samedi 31 mars 2012

La vie clandestine des Simonian dans le Béarn

Publié le 22/03/2012 à 06h00 | Mise à jour : 22/03/2012 à 07h38
Par Thomas Longué
Droit d'asile : leur vie clandestine dans le Béarn

Les Simonian se cachent depuis plus de deux mois en Béarn chez des particuliers

«On a un goût amer. Ils ne méritent pas ce qui leur arrive » : la retraitée de l'enseignement suspend là la leçon d'espagnol qu'elle donnait aux trois filles, Nadedja (17 ans), Silvard (15 ans) et Mariam (11 ans).

Comme elle, ils sont une dizaine de bénévoles à aider la famille Simonian. Ils réclament pour le couple - Agob, le père, Arev, la mère, tous deux âgés de 42 ans - et ses quatre enfants de pouvoir « vivre de nouveau libres et au grand jour dans notre région ».


Car, depuis deux mois et demi, à la suite de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet à l'encontre de la famille Simonian, celle-ci se terre dans un village du Béarn.

Un couple de retraités du pays fait plus que les héberger, dans la maison voisine de la sienne. Il les aide, les soutient au quotidien. En retour, Agob leur rend service comme il peut : il taille la glycine, répare les clôtures.

« Nous vivons dans la peur », dit la mère de famille, alors que le petit dernier, Frunze, né à Pau en décembre 2009, joue dans les bras de son père.


C'était une jeune femme combative que nous avions rencontrée en juin 2011 à Isard Cos, la structure d'accueil des réfugiés et demandeurs d'asile à Pau. La famille avait obtenu un appartement au quartier de l'Ousse-des-Bois et vivait avec 700 euros d'aides.

Aujourd'hui, Arev Simonian n'en peut plus : « J'ai tout donné depuis trois ans, tout fait pour qu'on ait une vie normale. » À la consultation de Médecins du monde, on a relevé chez elle des signes de dépression.

Pourtant, ses trois ados sont la plus belle preuve d'intégration. L'aînée réussissait dans ses études de comptable, au LP Baradat. Silvard s'ennuie de ses copines du collège Marguerite-de-Navarre : « Elles font une pétition et espèrent réunir 1 000 signatures », a-t-elle appris d'une des collégiennes.

Ni portable, ni Internet

Éviter le téléphone portable, de surfer sur les réseaux sociaux : ceux qui les soutiennent multiplient les mises en garde de ce genre. Mais comment mettre sous cloche trois jeunes filles pleines de vie qui s'ennuient ferme, au milieu de nulle part ?

Pour l'un des membres actifs du comité de soutien, le préfet a tout à fait le pouvoir de suspendre son arrêté du 5 décembre 2011.

Là-bas, en Arménie, Agob Simonian aurait été agressé dans un taxi par des membres d'une milice ; le chauffeur, qui a tenté de s'interposer, est mort poignardé.


La famille ayant émigré une première fois en Russie, puis étant revenue en Arménie pour la scolarité de l'aînée, la vitrine du magasin de vidéos d'Agob a volé en éclats, en 2008, parce qu'il aurait accepté les affiches d'un candidat aux élections. Récemment, sa mère aurait été agressée par des individus recherchant sa trace. Quant à Arev, d'origine azérie bien que née en Arménie, elle a subi des vexations dues à ses origines et à sa religion. Se faire traiter de « Turque » n'était pas la pire insulte.

Voilà pourquoi les Simonian ne retourneront pas dans leur pays. Bien que l'Arménie soit sur la liste des pays considérés comme « sûrs ».


Une demande est en cours devant la Cour nationale du droit d'asile. Mais elle n'est pas suspensive de l'expulsion.

Le comité de soutien à la famille Simonian fait signer une pétition et engage à le rejoindre sur Facebook (contact@comitesimonian.org).

    Pau
Source : http://www.sudouest.fr/2012/03/22/leur-vie-clandestine-665630-4344.php

Pour rappel : Béarn : les Simonian, une famille mixte menacée d'expulsion vers l'Arménie raciste

Les Arméniens et la hausse du nombre de demandeurs d'asile dans les pays occidentaux

Les demandes d'asile ont progressé de 20% en 2011, selon le HCR

Créé le 27-03-2012 à 07h45 - Mis à jour à 18h01

GENEVE (Reuters) - Le nombre de demandeurs d'asile dans les pays occidentaux a progressé de 20% l'an dernier, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) qui attribue cette augmentation aux crises en Libye, en Syrie ou encore en Côte d'Ivoire.

Au total, 441.300 demandes d'asile ont été enregistrées l'année dernière dans 44 pays industrialisés.

Les Etats-Unis, avec 74.000 dossiers, demeurent le pays le plus attirants pour les demandeurs d'asile.

La France est en deuxième position avec 51.900 demandes d'asile, un chiffre en progression de 8% qui s'explique notamment par l'arrivée d'Ivoiriens et d'Arméniens, note le HCR.
Avec 45.700 dossiers (+11%), l'Allemagne est au troisième rang.

Les Afghans sont les plus nombreux à avoir déposé un dossier (35.700, 34% de plus qu'en 2010), suivis des Chinois (24.400, dont la moitié aux Etats-Unis) et des Irakiens (23.500), précise le HCR dans un rapport publié mardi.

"Reflétant les troubles en Afrique de l'Ouest et dans le monde arabe, les demandeurs d'asile en provenance de Côte d'Ivoire, de Libye, de Syrie et d'autres pays ont atteint des niveaux records en 2011 avec 16.700 demandes de plus qu'en 2010", écrit le HCR.

Il faut remonter à 2003 pour retrouver un chiffre plus important. Cette année-là, plus de 505.000 demandes d'asile avaient été formées dans les pays industrialisés.

Antonio Guterres, qui dirige le HCR, a estimé cependant qu'il était nécessaire de mettre ces chiffres en perspective. "Le nombre de demandes d'asile enregistrées dans les pays industrialisés restent inférieur à la population du camp de réfugiés de Dadaab, dans le nord-est du Kenya", a-t-il dit, évoquant le plus grand camp de réfugiés de la planète où vivent plus de 460.000 Somaliens ayant fui la guerre civile et la sécheresse.

L'Europe a été en 2011 la région mondiale la plus concernée par les demandes d'asile, les 38 pays du continent ayant enregistré au total 327.000 dossiers, soit 19% de plus que l'année précédente. Sur ces demandes, 277.400 ont été faites auprès d'un des vingt-sept Etats membres de l'Union européenne (+15%).

Le HCR relève également que 1.500 migrants, venant essentiellement de Somalie et d'autres pays africains, ont trouvé la mort en 2011 en tentant d'atteindre les côtes européennes.

Stephanie Nebehay; Henri-Pierre André pour le service français
Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120327.REU2759/les-demandes-d-asile-ont-progresse-de-20-en-2011-selon-le-hcr.html

Voir également : France : 2.300 demandeurs d'asile arméniens en 2009

mercredi 28 mars 2012

Les ambiguïtés de l'alliance entre les nationalistes kurdes et arméniens

Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, p. 222-224 :

"L'accord kurdo-arménien de 1927 est formé de dix-neuf articles dont treize concernent les deux partis et six autres (art. 5-8, 10, 12) touchent uniquement le Tachnak. Selon ces derniers, le parti arménien s'engage à faire de la propagande en faveur de la cause kurde auprès des puissances et opinions publiques occidentales ; à fournir « provisoirement » de l'aide économique et matériel au Khoyboun ; à établir des relations diplomatiques afin de rallier un état à la révolte kurde ; à désigner un représentant permanent au sein du Khoyboun pour maintenir la liaison entre les deux organisations ; à unir ses forces militaires aux « troupes d'opérations kurdes » ; et enfin, à former les « organisateurs, propagandistes et techniciens kurdes ».

Conscients des difficultés qu'ils vont rencontrer au moment de convaincre Kurdes et Arméniens du bien-fondé de ce traité de collaboration, les deux comités s'engagent (article 4) à « mener une propagande efficace orale ou écrite, pour propager l'idée de la coopération arméno-kurde dans chacun des peuples ». Enfin, l'accord kurdo-arménien contient quelques articles (11,15-17) qui traitent des questions de l'arbitrage en cas de conflit entre les deux organisations nationaliste ou des possibles changements.

La sincérité de l'engagement des deux côtés reste toutefois à démontrer. Ainsi, les chefs du parti Tachnak estiment que « la révolte kurde sert actuellement leur politique et qu'il faut l'utiliser quand même ». Si bien que le comité de Paris s'est proposé de parvenir à une alliance « offensive en leur laissant croire [aux Kurdes] que le peuple arménien est d'accord avec eux, ce qui est inexact, car cette trêve obligatoire ne diminue pas la haine des Arméniens pour les Kurdes ». En résumé, et selon le rapport des autorités françaises, « les Arméniens se jouent des Kurdes qu'ils envoient se faire tuer à leur place, et qu'ils massacreront à leur tour si l'occasion se présente ». En revanche, aucune clause n'engage seule la Ligue Khoyboun ce qui constitue une preuve des carences organisationnelles au sein du comité kurde en exil.

La sincérité de l'engagement du côté kurde reste aussi à démontrer malgré les déclarations de bonnes intentions faites par Djeladet Bedir Khan après la conclusion de l'accord :

Une fois l'Arménie et le Kurdistan arraché des griffes de leurs tyrans, la question de la délimitation des frontières de leurs pays sera réglée dans cet esprit d'amitié et de fraternité que l'abandon de quelques villes ou villages sera beaucoup moins précieux que l'amitié et la bonne entente arméno-kurde.


En 1931, Djeladet lui-même aurait précisé que « rien de définitif n'avait été arrêté mais qu'en tout cas, les Arméniens qui voudraient rentrer s'installer au Kurdistan jouiraient de tous les droits des minorités [...] droits qui seraient reconnus également aux Lazes ». L'inclusion des Lazes comme minorité du Kurdistan signifie en effet que, pour le dirigeant du Khoyboun, le « Kurdistan » s'étend au moins jusqu'à Erzurum et même au-delà, ce qui se traduit, de fait, par une disparition de l' « Arménie turque ».

En outre, l'alliance kurdo-arménienne n'est guère appréciée par certains notables kurdes de Turquie et de Syrie. Ainsi, Halidji Zade Ismail est envoyé en mission auprès des fils de Djemil Pacha « pour leur expliquer que les Kurdes de Diyarbakir n'accepteraient à aucun prix l'alliance conclue avec les Arméniens qu'ils considèrent comme leurs pires ennemis ». Ekrem Djemil Pacha lui aurait répondu que cela ne devait pas inquiéter les Kurdes de Turquie, et que l'accord réalisé n'avait pour but que de « gagner la confiance des Arméniens et recevoir leur argent, jusqu'au moment où le jour kurde luira »."

Voir également : L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)

La coopération des dachnaks avec la Perse/Iran aryaniste et antisémite de Reza Shah Pahlavi


L'objectif principal de la FRA-Dachnak, hier comme aujourd'hui


La perception des Kurdes dans la littérature nationaliste arménienne, avant l'alliance nouée entre la FRA-Dachnak et le Khoyboun dans les années 20

Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale

Lot-et-Garonne : la mort d'un chauffard arménien

Villeneuve-sur-Lot et sa région
Publié le 14/03/2012 07:47 | La Dépêche du Midi
Mortels : la dure loi des séries
accidents de la route


En dépit des contrôles routiers incessants et des campagnes de sensibilisation à l'adresse des jeunes, la route qui n'en finit pas de tuer, loin de décourager les forces de l'ordre, ne fait que les inciter à durcir le ton en matière d'insécurité routière. Des opérations concertées entre police et gendarmerie visant à traquer les infractions routières et lutter contre les cambriolages sont devenues monnaie courante.

Deux accidents mortels sont survenus à 48 heures d'intervalle : le premier à Lavardac, imputable à l'alcool, et le second consécutif à un défaut de maîtrise qui s'est déroulé à Villeneuve-sur-Lot, lundi soir. Jean-Baptiste Roy, 32 ans, est mort écrasé par la remorque que son véhicule utilitaire tractait. Ce Monflanquinois laisse deux enfants en bas âge.

Ces vies fauchées prématurément laissent un arrière-goût d'injustice et de colère.

Force est de constater que l'alcool et les stupéfiants au volant restent un véritable fléau. Pour preuve, 18 alcoolémies encore positives le week-end dernier, sept automobilistes sous l'empire du cannabis dont 4 jeunes conducteurs titulaires d'un permis probatoire.
La vitesse dans la trilogie

Revient comme une litanie au chapitre des causes fatales, l'alcool festif qui a provoqué la mort du jeune Viannais de 19 ans, samedi au lever du jour, passager de la voiture.

Dans l'accident du jeune Monflanquinois qui s'est tué en février dernier, stupéfiants et vitesse ont été pointés. Sans oublier cet Arménien qui a péri dans une collision contre un camion et dont le compteur du véhicule a été retrouvé bloqué à 140 km/h au lieu de 70. La vitesse a également une large part de responsabilité dans l'hécatombe qui touche particulièrement la jeunesse. Malgré cette série noire observée ces derniers mois au rythme d'un mort en janvier, deux en février et deux en mars, les chiffres sont plutôt « encourageants » en zone gendarmerie : «- 6 tués par rapport à l'an dernier à la même période mais + 6 blessés », souligne le capitaine Lagadec qui dirige l'Escadron Départemental de Sécurité Routière et qui met au banc des accusés les problématiques d'addictions. Depuis lundi soir, la police dénombre son premier accident mortel de l'année.

C.St-.P.
Source : http://www.ladepeche.fr/article/2012/03/14/1305528-mortels-la-dure-loi-des-series.html

vendredi 23 mars 2012

Automne-hiver 1914-1915 : le rôle militaire décisif des belligérants arméniens, d'après la presse française

"Les Arméniens accueillent les Russes en libérateurs", L'Ouest-Eclair, 7 novembre 1914 :

"Tiflis, 6 novembre. Les Arméniens qui, au nombre d'un demi-million, habitent les régions d'Asie Mineure envahie actuellement par l'armée russe accueillent nos soldats en libérateurs.

Une délégation de 100 notables arméniens, conduite par un évêque, est venue exprimer au vice-roi du Caucase les sentiments de profond patriotisme qui animent toute la nation arménienne. L'évêque a prononcé un discours dans lequel il a dit qu'au moment où la Russie procède à l'émancipation finale de l'Arménie du joug séculaire turc, le peuple arménien se sacrifiera tout entier. L'évêque a prié le vice-roi de vouloir bien répéter ses paroles au monarque.

L'anniversaire de l'avènement du tsar a revêtu à Tiflis, par suite de la déclaration de guerre de la Turquie, le caractère d'une grande fête populaire. Des manifestations enthousiastes ont eu lieu au cours desquelles les différentes nationalités peuplant le Caucase ont donné le spectacle touchant d'une complète fraternité. Jamais la ville n'a vécu de pareille journée."

"Les Arméniens font cause commune avec les Russes", L'Ouest-Eclair, 9 novembre 1914 :

"Moscou, 8 novembre. ON ANNONCE DE TIFLIS QUE LA VILLE TURQUE DE VAN EST ASSIEGEE PAR LES ARMENIENS QUI FONT CAUSE COMMUNE AVEC LES RUSSES.

SI LES ARMENIENS REUSSISSENT A PRENDRE CETTE PLACE IMPORTANTE, LE GRAND ARSENAL CONTENANT DES QUANTITES D'ARMES ET DE MUNITIONS TOMBERA DANS LEURS MAINS.

UN AUTRE DETACHEMENT D'ARMENIENS ARMES ET BIEN EQUIPES OPERE A L'ARRIERE DE L'ARMEE TURQUE (Daily-Telegraph)."

"La marche des Russes sur Van", Le Petit Parisien, 8 décembre 1914 :

"Petrograd, 7 décembre.

On annonce l'occupation par les Russes de Saraï et de Basch-Kala, en Arménie.

Cette occupation ouvre la route directe vers Van et met entre les mains des Russes la partie la plus florissante de l'Arménie.

Ce succès des Russes est dû au concours des Arméniens qui indiquèrent des voies secrètes pour permettre aux troupes russes un mouvement débordant contre les Turcs."

"Un succès russe en Arménie", L'Humanité, 20 décembre 1914 :

"Pétrograd, 18 décembre. Les Russes ont occupé sur les routes de Van des points stratégiques importants ; les Turcs font de très grands efforts pour les déloger.

Des combats très vifs se livrent dans cette région.

Les Arméniens rallient en masse les troupes russes avec leurs armes. (Havas.)"






mardi 20 mars 2012

Monte Melkonian et l'attentat de la rue Copernic

Elisabeth Schemla, "Terrorisme : la filière arménienne", Le Nouvel Observateur, 7 août 1982, p. 24 :

"Créée en 1975, l'A.S.A.L.A. s'est fixé pour but de « récupérer sa patrie occupée par le régime fasciste turc, par tous les moyens nécessaires ». Elle dispose à Beyrouth d'une boîte postale ; elle émet chaque jour par radio pendant une heure ; elle forme, avec l'aide logistique des Palestiniens, les militants qui retournent ensuite dans leurs pays d'origine pour commettre des attentats.

Dans ces conditions, il est difficile d'admettre, comme l'A.S.A.L.A. veut le faire croire un peu tardivement, qu'elle n'a rien à voir avec le groupe Orly, dont elle condamne aujourd'hui les derniers actes terroristes en date. Le groupe Orly se manifeste pour la première fois le 12 novembre 1981 après qu'un Arménien (Dimitriu Giorgiu) eut été interpellé à l'aéroport parisien, porteur d'un faux passeport chypriote de la même série que le passeport de « l'homme à la moto » de la rue Copernic. Dimitriu Giorgiu rejoignait Beyrouth, le 9 décembre. Quant aux attentats du quartier Latin, le groupe Orly les a perpétrés alors que la chambre d'accusation de Paris examinait la demande d'extradition américaine d'un Arménien interpellé à Roissy, Vicken Tcharkhutian, membre de l'A.S.A.L.A."

"Arméniens : la « nouvelle ligne »", Le Point, n° 584, 28 novembre 1983, p. 56 :

"Monte Melkonian, alias Dimitriu Georghiu, avait été arrêté à Orly en novembre 1981 (son faux passeport avait un numéro de série proche de celui du suspect numéro un dans l'attentat de la rue Copernic)."

Voir également : L'antisémitisme arménien : quelques pistes à explorer

La jalousie maladive des militants arméniens à l'égard des Juifs

Le terroriste Carlos, ancien camarade d'Hagop Hagopian (ASALA), a enfin été condamné à la perpétuité

Quand Ara Toranian admettait avoir été, pendant des années, le complice d'un "antisémite" et d'un "fasciste"

Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien

La coopération des terroristes arméniens de l'ASALA avec les services secrets de Kadhafi

Grossière duplicité de l'activisme arménien

Le terrorisme arménien en France : images d'archives

Quelques figures de l'activisme/terrorisme arménien

lundi 19 mars 2012

Hubert Védrine : "Un grand nombre de pays ont été heurtés par des comportements brutaux, ou par les outrances de la diplomatie d’opinion, comme la Turquie et le Mexique"

"Qu’a réussi Nicolas Sarkozy ces cinq dernières années?

Son bilan est mitigé. Sa présidence de l’Union européenne en 2008 a été productive, la création du G20 est une vraie avancée et la résolution 19.73 pour intervenir en Libye une réussite française, grâce à Alain Juppé, qui, à la fin, a remis notre diplomatie d’aplomb. Mais il y a aussi beaucoup de fébrilité et d’initiatives qui n’ont pas vécu. Un grand nombre de pays ont été heurtés par des comportements brutaux, ou par les outrances de la diplomatie d’opinion, comme la Turquie et le Mexique, avec l’affaire de la pénalisation du négationnisme du génocide arménien et le cas Florence Cassez. Avec l’Allemagne, il y a eu trop de suivisme ces deux dernières années, peut-être pour corriger un excès d’agressivité entre 2007 et 2010. Ajoutons à cela trop de changements de titulaire au Quai d’Orsay qui n’ont pas donné de continuité ; une instabilité qui, conjuguée à la baisse de son budget (pourtant infime), a trop souvent paralysé notre instrument diplo- matique. Bref, la dictature de l’instant, les réactions à court terme sous l’effet des images et de l’opinion, tout ça ne constitue pas une boussole stratégique."

Source : http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/Hubert-Vedrine-juge-le-bilan-diplomatique-de-Nicolas-Sarkozy-interview-495220/

Voir également : Le diplomate socialiste Hubert Védrine critique une loi électoraliste et "mettant la France hors-jeu en Turquie"

La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

samedi 17 mars 2012

Les motivations avouées d'un "Arménien de marque" engagé dans les armées de l'Entente en 1914 (soit bien avant la déportation de l'été 1915) : "des crimes sans nombre", "l'anéantissement systématique de notre peuple", "il faut que la Turquie disparaisse pour toujours"

Le Temps, 27 novembre 1914 :
EN ORIENT
La Turquie germanisée

M. Jean Finot raconte, dans le prochain numéro de la Revue (décembre), un épisode des plus dramatiques relatif aux relations turco-arméniennes :

La vie réelle surpasse bien souvent notre imagination. On m'annonça ces jours-ci, écrit-il, la visite d'un Arménien de marque, aujourd'hui officier dans une des armées alliées. Nous parlâmes des souffrances indicibles de son peuple, ces Alsaciens-Lorrains de l'Orient. Et voici un épisode inédit, assez récent, que me confia l'officier.

Les jeunes Arméniens, au comble du désespoir par des crimes sans nombre que le comité jeune-turc ne cessait d'exécuter traîtreusement dans leur pays, ont décidé d'en finir. Le salut, d'après nous, n'était plus que dans les actes. Il fallait se débarrasser, coûte que coûte, de cette bande de criminels qui opéraient sous l'oeil bienveillant de la diplomatie européenne.

Réunis un soir au café Tokatlian, à Constantinople, nous y avons guetté, armés jusqu'aux dents, Enver et ses compagnons, qui sortant du cercle d'Orient rentraient dans l'hôtel. Très résolus, moi et les hommes sous mes ordres, nous avons décidé de délivrer le monde d'Enver et de quelques autres membres les plus sinistres de la bande.

Hélas ! devant l'abandon de l'Europe et l'anéantissement systématique de notre peuple, l'assassinat politique restait le seul moyen de salut pour mes pauvres compatriotes.

Mais, du coup, un doute s'empara de moi.

Enver, Talaat et le comité disparus, la Turquie devait ressusciter. Avec l'assentiment de l'Europe, ma patrie continuerait a être ruinée et massacrée. Non, il faut que la Turquie disparaisse pour toujours ! Enver et sa bande étant seuls capables de résoudre dans ce sens le problème turc, il faut les laisser vivre.

Profondément angoissé, je communiquai d'une façon brève ma résolution à mes amis. Ce raisonnement n'était pas de leur goût, mais ils s'inclinèrent devant l'ordre de leur chef.

Ma conscience est aujourd'hui doublement tranquille, et je ne doute pas qu'Enver, avec l'appui de ses Allemands, ne réalisera finalement le rêve de toutes les victimes des Turcs, c'est-à-dire la ruine définitive de ce peuple, qui n'a jamais pu rien construire, tout en continuant à vivre en marge des nations civilisées.

Des propos très concordants avec ceux d'autres nationalistes arméniens autour des mêmes années : Une des priorités de François Hollande : retirer le mot "race" de la constitution de la Ve République. Qu'en pensent ses amis de la FRA-Dachnak ?

Le délire raciste et mortifère des ethno-nationalistes arméniens (dachnaks en l'occurrence) dans le texte

Voir également : Enver Paşa (Enver Pacha) et les Arméniens

Le projet ottomaniste d'admission des Arméniens dans l'armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

L'opposition des non-Turcs à la mise en oeuvre de l'ottomanisme


Le prétendu "massacre jeune-turc" d'Adana en avril 1909


La position équivoque des Arméniens, notamment dachnaks, durant les Guerres balkaniques (1912-1913)

1914 : le soulèvement kurde contre l'application du plan de réformes arméniennes

1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Entente et contre l'Empire ottoman


Première Guerre mondiale : la collaboration arménienne avec l'armée russe et les massacres des milices arméniennes

Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens


Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale

vendredi 16 mars 2012

Le panturquisme, un épouvantail sans cesse agité par les nationalistes dachnaks

Jacob M. Landau, Pan-Turkism : From Irredentism to Cooperation, Bloomington, Indiana University Press, 1995 :

"La première de ces associations [panturques], mise en place à Istanbul en décembre 1908, peu après la révolution jeune-turque, était la Türk Derneği (l'Association des Turcs). Ses statuts (Türk derneği nizamnamesi) déclaraient sans équivoque que l'association visait à se concentrer sur la seule érudition (de toute évidence une allusion à la turcologie et qui suggérait que la politique serait évitée). Les statuts poursuivaient en précisant les études turques envisagées : étudier et communiquer toutes les oeuvres écrites et les activités, passées et présentes, des peuples turcs dans l'archéologie, l'histoire, la linguistique, la littérature, l'ethnographie, l'ethnologie, la sociologie, la civilisation, et la géographie ancienne et nouvelle des terres turques. Il est évident que le nationalisme et le panturquisme étaient impliqués par les statuts ci-dessus, rien d'étonnant dès lors que les fondateurs de l'association comprenaient des panturquistes bien connus tels que Necib Asım et Yusuf Akçura mentionnés ci-dessus (ce dernier présida la première réunion de l'association), ainsi que des âmes soeurs comme Veled Çelebi, Riza Tevfik, Emrullah Efendi, Bursalı Tahir, Ahmet Midhat, Fouad Raif, et Ahmet Ferit. Etant donné que les buts avoués de l'association étaient intellectuels, des non-Turcs furent également cooptés en son sein ; parmi les fondateurs, il y avait un Arménien, Agop Boyacıyan." (p. 39)


Paul Dumont, "Bolchevisme et Orient", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 18, n° 4, octobre-décembre 1977 :

"(...) Mustafa Suphi agit au sein du parti constitutionnel national (Milli meşrutiyet fırkası) créé par un ex-député, Ferit Tek, et par un éminent idéologue d'origine tatare, Yusuf Akçura. Cette organisation avait pour but principal de déborder le comité Union et Progrès sur son « aile nationaliste » en promouvant sur le terrain politique, économique et social les doctrines élaborées par les cercles panturquistes. Mustafa Suphi participait notamment à la rédaction de son organe, l'Ifham (Commentaire).

Face au comité Union et Progrès, le parti constitutionnel national ne représentait, bien entendu, qu'une force politique mineure. Mais les dirigeants unionistes ne toléraient guère la contestation. L'assassinat, le 11 juin 1913, du Premier Ministre Mahmoud Chevket pacha leur donna l'occasion d'éliminer tous les opposants au régime. Plus de deux cents personnalités furent envoyées en exil. Dans le lot, il y avait en particulier un certain nombre de militants socialistes. Mais la répression frappa également les milieux panturcs et Mustafa Suphi ne put échapper au bannissement." (p. 379)


Stéphane de Tapia, "Les réfugiés dans la construction de l'Etat-nation turc", Autrepart, volume 7, 1998 :

"Le nationalisme turc (Türk milliyetçilighi, Türkçülük) s’oppose très fortement au panturquisme (Türkçülük, Turancylyk) durant la période de construction de l’Etat-nation républicain. Ainsi, si la Turquie apparaît comme un sanctuaire pour les militants d’origine soviétique, elle n’en reste pas moins prudente, voire hostile, et quelques réfugiés en vue seront même expulsés. Contrairement à Enver Pasha, mort au Turkestan et dont les cendres viennent d’être rapatriées lors d’une cérémonie présidée par Süleyman Demirel, président de la République, Atatürk a préféré jouer la carte du nationalisme turc en Anatolie." (p. 17)


Vahé Tachjian, La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933), Paris, Karthala, 2004 :

"Malgré toutes les ambiguïtés inhérentes à un tel rapprochement [arméno-kurde], l'un des promoteurs principaux de l'alliance avec le Khoyboun, Roupên Dér Minassian, dirigeant du parti arménien, semblait être convaincu du succès de l'entreprise dans laquelle s'engageait le Tachnagtsoutioun. Ce responsable arménien justifiait les fondements idéologiques de cette alliance en faisant valoir que les peuples indo-européens de la région, en l'occurrence les Iraniens, les Arméniens et les Kurdes, devaient s'unir pour affronter ensemble le danger posé par le panturquisme. L'idée de « l'union des peuples aryens » fut lancée par Roupên qui se demandait : « Pourquoi ne pas croire, que, demain, comme un contrepoids au touranisme, se réalisera une autre "utopie", en l'occurrence celle des peuples Aryens ? »

Convaincu du bien-fondé de sa pensée, Roupên alla prêcher sa découverte idéologique auprès des dirigeants iraniens. Il rencontra à Paris, en mars 1928, le ministre Perse en France, M. Ala, et lui expliqua les avantages d'une telle union. L'idée semble avoir fait son chemin, puisque le pacte entre les peuples « aryens » contre « l'ennemi commun turco-touranien », fut inclus dans le texte de l'accord entre le Khoyboun et le Tachnagtsoutioun.

Djeladet Bedr Khan, le personnage le plus influent au sein du Khoyboun, fut à son tour gagné à l'idée de l'union des trois peuples. Le leader kurde entreprit, en été 1928, un voyage en Iran où il séjourna plusieurs mois, pour solliciter l'appui des dirigeants iraniens à l'alliance kurdo-arménienne." (p. 370)


Etienne Copeaux, "Le mouvement "prométhéen"", Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien, n° 16, juillet-décembre 1993 :

"Pour les Prométhéens, le pantouranisme fait le jeu de l'URSS : un épouvantail agité à la face de l'opinion publique mondiale, pour justifier la propagande internationaliste, anti-nationale dans les régions turcophones. Dès qu'un intérêt quelconque se montre en Turquie pour les "frères" du nord et de l'est, l'URSS peut agiter ce spectre. Le pantouranisme ayant très mauvaise presse dans les milieux diplomatiques occidentaux, le gouvernement turc craint vivement cette accusation. Il est donc de l'intérêt des réfugiés que les pantouranistes, s'il y en a, ne se manifestent pas. Les accusations de pantouranisme touchent tous ceux qui, simplement, évoquent une communauté culturelle, une parenté d'esprit entre les peuples turcs, des liens même sentimentaux entre turcophones et Turcs. Elles émanent de certains milieux arméniens, de la propagande soviétique évidemment, mais souvent aussi des émigrés russes blancs (entourage de Kérensky).

Les articles [de la revue Prométhée] se défendant de ces accusations de pantouranisme sont surtout fréquents en 1930, et le n° 38 (janvier 1930) est entièrement consacré à cette question, car la version russe du fameux livre de Zarevand vient de paraître. Qu'il y ait ou non une collusion entre Zarevand et les milieux russes blancs, il est clair que leurs intérêts convergent sur ce point. Dès 1928 les milieux kérenskistes répandent l'idée que les pays du Caucase doivent se méfier de la Turquie. Prométhée réagit vigoureusement contre ce qui est qualifié de manifestation de l'impérialisme russe. Ainsi Resulzade oppose-t-il le "panturquisme culturel", utile et qui doit s'étendre sous forme de relations culturelles, et le "panturquisme politique" qu'il qualifie de "romantisme trompeur".

Aux attaques du livre de Zarevand s'ajoutent des propos de l'Arménien Khondkarian publiés dans Dni, accusant les Prométhéens d'avoir pour but une union avec la Turquie. L'article de tête de cet important n° 38 qualifie d'absurde toute idée pantouraniste, puisque la Turquie n'est pas contiguë aux autres pays turcophones, et que "la communauté de race, à elle seule, n'a jamais déterminé (...) d'unité politique". (...) Selon Resulzade, le rêve panturquiste est tombé, et d'ailleurs, en son temps, il a joué un rôle bénéfique pour diminuer l'influence de l'Islam. (...) Enfin, il retourne l'accusation contre les Arméniens, et accuse les partisans du Dachnak de préparer un "panarmémisme" ou "panaryanisme" en favorisant notamment l'agitation kurde.

Toujours dans ce numéro, Tchokay monte lui aussi au créneau, rendant hommage à Atatürk : "Il est certain que nous sommes turcophiles (...). Mustafa Kemal et la Turquie nous sont chers". Mais il qualifie le touranisme de mythe qui a surtout servi à lutter contre le panslavisme : "Les touranistes n'ont jamais songé (...) à une union quelconque avec la Turquie". Il reviendra à la charge dans un numéro ultérieur : "Supposer que le Turkestan peut être pris par Kemal (...) et former un territoire qui s'étendrait de la Volga au Pamir est une idée (...) qui ne peut germer que dans la tête d'un homme qui a effectivement perdu le sentiment de la réalité et qui vit sous l'empire d'une terreur fantastique". D'ailleurs, dit-il, les contacts entre la Turquie et le monde turcophone sont tellement difficiles qu'on ne voit pas comment des relations politiques seraient possibles."


Anahide Ter Minassian, Histoires croisées : diaspora, Arménie, Transcaucasie, 1880-1990, Marseille, Parenthèses, 1997 :

"Obsédés par « la peur des Turcs » ravivée par les violentes réactions azeries, Eglises, partis politiques et associations de la diaspora ont cherché à éviter toute expression anti-soviétique et anti-russe. Ce faisant, ils n'ont soutenu ni les indépendantistes ni même le Comité Gharabagh. Cette attitude traduit la psychologie et les espérances de la majorité des Arméniens de la diaspora : leur objectif n'est pas l'indépendance de l'Arménie soviétique, mais son accroissement territorial et son renforcement économique et culturel. Prêchant la « prudence » et le réalisme politique, s'en remettant à Gorbatchev, pour résoudre dans un sens favorable aux Arméniens la « question du Gharabagh », ils se rallient à la haute intelligentsia et au catholicos « perestroïkistes », et à la nouvelle direction du P.C. d'Arménie, en la personne de Souren Haroutounian. C'est ainsi qu'au début d'octobre, les trois partis politiques de la diaspora (Hentchak, Ramgavar et Dachnak), signent une Déclaration commune appelant les Arméniens soviétiques à cesser leurs grèves, à mettre fin « aux expressions extrémistes qui gênent l'ordre public ». Adressée au Premier Secrétaire et au Catholicos, lue à la télévision de Erevan, la Déclaration fut interprétée en Arménie par les partisans du Comité Gharabagh comme une véritable « trahison » de la part de la diaspora.

Venant de la F.R.A. (ou Parti dachnak), un parti actif et influent dans la diaspora, qui a dirigé l'Arménie de 1918 à 1920, a dénoncé des décennies durant le stalinisme, a inscrit et maintenu dans son programme l'indépendance, cette attitude a de quoi surprendre. Annoncé par une véritable Ost-Politik datant des années soixante-dix, le rapprochement de la F.R.A. avec les instances dirigeantes du P.C. d'Arménie, est justifié par la montée du « panturquisme » qui exige que l'Arménie reste solidement arrimée à l'U.R.S.S. Confondu avec le très réel nationalisme azeri dont l'autochtonie est niée, le « panturquisme » soulève une vive controverse dans la presse arménienne de Erevan à Athènes, de Paris à Los Angeles." (p. 104)


Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

"La FRA joue la carte de Moscou, rompt avec les nationalistes du Comité Karabakh en faisant du panturquisme (turc et azéri) la menace principale à l'égard de laquelle l'Union soviétique servirait de bouclier." (p. 16)

"Alors que la FRA dénonce une nouvelle expérience morbide du panturquisme, le Comité Karabakh lui répond que le Caucase se trouvant sous domination soviétique et non turque, la perestroïka et la glasnost n'étant que des « drogues » panslavistes, l'ennemi principal n'est pas le panturquisme." (p. 152)

"La FRA se rapproche de la Syrie et du Hezbollah, hostile à Israël et à la Turquie, qualifiant « le panturquisme et le sionisme d'idéologie raciste qui constituent les deux faces d'une même médaille, celle de l'impérialisme »." (p. 251)


Gaïdz Minassian, Géopolitique de l'Arménie, Paris, Ellipses, 2005 :

"Le MNA est partagé quant à la publicité faite autour de la présence en Arménie de ce parti centenaire. D'un côté, le parti Dachnak véhicule une partie du patrimoine national et incarne l'indépendance, ce qui n'est pas sans déplaire au MNA. De l'autre, le retour de la FRA coïncide avec une certaine militarisation voire une fedaïsation de la cause du Karabakh. A terme, le parti peut, avec les moyens dont il dispose au sein de la diaspora, incarner une opposition tenace et ce, avec d'autant plus d'aplomb que sa direction tempère son discours sur l'indépendance, car elle mise sur la longévité de l'URSS, et dénonce le panturquisme comme le véritable danger, ce que le MNA rejette, considérant que le fait panturc est une création du panslavisme soucieux d'assurer sa présence dans cette région sensible." (p. 36)

"(...) l'alliance stratégique turco-azérie et les velléités d'Ankara de créer dès 1992 un espace turcophone de l'Asie centrale aux Balkans, sur les ruines du bloc communiste, a divisé les Arméniens entre le MNA qui s'accommode avec pragmatisme des velléités de la Turquie et la FRA qui dénonce le panturquisme." (p. 92)


Voir également : La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes

Les Arméniens, des bons Aryens : rétrospective sur une obsession raciale du nationalisme arménien

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)

La coopération des dachnaks avec la Perse/Iran aryaniste et antisémite de Reza Shah Pahlavi

L'objectif principal de la FRA-Dachnak, hier comme aujourd'hui

jeudi 15 mars 2012

François Hollande a-t-il la "mémoire" courte ?

François Mitterrand, président de la République française (1981-1995) :

"C'est vrai, c'est la première visite d'Etat d'un chef de l'Etat algérien en France et cela représente un moment historique, puisque cela signifie qu'après vingt ans peu à peu ont été dominés les ressentiments, les contradictions, le cas échéant même les incompréhensions, les difficultés inhérentes à tout ce qui s'est produit depuis la dernière guerre mondiale dans le grand phénomène de la décolonisation.

Je ne rappellerai pas les moments douloureux, ils sont dans les mémoires. Mais d'autres générations sont nées, sont venues et la sagesse des représentants de la génération qui a vécu cette période a permis d'aborder les temps nouveaux. C'est précisément par ce salut au temps nouveau que je veux marquer la venue du Président algérien en France." (interview à l'agence Algérie Presse Service, 7 novembre 1983)

"Ils [ceux qui demandent des excuses de la France pour Vichy] attendront longtemps, ils n'en auront pas. La France n'a pas d'excuses à donner, ni la République. A aucun moment je ne l'accepterai. Je considère que c'est une demande excessive de gens qui ne sentent pas profondément ce que c'est que d'être français, l'honneur d'être français et l'honneur de l'histoire de France."

"C'est l'entretien de la haine et ce n'est pas la haine qui doit gouverner la France." (déclarations à Jean-Pierre Elkabbach dans le documentaire François Mitterrand, conversation avec un Président, 1994)

"La République n'a rien à voir avec cela [la collaboration de Vichy] et j'estime, moi, en mon âme et conscience, que la France non plus n'en est pas responsable ; que ce sont des minorités activistes, qui ont saisi l'occasion de la défaite pour s'emparer du pouvoir, qui sont comptables de ces crimes-là. Pas la République, pas la France ! Donc, je ne ferai pas d'excuses au nom de la France." (déclaration télévisée, 12 septembre 1994)


Lionel Jospin, Premier ministre (1997-2002) :

"Ce conflit colonial [la guerre d'Algérie] ne relève pas d'un acte de repentance collective ni de procédures judiciaires mais de la recherche de la vérité qui appartient au travail des historiens." (déclaration en marge du congrès du PS à Grenoble, 25 novembre 2000)

"Pendant la dizaine d’années que dura ce conflit [la guerre d'Algérie], la haine et la folie se sont emparés des esprits et des communautés. Les crimes des uns furent alternativement le prétexte des crimes des autres. Leur atrocité fut à la mesure de ce qu’on peut redouter d’une double guerre civile, franco-française et algéro-algérienne. (...) Je sais que l’immense majorité des militaires français, appelés ou rappelés du contingent, n’ont pas été impliqués dans les exactions commises. A ce titre, je ne crois pas qu’ils doivent porter quelque responsabilité que ce soit, ni que nous devions nous sentir collectivement coupables pour eux.

De même, je me souviens que ce furent des militaires, appelés ou de carrière, qui firent échec aux tentatives factieuses. Ils ont ainsi sauvé la République et je leur en suis reconnaissant. Mais je sais que, dans le tourbillon de violences, la confusion a pu être grande. Le bilan de cette guerre a d’ailleurs été terrible. Des deux côtés de la Méditerranée, le traumatisme a été profond." (cité par Humanite.fr, 23 avril 2002)


François Hollande, secrétaire national du Parti socialiste (1997-2008) :

"On ne peut pas demander à la politique ce qu'elle ne peut pas faire, comme se substituer à la recherche historique [sur la guerre d'Algérie]."

"Le travail de mémoire doit être fait et le mieux, c'est quand même par des historiens." (déclarations en marge du congrès du PS à Grenoble, 24 novembre 2000)


Voir également : La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

La déception du socialiste arménophile Gaston Defferre devant le déchaînement du fanatisme arménien en France

Le juriste Robert Badinter : "Il s'agit d'un texte qui véritablement à mon sens est anticonstitutionnel."

L'ancien ministre de la Culture Jack Lang pourfend la turcophobie sarkozyste

Jean-Pierre Chevènement : "la proposition de loi porte atteinte au principe fondateur de la liberté d’expression et ce, tout particulièrement dans le domaine de la recherche historique"

Le républicain de gauche Jean-Pierre Chevènement dénonce une "capitulation face aux lobbies"

L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste

Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

Le discours éblouissant du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé en Turquie, dans la grande tradition de la turcophilie gaulliste

"Cohérence", "nuance" et "exactitude" chez Nicolas Sarkozy, "fin connaisseur" de l'histoire de France, comme de celle de la Turquie

Echec de la manoeuvre du lobby arménien : "nous continuons à parler avec la Turquie" (Alain Juppé)

10h17
Paris "continue à parler" avec Ankara, assure Alain Juppé

Juppé a affirmé jeudi que la France "continuait à parler" avec la Turquie, en dépit du différend avec ce pays sur un texte de loi visant à sanctionner la négation du génocide arménien, finalement annulé par le Conseil constitutionnel.
"Nos relations avec la Turquie ne sont pas rompues, bien au-delà. Nos relations économiques restent extrêmement fortes (...), nos liens culturels restent entiers et nous continuons à parler avec la Turquie", a déclaré le ministre des Affaires étrangères sur France Culture Partisan d'un rapprochement avec la Turquie aujourd'hui acteur incontournable dans la gestion de la crise syrienne, M. Juppé a évoqué ses divergences avec le président Nicolas Sarkozy sur le bien fondé de cette loi.

"Nous avons eu des difficultés avec la Turquie pour une question qui a été le seul point de désaccord que j'ai eu avec Nicolas Sarkozy, la pénalisation de la mise en cause du génocide arménien", a-t-il dit.

Interrogé le 2 février sur ce sujet, M. Juppé avait déclaré qu'il n'y avait "pas de divergences au sein du gouvernement puisque, de toute façon, quand il y a des divergences, c'est le président qui préside et le Premier ministre qui décide".

"Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça s'en va. Donc je suis dans une situation où je ferme ma gueule... sur ce point très particulier que vous avez évoqué", avait-il dit.


La Turquie avait gelé fin décembre ses relations politiques et militaires avec la France après l'adoption par les députés français d'un texte condamnant la négation du génocide de 1915. La loi, votée ensuite au Sénat, a finalement été annulée par le Conseil constitutionnel mais le président Sarkozy a réaffirmé depuis sa détermination à faire adopter un tel texte.

Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a mis en garde la France contre toute nouvelle tentative de légiférer sur ce sujet. Mais malgré ces tensions diplomatiques, le président turc Abdullah Gül, en visite en Tunisie la semaine dernière, a implicitement confirmé la présence de la France lors de la prochaine réunion à Istanbul des Amis du peuple syrien.
Source : http://lci.tf1.fr/filnews/politique/paris-continue-a-parler-avec-ankara-assure-alain-juppe-7064167.html

Voir également : Le Conseil constitutionnel repousse les ingérences liberticides d'un ethno-nationalisme étranger en France

Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé : "Je pense que cette initiative n'était pas opportune"

Le discours éblouissant du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé en Turquie, dans la grande tradition de la turcophilie gaulliste

L'amitié franco-turque

mercredi 14 mars 2012

Le très pro-arménien Charles Hernu était-il un agent du KGB, ceci expliquant cela ?

Charles Hernu était un agent de l'Est
Par Dupuis Jérôme et Pontaut Jean-Marie, publié le 31/10/1996

L'ancien ministre de la Défense a été, au moins pendant dix ans, rémunéré par le KGB et ses satellites


Palais de l'Elysée, un jour de l'automne 1992. Le patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST), le contre-espionnage français, a sollicité en urgence une entrevue avec le président François Mitterrand. Il serre contre lui une serviette contenant l'un des secrets les plus ahurissants de la Ve République.

Peu de temps auparavant, dans la toute nouvelle atmosphère de coopération qui s'est établie après la chute du mur de Berlin, en 1989, l'un des plus redoutables services spéciaux des pays de l'Est lui a fait parvenir un dossier classé hautement confidentiel, dont L'Express peut aujourd'hui révéler le contenu. Cette liasse de documents ultrasecrets détaille la stupéfiante histoire de la manipulation et du financement d'un homme politique qui a occupé l'une des fonctions les plus sensibles de la République pendant le premier septennat mitterrandien: Charles Hernu, très voyant ministre de la Défense de 1981 à 1985, mais également l'un des plus fidèles compagnons de François Mitterrand.

Ce jour-là, dans le bureau du chef de l'Etat, le directeur de la DST, Jacques Fournet, fait part de cette incroyable découverte au président. Celui-ci sursaute. «Après Pelat, Hernu...», murmure-t-il, abattu par cette nouvelle révélation sur l'un de ses proches, décédé deux ans auparavant. Mais la méfiance viscérale de François Mitterrand à l'égard des services spéciaux reprend le dessus. Est-on vraiment sûr qu'il ne s'agit pas d'une manoeuvre d'intoxication? En réponse, le responsable du contre-espionnage lui livre quelques extraits des rapports venus de l'Est et, en particulier, le détail des sommes touchées par Charles Hernu. Il confie ensuite que les vérifications très poussées réalisées par les spécialistes de la DST confirment la véracité de ces documents. Encore sous le choc, le président de la République évoque quelques souvenirs de son incorrigible ami. Puis il conclut fermement: «Nous n'allons pas refaire l'Histoire. Considérez, monsieur le Directeur, qu'il s'agit d'un secret d'Etat.»
L'ordre est sans appel: ce dossier doit retourner dans un coffre pour ne plus jamais en sortir. Au sommet de l'Etat et du contre-espionnage, seuls une poignée d'initiés partageront ce secret et auront connaissance de la réaction de François Mitterrand. Il demeurera avec le nouveau pouvoir: Charles Pasqua et Edouard Balladur, puis leurs successeurs, informés, adapteront la même attitude que François Mitterrand.

Au terme d'une enquête de plusieurs mois, tant en France que dans les pays de l'Est, L'Express est en mesure de lever le voile sur cette affaire d'Etat: un futur ministre français de la Défense a été - pendant au moins dix ans - rémunéré par des agents de Moscou. C'est l'incroyable vérité que contenaient les documents venus du froid.

Le recrutement du 13 mars 1953
En 1953, Charles Hernu, 29 ans, jeune turc de la politique aux amitiés franc-maçonniques, vient de créer le Club des jacobins, un groupe d'agitateurs d'idées proches de la gauche radicale. Il incarne l'aile moderniste du radicalisme, qui souhaite porter Pierre Mendès France au pouvoir. C'est alors un personnage fantasque et séduisant, aimant la bonne chère et les jolies femmes. Il a aussi des difficultés à joindre les deux bouts, tant pour ses activités politiques que dans sa vie privée. Hernu est alors salarié du Centre national du commerce extérieur (CNCE). Cette personnalité remuante, intelligente et prometteuse attire donc, en raison de ces faiblesses, l'attention des services de l'Est.

C'est très exactement le 13 mars 1953 que le nom de Charles Hernu apparaît pour la première fois dans un rapport des services secrets bulgares, le KDS. Le jeune diplomate bulgare qu'il rencontre se présente sous le nom de Vinogradov. Il s'agirait en fait de Raïko Nikolov, officiellement troisième secrétaire de l'ambassade de Bulgarie à Paris depuis 1951, en réalité agent secret. Ce contact avec Charles Hernu s'inscrit dans la stratégie des services spéciaux de l'Est de l'époque. Ils cherchent, en effet, à recruter des Français, à des postes clefs, pouvant leur fournir des informations confidentielles, mais parient aussi sur de jeunes espoirs, susceptibles de jouer un rôle politique dans l'avenir. Les diplomates espions, qui fourmillent alors à Paris, repèrent et séduisent des responsables de la France de demain dans les domaines les plus divers. Avec Charles Hernu, Raïko Nikolov met dans le mille...

Après ce premier contact, il faut «ferrer le poisson». Pour cela, «Vinogradov» va demander à son «ami» Charles de lui rédiger de petites notes, en apparence anodines, sur la situation politique française. Hernu lui remettra ainsi régulièrement des synthèses - notamment sur le Club des jacobins. Il adressera aussi des portraits de Gaston Defferre, de François Mitterrand, etc.
Le piège ainsi se met en place: pour prix de ses «travaux», Charles Hernu reçoit mensuellement, entre 1954 et 1956, d'abord 25 000 anciens francs (ce qui ferait 2 750 francs aujourd'hui), puis, pour certaines notes plus détaillées, de 40 000 à 50 000 francs (de 4 400 à 5 500 francs actuels).

Dans les comptes rendus des services bulgares, Hernu est identifié sous le pseudonyme d' «André». Un nom de code qui «officialise» son statut d'agent. L'engrenage est d'autant plus dangereux que les services bulgares, depuis les débuts de la guerre froide, sont le bras armé du KGB. En réalité, Raïko Nikolov sert d'agent recruteur pour le grand frère soviétique.

Charles Hernu confirme rapidement tous les espoirs placés en lui. Le 2 janvier 1956, sa carrière politique prend son envol: il est élu député du 6e secteur de la Seine (Aubervilliers, Saint-Denis, Montreuil, Vincennes), sous l'étiquette Front républicain. Selon Jean Guisnel, auteur d'une biographie de Charles Hernu (Fayard), les moyens mis en oeuvre par le candidat étaient déjà considérables, «disproportionnés», même, au dire de ses amis jacobins. La plus grande partie de la campagne aurait été financée, d'après Hernu, par une providentielle et généreuse mécène avec qui il vivait à l'époque.
La réussite législative de Charles Hernu a, cependant, une conséquence immédiate: les notes que le nouveau député de la Seine fait parvenir à ses «amis» bulgares prennent de la valeur. A partir de son élection à l'Assemblée nationale, il reçoit «périodiquement» de 100 000 à 150 000 anciens francs (de 10 000 à 15 000 francs actuels). Mais, en novembre 1956, son agent traitant, Raïko Nikolov, est rappelé dans son pays. Soucieux de continuer à suivre la carrière de ce politicien prolixe, un «diplomate» soviétique prendra alors le relais des Bulgares. Ce conseiller de l'ambassade de l'URSS à Paris, identifié comme Vladimir Ivanovitch Erofeev, est une grande pointure de l'espionnage soviétique en France. Très actif, ce diplomate fréquentait notamment les milieux intellectuels parisiens. Certains ont même cru voir sa main derrière la fameuse affaire des fuites (qui défraya la chronique en 1954): les experts estiment qu'il aurait pu jouer un rôle dans l'ombre du directeur du Libération de l'époque, Emmanuel d'Astier de La Vigerie.

Voilà donc Charles Hernu adopté par l'ambassade soviétique à Paris. Il est vrai que, politiquement, il est alors plutôt partisan d'une alliance avec les communistes. Quelques mois auparavant, d'ailleurs, en mai 1956, il part avec une délégation du Conseil mondial de la paix, un mouvement cryptocommuniste, pour Moscou, afin de rencontrer Nikita Khrouchtchev. Ce voyage donnera lieu à une scène relatée par Jean Guisnel, qui montre, pour le moins, l'étonnant comportement de l'impétueux député: il disparaît mystérieusement un soir dans un taxi devant l'hôtel Rossia, à deux pas de la place Rouge, sous les yeux inquiets du chef de la délégation française, d'Astier de La Vigerie. Il ne réapparaîtra qu'à 4 heures du matin, cette seule excuse à la bouche: «A Moscou, les prostituées racolent en taxi...»
A Paris, sous la houlette des Soviétiques, répondant toujours au pseudonyme d' «André», Charles Hernu continue de percevoir des versements de 100 000 à 150 000 anciens francs. La stratégie des services de l'Est est en effet toujours la même: remettre des sommes qui permettent de «tenir» leurs interlocuteurs, créer un besoin, mais ne jamais donner trop, ce qui pourrait attirer l'attention.

300 000 francs pour «André»
Après le retour du général de Gaulle et la dissolution de l'Assemblée nationale, en 1958, Charles Hernu se présente aux législatives à Noisy-le-Sec. Les services de l'Est vont faire, à cette occasion, un gros investissement sur «André»: en novembre, ils lui remettent 3 millions d'anciens francs (soit l'équivalent de 300 000 francs aujourd'hui), pour aider au financement de sa campagne. Une somme considérable à l'époque. Le candidat Hernu bourre les boîtes aux lettres de ses électeurs de photos le représentant, avec le slogan «Votez Hernu, vous serez défendu!». Mais c'est un fiasco: balayé, comme François Mitterrand et Pierre Mendès France, par le raz de marée gaulliste, il recueille 5,3% des voix.

Un autre événement va distendre les liens entre «André» et son agent traitant soviétique. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1961, l'OAS dépose une bombe dans la cage d'escalier de son domicile, rue de Ponthieu, à deux pas des Champs-Elysées. Il échappe de peu à l'attentat. Mais, conséquence inattendue, il va bénéficier dès lors d'une protection policière et va donc demander aux Soviétiques de cesser tout contact. Difficile en effet de rencontrer un espion sous surveillance rapprochée!

La main passe à la Securitate
Mais les agents de l'Est ne lâchent pas si facilement prise. C'est ainsi que la route d'Hernu va recroiser, «par hasard», celle d'un autre service communiste, particulièrement efficace: la Securitate roumaine, dirigée, en France, depuis décembre 1958, par le redoutable Mihaïl Caraman. Tout d'abord conseiller pour les affaires économiques et financières, puis premier conseiller de l'ambassade de Roumanie à Paris, Caraman s'est rendu célèbre en «retournant» plusieurs fonctionnaires de l'Otan, comme l'ont raconté Pierre Accoce et Daniel Poujet dans Le Réseau Caraman (Fayard, 1972). Son exceptionnelle longévité en France - onze ans - lui a permis de croiser le Tout-Paris, avec d'autant plus de facilité qu'à l'époque Ceausescu apparaissait comme le plus progressiste des chefs d'Etat du bloc de l'Est. Mihaïl Caraman, charmeur et francophile, amateur d'art et maître espion, n'avait pas son pareil pour séduire ses «cibles» en rapprochant l' «indépendance» roumaine à l'égard de Moscou des positions antiaméricaines du général de Gaulle.

L'un des agents de Caraman lie donc contact avec le très coopératif, bavard et impécunieux Hernu. Après en avoir averti les Bulgares et toujours sous le contrôle du KGB, omniprésent, les Roumains vont, eux aussi, investir sur Charles Hernu, qui hérite d'un nouveau pseudonyme: «Dinu». Le 14 décembre 1962, il fait l'objet d'une note complète de la Securitate, qui rappelle ses antécédents avec les services de l'Est et préconise de l'utiliser pour le renseignement politique. Là encore, les Roumains ont fait un bon choix: Charles Hernu vient de participer à la fondation du PSU et il est en train de se rapprocher de François Mitterrand. Il accepte à nouveau de rédiger des synthèses politiques sur la situation française, moyennant finances. Le 19 février 1963, il rencontre même l'officier traitant de la Securitate à Paris, qui en rendra compte à Bucarest dans une note datée du 8 mars.

La production de Charles Hernu est cependant très inégale. L'un de ses rapports s'attirera d'ailleurs cette mention sévère de Mihaïl Caraman, dans un message à la centrale: «Information politique sans intérêt»... D'autres collaborations, en revanche, comme le dossier consacré au PSU (nom de code: «Monaco»), paraissent passionner Bucarest. Mais aussi Moscou. A tel point que, cette même année 1963, le KGB récupère à son profit l'agent «André-Dinu». Le tout-puissant KGB décide dorénavant de se passer des intermédiaires bulgare et roumain: à partir du 29 mars 1963, Charles Hernu est directement traité par la centrale soviétique. Dès lors, les pays satellites ne sauront plus rien de ce qui se passera. Les relations de Charles Hernu avec les Russes ont-elles été interrompues? Ont-elles continué? Si oui, jusqu'à quand? Avec quels résultats? Le fameux dossier remis à la France en 1992 ne le dit pas.

La tentative roumaine de 1982
En tout cas, l' «investissement» soviétique sur Charles Hernu, dans les années 60, qu'il ait continué ou non, a été couronné de succès au-delà de tout ce que Moscou pouvait imaginer. Tout au long des années 70, Hernu est le spécialiste de la chose militaire au sein du Parti socialiste, principal parti d'alternance. Il crée en particulier, en avril 1974, le Coran (Convention des officiers de réserve pour l'armée nouvelle), qui fusionnera bientôt avec la commission de la défense du PS. C'est lui qui définira la politique du parti pour les questions militaires et nucléaires.

Ce qui ne l'empêche pas, surtout après avoir quitté son emploi au Centre national du commerce extérieur, de tirer le diable par la queue. Toujours en quête d'argent, selon ses proches, il sait pourtant se montrer généreux à certaines occasions. En 1971, il frôle une mise en cause judiciaire en raison de ses liens étroits avec Claude Lipsky, escroc de haut vol et principal protagoniste du scandale de la Garantie foncière. Mais, en mars 1977, il trouve enfin un fief électoral: il est élu maire de Villeurbanne, dont il deviendra député l'année suivante.

Arrive 1981: l'apothéose. Ce vieux grognard du nouveau président de la République devient, tout naturellement, ministre de la Défense. Certains de ses anciens traitants roumains et bulgares assistent avec stupéfaction à la formidable promotion de leur ex-ami «André-Dinu». Charles Hernu, à son nouveau poste, règne sur la politique nucléaire, les services secrets et la défense stratégique de la France. Les services roumains, qui ont transformé leur pays en un terrible Etat policier, comprennent tout le parti qu'ils peuvent tirer d'une telle promotion. Un bilan de l'activité de l' «agent» Hernu est dressé à l'attention de Nicolae Ceausescu le 1er septembre 1982: il rappelle le rôle prépondérant de Charles Hernu dans la composition du gouvernement de Pierre Mauroy et précise que les services spéciaux français auraient lancé une campagne contre la Roumanie. Ne sachant pas ce que le KGB a fait après 1963 avec Charles Hernu, la Securitate songe alors, à la suite de cette note, à renouer contact avec le nouveau ministre français de la Défense. L'agent traitant direct de Charles Hernu dans les années 60 étant décédé, les Roumains envisagent de tenter une approche à partir de Genève. L'opération, jugée trop hasardeuse, est finalement abandonnée.

Mais les éléments précis, et notamment financiers, contenus dans les archives toujours méticuleusement tenues par les pays de l'Est constituaient une terrible épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête du nouveau responsable de la Défense. D'autant que, généralement, les officiers des pays communistes avaient coutume de demander un reçu à leur «source» lorsqu'ils lui versaient de l'argent. De plus, chaque contact donnait lieu à un compte rendu transmis à Bucarest, à Sofia ou à Moscou. Et les nombreux «travaux pratiques» et analyses de Charles Hernu étaient soigneusement archivés à l'Est. La divulgation publique de ces éléments - même en 1992, lorsque François Mitterrand en prit connaissance - sur l'homme qui, de 1981 à 1985 (jusqu'à sa démission après l'affaire Greenpeace), fut responsable de la défense nationale française aurait déclenché une crise internationale. A ce poste, Charles Hernu a eu en effet à gérer, notamment, la crise des missiles SS 20 avec l'URSS...

Aujourd'hui encore, la question reste donc ouverte: les Russes ont-ils fait jouer cette arme secrète contre Charles Hernu après 1981? La réponse se trouve enfouie dans les archives les plus secrètes du KGB, à Moscou. Alors que nombre de dossiers de l'espionnage soviétique sont apparus depuis la chute du mur de Berlin, le «dossier moscovite de Charles Hernu» demeure invisible. Les années qui ont précédé la prise en charge exclusive de l'agent Charles Hernu par le KGB le rendent évidemment capital.


- Bio express
3 juillet 1923: naissance à Quimper.
7 décembre 1951: création du Club des jacobins.
2 janvier 1956: élu député de la Seine.
1958: battu aux législatives à Noisy-le-Sec.
1962: battu à Lyon.
1967: battu à Saint-Etienne.
1968 et 1973: battu à Châteauroux.
1977: élu maire de Villeurbanne (réélu en 1983 et 1989).
1978: élu député du Rhône (réélu en 1981, 1986 et 1988).

1981: ministre de la Défense.
20 septembre 1985: démission du ministère de la Défense.
Juin 1986: Mitterrand le fait chevalier de la Légion d'honneur.
17 janvier 1990: lors d'un meeting en faveur de l'Arménie, il décède d'une crise cardiaque.

- L'affaire Guillaume
C'est l'espion qui a entraîné la démission du chancelier Brandt, en 1974: Günter Guillaume, originaire d'Allemagne de l'Est, avait réussi à gravir tous les échelons du Parti social-démocrate ouest-allemand, jusqu'à devenir le secrétaire particulier de Brandt. Démasqué par les révélations d'un transfuge, il avait, pendant dix-huit ans, livré des informations capitales à la Stasi et au KGB. L'affaire a provoqué un séisme politique en Europe. Condamné à treize ans de prison, Guillaume a été échangé en octobre 1981 contre plusieurs espions est-allemands.

- L'affaire Profumo
Ministre de la Guerre de Sa Majesté entre 1960 et 1963, John Profumo était tombé sous le charme de la call-girl Christine Keeler. La belle partageait ses faveurs avec un officier du GRU (le renseignement militaire soviétique) en poste à Londres, Evgueni Ivanov. Le ministre, qui a toujours nié avoir livré des secrets d'Etat sur l'oreiller, a été contraint de démissionner, provoquant la chute du gouvernement Macmillan et l'arrivée des travaillistes au pouvoir.

- Philby
Le KGB a réussi un coup de maître en recrutant à Cambridge, entre 1934 et 1936, cinq jeunes membres de la gentry. Guy Burgess et Donald Maclean, tous deux diplomates, se réfugieront à Moscou en mai 1951. Kim Philby fera de plus grands dégâts, puisqu'il est chargé, à partir de 1956, du département antisoviétique au sein du MI 6, le service de renseignement britannique. Mais, écarté et devenu journaliste, il finira lui aussi par se réfugier à Moscou en 1963. Les noms des deux derniers seront connus beaucoup plus tard: Anthony Blunt, historien d'art, proche de la reine, a été démasqué en 1979 par l'écrivain Andrew Boyle. Il avait avoué sa trahison aux services britanniques. John Cairncross, enfin, paisible retraité écossais vivant en France, a été identifié voilà cinq ans.

DROIT DE RÉPONSE publié dans le N° 2481 du 21/01/99 P. 32
Dans un article de votre numéro du 31 octobre au 6 novembre 1996, annoncé en première page sous le titre «Avant d'être ministre de la Défense de François Mitterrand, Charles Hernu était un agent de l'Est», vous avez porté la plus grave des accusations contre Charles Hernu, alors que le «dossier» que vous présentez (pages 25 à 34) n'est en fait qu'un récit unilatéral.
Dans la mesure où L'Express ne nous a jamais proposé de présenter notre point de vue sur cette affaire, nous sommes dans l'obligation d'agir par la voie et dans les limites du droit de réponse. Nous contestons donc formellement le sérieux de ce «dossier», étant observé que les seuls éléments publiés jusqu'à ce jour se réduisent à quelques pages en roumain tapées à la machine, sans aucun tampon, ni signature, ni possibilité d'identification, prétendant que Charles Hernu aurait reçu de l'argent en échange d'informations. Si cela vous suffit pour accuser aussi gravement la mémoire d'un homme qui n'est plus là pour se défendre, alors il est clair que nous n'avons pas la même conception de l'honneur ni de la vérité. Vos lecteurs et la justice apprécieront.
MM. Jean-Charles Hernu, Jean-Michel Hernu et Patrice Hernu

La réponse de L'Express
Un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 9 novembre 1998 nous contraint d'insérer ce droit de réponse. Nous l'avions pourtant déjà publié dans notre page Forum le 6 novembre 1997. Depuis ce texte de la famille Hernu, rédigé voilà plus d'un an, une instruction judiciaire, menée par le juge Jean-Paul Valat, et la levée du secret-défense sur le dossier Hernu ont confirmé qu'un dossier de 87 pages avait été remis par les services secrets de Bucarest à la DST en 1992 (voir le dossier publié dans L'Express du 29 octobre 1998). 
Source : http://www.lexpress.fr/informations/charles-hernu-etait-un-agent-de-l-est_619034.html

Secret défense
Hernu espion Le dossier intégral


Par Dupuis Jérôme et Pontaut Jean-Marie, publié le 29/10/1998

Ce document inédit confirme ce que L'Express dévoilait le 31 octobre 1996: Charles Hernu fut bien un agent de l'Est

Charles Hernu était un agent de l'Est», titrait L'Express le 31 octobre 1996. Une révélation qui avait provoqué une grande émotion en raison de la responsabilité et de la personnalité de l'ancien ministre de la Défense de François Mitterrand. Une révélation qui avait également suscité polémiques et débats passionnés. Deux ans plus tard, le rapport intégral, que nous publions, confirme notre enquête. Pour preuve, nous livrons à nos lecteurs la totalité du dossier de l'agent Hernu, longtemps classé secret défense. Un rapport long de 87 pages qui détaille les relations de Charles Hernu avec les services secrets bulgares, soviétiques et roumains dans les années 50 et 60.

L'ensemble constitue un document exceptionnel sur les méthodes et les pratiques de l'espionnage du bloc communiste sur le territoire français au plus fort de la guerre froide. On pénètre dans les coulisses des services secrets qui tissent leur toile autour d'un jeune député dont ils ont très tôt deviné le potentiel. Leurs rapports fourmillent de portraits d'hommes politiques, de détails sur le financement des partis et des journaux, mais aussi de références plus sensibles à la guerre d'Algérie, à des télégrammes chiffrés du Quai d'Orsay, voire à des informations confidentielles sur l'Otan.

Au fil des pages, on y découvre des comptes rendus de rencontres avec un espion roumain, des portraits de Charles Hernu dressés par ses agents traitants ainsi que les informations qu'il livre sur le monde politique français. On y trouve également un rapport de synthèse du KGB qui fait le point sur ses activités de renseignement et détaille les rémunérations qu'il a perçues. Enfin, après la nomination de Charles Hernu au gouvernement, en 1981, les services secrets roumains adressent une longue note à Nicolae Ceausescu. Autre document étonnant, daté de 1982: une tentative de chantage sur le ministre, en se servant de ses anciens liens avec les services secrets de l'Est.
Aujourd'hui, un juge d'instruction parisien, Jean-Paul Valat, examine toutes ces pièces: le magistrat a obtenu, le 30 juillet dernier, du Premier ministre, Lionel Jospin, la levée du secret défense sur le dossier Hernu. Le 3 septembre, il s'est rendu à la DST pour se faire remettre les documents et consulter les microfilms originaux. Il mettait ainsi fin, officiellement, à six longues années durant lesquelles le dossier Hernu était l'un des secrets d'Etat les mieux gardés de la République mitterrandienne.
C'est en effet en 1992 que le patron des services secrets roumains, Mihaïl Caraman, a apporté ce dossier au contre-espionnage français. Dans l'atmosphère d'ouverture qui suit l'effondrement du bloc communiste, les services roumains, désireux d'instaurer une collaboration technique avec la France, veulent faire un geste de bonne volonté.

Mihaïl Caraman est du reste une vieille connaissance de la DST: conseiller à l'ambassade de Roumanie à Paris de 1958 à 1969, il avait monté un redoutable réseau d'espionnage qui pillait notamment les secrets de l'Otan. Ironie du protocole: le maître espion accompagnera, en 1968, son nouvel ambassadeur, Constantin Flitan, venu présenter ses lettres de créance à l'Elysée, ce qui lui vaudra d'être photographié serrant la main au général de Gaulle (voir photo ci-contre). Cela ne l'empêchera pas d'être expulsé l'année suivante, après qu'un colonel français qu'il avait recruté se fut suicidé.

En 1992, la DST examine donc avec beaucoup d'intérêt le dossier remis par Caraman. L'ancien sous-directeur Raymond Nart, grand spécialiste de l'espionnage soviétique, a été interrogé à trois reprises, ces derniers mois, par le juge Valat: «La DST a fait les vérifications habituelles en mettant sur l'affaire trois personnes, moi y compris, a-t-il déclaré. (...) Ces documents sont incontestablement authentiques, par leur origine, leur forme et leur contenu. On reconnaît bien le style soviétique, qui servait de modèle à l'ensemble des services des pays satellites. Dans le système soviétique et des pays satellites, le rédacteur de compte rendu de contact n'indiquait ni les noms de famille ni les noms de lieu, pour que les dactylos ne le reconnaissent pas. Ces noms étaient rajoutés à la main après la frappe. (...) Ce dossier est authentique: il aurait fallu toute une équipe de gens particulièrement avertis non seulement de la politique française mais aussi des us et coutumes de la Securitate pour l'établir. A posteriori, cela est totalement impossible.

Fort de cette analyse, le directeur de la DST de l'époque, le préfet Jacques Fournet, va informer personnellement le président de la République, François Mitterrand. Celui-ci lui ordonne de considérer ce dossier comme un secret d'Etat et de l'enfouir dans un coffre-fort. De fait, pendant quatre ans, personne n'en entendra parler. Après les révélations de L'Express, en 1996, le préfet Fournet confirmera l'existence de ce dossier, ce qui lui a valu, la semaine passée, une inhabituelle mise en examen pour «violation du secret professionnel».

Si presque tous les spécialistes du renseignement s'accordent à considérer que les documents révélés par L'Express sont authentiques, Patrice Hernu, fils de l'ancien ministre, lui, crie à la «manipulation». Le 31 octobre 1996, dans Le Parisien, il déclarait: «Il s'agit d'un montage aux coutures grossières», avant d'ajouter, dans Le Figaro du 20 janvier 1997: «Ce dossier est un faux initialement confectionné en France au sein de l'extrême droite...» Après que le magistrat eut obtenu la levée du secret défense, Patrice Hernu a pu consulter ce fameux dossier, qu'il n'avait jamais lu. Si l'on en croit certaines fuites distillées dans Le Figaro et dans Le Point, le dossier serait, selon lui, non plus un «faux», mais une manipulation montée par les services roumains en 1982 à partir d'éléments tantôt vrais, tantôt faux... Une hypothèse alambiquée et, on l'a vu, totalement démentie par les spécialistes du contre-espionnage français.

Le juge Valat va donc s'attacher maintenant à un travail d'expertise de ce dossier qui, selon Le Monde, qui en a également eu connaissance, «est au centre des accusations visant l'ancien ministre de la Défense de François Mitterrand».

Reste à mesurer l'engagement exact de Charles Hernu auprès des services secrets de l'Est. S'agissait-il seulement, comme certains l'insinuent, d'un agent de second ordre, d'un homme imprudent et bavard qui, après tout, n'a pas livré de secrets d'Etat mais des informations politiques contre des sommes modestes? L'étude du dossier révèle une réalité beaucoup plus inquiétante: recruté par les Bulgares en 1953 sous le pseudonyme d' «André», il passe entre les mains du KGB quatre ans plus tard. Les Soviétiques n'hésiteront pas à financer généreusement sa campagne électorale pour les législatives de 1958. Aussi, quand les Roumains repèrent à leur tour Hernu - nom de code: «Dinu» - en 1962, le Grand Frère leur demande de se retirer. Il ne veut pas que Bucarest marche sur ses plates-bandes.
Que s'est-il passé ensuite? A l'époque, les Roumains, obéissants, ont cessé tout contact. Mais, après sa nomination comme ministre de la Défense, en 1981 - divine surprise! - les services secrets de Bucarest envisageront une reprise de contact avec leur ancien «ami». On ne sait si cette opération, qui devait être organisée de Genève, a eu lieu. On ne sait surtout pas ce qui s'est passé entre Charles Hernu et le KGB après 1963. Les Soviétiques laissent entendre que les contacts auraient cessé; mais les Roumains en doutent, convaincus que le KGB veut couvrir son agent. Ce secret dort toujours dans les coffres de la place Dzerjinski, à Moscou. Il reste qu'un ancien ministre de la Défense d'un grand pays occidental a eu des relations plus que compromettantes avec des services secrets du bloc communiste à une période de sa vie. 
Source : http://www.lexpress.fr/informations/hernu-espion-le-dossier-integral_630939.html

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 70 :

"Le soir de la victoire du 10 mai 1981, les dachnaks participent, en France ou à l'étranger, à l'ivresse populaire qui gagne le peuple de gauche et scandent eux aussi le slogan : « On a gagné. » A la lecture du discours de F. Mitterrand à Mexico, certains voient même dans la France socialiste une terre dachnak favorable aux peuples en lutte. Le gouvernement de Pierre Mauroy compte plusieurs ministres arménophiles. Le PS de Lionel Jospin prête une oreille attentive à la FRA dont les démarches auprès des socialistes transitent par un poids lourd du gouvernement, C. Hernu."

"Les filières arméniennes", L'Express, 20-26 novembre 1981, p. 55 :

"Le 10 octobre, Charles Hernu affirmait encore que les Arméniens avaient « un état de liberté à conquérir » à l'égard des Turcs, qui appartiennent « hélas ! » disait-il, à l'Otan."

Mehdi Malek, "France-Turquie", Jeune Afrique, 4 novembre 1981, p. 33 :

"Le gouvernement turc n'a pas du tout apprécié l'allocution qu'a prononcée M. Charles Hernu, le 10 octobre, devant le Comité culturel arménien de Decines (Rhône). Précisant qu'il parlait au nom du gouvernement français, le ministre de la Défense a notamment évoqué les menaces que les Arméniens reçoivent « de gens qui appartiennent, disent-ils, à l'Europe et que moi, je dis, hélas, à l'OTAN... » Il a ajouté : « Lorsqu'il y a des agressions, il faut toujours se demander qui est le véritable agresseur. Est-ce un peuple rescapé du génocide qui agresse les Turcs, ou les Turcs qui sont les agresseurs ? » "

"France et Turquie Occupation du consulat général de Turquie à Paris avec prise d'otages par un commando terroriste arménien le 24 septembre 1981 (un mort et trois blessés)", Revue générale de droit international public, volume 86, n° 1, 1982, p. 374 :

"(...) le gouvernement turc devait réagir très vivement contre certains propos inopportuns tenus par des membres du gouvernement français. Le 13 octobre le ministre turc des Affaires étrangères, M. Ilter Turkmen, qualifiait d'« inconscientes » les déclarations faites le 10 octobre à Villeurbanne, devant une association culturelle arménienne, par le ministre de la Défense, M. Charles Hernu, lequel avait souligné la nécessité par l'Arménie « d'obtenir à nouveau des territoires qu'elle a perdus ». Un porte-parole du Quai d'Orsay précisa le même jour que ces propos, tenus à titre personnel, n'engageaient pas le gouvernement français."

Voir également : La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

La déception du socialiste arménophile Gaston Defferre devant le déchaînement du fanatisme arménien en France

L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste

Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

L'amitié franco-turque

Le terrorisme arménien en France : images d'archives

Le contexte international de la formulation de la revendication génocidaire arménienne (1965)

La turcophobie exacerbée de l'historiographie arménienne et les buts stratégiques de l'URSS vis-à-vis de la Turquie : éclaircissement du cas de la RSS d'Arménie par celui de la RSS de Géorgie

Les relations des trois principaux partis nationalistes arméniens (Ramkavar, Hintchak, Dachnak) avec le totalitarisme soviétique

L'union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Staline et le chiffre sacro-saint d'1,5 million d'Arméniens

Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique

Grossière duplicité de l'activisme arménien

Daniel Cohn-Bendit, ancien "héros" de mai 68, s'en prend au faux gaulliste Sarkozy : "des lois complètement débiles"

"Qu’on arrête d’être idiot face à la Turquie. On fait des lois complètement débiles sur le génocide arménien au parlement français ou dans d’autres, on provoque la Turquie qui évidemment n’a aucune raison d’être gentille avec l’Europe."

Source : http://fr.myeurop.info/2012/03/14/cohn-bendit-veut-reeduquer-sarkozy-4889

Projet de monument "mémoriel" à Genève : l'opposition à Remy Pagani s'organise

08 mars 2012
L'UDC n'entend pas laisser Remy Pagani choisir l'emplacement du monument arménien!

Fort du vote favorable du Conseil municipal du 30 janvier 2012 à la PR-861 sur l'aménagement du bastion de Saint-Antoine, le Conseil administratif de la Ville de Genève s'est empressé d'inclure dans son appel d'offres concernant les travaux précités l'édification du monument les « Réverbères de la mémoire » et ce, au mépris de la loi ainsi que de la volonté des élus municipaux.

En effet, d'une part, le Conseil administratif s'est bien gardé de déposer une demande en autorisation de construire pour un monument composé de 9 réverbères géants sur un périmètre situé en zone protégée nécessitant un préavis obligatoire de la Commission des monuments, de la nature et des sites (CMNS) qui s'est d'ailleurs prononcée défavorablement dans le cadre d'un préavis délivré à titre consultatif.

D'autre part, les élus municipaux ont donné leur accord à l'édification d'un monument à la mémoire commune des Genevois et des Arméniens dans le cadre de la motion M-759, mais en aucun cas dans le cadre de l'aménagement du bastion de Saint-Antoine.

Pour ces raisons, l'UDC déposera une motion demandant au Conseil administratif de soumettre au vote du Conseil municipal l'emplacement choisi pour les « Réverbères de la mémoire » et de déposer une demande en autorisation de construire en bonne et due forme pour l'édification dudit monument.
Source : http://riton.blog.tdg.ch/archive/2012/03/08/l-udc-n-entend-pas-laisser-remy-pagani-choisir-l-emplacement.html

Voir également : Genève : forte opposition locale à l'enlaidissement "mémoriel" de la ville

lundi 12 mars 2012

A Villepinte, Sarkozy exacerbe divers communautarismes

"Anti-communautariste ?

En homme responsable et proche du peuple, qui a « compris l'attachement des Français au modèle républicain », Sarkozy s'est élevé avec force contre le communautarisme. « Je veux être celui qui refusera tout dérive communautariste », a-t-il clamé à la tribune. Une détermination louable… mais complètement décalée de la part de celui qui a toujours pris soin de s'adresser aux communautés et non aux Français dans leur globalité. Deux jours avant Villepinte, en déplacement à Nice, il déclarait  : « Les harkis ont le droit à ce respect, à cette reconnaissance, et ont le droit qu'on leur dise qu'à l'époque, les autorités françaises ne se sont pas bien comportées à l'endroit de ceux qu'elles auraient dû protéger. » Et quelques minutes avant son credo contre le communautarisme, Nicolas Sarkozy a spécialement manifesté ses attentions envers les Arméniens (pour lesquels il a concocté, en fébrier dernier, une loi punissant la négation du génocide arménien),  les harkis et les iliens des DOM-TOM. Paradoxal." 

Source : http://www.marianne2.fr/A-Villepinte-Sarkozy-a-fait-du-Montebourg-et-du-Sarkozy_a216385.html

Voir également : Selon le journaliste géorgien Georges Popkhadze, Sarkozy "a besoin plus que jamais du soutien du lobby arménien"

Les ravages du communautarisme en France : la course au vote ethnique arménien

Traître à la France, Nicolas Sarkozy s'enferre dans une diplomatie tribalo-clientéliste