vendredi 13 avril 2012

Replacer la tragédie arménienne dans le temps long du déclin ottoman

Julien Gautier, "Génocide arménien : ce que l'on sait vraiment", L'Histoire, n° 315, décembre 2006, p. 16-17 :

"Dans l'Empire ottoman, multiethnique, où Grecs et Arméniens chrétiens côtoient les Turcs musulmans, des nationalistes d'abord libéraux, les Jeunes-Turcs, renversent le sultan et prennent le pouvoir en juillet 1908. Entre les Jeunes-Turcs au pouvoir et les révolutionnaires arméniens, que lie, selon Raymond Kévorkian, une « saisissante proximité culturelle et même, par certains côtés, idéologique », s'engage alors une surenchère nationaliste que la guerre mondiale bientôt amplifie.

A l'automne 1914, l'Empire ottoman entre dans le conflit aux côtés des puissances centrales. La radicalisation des Jeunes-Turcs se fait par étapes, accélérée par les échecs militaires.

Percevant les Arméniens comme des traîtres à la solde des pays de l'Entente (et avant tout de la Russie), les Jeunes-Turcs mènent contre eux une politique répressive qui fait de nombreuses victimes. Dans un pays où tout le monde porte des armes, ils exigent le désarmement des Arméniens. (...)

En sens inverse, les milices arméniennes qui accompagnent les troupes russes massacrent des dizaines de milliers de villageois musulmans. En avril 1915, les Arméniens de Van se soulèvent, obligeant les Turcs à évacuer la ville à la mi-mai. Le 27 mai, les autorités ordonnent la déportation vers la Syrie ottomane de la population arménienne d'Anatolie centrale et orientale. (...)

Cela dit, il reste à expliquer comment les Jeunes-Turcs, qui initialement n'étaient pas des monstres, en sont venus là ; comment des tribus kurdes, tcherkesses, tchétchènes se sont vengées de l'impitoyable conquête du Caucase par les Russes sur des innocents qui n'y avaient aucune responsabilité. En bref, il s'agit de replacer dans le temps long de la chute de l'Empire ottoman la tragédie de ceux pour qui elle fut le plus amère."

Voir également : "Génocide arménien" : la parole aux historiens turcologues et islamologues