéa 3 de la Constitution. Au moment où elle va exercer sa responsabilité à cet égard, le Gouvernement a voulu que sa décision soit pleinement éclairée." (déclaration devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, 17 mars 1999)

"La décision du Parlement français [le vote de la "reconnaissance" du "génocide arménien"] est naturellement respectée par les autorités françaises. Ce sont des institutions. On ne peut pas imaginer autre chose. Et en même temps, j'ai pris acte de l'émotion d'une grande partie de l'opinion turque.

Mais quelle est ma responsabilité à moi ? C'est de développer la coopération et l'amitié franco-turques. Et c'est ce que je fais. Pour votre information, je vous signale que même si le Parlement français a pris l'initiative de ce texte, qui est mal perçu en Turquie, il a pourtant dit qu'il était favorable à l'amitié franco-turque, et à la coopération franco-turque. ça peut vous paraître paradoxal. Je le dis pour que votre information soit complète. Je tiens encore à la coopération et à l'amitié franco-turque. Les autorités françaises sont pour une coopération forte et active. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est l'avenir." (conférence de presse aux côtés d'İsmail Cem, Ankara, 27 juillet 2001)


Pierre Moscovici, ministre des Affaires européennes (1997-2002) :

"La Turquie moderne ne saurait toutefois être tenue responsable des faits survenus dans les convulsions de la fin de l'Empire ottoman. Il lui appartient cependant de faire face à ce passé et d'en assumer les zones d'ombres et les épisodes douloureux. C'est une tâche difficile et pénible (nous le savons d'expérience pour notre propre histoire) qui requiert du courage et du temps. Toutefois, je le dis avec clarté, le gouvernement français ne considère pas qu'il appartient à notre pays de se substituer à la Turquie dans la gestion de son histoire." (déclaration au Sénat, 21 mars 2000)


Voir également : Le diplomate socialiste Hubert Védrine critique une loi électoraliste et "mettant la France hors-jeu en Turquie"

Le juriste Robert Badinter : "Il s'agit d'un texte qui véritablement à mon sens est anticonstitutionnel."

L'ancien ministre de la Culture Jack Lang pourfend la turcophobie sarkozyste

Jean-Pierre Chevènement : "la proposition de loi porte atteinte au principe fondateur de la liberté d’expression et ce, tout particulièrement dans le domaine de la recherche historique"

Le républicain de gauche Jean-Pierre Chevènement dénonce une "capitulation face aux lobbies"

Régis Debray et l"affaire arménienne" : une "loi absurde et liberticide"

L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste

Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

La réponse ferme du président du Conseil français Aristide Briand aux ambitions territoriales arméniennes sur Kars et Ardahan

Le discours éblouissant du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé en Turquie, dans la grande tradition de la turcophilie gaulliste

L'amitié franco-turque

jeudi 16 février 2012

Le nationalisme falsificateur des "hôtes" arméniens en Javakheti/"Djavakhk" (sud de la Géorgie)

Thornike Gordadze, "La Géorgie et ses « hôtes ingrats »", Critique internationale, n°10, janvier 2001 :

"(...) l’une des différences fondamentales entre citoyen géorgien et citoyen non géorgien est le caractère « autochtone » du premier. Même dans une région où les « non géorgiens » sont largement majoritaires depuis des générations (c’est le cas de Javakheti qui compte 90 % d’Arméniens, de l’Ossétie du Sud qui compte 65 % d’Ossètes, etc.), les Géorgiens jouissent du statut de peuple autochtone. Pour le justifier, le discours nationaliste géorgien, qui revendique le monopole de l’espace public de discussion sur la communauté, recourt à l’imaginaire historique. Mais le même type d’imaginaire est proposé par les discours concurrents. Ainsi, les leaders du mouvement en faveur de l’autonomie des Arméniens de Javakheti, au lieu de se contenter de l’argument de la majorité démographique, recourent, pour rendre leur revendication plus légitime, à une invention du passé selon laquelle les Arméniens auraient été les premiers habitants de ces lieux. Devenus minoritaires pendant des siècles, ils seraient revenus après la conquête de la région par la Russie en 1829..." (p. 165)

"(...) même localement, les débats sur l’autochtonie ne mobilisent que certains groupes ethniques. En effet, les entrepreneurs politiques azéris, kurdes, slaves, grecs et juifs négocient généralement leur statut sur la base de l’acceptation de leur qualité d’allogène. Les problèmes sont plus âpres dans les cas abkhaze, ossète ou javakh. Comment expliquer cette différence de comportement ? Les conflits réels sur l’autochtonie sont moins nombreux que les conflits potentiels, ce qui conduit à penser que l’autochtonie est un registre mobilisé pour donner une plus grande légitimité à des conflits politiques et économiques. Les juifs appellent affectueusement la Géorgie leur « seconde patrie », les Azéris, majoritaires dans plusieurs districts du Kvemo Kartli, la « remercient » de son hospitalité, alors que les Arméniens de Javakheti, installés dans la région par l’administration tsariste à partir des années 1830 à la place des musulmans poussés à s’exiler dans l’Empire ottoman, s’estiment autochtones et utilisent activement le registre du « retour » sur leurs terres historiques. (...)

Après le rattachement des régions d’Akhaltsikhe et d’Akhalkalaki à l’Empire russe au terme de la guerre russo-turque de 1828-1829, ces terres ont été vidées de leurs habitants (musulmans d’ethnie géorgienne) et repeuplées par des colons arméniens fuyant les régions anatoliennes. Il en a été de même pour l’Abkhazie puisque les Abkhazes, jugés inassimilables (par suite de leurs révoltes fréquentes), ont été poussés à émigrer dans l’Empire ottoman. L’image des Arméniens en Géorgie est souvent celle de colons ou d’alliés de l’administration coloniale." (p. 167)

Voir également : Le conflit arméno-géorgien

mardi 14 février 2012

L'arménophile Jean Jaurès et la question du "despotisme" ottoman

Jean Jaurès, "Réformes turques", L'Humanité, 15 juillet 1908 :

"Toutes les puissances européennes, sont flagrantes de convoitises ; elles sont chargées de lourds péchés contre les peuples : elles n'ont guère de qualité pour faire la leçon, même à un Abdul-Hamid."

Jean Jaurès, "M. de Mun, les Turcs et le pape", L'Humanité, 28 janvier 1913 :

"M. de Mun veut que l'Europe ne se mêle plus du tout de la querelle balkanique. Il demande à la conférence des ambassadeurs de se dissoudre. Oui, mais quand les alliés balkaniques seront seuls en face de la Turquie, auront-ils beaucoup de goût de reprendre les hostilités ? Et ne faudra-t-il pas qu'ils rabattent un peu de leurs prétentions ? M. de Mun aurait entrepris de sauver la Turquie du suprême désastre qu'il ne pourrait pas parler d'autre manière et donner d'autres conseils.

Sans doute il a été amené à ce changement de manière, sinon de politique, par la résistance tous les jours plus accentuée que la papauté oppose aux desseins balkaniques. Le Vatican qui, par l'expédition de Tripolitaine et les intrigues du Banco di Roma, a si fortement ébranlé l'empire turc, se demande maintenant si les infidèles n'étaient pas dans les Balkans un moindre péril pour le catholicisme que ne le seront demain les schismatiques vainqueurs et enivrés de leurs victoires. L'église grecque, l'église bulgare, fanatiques de domination, seront moins complaisantes aux missionnaires, aux prêtres et aux moines que ne l'était la bonhomie, traditionnelle du despotisme turc, terrible aux révoltés mais très tolérant pour les hommes d'une autre foi."

Voir également : Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

Un article de Jean Jaurès : "La Pologne Turque"

samedi 11 février 2012

Les atrocités de l'armée russe contre les civils (sujets russes ou étrangers) durant la Première Guerre mondiale

John Horne et Alan Kramer, 1914. Les atrocités allemandes : La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique, Paris, Tallandier, 2011 :

"L'invasion allemande des territoires du nord-ouest de l'Empire russe s'accompagne de la même attitude de dureté envers la résistance civile présumée qu'en Europe occidentale. Mais il y a peu de preuves qu'une telle résistance se soit produite sur une échelle significative ou que les Allemands l'aient fantasmée. L'armée russe s'est montrée en effet bien plus brutale, en conduisant une stratégie de la terre brûlée pendant qu'elle bat en retraite devant l'avance allemande en Lituanie et en Pologne occidentale. Cette stratégie consiste à chasser systématiquement des éléments suspects non russes de la population et tous les hommes en âge d'effectuer leur service militaire. Un bouleversement aussi massif n'a laissé sans doute que peu d'inclination à résister aux Allemands ; au contraire, dans le cas de Varsovie, la population (et spécialement les Juifs) a, dans son ensemble, bien accueilli l'arrivée de l'armée allemande. La bonne conduite des troupes a aidé à renforcer cette attitude favorable. Pour ce qui est de la perception allemande, la croyance en une nouvelle guerre de francs-tireurs a pu être limitée par le fait que l'invasion à l'est s'est produite après celle de l'ouest, à une époque où l'armée et le gouvernement devaient faire face aux répercussions internationales des précédentes « atrocités allemandes ». En tout cas, les mémoires des commandants allemands engagés à l'est ne contiennent aucune référence à un tel phénomène. Au contraire, Ludendorff remarque que les habitants de la partie occidentale de la Pologne russe, à la fin de l'automne 1914, « ne [leur] donnent aucun souci ». Plus tard, la résistance se développe et les Allemands y répondent durement, mais ceci a plus à voir avec l'occupation qu'avec l'invasion.

En Galicie et en Bucovine, les exagérations mutuelles caractérisent aussi les accusations autrichiennes et russes d'atrocités commises contre les civils ennemis. Le rapport russe de janvier 1915 accuse les Autrichiens comme les Allemands de brutalité, mais parce que les troupes austro-hongroises battent en retraite, et n'avancent pas, elles ne peuvent pas être accusées de grand-chose à l'égard des civils ennemis. En revanche, l'invasion russe victorieuse du territoire autrichien, qui met la population ethniquement hétérogène de Galicie et de Bucovine sous contrôle russe, permet à la double monarchie de porter ses propres accusations d'atrocités contre l'ennemi. Un rapport officiel autrichien, publié en janvier 1915 et augmenté de suppléments, fournit une base pou déterminer ces violences russes contre des civils.

Au départ, la forme de comportement militaire russe envers les civils est similaire à celle manifestée dans la Prusse-Orientale. Certaines unités sont disciplinées, d'autres s'engagent dans des mauvais traitements désordonnés contre des civils. L'antisémitisme est un aspect net. En Bucovine, les Juifs de la principale ville, Czernowitz, sont laissés en paix au départ, pendant que dans les centres plus petits, ils sont soumis au viol, au pillage et à la déportation. Plus tard, les Juifs de Czernowitz sont rançonnés et cinq d'entre eux sont tués dans le village voisin de Sadagóra pour avoir résisté au pillage. D'autres violences contre les Juifs et les Roumains se produisent pendant une seconde invasion de la Bucovine, au début de l'année 1915. La Galicie fait aussi l'expérience de brutalités antisémites, avec un pogrom cosaque à Lemberg, qui coûte la vie à vingt Juifs en novembre 1914.

La question de la résistance civile apparaît sous la forme des légions polonaises, les Sokol (faucons), qui combattent en Galicie contre les Russes. Le ministère des Affaires étrangères austro-hongrois proteste auprès des pays neutres contre le fait que le Grand Etat-Major de l'armée russe a ordonné à ses troupes de ne pas reconnaître les Sokols comme des combattants mais de les punir avec toute la force de la loi militaire. Les Autrichiens expliquent que le Sokol est non seulement conforme à la loi internationale, mais fait partie intégrante de l'armée austro-hongroise. L'ironie de cette protestation échappe aux gouvernements des puissances centrales.

Si nous prenons les rapports autrichiens au pied de la lettre, il est clair que les soldats russes qui envahissent la Galicie et la Bucovine se nourrissent sur le pays, détruisent volontairement la propriété, et s'engagent dans des violences sporadiques contre les civils, dont le viol. Les cosaques sont spécialement coupables d'un antisémitisme brutal. Pourtant, le nombre de civils tués d'août 1914 à mai 1915, selon le rapport autrichien, est de soixante-neuf.

Un changement dramatique se produit lorsque les Russes battent en retraite face à l'offensive combinée des forces austro-allemandes à la fin du printemps et au début de l'été de 1915. Comme en Lituanie et en Pologne occidentale, le haut commandement russe s'inspire de la politique de la terre brûlée de 1812, en y ajoutant la persécution de la population civile. Les victimes sont les éléments suspects des populations minoritaires de l'Empire russe qui habitent des deux côtés de la frontière occidentale (en d'autres termes autant sujets russes qu'ennemis civils). La déportation devient la stratégie systématique de l'armée russe. Dans le désordre de la retraite, la discipline disparaît souvent et les Polonais, les Ukrainiens, les Ruthènes, les Allemands, et plus particulièrement les Juifs, sont exposés aux mauvais traitements.

Les rapports autrichiens signalent ce changement. Par exemple, dix-sept mille citoyens juifs de Przemysl sont déportés à Lemberg (Lvov), et ceci s'accompagne du vol massif de leurs biens. La « division sauvage », commandée par le frère du tsar, Michel Alexandrovitch, pille et incendie des biens juifs et des synagogues à Horodenka, en mai 1915, brûlent des Juifs pour les forcer à avouer être incendiaires, et pendent six d'entre eux. A l'aide d'une des rares preuves d'origine russe dont ils disposent, les rapports austro-hongrois mettent en évidence que l'armée russe persécute aussi ses propres populations. Un rapport du colonel Sasonow condamne le pillage par les cosaques, qui « font honte au nom russe, non seulement en Galicie, mais aussi dans le monde entier, et [qui] maintenant continuent à piller et à violer parmi les paisibles habitants, chez les sujets russes ! » Sasonow en appelle aux officiers pour punir de tels faits.

Les dévastations causées par la retraite russe de 1915 sont probablement beaucoup plus grandes que tout ce qui a été vécu par les civils en France et en Belgique. Alors que le nombre total de morts est difficile à estimer, au moins trois cent mille Lituaniens, deux cent cinquante mille Lettons, trois cent cinquante mille Juifs et sept cent quarante-trois mille Polonais sont déportés vers l'intérieur de la Russie. Mais c'est aussi un phénomène différent (une combinaison de chaos et de persécutions contre un « ennemi intérieur » supposé). La crise de 1915 réactive les profondes hostilités envers les minorités à l'intérieur de l'Empire russe qui étaient demeurées dormantes depuis la Révolution de 1905, déclenchant une vague d'antisémitisme et une paranoïa plus générale. Dans les élites russes et la droite nationaliste, il y a une obsession vis-à-vis des espions et des traîtres qui se focalise sur les identités ethniques. En effet, le revers militaire métamorphose le fragile processus de mobilisation intérieure pour la guerre dans l'Empire russe en une tentative violente mais non coordonnée pour supprimer ou isoler les éléments soi-disant antinationaux." (p. 138-141)

"Même si le ministère des Affaires étrangères [allemand] reconnaît qu'il n'y a rien dans les lois internationales qui interdise l'emploi de troupes indigènes disciplinées sous les ordres d'officiers européens, il accuse les soldats coloniaux français et britanniques de commettre les plus révoltantes atrocités, et spécialement de couper les têtes et les oreilles des Allemands en guise de trophées et d'arracher les yeux des vivants. Il donne des preuves de seize allégations. La plus grande partie est une variante de la mythologie sur les mutilations qui fleurit des deux côtés. Plusieurs allégations (par exemple un viol collectif de femmes allemandes déportées de France) peuvent avoir été basées sur des faits, mais ces incidents étaient trop limités en nombre et en preuves pour influencer l'opinion neutre ou ennemie.

La contre-accusation sur le fait que les Français et les Britanniques se sont alliés aux Russes (barbares et incapables de mener une guerre civilisée) était beaucoup plus prometteuse. De plusieurs manières, la Russie est le talon d'Achille de la prétention franco-britannique à mener une guerre moralement droite, étant donné la nature de son gouvernement, son bilan d'avant guerre de répression politique, de pogroms, et la réputation des cosaques d'être des soldats brutaux et indisciplinés." (p. 382-383)

Voir également : Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale