jeudi 5 avril 2012

La Manche : la difficile intégration des migrants arméniens

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La difficile intégration des migrants de l'Est
mardi 06 mars 2012

« Il y a à peine plus de 1 % d'étrangers dans la Manche. Le mythe de l'invasion des immigrés est d'autant plus faux ici, l'un des départements qui accueille le moins d'étrangers, explique Jacques Declomesnil, président du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), qui aide les demandeurs d'asile dans les démarches administratives. En 2011, selon la préfecture, 88 personnes ont été reconduites à la frontière (contre 55 ayant obtenu la nationalité française au cours des six derniers mois). Parmi eux, de plus en plus de Kirghizes, de Kazakhs, de Russes, de Moldaves, d'Arméniens... Des personnes qui fuient les conflits ethniques ou politiques, la répression et le racisme. « Depuis l'éclatement de l'URSS, la situation dans ces pays est inextricable. Il y a beaucoup de couples mixtes rejetés à cause de cette mixité. Ils sont humiliés, leurs passeports sont confisqués », poursuit Jacques Declomesnil.

Réfugiés politiques

Ils arrivent à Saint-Lô le plus souvent par hasard, en fonction des places disponibles en hébergement d'urgence et centres Cada (lire ci-dessous). Ils sont pour la plupart réfugiés politiques et fuient les discriminations, avant la misère. « Dans le milieu des années 1990, beaucoup de Géorgiens sont arrivés ici. Depuis quelque temps, nous avons beaucoup d'Arméniens et de Kirghizes. C'est étonnant car on connaissait à peine ce pays avant », déclare-t-on au CCAS. « Il y a beaucoup de familles des pays de l'est qui vivent à la Dollée », ajoute Viviane Tardif, déléguée représentante à Saint-Lô pour La Pastorale des migrants.

Sur les sept enfants en cours de scolarisation à Saint-Lô en 2012 et pris en charge par l'AUDA (Accueil d'urgence des demandeurs d'asile, qui dépend du CCAS), tous sont originaires de ces pays. « L'inspection académique s'occupe de placer les enfants dans les différentes écoles de la ville, explique Françoise Mounier (CCAS). Notre rôle est de les signaler ». Selon Jacques Declomesnil, l'obligation de scolarisation des enfants protège un peu les familles : « Les personnes isolées sont les plus fragiles. Les enfants aident à l'insertion, souvent une solidarité existe autour des enfants, des réseaux se créent au niveau des écoles ».

La langue, premier barrage

« Le principal problème des personnes originaires des anciens pays de l'est, c'est la barrière de la langue. Ils veulent travailler, s'intégrer mais souvent, au début, c'est difficile à cause de cela », constate-t-on à la Pastorale des migrants, qui apporte écoute et soutien aux immigrés, et répond aux besoins du quotidien comme le partage d'un repas ou l'achat d'une gazinière. Jacques Declomesnil confirme : « Il faut trouver un interprète pour toutes les démarches administratives. » Le centre Mersier propose des formations au français pour les adultes. De quoi patienter en espérant la régularisation de leur situation. Mais « 80 % des demandes d'asile sont déboutées en France. Nous sommes un peu des marchands d'espoir », déplore Jacques Declomesnil.

Élodie DARDENNE.
Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-La-difficile-integration-des-migrants-de-l-Est-_-2051894------50502-aud_actu.Htm