lundi 5 mars 2012

Béarn : les Simonian, une famille mixte menacée d'expulsion vers l'Arménie raciste

Menacés d'expulsion, les Simonian vivent clandestinement en Béarn

Par Bruno Robaly
Publié le 5 mars 2012 à 04h00
Mis à jour à 08h12

Ils ont vécu deux ans et demi au grand jour à Pau. Frappés d'une obligation de quitter le territoire français, Agob, Arev et leurs quatre enfants vivent désormais cachés.

Agob Simonian et sa famille vivent désormais dans une totale clandestinité. Et dans la peur de voir débarquer les forces de l'ordre dans la maison où ils ont trouvé refuge, puis d'être renvoyés en Arménie.
Car le couple et ses quatre enfants sont désormais sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français.

Agob explique que dans son pays, l'Arménie, il a eu des soucis avec une milice que son épouse Arev a subi des discriminations liées à ses origines azéries et à sa religion musulmane. Le couple a émigré une première fois en Russie, où sont nées ses trois filles. Puis la famille est revenue en Arménie. Confrontés à de nouvelles violences, Agob et Arev ont alors décidé d'émigrer en France.

La famille s'est ainsi installée à Pau en avril 2009. Jusqu'au mois de décembre dernier, elle était logée dans un appartement d'Ousse-des-Bois mis à disposition par l'association Isard-Cos. Les trois filles ont commencé une scolarité normale : N., 17 ans, au lycée Baradat, S., 15 ans, au collège Jeanne d'Albret, et Mariam, 11 ans, en CM2 à l'école Gauguin-Pagnol. Frunzé, 2 ans, est né à Pau.

La famille était bien intégrée, appréciée. L'OFPRA, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides, a cependant rejeté ses demandes de droit d'asile. Tout bascule fin 2011. Le 5 décembre, les Simonian se voient notifier leur obligation de quitter le territoire français. Ils doivent rapidement rendre les clés de leur appartement à Isard-Cos. Le 12 décembre, le couple et ses quatre enfants passent dans la clandestinité. Sans papiers, sans couverture sociale.

Un comité de soutien se mobilise. Depuis le 9 janvier, les Simonian sont cachés chez une famille habitant à une vingtaine de minutes de Pau. Ici, la résistance s'organise. Deux fois par semaines, des couples se relaient pour apporter les provisions fournies par la CAFEJ, l'association qui gère la Soupe de Nuit, fournie par la Banque alimentaire.

Jackie, une des bénévoles, assure aussi les devoirs des trois filles qui ne sont plus retournées à l'école, au collège et au lycée depuis deux mois. « Cela nous manque », lâche S. dans un français parfait. « J'ai dit à mes amies que je partais en vacances en Arménie... Elles ne savent pas ce que je vis ». Serge, un des membres du comité, ne cache pas sa colère : « Je ne comprends pas cette politique du ministre de l'Intérieur : ces gens-là sont une richesse pour la France ! Ces adolescentes ont une scolarité exemplaire. Elles sont polies, bien élevées. Elles sont un modèle d'intégration ! ». Leur seule sortie publique depuis leur passage dans la clandestinité fut le carnaval : « Nous portions un masque : pas de risques ! ».

Jeudi, à 9 h, le tribunal administratif examinera le recours contre l'arrêté d'expulsion des Simonian. La famille ne viendra pas à l'audience : « trop dangereux ». Mais son comité de soutien a lancé un appel à la mobilisation « à toutes celles et tous ceux qui souhaitent que la tradition d'accueil de la France soit respectée ». Serge garde espoir : « Un réexamen des demandes de droit d'asile est en cours. Nous attendons la réponse ». Jackie veut y croire, elle aussi : « Le tribunal peut annuler l'arrêté d'expulsion. Le préfet peut également accorder une autorisation provisoire de séjour. L'important, c'est que les Simonian puissent sortir de la clandestinité et que leurs trois filles reprennent leur scolarité et une vie normale, comme tous les jeunes de leur âge ».



===> Pourquoi ils cachent les Simonian

Les Simonian vivent depuis deux mois chez un couple de retraités, Jeanne et Christophe - nous avons changé les prénoms pour préserver leur anonymat. « C'était naturel : quand quelqu'un est dans le besoin, quand vous avez de la place chez vous, comment pourriez-vous dire non ? », note Jeanne. « Ils partagent la vie de la maisonnée. Ce sont des gens formidables. Ils nous tiennent compagnie, nous donnent un coup de main, nous apportent de la gaîté ». C'est une tradition, ici : « Ma grand-mère accueillait les mendiants qui savaient que la porte de la maison était toujours ouverte », se souvient Christophe. Dans la France de 2012, il y a aussi un risque pour ceux qui accueillent des étrangers en situation irrégulière. Jeanne et Christophe assument. « Nous n'avons jamais demandé les papiers de ceux qui poussent la porte de cette maison », insiste Jeanne. « Quand j'étais petite, maman faisait le pain pour les maquisards ».
Source : http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2012/03/05/le-quotidien-des-simonian-clandestins-vivant-dans-la-peur,228349.php

Pau
Mobilisation pour une famille arménienne
Un collectif s'inquiète du sort des Simonian, menacés d'expulsion.


Installée depuis avril 2009 à Pau, la famille Simonian, d'origine arménienne, est sous le coup d'un arrêté préfectoral avec obligation de quitter le territoire français, prévient un collectif de citoyens qui vient de se monter autour de leur cas. Leurs demandes de droit d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

« Monsieur Simonian ou un membre de sa famille risque, en effet, en cas de retour en Amérnie, une nouvelle agression par les milices locales qui pourrait leur être fatale, avec la possible complicité de la police. La famille Simonian n'est pas venue dans notre pays pour des raisons économiques mais en raison d'agressions dont elle a été victime. Cette famille a fait des efforts d'intégration remarquables et leurs trois filles suivent une scolarité exemplaire », écrit encore le comité de soutien.

Certes, une demande de réexamen de leur dossier devant l'Ofpra a été envoyée. « Cependant, les recours et réexamens n'étant pas suspensifs, la famille peut toujours être expulsée sans délai. » Pour faire annuler l'arrêt d'expulsion, un recours a été déposé devant le tribunal administratif de Pau ce jeudi, à 9 heures. Le collectif appelle donc les citoyens, représentants d'associations, élus, toutes celles et ceux qui souhaitent que la tradition d'accueil de la France soit respectée, à venir témoigner leur soutien à la famille Simonian, qui compte quatre enfants, « dont trois étaient scolarisées jusqu'en décembre. Depuis, elles ne vont plus à l'école », confie un membre du collectif citoyen. Quant au petit dernier, Frunzé, il a 2 ans et est né à Pau.
Source : http://www.sudouest.fr/2012/03/05/mobilisation-pour-une-famille-armenienne-650610-4344.php

Voir également : Le cas de la famille Aslikian, qui a fui le racisme prévalant en Arménie

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