samedi 31 mars 2012

La vie clandestine des Simonian dans le Béarn

Publié le 22/03/2012 à 06h00 | Mise à jour : 22/03/2012 à 07h38
Par Thomas Longué
Droit d'asile : leur vie clandestine dans le Béarn

Les Simonian se cachent depuis plus de deux mois en Béarn chez des particuliers

«On a un goût amer. Ils ne méritent pas ce qui leur arrive » : la retraitée de l'enseignement suspend là la leçon d'espagnol qu'elle donnait aux trois filles, Nadedja (17 ans), Silvard (15 ans) et Mariam (11 ans).

Comme elle, ils sont une dizaine de bénévoles à aider la famille Simonian. Ils réclament pour le couple - Agob, le père, Arev, la mère, tous deux âgés de 42 ans - et ses quatre enfants de pouvoir « vivre de nouveau libres et au grand jour dans notre région ».


Car, depuis deux mois et demi, à la suite de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet à l'encontre de la famille Simonian, celle-ci se terre dans un village du Béarn.

Un couple de retraités du pays fait plus que les héberger, dans la maison voisine de la sienne. Il les aide, les soutient au quotidien. En retour, Agob leur rend service comme il peut : il taille la glycine, répare les clôtures.

« Nous vivons dans la peur », dit la mère de famille, alors que le petit dernier, Frunze, né à Pau en décembre 2009, joue dans les bras de son père.


C'était une jeune femme combative que nous avions rencontrée en juin 2011 à Isard Cos, la structure d'accueil des réfugiés et demandeurs d'asile à Pau. La famille avait obtenu un appartement au quartier de l'Ousse-des-Bois et vivait avec 700 euros d'aides.

Aujourd'hui, Arev Simonian n'en peut plus : « J'ai tout donné depuis trois ans, tout fait pour qu'on ait une vie normale. » À la consultation de Médecins du monde, on a relevé chez elle des signes de dépression.

Pourtant, ses trois ados sont la plus belle preuve d'intégration. L'aînée réussissait dans ses études de comptable, au LP Baradat. Silvard s'ennuie de ses copines du collège Marguerite-de-Navarre : « Elles font une pétition et espèrent réunir 1 000 signatures », a-t-elle appris d'une des collégiennes.

Ni portable, ni Internet

Éviter le téléphone portable, de surfer sur les réseaux sociaux : ceux qui les soutiennent multiplient les mises en garde de ce genre. Mais comment mettre sous cloche trois jeunes filles pleines de vie qui s'ennuient ferme, au milieu de nulle part ?

Pour l'un des membres actifs du comité de soutien, le préfet a tout à fait le pouvoir de suspendre son arrêté du 5 décembre 2011.

Là-bas, en Arménie, Agob Simonian aurait été agressé dans un taxi par des membres d'une milice ; le chauffeur, qui a tenté de s'interposer, est mort poignardé.


La famille ayant émigré une première fois en Russie, puis étant revenue en Arménie pour la scolarité de l'aînée, la vitrine du magasin de vidéos d'Agob a volé en éclats, en 2008, parce qu'il aurait accepté les affiches d'un candidat aux élections. Récemment, sa mère aurait été agressée par des individus recherchant sa trace. Quant à Arev, d'origine azérie bien que née en Arménie, elle a subi des vexations dues à ses origines et à sa religion. Se faire traiter de « Turque » n'était pas la pire insulte.

Voilà pourquoi les Simonian ne retourneront pas dans leur pays. Bien que l'Arménie soit sur la liste des pays considérés comme « sûrs ».


Une demande est en cours devant la Cour nationale du droit d'asile. Mais elle n'est pas suspensive de l'expulsion.

Le comité de soutien à la famille Simonian fait signer une pétition et engage à le rejoindre sur Facebook (contact@comitesimonian.org).

    Pau
Source : http://www.sudouest.fr/2012/03/22/leur-vie-clandestine-665630-4344.php

Pour rappel : Béarn : les Simonian, une famille mixte menacée d'expulsion vers l'Arménie raciste