mardi 17 avril 2012

Un non-sens du matraquage arménocentriste : la déportation des Arméniens de 1915 a-t-elle vraiment "inspiré" et "désinhibé" les Allemands ? L'occultation de la brutalité des méthodes de guerre des Etats occidentaux contemporains

John Horne et Alan Kramer, 1914. Les atrocités allemandes : La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique, Paris, Tallandier, 2011 :

La brutalité généralisée de l'époque contemporaine, incluant celle du colonialisme allemand en Afrique noire :
 
"Rien de tout cela ne signifie que l'armée allemande soit la seule à avoir traité les civils comme des ennemis ou à avoir assouvi une vengeance sur une population vulnérable considérée comme source de résistance militaire. Les Allemands eux-mêmes, lorsqu'ils cherchent des parallèles historiques à leurs actions de 1914 pour les utiliser contre les Alliés, se tournent vers la guerre de Sécession et la guerre des Boers (1899-1902). Dans les deux cas, des civils irréguliers ont été employés par l'armée qui défendait son territoire. Dans les deux cas, les armées envahissantes se sont servies de représailles collectives contre des innocents. Les guérillas confédérées du Missouri sont combattues par des représailles brutales semi-officielles menées par les forces de l'Union. En réponse à l'illégalité de la rébellion dans son ensemble, Sherman, de la fin de l'année 1864 au début 1865, poursuit une politique de la terre brûlée à travers la Géorgie et spécialement en Caroline-du-Sud, quoique les propriétés soient davantage visées que les vies civiles. Sheridan dévaste pareillement la vallée de la Shenandoah. En Afrique du Sud, les Britanniques emploient la terreur contre la guérilla des Boers en 1900-1902, par l'incendie systématique des fermes, mais sans exécuter les civils, et par la déportation des femmes et des enfants dans des camps. Les morts dans ces derniers sont dues à une mauvaise gestion plus qu'à une politique délibérée, mais provoquent cependant un tollé général en Grande-Bretagne.

En effet, les guerres civiles et coloniales au XIXe et XXe siècles sont deux arènes prolifiques en brutalités entre soldats et civils. Les guerres civiles, par nature, brisent la distinction entre combattant et non-combattant, et visent la population civile, quoique cette tendance mène précisément au premier code de conduite militaire, le Code Lieber de 1863 rédigé par l'Union pendant la guerre de Sécession. Plus les guerres deviennent idéologiques, plus la distinction entre soldat et civil s'efface, au point que la guerre civile russe de 1918-1920 et la guerre civile espagnole sont le théâtre de massacres de civils à une échelle considérable (mais probablement pas avec l'intensité de ce qui s'est passé en quinze jours en Belgique et en France dans la seconde moitié d'août 1914). La guerre d'indépendance d'Irlande, qui pour les Britanniques est un mélange de rébellion civile et de guerre coloniale, se transforme de la même façon en une terreur autorisée par la police et l'armée contre la population civile.

Les guerres coloniales, spécialement celles contre les peuples indigènes, sont plus néfastes encore pour les civils que les guerres civiles. Des échos de cette réalité hantent les événements de 1914 de diverses manières, les Belges découvrant comme un symbole de leur propre victimisation la mutilation des « mains coupées » qu'ils ont été accusés d'avoir employée comme punition au Congo, les Allemands condamnant les Britanniques et les Français pour avoir utilisé des troupes coloniales « sauvages », et les civils belges et français comparant à l'occasion le traitement que leur infligent les envahisseurs à la guerre coloniale allemande. Toutes les puissances européennes au XIXe siècle et au début du XXe siècle, pratiquent de féroces répressions contre les peuples colonisés par des guerres inégales et par le massacre de civils. Les Allemands remportent la palme, par leur guerre génocidaire contre les Hereros et les Namas en Afrique du Sud-Ouest en 1904-1907. Mais les Britanniques mènent également une guerre brutale au Soudan et au Nigeria. Des forces militaires et paramilitaires aux Etats-Unis et en Australie massacrent leurs populations indigènes sur une large échelle." (p. 610-611)

"Il y a aussi d'autres influences. L'une des plus intrigantes est celle du monde colonial où l'Allemagne, comme d'autres puissances européennes, a mené de brutales campagnes dans le quart de siècle précédant 1914. Les idées des élites dominantes militaires et conservatrices sur l'empire colonial ne doivent pas être écartées comme exceptionnelles. La dimension européenne n'est pas éloignée de leurs esprits. Ce n'est pas pour rien que le gouvernement, les conservateurs et les nationaux libéraux ont défendu la politique coloniale contre les fortes critiques des sociaux-démocrates, des libéraux de gauche et du parti catholique du Zentrum par rapport à la guerre menée par l'armée contre les Hereros en Afrique du Sud-Ouest allemande en 1904-1907. Après leur défaite, les Hereros ont été conduits dans un désert aride, où au moins cinquante mille hommes, femmes et enfants ont péri. Il s'agissait d'une politique intentionnelle d'anéantissement, planifiée par le Grand Etat-Major. Schieffen était en contact quotidien par le télégramme avec l'armée coloniale et approuvait ses mesures. A la fin, il félicite le général von Trotha, commandant des forces coloniales, pour avoir pratiquement exterminé ce peuple. Défendant la politique coloniale au Reichstag, en 1906, le député libéral conservateur Wilhelm von Kardoff compare les mesures sévères prises contre les indigènes avec l'exécution des civils français en 1870-1871 pour collaboration avec les francs-tireurs. Selon Kardoff, les indigènes n'ont pas de place dans la mission civilisatrice de l'Allemagne : « La terre n'est pas faite pour être habitée par des cannibales. » Même s'il est difficile d'établir des connexions causales précises, la guerre coloniale est un lien dans la transmission d'idées entre la guerre de 1870 et 1914. L'expérience coloniale donne aux politiciens allemands une plus grande liberté d'expérimentation dans le comportement politique et militaire, et abaisse le seuil de violence contre les civils européens dix ans plus tard." (p. 260-261)

Les déportations allemandes de dizaines de milliers de civils belges et français (dans de mauvaises conditions et avant même l'entrée de l'Empire ottoman dans le conflit) durant la Première Guerre mondiale :

"La déportation, au moment où la France est envahie, devient fréquente, et dans le chaos des vastes mouvements de troupes, les vicissitudes des déportés pouvaient être extrêmes. Une colonne de mille prisonniers de guerre français et de trente-cinq civils fait halte le 16 septembre à Frasnes-lez-Couvin, dans la province de Namur, en route pour l'Allemagne. Trente-quatre civils, originaires de Montmirail, Meaux, Châlons-sur-Marne et Reims, sont emmenés dans une carrière et exécutés. Les Allemands prétendent qu'ils sont coupables d'espionnage, d'avoir volé les biens de soldats tombés sur le champ de bataille et d'avoir essayé d'incendier un hôpital de soldats allemands blessés. La comtesse de Villermont, chez qui logeaient les officiers allemands, a été témoin de la procédure précédant l'exécution. Selon elle, quasiment tous les condamnés étaient vieux, infirmes ou épuisés et ont été tués parce qu'ils ralentissaient la marche de la colonne. Il y a en effet un certain nombre de personnes âgées dans la liste établie par la suite. Un civil, un instituteur à la retraite, s'est échappé en se cachant parmi les prisonniers militaires, et témoigne par la suite des traitements cruels infligés aux prisonniers civils, et du fait que tous affirmaient avoir été arrêtés par erreur et accusés de façon absurde. Un officier allemand, à qui on avait affirmé que les civils étaient « des francs-tireurs, des espions, etc. », a organisé l'exécution.

Cet incident est exceptionnel dans son déroulement mais ne l'est pas en tant que preuve de la rudesse allemande envers les déportés civils. En février 1915, dix mille civils français environ, déportés pendant ou immédiatement après l'invasion, sont rapatriés d'Allemagne, où ils ont été détenus dans de mauvaises conditions dans trente et un camps à travers le pays. Entre treize mille et quatorze mille civils belges ont été déportés dans la même période. La Commission française consacre un rapport entier à ce sujet, et conclut que beaucoup de déportés ont été arrêtés sous le « faux prétexte » de résistance civile, mais que d'autres l'ont été sans explication. C'est précisément parce que beaucoup d'adultes actifs, spécialement des hommes, ont fui l'avance allemande que les déportés sont, de façon disproportionnée, des femmes, des enfants, des vieillards et des infirmes." (p. 123-125)

Les sentiments d'hostilité aux minorités dans l'Allemagne wilhelmienne et les violences en découlant :

"En 1914, le nationalisme militariste projette les identités minoritaires de l'ennemi intérieur sur l'ennemi extérieur. Les francs-tireurs sont imaginés comme des catholiques, des prolétaires et des Alsaciens-Lorrains, chacun d'entre eux considéré comme une minorité antinationale en Allemagne. L'anticatholicisme est sans aucun doute la plus importante de ces identités négatives. On doit le comprendre dans le contexte du Kulturkampf, cette campagne conduite dans les années 1870 par Bismarck avec l'appui libéral contre le catholicisme allemand. Il existe une mémoire persistante de cette campagne où les catholiques sont perçus comme une menace interne contre la cohésion du Reich, loyaux, non au nouvel Etat-nation, mais à une puissance étrangère vague." (p. 243)

"Les minorités nationales (Polonais, Danois et Alsaciens-Lorrains) sont plus directement liées à l'ennemi extérieur en 1914 en vertu d'une accusation de double allégeance. C'est particulièrement vrai des Alsaciens-Lorrains, qui sont considérés par l'armée allemande comme profrançais et susceptibles de s'engager dans une résistance de francs-tireurs. De ce fait, le même complexe mythique naît là comme sur le parcours de l'invasion en Belgique et en France, et des civils sont accusés de tirer sur leur propre armée et d'appuyer les Français. Par conséquent, les civils allemands en Alsace-Lorraine sont les victimes de la violence allemande dans de nombreux cas entre août et septembre, comme on l'a vu à Mulhouse. (...)

Dans de nombreux cas, des civils sont punis pour leur déloyauté supposée même s'il n'y a pas de massacres comme ceux qui se sont produits en Belgique et dans les départements français frontaliers. Les hommes de Hampont, en Lorraine, sont arrêtés après que les troupes bavaroises ont prétendu qu'on leur a tiré dessus depuis les fenêtres, même si une patrouille française aperçue est probablement responsable des tirs.

Les prêtres catholiques, suspectés d'appuyer l'indépendantisme en Alsace-Lorraine, sont visés, même par les régiments allemands majoritairement catholiques. A Cernay (Sennheim), le maire et le curé, ainsi que d'autres notables des villages environnants, sont arrêtés pour sympathie avec les Français, battus et exhibés dans les rues, et menacés de mort dans le cas où d'autres soldats français seraient trouvés dans le village. La population de Dalhain (Dalheim), près de Château-Salins, en Lorraine allemande, est accusée d'avoir accueilli les Français pendant leur brève incursion et d'avoir tiré sur les troupes allemandes. En représailles, un prêtre est abattu, le village incendié et la population déportée. A Saint-Maurice (St Moritz), près de Sélestat (Schlettstadt), en Alsace, dans la nuit du 18 au 19 août, les troupes bavaroises, convaincues que les villageois leur ont tiré dessus, chassent les habitants de leurs maisons, abattent nombre d'entre eux qui fuient terrorisés lorsque leurs maisons sont incendiées. (...)

Pour le nationalisme militariste allemand et sa vision du monde paranoïaque, la guerre offre l'opportunité de résoudre ces problèmes d'unité interne en externalisant l'ennemi intérieur comme faisant partie du « cercle des ennemis ». Naturellement, l'hostilité aux minorités intérieures ne fait pas partie du Burgfrieden (ou trêve politique) d'août 1914, et en réalité elle trouble la classe politique qui cherche à renforcer l'unité nationale. La colère contre l'ennemi intérieur fait partie, pourtant, de l'explosion incontrôlée de sentiments déclenchée par la guerre, et fournit un ingrédient important à l'illusion collective de la guerre des francs-tireurs." (p. 247-249)

L'impact des pratiques de la Deutsches Heer (armée du IInd Reich) sur les dirigeants du IIIe Reich, dont Hitler lui-même :

"L'invasion de la Pologne est à l'origine gouvernée par les mêmes règles de combat observées dans l'armée allemande en 1914. Le 3 septembre 1939, Himmler donne l'ordre aux unités de la SS et de la police, qui suivent les troupes régulières de la Wehrmacht, d'abattre sur place les insurgés polonais pris en train de résister ou l'arme à la main. L'armée est sujette au même genre de paranoïa « des francs-tireurs » qu'en 1914, provoquée par la nervosité des troupes inexpérimentées, par les inévitables incidents de « tirs amis », par « le tir sans raison sur des francs-tireurs [Freischärler] inexistants », mais aussi par des véritables actions d'arrière-garde conduites par des soldats ou des miliciens polonais. Des civils sont massacrés à Bromberg et Czestochowa début septembre 1939 après de tels incidents. Alors que ce sont des unités de SS Einsatzgruppen et de police, et non pas l'armée, qui sont principalement responsables de la transformation d'une telle répression arbitraire contre les civils en guerre d'extermination raciale, elles s'approprient le langage et les concepts de l'armée pour le faire. Le 21 septembre 1939, Heydrich informe les Einsatzgruppen que la raison du rassemblement des Juifs dans quelques grandes cités, préparatoire au dessein final secret de déportation dans une réserve juive en Pologne orientale, est que « les Juifs [sont] majoritaires dans les attaques de francs-tireurs et dans le pillage ». En employant l'image des francs-tireurs, et donc d'un ennemi dangereux et déloyal, une continuité cohérente peut être construite dans laquelle l'armée, elle aussi, peut perdre toute inhibition qui demeure contre le fait de tuer des civils.

Bien avant l'invasion de l'Union soviétique, Hitler déclare, dans le fameux Kommissarbefehl de mars 1941, que la Convention de la Haye (que l'URSS n'a pas signée) ne s'appliquera pas. Un ensemble d'ordres en décline les implications, et alors que l'idéologie raciale nazie, la répugnance du communisme et la peur des « atrocités » bolcheviques contribuent simultanément à la dureté anticipée contre les civils ennemis, celle-ci s'appuie aussi sur la mémoire de la guerre des francs-tireurs de 1914. Le 13 mai 1941, le maréchal Keitel donne l'ordre que les francs-tireurs soient « liquidés sans pitié par les unités de combat devant qui ils s'enfuient », et un ordre de l'OKW, du 6 juin 1941, décrète que « les agitateurs, les bolcheviques, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs » doivent être exterminés. Le 11 juin, le général Müller dit aux officiers du Grand Etat-Major et aux juges des cours martiales : « leur sens de la justice doit se placer au deuxième rang derrière la nécessité de la guerre », et ils doivent « retourner à l'ancienne coutume de la guerre. Notre loi de la guerre actuelle n'a été établie qu'après la [Première] Guerre mondiale. L'un des deux ennemis doit rester sur le carreau. Les tenants du point de vue ennemi ne doivent pas être préservés, mais liquidés. Le terme de « Freischärler » [franc-tireur] englobe aussi les civils qui appellent à faire de l'obstruction (par exemple les propagandistes, les distributeurs de tracts, ceux qui détruisent les ordres allemands (sic), les incendiaires, [...], etc.). »

Hitler lui-même revient au précédent crucial de 1914. En pensant aux partisans, peu après l'invasion de la Russie, il rappelle :

« L'ancien Reich savait déjà comment agir avec fermeté dans les zones occupées. C'est comme ceci que des attentats commis contre les chemins de fer en Belgique ont été punis par le comte von der Goltz. Il a fait brûler tous les villages environnants dans un rayon de plusieurs kilomètres, après avoir fait abattre tous les maires, emprisonner les hommes, et évacuer les femmes et les enfants. Il y a eu trois ou quatre actes de violence en tout, puis plus rien ne s'est produit. »

En fait, ce souvenir est exagéré. Après le sabotage d'une ligne de chemin de fer, le 25 septembre 1914, von der Goltz avait pris des otages et menacé de représailles impitoyables en cas de répétition. Pourtant, ce qui est important, c'est l'emploi fait par Hitler de la mémoire de la guerre de francs-tireurs pour justifier l'escalade de la brutalité contre les civils en 1941.
 
En URSS, la résistance des partisans est négligeable pendant les six premiers mois de l'invasion allemande, même si, à la mi-1942, elle a déjà attiré jusqu'à cent cinquante mille combattants. Elle n'est donc pas la cause de la brutalité allemande envers les civils, même si elle l'a sans aucun doute renforcée. Dans d'autres zones de l'Europe occupée par les Allemands, l'émergence de mouvements de résistance est combattue par des représailles collectives qui s'appuient aussi sur le précédent de 1914." (p. 585-587)


Ce qui est également occulté par les militants arméniens, ce sont les épurations ethniques perpétrées par la Grèce et la Bulgarie (deux pays balkaniques qui eurent des relations étroites avec l'Allemagne impériale, notamment du fait de l'origine germanique des familles régnantes), ainsi que les déportations-expulsions tsaristes de diverses populations civiles (dont des Allemands ethniques) durant la Première Guerre mondiale. Il n'est certainement pas anodin que ces violences de masse chrétiennes-orthodoxes frappèrent également les Juifs :






Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

Quant à la phrase attribuée à Hitler ("Après tout, qui se souvient du massacre des Arméniens ?"), elle n'est rien d'autre qu'une affabulation éhontée : Grand jeu concours : trouvez où Hitler parle des Arméniens et/ou des Juifs dans ce discours à ses généraux (22 août 1939)

Voir également : L'inanité du concept de génocide tel que défini par Raphaël Lemkin (un juriste souvent cité par les activistes arméniens, comme si il s'agissait d'un historien compétent)

L'oppression des Juifs de Salonique par l'Etat grec









L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste