mercredi 11 avril 2012

Liberté pour Hovhannes Ishkhanyan

Arménie : Un jeune écrivain face à la censure militaire
Photos traductions Photos
Traduction publiée le 6 Avril 2012 15:44 GMT · Voir le billet d'origine [en]

Hovhannes Ishkhanyan, un programmeur informaticien de 24 ans et, comme beaucoup d'autres jeunes Arméniens, un ancien appelé de l'armée arménienne, est dans une situation difficile dans l'ex-république soviétique, après avoir rédigé une oeuvre littéraire détaillant la vie sous les drapeaux de son pays.

Malgré un tirage d'à peine 300 exemplaires, le procureur militaire arménien affirme que le livre porte atteinte à la réputation de l'armée, qu'il insulte la religion ainsi que les mères. Le livre Jour de démobilisation a été retiré des rayons d'au moins deux librairies d'Erévan, la capitale arménienne.

L'ironie de l'histoire est que la ville célèbre cette année son statut de capitale mondiale du livre, reconnu par l'UNESCO, mais cette reconnaissance est une piètre consolation pour Hovhannes Ishkanyan qui doit répondre des chefs d'accusation en vertu de l'article 263 du code pénal de l'Arménie pour la divulgation illégale de documents ou d'objets pornographiques.

S'il est reconnu coupable, Hovhannes Ishkhanyan risque d'être condamné à une amende ou à une peine de deux à trois ans de prison.
Ianyan commente cette affaire.

    L'armée arménienne a eu à faire face ces dernières années à une publicité négative lorsque des révélations sur des décès hors combats ont affecté l'institution. Des activistes, exprimant régulièrement leur protestation face à ces décès, accusent l'armée d'avoir échoué à faire aboutir l'enquête ainsi que d'avoir maquillé des meurtres en suicides. En septembre 2010, une vidéo amateur publié sur YouTube et révélant des abus dont l'armée arménienne s'était rendue coupable avait fait les grands titres en Arménie et à l'étranger.

    Sur les 16 récits de fiction figurant dans le recueil Jour de démobilisation, trois portent sur des sujets en rapport avec l'armée. L'une d'entre elles, intitulée “Marche militaire“,  relate l'histoire de 100 soldats en marche qui, leur carte d'identification militaire à l'appui, commencent à révéler leur expérience de la vie au sein de l'armée, et c'est celle qui a le plus provoqué la colère des autorités, d'après Ishkhanyan.
Le blog Armenian Observer s'est même donné la peine de lire le livre.

    J'étais intéressé par la situation avec la police, et j'ai donc lu le livre. Je dois dire sans aucun plaisir. Le livre est trop violent et grossier à mon goût, mais c'est à peu près tout. On peut difficilement s'attendre à ce qu'un livre sur l'armée arménienne laisse la place à la tendresse et à un langage poétique – finalement, il y est question d'une structure dans laquelle des dizaines de soldats meurent chaque année dans des situations non liées au combat, principalement à cause des brimades, de la violence et de la pression, qui force les soldats à se suicider.

    […]

    Les héros du livre, de jeunes soldats qui ont perdu la vie ou ont été mutilés pendant leur service militaire, racontent l'horreur des mauvais traitements infligés par les officiers au sein de l'armée.


    […]

    Il va sans dire que nous avons été témoins d'un cas indibutable de censure, qui est totalement inacceptable.

Le blog Unzipped commente quant à lui l'affaire en attirant l'attention sur une pétition lancée en soutien au jeune auteur. “C'est incroyable” ajoute le blogueur. “A quelle époque vivons-nous ?! Exprimez un NON sans équivoque aux tentatives visant à faire revenir l'Arménie aux années sombre du stalinisme.”

Une page événement Facebook a été créée ici. On peut lire également un entretien avec Ishkanyan datant de l'an passé et dans lequel l'auteur parle de la liberté d'expression et de la culture militaire en Arménie sur Artist For Artist.
Creative Commons License
Ecrit par Onnik Krikorian · Traduit par Samy Boutayeb
Traduction publiée le 6 Avril 2012 15:44 GMT
Source : http://fr.globalvoicesonline.org/2012/04/06/104197/

Voir également : Sordides affaires au sein de l'armée arménienne

Liberté d'expression en Arménie : encore du chemin à faire