dimanche 19 février 2012

Haute-Loire : la terrible détresse de deux réfugiés politiques arméniens, Vruyr Dovlatian et David Asryan

Solidarité
Réfugiés, certains survivent cachés en Haute-Loire


Date : 18/02/2012 - Mise à jour : 18/02/2012 18:28

Depuis quelques mois, plusieurs affaires d’arrestations et d’expulsions de sans papiers ont fortement mobilisé la population. La plus récente, l’expulsion de Vruyr, a mobilisé du monde tous les jours devant la préfecture au mois d’Octobre.

Christine Chevalier, porte parole du Collectif de soutien aux demandeurs d’asile de Haute-Loire revient sur ces situations difficiles.


Migrant ou réfugié ?
Elle commence par donner la différence entre un migrant et réfugié. « Un migrant a changé de pays, peut-être pour le plaisir, pour du travail ou encore pour découvrir un pays, pour explorer de nouveaux horizons. Un réfugié, lui, a fuit son pays parce qu’il était persécuté. Il est venu demander l’asile en France parce qu’il était pourchassé, qu’il avait subi des persécutions ».


3 familles, 3 histoires en Haute-Loire
La première avait ému la population en début d’année 2011. David Asryan avait été arrêté par la police et son fils Vazgen, âgé de 6 ans avait lui aussi été arrêté au sein même de son école à Langeac. Jugés indésirables en Arménie, les parents de David étaient exilés en Russie où David a vécu la majeure partie de sa vie. Il a subi des persécutions du a son engagement politique dans un parti d’opposition et a dû fuir. La France où il s'est exilé lui a refusé l'asile. Christine Chevalier explique « Ils ont été arrêtés et emmenés dans un centre de rétention à Nîmes. Ils y sont restés trois semaines avant d’être libérés ». Elle ajoute « On avait jamais connu ça en Haute-Loire, depuis ils ont obtenu le droit d’asile et le statut de réfugié, en septembre. On constate que l’on casse les gens ! Il était content bien sûr, mais s’avouait, brisé. Il a passé 4 ans à tourner en rond dans un appartement, évidemment sans travail. Pendant 4 ans, on ne l’a pas cru».
Aujourd’hui, il vit au Puy, a du travail et le petit Vazgen est scolarisé.

L’histoire de Vruyr ne finit pas aussi bien. Au mois d’Octobre, cet arménien de 24 ans et bénévole à Emmaüs depuis 1 an a été arrêté et conduit dans le centre de rétention de Lyon. La population s’est aussitôt mobilisée en se réunissant chaque jour devant la préfecture pour demander sa libération et l’octroi du droit d’asile à titre humanitaire. Celui-ci lui avait été refusé car la préfecture estimait qu’il n’apportait pas assez de preuves des persécutions.
Il a été expulsé alors que sa mère, malade est toujours sur le territoire français. Depuis, il se cache en Arménie.

Christine Chevalier raconte " A son arrivée en Arménie, il a été accueilli par l’ex-KGB. Ils voulaient récupérer son numéro de téléphone, son adresse et son nom. Il en a donné de faux et il vit caché depuis cette arrivée. La corruption est omniprésente en Arménie et il sait que si l’ex-KGB le retrouve il sera torturé, persécuté, peut-être jusqu’à la mort jusqu’à ce qu’il donne une somme d’argent exorbitante ".

La troisième histoire concerne des roms du Kosovo. Dans cette famille, il y avait 7 enfants dont 6 étaient scolarisés. Christine Chevalier précise « C’était une véritable chance pour eux car au Kosovo, ils n’auraient eu aucune possibilité d’aller à l’école ». Cette famille avait été parrainée en Juillet par des élus. Ce monsieur a été assigné à résidence pendant 2 mois, Christine Chevalier explique «Il devait se rendre fois par jours au commissariat de police pour signifier sa présence ». Ils se sont beaucoup impliqués pour Vruyr et ont été découragés par l’issue et ont perdu espoir. Christine Chevalier précise « Depuis, ils ont quitté leur appartement, les enfants ne sont plus à l’école. On ne sait pas où ils sont, ils sont peut-être sous les ponts ».


L’angoisse et la peur
Christine Chevalier explique « En France, on vit caché car on a peur d’être arrêtés ». A l’instar de David Asryan qui a eu peur pendant 4 ans, l’angoisse et la peur sont leur point commun. « C’est le cas de tous ceux que l’on rencontre. Ils sont brisés par la peur ». On pourrait presque parler de profil type. Ce sont des gens stressés, habités par une angoisse terrible. Christine Chevalier raconte « Certains sont dans une angoisse permanente à la simple idée de rentrer chez eux ».


Des associations et la préfecture
Le Réseau Educateurs Sans Frontières (RESF) et toutes les associations d’aide aux réfugiés joue un rôle administratif, les bénévoles aident à monter des dossiers, à traduire ainsi qu’à mobiliser la population lors de réunions mensuelles ou lors des cercles de silence.
A l’occasion d’une rencontre avec le préfet, ils ont su qu’il y avait, au mois d’Octobre 47 personnes en demande de régularisation. C’est le seul chiffre qu’ils connaissent, la préfecture refusant de communiquer là-dessus.
Christine Chevalier raconte « On s’occupe de 20 à 30 personnes dans l’année. Certains se cachent par peur des contrôles et des expulsions. On est en contact avec des gens cachés en attente de fin de procédure. C’est une non-vie, il n’y a pas de projets, pas de sorties possibles. Leur vie est arrêtée ». Pour elle, « le préfet est soumis à des obligations du gouvernement. Il y a des quantités, des quotas d’expulsions et de titres de séjours à respecter. Si le préfet n’est pas très obéissant, sa prime de résultats peut baisser. Selon le journal « Le Monde », elle pourrait aller jusqu’à 66 000 euros. Ça explique que le préfet n’utilise pas autant qu’il le devrait son pouvoir discrétionnaire ».

A.B et E.A
Source : http://www.zoomdici.fr/actualite/Refugies-certains-survivent-caches-en-Haute-Loire-id117184.html

Pour rappel : Vruyr Dovlatian, issu d'un couple mixte arméno-azéri, est menacé d'expulsion vers l'Arménie raciste

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