samedi 17 mars 2012

Les motivations avouées d'un "Arménien de marque" engagé dans les armées de l'Entente en 1914 (soit bien avant la déportation de l'été 1915) : "des crimes sans nombre", "l'anéantissement systématique de notre peuple", "il faut que la Turquie disparaisse pour toujours"

Le Temps, 27 novembre 1914 :
EN ORIENT
La Turquie germanisée

M. Jean Finot raconte, dans le prochain numéro de la Revue (décembre), un épisode des plus dramatiques relatif aux relations turco-arméniennes :

La vie réelle surpasse bien souvent notre imagination. On m'annonça ces jours-ci, écrit-il, la visite d'un Arménien de marque, aujourd'hui officier dans une des armées alliées. Nous parlâmes des souffrances indicibles de son peuple, ces Alsaciens-Lorrains de l'Orient. Et voici un épisode inédit, assez récent, que me confia l'officier.

Les jeunes Arméniens, au comble du désespoir par des crimes sans nombre que le comité jeune-turc ne cessait d'exécuter traîtreusement dans leur pays, ont décidé d'en finir. Le salut, d'après nous, n'était plus que dans les actes. Il fallait se débarrasser, coûte que coûte, de cette bande de criminels qui opéraient sous l'oeil bienveillant de la diplomatie européenne.

Réunis un soir au café Tokatlian, à Constantinople, nous y avons guetté, armés jusqu'aux dents, Enver et ses compagnons, qui sortant du cercle d'Orient rentraient dans l'hôtel. Très résolus, moi et les hommes sous mes ordres, nous avons décidé de délivrer le monde d'Enver et de quelques autres membres les plus sinistres de la bande.

Hélas ! devant l'abandon de l'Europe et l'anéantissement systématique de notre peuple, l'assassinat politique restait le seul moyen de salut pour mes pauvres compatriotes.

Mais, du coup, un doute s'empara de moi.

Enver, Talaat et le comité disparus, la Turquie devait ressusciter. Avec l'assentiment de l'Europe, ma patrie continuerait a être ruinée et massacrée. Non, il faut que la Turquie disparaisse pour toujours ! Enver et sa bande étant seuls capables de résoudre dans ce sens le problème turc, il faut les laisser vivre.

Profondément angoissé, je communiquai d'une façon brève ma résolution à mes amis. Ce raisonnement n'était pas de leur goût, mais ils s'inclinèrent devant l'ordre de leur chef.

Ma conscience est aujourd'hui doublement tranquille, et je ne doute pas qu'Enver, avec l'appui de ses Allemands, ne réalisera finalement le rêve de toutes les victimes des Turcs, c'est-à-dire la ruine définitive de ce peuple, qui n'a jamais pu rien construire, tout en continuant à vivre en marge des nations civilisées.

Des propos très concordants avec ceux d'autres nationalistes arméniens autour des mêmes années : Une des priorités de François Hollande : retirer le mot "race" de la constitution de la Ve République. Qu'en pensent ses amis de la FRA-Dachnak ?

Le délire raciste et mortifère des ethno-nationalistes arméniens (dachnaks en l'occurrence) dans le texte

Voir également : Enver Paşa (Enver Pacha) et les Arméniens

Le projet ottomaniste d'admission des Arméniens dans l'armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

L'opposition des non-Turcs à la mise en oeuvre de l'ottomanisme


Le prétendu "massacre jeune-turc" d'Adana en avril 1909


La position équivoque des Arméniens, notamment dachnaks, durant les Guerres balkaniques (1912-1913)

1914 : le soulèvement kurde contre l'application du plan de réformes arméniennes

1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Entente et contre l'Empire ottoman


Première Guerre mondiale : la collaboration arménienne avec l'armée russe et les massacres des milices arméniennes

Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens


Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale