jeudi 31 mai 2012

Alsace (1918-1920) : l'expulsion de 150.000 Allemands par l'Etat français

Philipp Ther, "L'ethnicisation de l'espace en Europe centrale et orientale après la Seconde Guerre mondiale", Matériaux pour l'histoire de notre temps, volume 76, n° 1, 2004, p. 21 :

"En Alsace, la politique française, dont les mots d’ordre étaient « purifier, centraliser, assimiler », avait aussi pour but d’éliminer les reliquats de la domination allemande dans la région. L’objectif (compréhensible si l’on considère les potentialités de révisionnisme allemand) était de rendre l’Alsace purement française. Ceci entraîna le transfert de 150 000 personnes désignées comme « allemandes » et la classification de la population en quatre groupes, structurés selon leur degré de francité ou de germanité. Le fait que les populations impliquées n’aient pu choisir leur nationalité, selon le postulat de Renan énoncé un demi-siècle plus tôt au moment de l’annexion de la région, constitue un point commun avec les nettoyages ethniques ultérieurs. La nationalité était désormais « objectivée », soumise au pouvoir et à la logique de l’administration d’Etat."

Voir également : Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale







mercredi 30 mai 2012

Georgy Avanesov, un dangereux pirate informatique

Pays-Bas : le «cerveau» d'un réseau d'ordinateurs piratés arrêté
Agence France-Presse (La Haye)
28 octobre 2010 | 11 h 51

Un Arménien, soupçonné d'être «le cerveau» à l'origine d'un réseau d'ordinateurs piratés qui utilisait des serveurs situés aux Pays-Bas, a été arrêté à l'aéroport d'Erevan (ouest de l'Arménie), a annoncé mardi le parquet national néerlandais.


«Un Arménien de 27 ans, soupçonné d'être le cerveau à l'origine du réseau Bredolab, a été arrêté à l'aéroport national d'Erevan», la capitale de l'Arménie, dans la nuit de lundi à mardi, a indiqué le parquet national néerlandais dans un communiqué.

Le réseau Bredolab, un «cheval de Troie informatique», était capable d'infecter «trois millions d'ordinateurs par mois» et aurait infecté au total «au moins 30 millions d'ordinateurs a travers le monde», selon la police judiciaire néerlandaise, citée dans le communiqué.


Fin 2009, quelque 3,6 milliards de courriels infectés par Bredolab étaient envoyés chaque jour, a précisé le parquet.

Le réseau, qui utilisait 143 serveurs situés aux Pays-Bas désactivés lundi par les autorités néerlandaises, était l'«un des plus importants au monde», a affirmé à l'AFP Wim de Bruin, un porte-parole du parquet national.

Une fois infectés, les ordinateurs pouvaient être contrôlés ou manipulés à distance, pour ensuite envoyer des courriers indésirables à d'autres ordinateurs, réaliser des cyberattaques ou encore fournir aux délinquants les données bancaires de leurs propriétaires.

Les Pays-Bas n'ont pas demandé l'extradition du suspect mais sont «en contact» avec les autorités arméniennes pour que le suspect soit jugé en Arménie, a assuré M. de Bruin, selon lequel l'Arménie ne livre jamais ses citoyens à d'autres pays.
Source : http://techno.lapresse.ca/nouvelles/201010/26/01-4336284-pays-bas-le-cerveau-dun-reseau-dordinateurs-pirates-arrete.php

Samedi 26 mai 2012
Le créateur d’un virus informatique condamné à 4 ans de prison

Un tribunal de district à Erevan a condamné mardi 22 mai 2012 un ressortissant russe d’origine arménienne à quatre ans de prison. Il est accusé d’avoir propagé un virus informatique qui aurait infecté 30 millions d’ordinateurs dans le monde entier. Georgy Avanesov est âgé de 27 ans et est la première personne à être emprisonné en Arménie pour des accusations de cybercriminalité. Il a été reconnu coupable de « sabotage informatique » environ deux ans après avoir été arrêté à l’aéroport d’Erevan.
L’arrestation est intervenue peu de temps après que les autorités des Pays-Bas ont réprimé un groupe de pirates qui aurait infecté des milliers d’ordinateurs à travers le monde par le virus « Bredolab », un virus qui donnerait accès aux mots de passe de comptes bancaires et à d’autres informations confidentielles.

Selon l’agence de nouvelles AFP, les enquêteurs néerlandais ont affirmé que le serveur du réseau basé en Hollande utilisé par le groupe était capable d’infecter trois millions d’ordinateurs par mois. 3,6 milliards de spams auraient été envoyés depuis 2009.

Au cours du procès de G. Avanesov, les procureurs arméniens ont affirmé que le jeune homme a développé le Bredolab en Arménie entre les mois de mars et de juin 2009. Ils ont aussi affirmé que G. Avanesov a utilisé des serveurs informatiques en Hollande et en France pour la propagation du virus. Il aurait attaqué au moins 194 sites et 30 millions d’ordinateurs en octobre 2010.

Au cours de l’enquête préalable au procès, G. Avanesov aurait reconnu être l’auteur du virus. Mais il a nié avoir une intention criminelle, affirmant qu’il a transmis le virus à une personne inconnue par le biais d’Internet et n’était pas au courant de son utilisation criminelle.source nouvelles aménie
Source : http://www.repare-pc.net/article-le-createur-d-un-virus-informatique-condamne-a-4-ans-de-prison-105852603.html

La question du statut des réfugiés en provenance d'Arménie

"- L'Arménie, tout petit pays du Caucase a fourni en 2011 presque autant de demandeurs d'asile que le Bangladesh ou la République Démocratique du Congo, et son taux d'accord du statut de réfugié en 2011 a été de... 7%."

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/130512/accueil-des-etrangers-cest-pour-quand-la-civilisation

Voir également : Le refus d'asile en France : une menace pour les Arméniens persécutés en Arménie

Les Arméniens et la hausse du nombre de demandeurs d'asile dans les pays occidentaux

France : 2.300 demandeurs d'asile arméniens en 2009

Coup de filet à Carcassonne : quatre interpellations pour cambriolages

Carcassonne
Trois arrestations et quinze cambriolages élucidés

Le 17/05/2012 à 06h00 par Rémi Lebrère | Mis à jour à 10h40

Joli coup de filet pour la brigade de recherches de la gendarmerie de Carcassonne, qui a interpellé, mardi matin, au moins quatre personnes impliquées dans diverses affaires de cambriolages. Au total, une quinzaine de vols leur seraient reprochés, et de nombreuses saisies ont été opérées lors des perquisitions.

Les "casses" ont été commis, au mois de mars dernier, dans le Carcassonnais, la Malepère et le Lauragais, avec quelques villes-cibles récurrentes comme Bram, Lavalette, Montréal, Arzens, Carcassonne ou encore Villemoustaussou.

Un Russe, un Arménien

Dans tous les cas de figure, les cambrioleurs étaient, selon nos informations, à la recherche de valeurs, comme du numéraire et des bijoux, mais également des vêtements de marques et du matériel Hi-fi, soit des marchandises facilement écoulables sur le marché parallèle.

Les quatre suspects, un ressortissant Russe, un Arménien et deux de nationalité française, tous âgés d'une vingtaine d'années, ont été présentés, hier en début d'après-midi, au parquet de Carcassonne, avec comme objectif de les juger le plus rapidement possible.
Contrôle judiciaire

La permanence du parquet de Carcassonne a d'ailleurs indiqué, hier soir, que leur procès était fixé à lundi prochain, selon la procédure dite de comparution immédiate. Dans l'attente, le magistrat du ministère public a demandé à ce qu'ils soient emprisonnés avant leur jugement, craignant qu'ils ne disparaissent dans la nature.

Cette requête a finalement été en partie confirmée par le juge des libertés et de la détention, qui a ordonné le placement en détention provisoire de trois des suspects. Le quatrième, le moins impliqué du lot, était placé sous contrôle judiciaire.
Source : http://www.lindependant.fr/2012/05/17/trois-personnes-suspectees-de-cambriolages-emprisonnees,138706.php

Voir également : Aveyron et Sud-Ouest : démantèlement d'un réseau de cambrioleurs arméniens et "géorgiens"

Laurent Fabius : "Sur la question arménienne, il faudra tenir compte de la décision du Conseil constitutionnel", "il est important de renouer les fils avec la Turquie qui joue un rôle majeur"

"Q : Comment allez-vous réparer la relation avec la Turquie alors que vous vous êtes prononcés pour la loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien ?

Ce n’est pas facile. Nous avons eu un très bon contact avec le président Gül à Chicago. Sur la question arménienne, il faudra tenir compte de la décision du Conseil constitutionnel.

Q : M. Hollande s’est engagé à aller vite pour l’adoption de cette loi.

Oui. Pour autant, il y a des contraintes juridiques. Quoi qu’il en soit, il est important de renouer les fils avec la Turquie qui joue un rôle majeur, aux plans économique et diplomatique, par exemple sur les questions syrienne et iranienne."

Source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere/l-equipe-ministerielle/laurent-fabius/presse-et-media-21596/article/entretien-de-laurent-fabius-avec-99998

Voir également : La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

Hubert Védrine : "Un grand nombre de pays ont été heurtés par des comportements brutaux, ou par les outrances de la diplomatie d’opinion, comme la Turquie et le Mexique"

Le diplomate socialiste Hubert Védrine critique une loi électoraliste et "mettant la France hors-jeu en Turquie"

Le Conseil constitutionnel repousse les ingérences liberticides d'un ethno-nationalisme étranger en France

Le discours éblouissant du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé en Turquie, dans la grande tradition de la turcophilie gaulliste

L'amitié franco-turque

mardi 29 mai 2012

Quelques précisions salutaires pour aborder la tragédie du peuple arménien

Jacques Lafon, "Turquie-Occident, un jeu de miroirs", Etudes, n° 6, volume 364, juin 1986, p. 731-732 :

"C'est évidemment sur la question arménienne que resurgissent le plus spectaculairement les solidarités fondamentales. Sur ce point délicat, toute ambiguïté doit être levée. Il n'est pas question de nier un seul instant la réalité des massacres survenus sur le territoire ottoman, ni l'intensité du drame vécu depuis par un peuple orphelin, mais plutôt de prendre conscience que si l'Occident souhaite vraiment faire changer le discours officiel turc, il aurait intérêt à analyser de façon moins schématique les circonstances du drame. La vérité scientifique, dont l'Occident estime avoir le monopole, exige que l'on fasse état des divergences sur la définition même du génocide, sur le nombre des victimes. On doit aussi préciser qu'il n'existe plus d'Etat arménien depuis la chute de Sis en 1375, que le traité de Sèvres avec la carte de l'Arménie dessinée par le Président Wilson n'a jamais été appliqué, et que la seule réalité tangible se ramène dès lors à l'existence de l'Arménie soviétique. Il faut enfin indiquer que les puissances désireuses d'achever « l'homme malade de l'Europe » portent leur part de responsabilité dans les révoltes arméniennes contre l'Empire ottoman et que les Kurdes, qui revendiquent leur autonomie sur des territoires parfois confondus, ont participé aux massacres des Arméniens dont ils ont pris les dépouilles...

De telles nuances permettraient d'examiner la réalité arménienne dans un climat plus serein et d'éviter qu'elle ne soit engloutie sous le flot de la passion ; elles feraient probablement évoluer la thèse turque. Mais qu'on ne se leurre pas : aucun homme politique turc ne s'agenouillera un jour devant un mémorial arménien. L'imaginer un seul instant procéderait de l'égocentrisme le plus grossier et de l'ignorance qu'un tel geste demeure le privilège des nations anciennement et parfaitement intégrées."




samedi 26 mai 2012

L'émigration des Arméniens de Cilicie (1921)

Le Temps, 30 décembre 1921 :
De notre correspondant d’Alexandrette :

Le départ des émigrants arméniens se poursuit très régulièrement, en même temps que le retrait des troupes françaises. Tandis qu’à Mersine les derniers réfugiés s’embarquent sur les navires venus de Syrie à Alexandrette, d’autres arrivent par chemin de fer, emportant avec eux leurs meubles et des matériaux de construction de toute sorte.
A Deurtyol, un comité a tenté de se constituer, avec le concours des montagnards. Ce comité doit résister par la force à l’installation des autorités turques après le départ des troupes françaises. Les éléments extrêmes souhaitent que le conflit oblige les troupes françaises à réoccuper la région et conduise à une rupture de l’accord d’Angora. Les éléments raisonnables, beaucoup plus nombreux, craignant d’ailleurs l’intervention des brigands qui infestent les montagnes voisines, ont demandé aux autorités françaises de s’opposer à la réalisation de ce plan.

Une propagande systématique continue de s’exercer pour entretenir l’inquiétude, entraver l’œuvre d’apaisement des autorités et pousser à l’émigration. Cette action va jusqu’à interdire aux Arméniens, sous les menaces les plus graves, de faire partie des commissions organisées par les autorités françaises pour la sauvegarde des biens des absents.
Source : http://turquiehistoire.bloguez.com/turquiehistoire/4496678/L-migration-des-Arm-niens-30-d-cembre-1921-

Voir également : Le mandat français en Cilicie, la Légion arménienne, les accords franco-turcs et l'évacuation des Arméniens




vendredi 25 mai 2012

Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Michael A. Reynolds, Shattering Empires : The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empires 1908-1918, New York, Cambridge University Press, 2011, p. 157-158 :

"L'efficacité militaire et la préservation de la neutralité des musulmans n'étaient pas, néanmoins, les seules préoccupations qui influencèrent la décision russe de dissoudre les régiments de volontaires [arméniens]. Vers le milieu de 1915, la crainte du séparatisme arménien conseillait encore une fois la politique russe. Les fonctionnaires tsaristes commencèrent à voir dans les formations de volontaires arméniens une arme à double tranchant qui pourrait être retournée contre leur propre empire, aussi facilement que contre l'Empire ottoman. Ainsi, le consulat de Russie à Salonique à l'été 1915, au moment du pic des massacres et des déportations d'Arméniens, rejeta les demandes d'environ 100 Arméniens ottomans pour entrer en Russie et rejoindre l'armée. Malgré la condamnation officielle de Petrograd du gouvernement unioniste dans la note du 24 mai, le consul écarta les plaintes des requérants sur les mauvais traitements infligés par le gouvernement ottoman comme étant économiques, et non politiques, à l'origine. Il justifia en outre sa décision devant ses supérieurs en suggérant que parmi les candidats il y avait des révolutionnaires, et même des "espions turcs". De même, le général Youdenitch bloqua l'admission d'un groupe d'Arméniens de Bulgarie en tant qu'"indésirables" parce que, croyait-il, ils étaient presque certainement dachnaks. D'autres soupçonnaient que les unités arméniennes s'armaient elles-mêmes au détriment de la Russie tout en s'abstenant de lutter contre les Ottomans afin de préserver leurs forces pour une lutte contre la Russie après la guerre.

Un fonctionnaire tsariste, le prince Vassili Gadjemoukov, exposa carrément les accusations contre les Arméniens dans un rapport à Youdenitch. La participation arménienne dans les opérations militaires n'avait produit "que des résultats négatifs". Les marchands arméniens abîmaient la logistique de l'armée en abusant de leur accès aux chemins de fer pour expédier des biens commerciaux. Pire encore, le pillage incontrôlé du fait des bandes arméniennes éveillait l'hostilité des Kurdes et des autres musulmans. Avec leur massacre indiscriminé de musulmans à Van, expliquait-t-il, "les Arméniens eux-mêmes" avaient donné le "signal de la destruction barbare de la nation arménienne en Turquie". Et, bien que cette destruction donna "le résultat positif que la Turquie nous a laissés une Arménie sans Arméniens", le legs de Van avait été de renforcer la résistance musulmane aux armes russes "de peur de tomber entre les mains arméniennes". Gadjemoukov n'était pas isolé dans ses opinions. Boris Chakhovskoï, un ancien consul à Damas qui supervisait les liens avec les tribus kurdes pour l'état-major général russe, se plaignait amèrement de "l'anarchie arménienne brutale [à l'égard des Kurdes]". Les nationalistes arméniens voulaient "exterminer tous les habitants musulmans des zones que nous occupions" et leur sauvagerie provoqua "une résistance kurde désespérée" qui "compliqua terriblement nos opérations [militaires]". Comme l'Assyrien Agha Petros en a témoigné, les réfugiés qui ont été victimes d'atrocités remplirent les rangs des Kurdes hostiles à la Russie. Bien que moins prompts à blâmer les Arméniens pour la brouille avec les Kurdes, les fonctionnaires consulaires et orientalistes Vladimir Minorskii et Vladimir Gordlevskii faisaient également pression sur l'armée afin de prêter davantage attention à la sécurité des Kurdes et d'autres préoccupations.

Les Arméniens n'étaient pas le seul groupe persécutant les Kurdes. Les Cosaques avaient particulièrement la réputation de les traiter durement. Lorsque les Cosaques du général Nikolaï Baratov reprirent la ville iranienne de Rawanduz, seulement 20 % de la population kurde aurait réussi à survivre. Pourtant, de nombreux officiers russes réguliers les vilipendaient aussi comme un "peuple profondément inculte" qui "ne reconnaît que la force et qui obéira toujours au plus fort". La formule "le Kurde est l'ennemi", écrivait Viktor Chklovskii, "priva les Kurdes pacifiques, y compris les enfants, de la protection des lois de la guerre". Un général russe se vantait même d'être un "exterminateur de Kurdes". Les alliés locaux des Russes encourageaient souvent cette façon de penser. Un officier assyrien exhortait ses supérieurs à laisser tomber le "principe russe" consistant à se concilier pacifiquement son ennemi, en faveur de la guerre tous azimuts contre les musulmans."

Voir également : Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale



jeudi 24 mai 2012

Erevan : les auteurs de l'attentat anti-homosexuels libérés... grâce à la caution de deux députés dachnaks ?

Arménie : Les auteurs de l'incendie criminel d'un bar gay libérés sous caution
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Traduction publiée le 24 Mai 2012 6:14 GMT ·

Dans la capitale arménienne, Erevan, après l'incendie criminel le 8 mai dernier d'un bar gay-friendly, le D.I.Y., [en anglais], les événements ont pris un tour inattendu ; les suspects, Aram et Hampig Khapazian, deux frères d'origine irano-arménienne, ont été relâchés. Ils appartiendraient à un groupuscule néo-nazi local, et ont filmé l'attentat avec une caméra. Malgré cela, l'un des frères a été libéré contre une caution de 1 million de drams arméniens (env. 2600 dollars US), et l'autre  a simplement été placé sous interdiction de quitter le territoire.
Selon certaines sources, la caution aurait été payée par deux députés arméniens de la FRA-Dachnak (Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun), Artsvik Minassian et Hrayr Karapetian. L'inquiétude grandit face à la montée de mouvements néo-nazis dans le pays [en anglais], et la presse locale a cité des propos de Artsvik Minassian, assurant que les deux frères étaient “des gens ordinaires” et qu'il avaient agi “d'une façon juste si l'on se réfère à notre société et à notre idéologie nationale”, tandis que la gérante du bar, Tsomak Oganesova, “détruit la société arménienne”.

    @unzippedblog: L'un des néonazis qui ont incendié un bar a été relâché
    sous caution, payée par… un membre d'un parti politique. #Erevan #Arménie #crimedehaine

    @unzippedblog: Re Libération sous caution de l'auteur d'un attentat néonazi
    contre un bar : le parti FRA-D doit s'expliquer sinon, pour moi, ça voudra dire
    qu'il soutient le terrorisme.


    @Lara_Aha: Le député Artsvik Minassian fait libérer sous caution les auteurs d'un attentat, et dit que des personnes comme Tsomak (la gérante du bar) détruisent la société d'#Arménie. #armLGBT

    @KevorkO: Une “idéologie nationale” qui pose que le banditisme et le terrorisme sont plus “normaux” que l'homosexualité est tout simplement dégénérée. #Armenia #DIY

Les blogueurs d'Unzipped: Gay Armenia sont sous le choc [en anglais] :

    Cela veut dire qu'Artsvik Minassian, du parti FRA-Dachnak, soutient et encourage
    le terrorisme en Arménie. C'est tout simplement criminel. Ou la FRA-D d'explique,
    ou j'en déduirai qu'ils soutiennent les terroristes.


    […]

    Si la FRA-D ne se désolidarise pas des déclarations de son député, ce sera la fin de son existence de parti politique ; elle sera devenue un groupe néonazi, parfaitement homophobe qui plus est, qui soutient et encourage le terrorisme en Arménie.

    […]
    Si ceux qui ont un lien avec le parti FRA-D se soucient de la réputation de l'Arménie sur la scène internationale et, plus important, de son avenir, ils doivent condamner l'homophobie. Et exiger la démission d'Artsvik Minassian, qui s'est discrédité.


Le blog écrit aussi que le 15 mai a eu lieu un nouvel attentat contre le bar, et reproduit les propos d'un utilisateur de Facebook :

    Un crime de haine, aucune condamnation de la part des autorités, un député qui encourage à commettre de tels actes, et puis un nouveau crime de haine, vous voyez l'enchaînement ?


L'auteure du blog Le Retour in 3 Parts se dit elle aussi inquiète [en anglais].

    C'est la première fois que j'ai peur depuis que je suis en Arménie. Les lesbiennes sont devenues le centre d'attention, elles se sentent rejetées, pas à leur place. Jusque-là, nous étions un peu invisibles : on pouvait se tenir la main en public, avoir des gestes de tendresse sans attirer les regards soupçonneux. Mais maintenant, ce qui n'était sans doute jamais arrivé avant, on a l'impression d'attirer la même réprobation que les gays.

    […]
    Je me déteste de penser cela, mais je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi certaines militantes LGBT et d'autres lesbiennes se sont exprimées haut et fort, ont attiré l'attention de l'opinion, tout ça pour finir par aller se cacher afin d'éviter d'autres éventuels actes de violence. Je sais que je ne suis pas la seule à penser ça. Car maintenant nous sommes au centre de l'attention, et les regards hostiles que je croise chaque jour ont pris une tout autre signification.

Le magazine Ianyan analyse les causes de cette événemen [en anglais] :

    Au dire de ses fondateurs, DIY, un bar alternatif, est très fréquenté par les minorités sexuelles arméniennes. Un endroit où les gens ne se sentaient ni jugés ni discriminés, mais en sécurité. Cet acte de violence qui a entraîné, de source sûre, 4 000 dollars de dégâts aurait été causé par une idéologie nationaliste et fasciste. L'orientation gay-friendly du bar et le fait que la propriétaire de l'établissement, Tsomak Oganesova, soit allée à la Gay Pride à Istanbul, en Turquie voisine, pourraient faire requalifier cet attentat en “crime de haine”.

    […]

    Le sentiment nationaliste est répandu dans le Caucase du Sud, à population pratiquement monoethnique, et psychologiquement mal remis du génocide et de la guerre. Son isolement (les frontières avec la Turquie et l'Azerbaïdjan sont fermées) et une méfiance générale envers tout ce qui sort du statu-quo peuvent être considérés comme les principales causes d'une montée de la haine au sein de certains groupuscules, dont les agissements violents ont des conséquences tragiques.

Sur fond des récents événements, l'attentat du bar D.I.Y. qui visait des personnes [en anglais] engagées dans des projets pacifiques, suscite l'inquiétude.
Certaines ONG, par exemple, ont réagi. [en anglais et arménien]

Parallèlement, en réaction à l'attentat, le site d'information associatif Civil.Net a lancé un débat participatif sur le nationalisme, la xénophobie et les atteintes aux droits de l'homme en Arménie. Voir la vidéo ci-dessous  [en arménien sous-titré en anglais] :

Le magazine Ianyan publie un résumé du débat et cite quelques contributions [en anglais] :

    Le fascisme est à nos portes. Il nous dit : “Ça y est, je suis là”, écrit [Lala] Aslikian en arménien. Elle souligne avec tristesse que le pays réprime de plus en plus la liberté d'expression, et [Karen] Akobian dit que ces groupuscules sont en majorité composés de jeunes de 17 à 23 ans, qui revendiquent leur appartenance à la nation arménienne et répandent la haine contre les personnes qui, à leur avis, représentent une menace pour les intérêts nationaux. […]

Creative Commons License
Ecrit par Onnik Krikorian · Traduit par Miriam Palisson
Traduction publiée le 24 Mai 2012 6:14 GMT
Source : http://fr.globalvoicesonline.org/2012/05/24/109680/

Voir également : Erevan : un attentat anti-homosexuels est cautionné par deux députés dachnaks, les commentaires du "citoyen humaniste" (sic) Mourad Papazian sont attendus

Manifestation en faveur de la tolérance et du dialogue à Erevan : les ultra-nationalistes désinforment et provoquent

Une question légitime à se poser : la violence terroriste est-elle consubstantielle au parti Dachnak ?

Quelques figures de l'activisme/terrorisme arménien

La diplomatie azérie apprécie la clause de l'OTAN sur le conflit du Haut-Karabakh

Azerbaijan Highly Appreciates Clause On Karabakh In NATO Chicago Declaration
Tuesday, 22 May 2012 13:44

The 47th paragraph of the Final Declaration of the NATO’s Chicago Summit corresponds completely with the progress of negotiations on the settlement of Nagorno Karabakh conflict, said spokesman for the Ministry of Foreign Affairs Elman Abdullayev.


Elman Abdullayev commented on the opinions of Armenian foreign minister Edward Nalbandian that the above-mentioned article of the Chicago Declaration will damage the negotiations process on the settlement of Nagorno Karabakh and protracted conflicts: “Such statement by the Armenian official is completely baseless. This article corresponds completely with the L’Aquila and Muskoka declarations, negotiations processes and updated Madrid principles.”

Abdullayev noted that Nalbandian’s approach to the document is non-constructive and aims to confuse the society of Armenia.


The spokesman said the Azerbaijani side highly appreciated the declaration, which was adopted in Chicago and noted that this document showed the fair position of Azerbaijan: “Such declaration shows that NATO demonstrates fair position again. Several countries, including OSCE Minsk Group co-chair countries France and the US also signed the declaration. These countries showed their approaches again”.

Abdullayev noted that Nalbandian’s statement that “the relevant clause of Final Declaration of Chicago Summit is contrary to the negotiations process of settlement of Nagorno Karabakh conflict and can damage the negotiations” was absurd, because France and the US that are mediating in the conflict’s settlement signed this Declaration.

Azerbaijani President Ilham Aliyev attended the summit, but Armenian President Serzh Sargsyan didn’t participate in the event.


The Declaration says: “We remain committed in our support of the territorial integrity, independence, and sovereignty of Armenia, Azerbaijan, Georgia, and the Republic of Moldova, and will also continue to support efforts towards a peaceful settlement of these regional conflicts, based upon these principles and the norms of international law, the United Nations Charter, and the Helsinki Final Act”.

APA
Source : http://www.historyoftruth.com/news/latest/11937-azerbaijan-highly-appreciates-clause-on-karabakh-in-nato-chicago-declaration

Avis aux turcophobes : appeler au boycott des produits d'un pays étranger est illégal

Boycotter les produits d'Israël ? Non, ce n'est pas de la "liberté d'expression"

Modifié le 23-05-2012 à 18h13

LE PLUS. Ce mardi 22 mai, la Cour de Cassation a tranché : oui, boycotter des produits israéliens est une provocation. Une réponse aux campagnes de boycott lancées par les militants pro-palestiniens. Me Ghnassia, avocat au Barreau de Paris, revient sur cette décision.

Édité par Maxime Bellec  

La Cour de cassation, par un arrêt du 22 mai 2012, a confirmé que le fait d’appeler publiquement au boycott des produits israéliens est constitutif d’une provocation à la discrimination à raison de la nationalité.
Il convient donc de rappeler les faits ayant abouti à cette solution de principe.

Depuis quelques années, s’est développée dans notre pays une campagne "Boycott, Désinvestissements, Sanctions" (BDS) qui encourage au boycott total des échanges économiques, culturels, sportifs et universitaires avec Israël. Les promoteurs de cette campagne soutiennent une démarche unique dans son genre, au risque de l'élargir à l’ensemble des citoyens israéliens, quels que soient leurs âges, leurs opinions ou leurs responsabilités.

Ainsi on a vu, en France, des produits israéliens retirés des rayons de supermarchés, des films déprogrammés de salles de cinéma, des universitaires interdits de colloques ou encore des écrivains chahutés lors de salons littéraires, en raison de leur seule origine. Si les incidents restent limités en nombre, la diffusion massive de ces actions sur internet instaure un véritable sentiment d’insécurité, ravivant pour certains le souvenir de persécutions qu’ils ont déjà eu à souffrir.

Boycotter des produits israéliens, une méthode pacifique ?

C’est dans ce contexte qu'à Mérignac, le 30 mai 2009, les agents de sécurité d’un supermarché ont interpellé une militante pro-palestinienne qui venait d’apposer sur une caisse enregistreuse et sur une bouteille de jus d’orange des étiquettes autocollantes appelant au boycott de tous les produits d’Israël.

Cette militante, qui a été retrouvée en possession de 39 étiquettes, a reconnu les faits tout en précisant qu’elle avait "collé cet autocollant sur un produit israélite (sic) dans le but de dénoncer les faits politiques dans ce pays" et que "le boycott est la seule arme pacifique que nous avons trouvée pour parler de la juste cause du peuple palestinien".

Déjà poursuivie pour des faits similaires, elle fut cette fois condamnée en première instance, puis en appel à une amende de 1 000 €. C’est son pourvoi en cassation qui vient d’être rejeté, aux motifs qu’ "en invitant les clients du magasin Carrefour à boycotter tous les produits venant d’Israël, la prévenue a incité à entraver l’exercice normal d’une activité économique, et visé de façon discriminatoire les producteurs et fournisseurs de ces produits en raison de leur appartenance à une nation déterminée, en l’espèce Israël".

La campagne de boycott d'Israël brise le dialogue


Cette solution n’est ni une nouveauté, ni une surprise. La Cour de cassation ne fait que reprendre ici une solution qu’elle avait déjà affirmée dans un arrêt du 28 septembre 2004, et qui fut approuvée par la Cour européenne des droits de l’homme.

Il ne s’agit nullement, comme certains pourraient le prétendre, d’une atteinte à la liberté d’expression, ni même d’éteindre la critique légitime à l’égard de la politique ou du gouvernement d’Israël.
Il s’agit uniquement pour les plus hautes juridictions française et européenne de rappeler que l’appel au boycott fondé sur un critère racial, religieux ou national, loin de représenter une simple opinion, est une démarche discriminatoire et, de ce fait, condamnable.

En toute hypothèse, cette décision est particulièrement bienvenue, dans un contexte où certaines organisations pro-palestiniennes, soutenues par les tenants d’un antisionisme radical, au-delà de cette tentative de ghettoïsation d’une nation, ont une volonté manifeste de délégitimation de l’État d’Israël.

Ainsi, il n’est pas rare de voir présenter Israël comme un régime d’ "apartheid", les territoires palestiniens comme des "camps de concentration" et les Israéliens comme des "tueurs d’enfants". Véritables caricatures d’une situation autrement plus complexe, la propagation de ces stéréotypes participe du conditionnement des plus fanatiques qui, faute de pouvoir s’en prendre aux "Israéliens", en viennent à jeter des cocktails molotov sur des synagogues, agressent des porteurs de "kippas", ou abattent de sang-froid des enfants juifs dans une école.

Il est évident dans ces conditions, comme l’ont rappelé de nombreux élus de gauche comme de droite, des organisations antiracistes et des syndicats, que la campagne BDS et les discours qu’elles véhiculent ne servent pas la cause de la paix.


Il est donc temps, pour ceux qui aspirent réellement à une solution permettant la création de deux États voisins et souverains, d’arrêter d’encourager ceux qui prônent les préjugés et la haine, là où il faudrait au contraire inciter au dialogue et aux négociations, seule certitude à la construction d’une paix durable qui ne soit pas la négation de l’Autre.
Source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/556641-boycotter-les-produits-d-israel-non-ce-n-est-pas-de-la-liberte-d-expression.html

mardi 22 mai 2012

En Géorgie, pays du discernement, on commémore le génocide circassien mais pas le prétendu génocide arménien

GÉORGIE
Tbilissi commémore le "génocide" tcherkesse


22.05.2012 | Courrier international

Les 21 et 22 mai, à l'initiative des autorités géorgiennes, des commémorations à la mémoire des "victimes de la guerre du Caucase et du génocide des Tcherkesses" se sont déroulées dans la ville géorgienne d'Anaklia, au bord de la mer Noire, rapporte le site russe consacré au Caucase Kavkazski Ouzel. En présence de représentants de la diaspora tcherkesse (éparpillée à travers le monde) et de délégations venues des Républiques du Caucase du Nord, les diverses manifestations et l'inauguration d'un mémorial avaient pour but de rappeler les souffrances des peuples autochtones du Caucase infligées lors les guerres expansionnistes de l'Empire russe au XIXe siècle.
Le gouvernement géorgien a été, le 20 mai 2011, le premier pays à reconnaître le "génocide des Tcherkesses sous l'Empire russe". Cependant "l'aspiration de la Géorgie à rétablir la justice [historique] ne trouve pas d'écho chez tous les Tcherkesses", note le journal russe Nezavissimaïa Gazeta, qui estime que Tbilissi n'a accordé ses violons qu'avec "un groupe de radicaux". Le quotidien pointe par ailleurs l'incohérence de la politique de Tbilissi qui refuse toujours à des dizaines de milliers d'Arméniens de Géorgie la reconnaissance du génocide arménien au sein de l'Empire ottoman (en 1915).

Pour le journal russe, la politique de Tbilissi ne vise, en cette période préélectorale (législatives en octobre 2012, présidentielle en 2013), qu'à s'attirer les voix des minorités ethniques. Mais ces initiatives "irréfléchies" pourraient déclencher de nouveaux problèmes ethnoterritoriaux dans cette zone sous haute tension depuis vingt-cinq ans.
Source : http://www.courrierinternational.com/breve/2012/05/22/tbilissi-commemore-le-genocide-tcherkesse

Voir également : La Géorgie condamne le génocide des Circassiens, à la différence de l'Arménie

Akbar Ahmed et Frankie Martin font le point sur la question du génocide circassien

La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste

Le nationalisme falsificateur des "hôtes" arméniens en Javakheti/"Djavakhk" (sud de la Géorgie)


Caucase : Arméniens et Géorgiens face à l'Islam

Manifestation en faveur de la tolérance et du dialogue à Erevan : les ultra-nationalistes désinforment et provoquent

Arménie : Des nationalistes perturbent la Marche pour la diversité
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Traduction publiée le 22 Mai 2012 7:39 GMT · Voir le billet d'origine [en]

[liens en anglais]  Comme ce fut déjà le cas en 2009 pendant une marche célébrant la Journée internationale de la femme, en Arménie, des nationalistes ont infiltré et perturbé la marche célébrant la Journée internationale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement qui était organisée le 21 mai à Erevan.

Des articles sur de nouvelles attaques contre le D.I.Y, un bar gay-friendly qui avait été victime d'un attentat à la bombe incendiaire le 8 mai, ont suivi ces évènements.  Certains officiels et politiciens ayant trouvé des excuses aux attaques, les blogueurs manifestent leur inquiétude.

Unzipped: Gay Armenia compare les actions des nationalistes au fascisme.

    PINK Arménie et le Centre de ressource pour les femmes ont annoncé plusieurs évènements qui auraient lieu durant la Semaine de la diversité marquant la Journée internationale de la diversité culturelle des Nations Unies.   La semaine aurait du être lancée par une Marche de la diversité le 21 mai, appellant au respect de… oui, la diversité en Arménie.

    Mais la notion même de diversité en Arménie a été une fois de plus attaquée par les provocations d'éléments néo-nazis et leurs supporters.  Pour rallier davantage de soutien, ils ont appelé la marche de la diversité une “gay pride” et encouragé les agressions contre les manifestants en répandant activement de fausses informations.

    […]

    Les attaques des éléments néo-nazis sur les manifestants étaient encouragées par le soutien de l'hystérie homophobe et de la violence anti-gay suite à l'attentat contre le bar DIY, et ce à un très haut niveau de l'administration.  […]

    Regardez ces articles. Regardez ces photos. Ce sont les visages du fascisme en Arménie.

Global Chaos publie aussi un compte-rendu complet et établi la comparaison avec les récentes confrontations dans la Géorgie voisine. Le blog souligne clairement que la marche à Erevan n'était pas une manifestation gay et  note la présence de prêtres arméniens.

    […] la campagne de PINK Arménie contre l'homophobie étant encore dans les mémoires, la marche pour la diversité a été détournée dans l'esprit du public et présentée comme une “gay parade” par certains éléments et groupes ultra-nationalistes (pour éviter d'employer le terme “néo-nazi”) qui se sont joints à la manifestation.  Ces perturbateurs étaient bien plus nombreux que les manifestants pour la diversité et ont réussi avec leurs agressions et le bruit qu'ils faisaient à non seulement entraver la marche mais aussi à détourner le sens de l'évènement.

    […]

    Ces actions, comme tout ce qui s'est passé autour du D.I.Y.,  deviennent de plus en plus fréquentes en Arménie.  Le culte aveugle de Garegin Nzhdeh (qui, malgré ses actions pour la patrie, fut, ne l'oublions pas, un collaborateur des nazis et a soutenu “l'Aryanisme”, ayant réussi à faire établir par Berlin que les Arméniens faisaient partie de la race aryenne) et l'influence grandissante de l'Eglise apostolique arménienne [Echmiadzin], soutenue par le Parti républicain au pouvoir, sont non seulement inquiétants mais dangereux. Leur idéologie, et les activités de certains groupes et supporters, sont trop proches du nazisme ; et leurs discours sur la protection des “gènes collectifs” arméniens rappellent dangereusement l'eugénisme.

    […]

    L'agression de minorités, et particulièrement des minorités sexuelles, étant encouragée par diverses forces politiques du pays (dont celles supposées être d'opposition) fait de la situation un néo-nazisme soutenu par l'état.  L'Arménie étant membre des Nations unies et du Conseil de l'Europe, et donc s'étant engagée à respecter des documents comme la Déclaration universelle des droits humains, la Convention européenne sur les droits de l'homme et en particulier la résolution 1728 (sur la discrimination basée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre), les dirigeants politiques arméniens devraient être tenus pour responsables non seulement pour laisser de tels évènements se produire dans le pays, mais surtout pour les soutenir activement.

Un autre blog arménien, Le Retour en 3 parties, commente l'attitude de la police.

    […] nous ne contrôlions plus la situation.  Parce qu'à partir de ce moment les policiers nous disaient quoi faire, où aller, où nous tenir.  Nous étions  sous le contrôle des forces de l'état.  Je ne crois pas une minute que la police se préoccupait de notre sécurité (en fait plusieurs manifestants m'ont raconté plus tard comment ils avaient entendu les officiers de police faire des remarques qui approuvaient les slogans de haine des contre-manifestants).  La police suit des ordres qui viennent d'en haut - pas des activistes (et surtout pas des activistes qu'ils pensent être gays ou alliés des  gays).

    […] Et pourtant je me suis senti encore plus comme un animal attiré dans une cage. Parce que maintenant nous étions barricadés à l'intérieur tandis que les contre-manifestants étaient dehors, continuant à crier, à chanter et à se proclamer les défenseurs de la nation et des “valeurs nationales”.

Comme cela est le cas lors d'évènements similaires en Arménie, les valeurs de progrès ont été condamnées par les nationalistes qui avaient infiltré la marche avec des slogans comme “Les gays, allez à Bakou  [Azerbaïdjan]” et “Non à la perversion”.
Source : http://fr.globalvoicesonline.org/2012/05/22/109438/

Voir également : Erevan : un attentat anti-homosexuels est cautionné par deux députés dachnaks, les commentaires du "citoyen humaniste" (sic) Mourad Papazian sont attendus



L'épuration générale des minorités ethniques en Arménie

Erevan : un attentat anti-homosexuels est cautionné par deux députés dachnaks, les commentaires du "citoyen humaniste" (sic) Mourad Papazian sont attendus

Arménie : Les ONG condamnent l'attaque du bar gay
Traduction publiée le 12 Mai 2012 14:35 GMT · Voir le billet d'origine [en]

Le blog “Unzipped: Gay Armenia” publie la déclaration d'un groupe d'ONG, dont le Helsinki Citizens Assembly in Vanadzor, le Women's Resource Center et Pink Armenia entre autres, qui condamnent l'incendie criminel du 8 mai (en anglais) perpétré à l'encontre du D.I.Y., un bar gay d'Erevan. Le blog relate aussi l'arrestation de deux membres du groupe néo-nazi Dark Ravens Armenia (en anglais et arménien).
Source : http://fr.globalvoicesonline.org/2012/05/12/108270/

Arménie
Un attentat homophobe reçoit une caution politique


    19 mai 2012
    | par Antoine Gessling

Au début du mois, un club gay-friendly d'Erevan était détruit par une bombe incendiaire. Des députés sont venus au secours de deux suspects arrêtés après l'attaque.


Etre homosexuel, ça ne passe déjà pas bien auprès de certains Arméniens. Mais quand en plus, on s'affiche chez le voisin et ennemi historique turc, c'est carrément la guerre. Pour avoir bravé ce touble tabou, Tsomak Oganesova, une militante LGBT et patronne de bar est la cible d'une campagne de violence des milieux nationalistes.
Selon la jeune femme, tout a commencé par une interview télévisée, où elle avait raconté avoir participé à une gay pride en Turquie, à l'invitation d'associations locales. Peu après, son établissement gay-friendly du centre-ville d'Erevan, le DIY Rock Pub, était la cible d'un attentat. A l'aube, des inconnus y avaient fait exploser des bidons d'essence. Le local, vide au moment de l'attentat, avait été ravagé par les flammes. Mardi dernier, nouvelle attaque: quatre individus ont projeté des déjections de chien sur le bar et sprayé des croix gammées sur sa devanture.

Entre-temps, deux frères de 19 et 20 ans ont été arrêtés pour l'attentat. Mais le site anglophone Armenia Now rapporte que les suspects ont été relâchés après que deux parlementaires d'un groupe nationaliste de gauche, la Fédération révolutionnaire d'Arménie (FRA), ont payé leur caution de 2500 dollars. «Connaissant ces jeunes, je les considère comme des gens normaux. [...] Je suis convaincu qu'ils ont bien agi, dans l'intérêt de nos idéaux sociaux et nationaux», a expliqué l'un des deux élus. Selon lui Tsomak était une cible légitime, car elle «détruit» à la société arménienne. Significativement, l'interview de la militante avait été diffusée sur une chaîne de télévision liée au FRA. Ce parti farouchement anti-turc est l'un des plus anciens du pays. Le Dashnagtsoutioun, selon son nom arménien, a remporté 5,6% des voix aux dernières élections.

Attaques de plus en plus fréquentes

Le parti s'est désolidarisé de l'initiative de ses deux députés. Même si l'homosexualité, légale depuis 2003 en Arménie, est vue avec méfiance dans le pays, les attaques ont suscité de nombreux témoignages de soutiens. Une fédérations d'ONG arméniennes ont exprimé leur inquiétude face à des actions d'intimidation de plus en plus fréquentes et violentes visant des établissements prônant le multiculturalisme et la diversité.
Source : http://360.ch/blog/magazine/2012/05/un-attentat-homophobe-recoit-une-caution-politique/

"Désolidarisation" du parti mais pas de sanction contre les deux députés en question, apparemment.

lundi 21 mai 2012

L'opposition farouche d'Yves Ternon à la thèse du "double génocide" rwandais

Yves Ternon, Guerres et génocides au XXe siècle : architectures de la violence de masse, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 81 :

"C'est sur les conclusions des historiens que se fonde le politicien (le juge conservant, même après avoir consulté l'historien, son autonomie de décision). S'il ne subit pas de contrainte diplomatique, le politicien épouse la conviction de l'historien et parle librement de génocide : c'est le cas observé pour la Shoah. S'il se sent concerné par une responsabilité indirecte, il tente de diluer l'événement et de partager les culpabilités : c'est la thèse du double génocide avancée trop souvent par des politiciens français dans le cas du génocide des Tutsi au Rwanda."

Pourtant, la chronologie des évènements s'étant succédé au Rwanda et dans la région des Grands Lacs cadre mal avec l'idée d'un génocide exclusivement tutsi, singulier et planifié par un pouvoir central hutu (par ailleurs, la spontanéité dans l'exécution des massacres est incompatible avec la définition du génocide, quelle que soit leur ampleur) :

- Rwanda sous mandat belge : Tutsi (minoritaires) favorisés dans l'accès aux postes de responsabilité par l'administration coloniale ;
- 1957 : Manifeste des Bahutu dénonçant le monopole tutsi sur le pouvoir politique rwandais en voie d'indépendance (indépendance effective en 1961) ;
- 1959-1961 : révolte sociale des Hutu qui dérape en massacres de Tutsi ;
- 1963-1964 : les raids d'un groupe armé tutsi venant du Burundi provoquent des massacres de Tutsi en représailles ;
- Burundi : massacres interethniques (1965), répression d'une rébellion hutu par l'armée (à majorité tutsi) faisant des milliers de morts (1972) ;
- 1973 : le président Grégoire Kayibanda évince les Tutsi de l'enseignement, de la fonction publique et du secteur privé, le coup d'Etat de Juvénal Habyarimana met fin à cette politique brutale au cours de la même année (les Tutsi connaissent une prospérité économique sous son mandat) ;
- 1987 : création du FPR (Front patriotique rwandais) en Ouganda ;
- Burundi : des villageois hutu craignant une extermination imminente par les Tutsi commettent des massacres (1988), la répression militaire qui s'ensuit fait des milliers de morts ;
- exactions du FPR-APR/Inkotanyi contre les populations hutu lors de la guerre civile déclenchée en 1990, dont des dizaines d'attentats aveugles attisant la haine des Hutu (1991-1992) ;
- 1992 : création de la milice "hutu" Interahamwe par le Tutsi Anastase Gasana (rallie par la suite le FPR et devient ministre de Paul Kagame), dont le président (Robert Kajuga) et deux vice-présidents sont également tutsi ;
- 1993 : offensive du FPR violant le cessez-le-feu et provoquant un flot d'un million de déplacés hutu dans la région de Kigali ;
- Burundi : le président Ndadaye (hutu) est assassiné par des militaires tutsi (1993), ce qui provoque des massacres ;
- printemps 1994 : attentat contre l'avion du président Habyarimana (où était également présent le président burundais Ntaryamira), probablement commandité par Kagame dans le but d'accélérer la guerre, ce qui provoque pendant trois mois une explosion de colère contre les Tutsi et des massacres de masse par des bandes armées (composées notamment de jeunes déplacés et de déserteurs) ;
- le gouvernement intérimaire de Jean Kambanda demande dès avril 1994 que la MINUAR rétablisse l'ordre à Kigali (les Forces armées rwandaises étant mobilisées sur le front) et empêche ainsi l'extension des massacres : pas de réponse ;
- exode de réfugiés hutu, fuyant les exactions du FPR victorieux à partir de l'été 1994, dans les pays voisins (1,2 million au Zaïre, 500.000 en Tanzanie, des dizaines de milliers au Burundi) et dans la "zone humanitaire sûre" créée au sud-ouest du Rwanda (centaines de milliers) ;
- 1995 : massacre de milliers de déplacés hutu par le FPR lors de la fermeture du camp de Kibeho ;
- 1996-1997 : massacres de masse de réfugiés hutu (300.000) par le FPR en ex-Zaïre ;
- le TPIR n'a toujours pas pu prouver la planification d'un génocide par le colonel Bagosora, l'Akazu (cercle regroupant la belle-famille de Habyaramana), la hiérarchie militaire des FAR (les généraux Augustin Bizimungu et Augustin Ndindiliyimana) et la Radio des Mille Collines de Ferdinand Nahimana (historien membre du parti MRND de Habyaramana).

Sources :

- Bernard Lugan, François Mitterrand, l'armée française et le Rwanda, Paris, Editions du Rocher, 2005.

- Bernard Lugan, Rwanda : contre-enquête sur le génocide, Toulouse, Privat, 2007.

- Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs : Rwanda 1990-1994, Paris, Mille et une nuits, 2005.

Voir également : "Génocide" tutsi : victoire de Pierre Péan face aux extrémistes de SOS Racisme, la vision unilatérale de l'histoire rwandaise mise à mal

Nicolas Stoquer, président du parti gaulliste RPF, analyse de manière remarquable l'idéologie victimaire et la généralisation perverse du qualificatif de "génocide" dans les cas arménien et tutsi

Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières), pourfendeur de l'instrumentalisation inconsistante du terme de "génocide" dans le conflit du Darfour

samedi 19 mai 2012

Agop Bey Cherbetgian : "L'Oeuvre de demain"

Agop Cherbetgian, "L'Oeuvre de demain", La Jeune Turquie, 22 janvier 1913 :
Le sort en est jeté. Désormais, que nous gardions Andrinople ou non — et il faut espérer que nous garderons cette ville où dorment tant de gloire et de reliques turques — le centre de gravité de l'Empire va se reporter en Asie. Sans doute la résignation ne s'établira pas facilement dans le coeur des patriotes ottomans : l'Albanie, la Macédoine, la Thrace seront pour eux une nouvelle Alsace-Lorraine que les générations futures travailleront sans doute à reconquérir.

Mais dès à présent la dure réalité doit s'imposer à l'esprit de ceux qui dirigent les destinées du pays. Non seulement pour la revanche, mais encore pour conserver l'indépendance aux provinces qui nous restent, et sur lesquelles s'étendent déjà les convoitises étrangères secondées par l'agitation intérieure, il convient de nous concentrer, de travailler et de nous fortifier.

Des économistes français, un maréchal allemand, un éminent homme d'Etat ottoman ont déjà cru devoir livrer à la publicité le résultat de leurs réflexions à ce sujet :

« Pas plus que l'Angleterre, écrivait en 1897 le maréchal Von den Goltz, n'a perdu son indépendance en se voyant forcée d'abandonner les territoires conquis sur le continent, pas plus que la France ne l'a perdue en renonçant, aux frontières que lui avait données Napoléon avant 1812, la Turquie n'a perdu sa vitalité en perdant les territoires du Danube qu'elle avait conquis jadis.

« L'avenir de la Turquie dépendra de son aptitude à réaliser sa concentration sur des espaces plus restreints. Le grand Etat conquérant devra se transformer en nation civilisée plus petite, mais plus forte. Voilà la métamorphose qui se fait en Orient ou qui du moins devrait s'y faire. En examinant les choses de près on arrive même à cette conclusion qu'aujourd'hui (en 1897) la masse des territoires occupés par la Porte est encore beaucoup plus étendue, comparée à ses forces intérieures et à ses moyens d'action. »

Cette vérité doit s'imposer encore aujourd'hui aux patriotes qui ont vu la force des armes et la fatalité, amener l'invasion jusqu'aux portes de Constantinople. Disputer âprement aux vainqueurs les lambeaux de notre territoire et les pierres de nos glorieuses forteresses, tel est leur premier devoir, tel est leur souci du moment, et les partis eux-mêmes, comprenant la gravité de l'heure, se sont tus pour laisser toute liberté d'esprit à ceux qui défendent pied à pied les droits de la patrie. Mais aussitôt après viendra l'heure du recueillement, et il faut que ce recueillement soit généreux et fécond si nous voulons échapper à ceux qui nous guettent.

Ogni male non vien per nuocere, disent les Italiens. Puisse ce proverbe se réaliser dans la Turquie de demain ! Peut-être d'abord l'amputation actuelle — malgré tous nos regrets — contribuera-t-elle à faciliter la réalisation de l'unité nationale et en même temps celle des réformes qui s'imposent si nous voulons faire de l'Empire un Etat fort et prospère. Déjà, pour viriliser nos âmes énervées par l'influence néfaste de Byzance, un ancien ministre propose d'enlever à Constantinople son titre de capitale et de transporter le coeur de la Turquie à l'intérieur, au centre du pays, sous un climat plus rude, dans le milieu le plus sain des laboureurs qui seuls font les peuples grands et les armées invincibles. Des Turcs et non des Levantins, des citoyens et non des mercantis, des soldats et non des fonctionnaires, voilà ce qu'il nous faut.

Il faudra que les hommes d'Etat de demain, reprenant les belles théories de l'ottomanisme travaillent à unir Arméniens, Arabes et Turcs dans le giron de la patrie mutilée. Ils y réussiront par l'éducation civique du peuple, que suivront aussitôt des réformes libérales. Et immédiatement après, ils devront s'occuper de la mise en valeur du pays, seule capable de nous rendre riches et forts.

Le patrimoine qui nous reste est d'ailleurs encore un des plus beaux et des plus riches qui soient sous le ciel. Les plaines de Syrie, de Mésopotamie, et du Hauran, les vallées d'Arménie et du Liban peuvent, si on les travaille, porter de nouveau les riches moissons qui firent d'elles les greniers du monde. Cent vingt millions d'habitants peuvent y vivre à l'aise. La houille de la mer Noire, les mines d'Arménie, de Syrie, les pétroles de Mésopotamie, permettront en même temps de créer une vigoureuse industrie qui nous donnera toutes les armes de la civilisation moderne. Sans doute le programme est immense, mais les ressources ne le sont pas moins. Les réformes faites, la sécurité établie, les routes percées, les ports outillés, la Turquie peut devenir une des plus grandes puissances du monde et renouveler la gloire des empires qui se sont succédé, dans cette Asie antérieure, si merveilleusement placée au centre du mondé.








Agop Bey Cherbetgian : "La Parole est à l'Europe"

Agop Cherbetgian, "La Parole est à l'Europe", La Jeune Turquie, 8 janvier 1913 :
Par une circonstance bizarre mais non pas inattendue — le refus de la Turquie d'adhérer aux conditions des alliés n'a pas entraîné la rupture des pourparlers de Londres et par suite la réouverture des hostilités. Les négociations sont suspendues, ont conclu les alliés, qui les jours précédents jetaient feu et flamme et parlaient d'ultimatum en roulant des yeux furibonds. Qu'est-ce à dire. Oh ! tout simplement ceci : que les alliés font implicitement appel à l'intervention des puissances et que c'est d'elles qu'ils attendent les concessions suprêmes que l'héroïsme des assiégés d'Andrinople nous a permis de leur refuser. Et pourquoi les Bulgares ne mettent-ils pas à exécution la menace qu'ils faisaient si bruyamment de forcer les lignes de Tchataldja, d'entrer à Constantinople et de rejeter les Turcs en Asie ? La raison n'en est pas difficile à trouver : c'est que ces vainqueurs, qui ont dû surtout au hasard leurs succès foudroyants, sont incapables de faire un pas de plus. Ils sont à bout de forces et d'argent. La semaine dernière on nous racontait que les soldats campés en face de Tchataldja. ne souffriraient pas que la Turquie élevât la moindre objection contre les conditions de paix présentées par M. Daneff. Bluff et chantage ! La Porte, tout en cédant à la fatalité, a prétendu garder ce qui lui restait encore de son patrimoine et aucun de ces matamores n'a rouvert le feu, Ils trouvent bien plus simple de laisser agir la rouerie de leurs diplomates et... la complicité plus ou moins avouée des puissances.

C'est qu'aujourd'hui il est reconnu que l'armée bulgare n'est pas le flot irrésistible, ni l'armée ottomane la cohue effrayée que l'on croyait. Le hasard et l'agression italienne ont travaillé les soldats de Ferdinand. Si l'on n'avait pas imprudemment dégarni Kirk-Kilissé, si nos meilleures troupes n'avaient pas été autour de Smyrne, surveillées par la flotte italienne, la tactique savante du général Savoff n'aurait pas entraîné de tels désastres pour nos corps d'armée de Thrace. Si il faut l'avouer aussi — nos généraux avaient eu la sagesse de laisser nos forteresses jouer leur rôle naturel, et de concentrer en arrière le premier et le deuxième ordous pour se porter en avant avec des masses organisées, nos corps, nos divisions n'auraient pas été écrasés en détail et c'est peut-être nous qui dicterions les conditions de la paix.
Voilà ce à quoi l'Europe doit penser, à cette heure où elle est appelée plus ou moins ouvertement à faire pencher l'un des deux plateaux de la balance. Les sacrifices que nous avons consentis, sous la pression du droit du plus fort, sont déjà énormes. Cent vingt-cinq mille kilomètres carrés, l'Albanie, la vallée du Vardar, Salonique la reine de l'Egée et la seconde ville de l'Empire, vont devenir la proie des vainqueurs. N'est-ce pas déjà assez ? Va-t-on nous chasser, malgré le droit et malgré la résistance glorieuse de nos armes, d'Andrinople qui fut notre première capitale européenne et, à qui s'attachent tant de souvenirs sacrés ? Veut-on faire de Constantinople une ville ouverte au premier venu, qu'il arrive par mer ou par terre ? Va-t-on incorporer de force des centaines de mille de musulmans aux sujets orthodoxes du tsar Ferdinand ? Veut-on obliger de nouveaux malheureux à recommencer vers le Bosphore le lamentable exode qui a désolé au mois de novembre des campagnes de Thrace et attendri de pitié les coeurs les plus indifférents ? Non, cela ne se peut pas, l'Europe le pensera comme nous, et les alliés eux-mêmes finiront par s'apercevoir qu'en se montrant trop exigeants ils risquent d'exaspérer les sentiments les plus légitimes. Nous ne sommes pas à quia, notre capitale est intacte, notre armée s'est organisée, l'Asie-Mineure est un immense réservoir d'hommes. Un sursaut de désespoir pourrait bien galvaniser les Osmanlis et détruire les résultats que les alliés doivent s'estimer heureux d'avoir obtenus. Sans doute, cela n'est pas à souhaiter, car trop de sang innocent a déjà coulé ; mais l'Europe doit s'attendre à toutes les convulsions de l'Islam exaspéré, si en plein XXe siècle, elle répète la parole barbare : Malheur aux vaincus !






jeudi 17 mai 2012

Nomination de Sylvia Pinel (opposante à la loi Boyer) au poste de ministre déléguée au Commerce et au Tourisme

Sylvia Pinel, nouvelle ministre déléguée au commerce et au tourisme

Le Monde.fr avec AFP | 16.05.2012 à 20h54 • Mis à jour le 16.05.2012 à 22h08

Sylvia Pinel, 34 ans, nommée, mercredi 16 mai, ministre déléguée au commerce et au tourisme, était députée du Parti radical de gauche (PRG) de la 2e circonscription du Tarn-et-Garonne.


Son titre exact au sein du gouvernement Ayrault est "ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée de l'artisanat, du commerce et du tourisme". Elle va succéder à ce poste à Frédéric Lefebvre (UMP).

Née le 28 septembre 1977 à L'Union (Haute-Garonne), elle était la plus jeune femme députée dans la législature qui s'achève, le benjamin de l'Assemblée nationale étant son collègue socialiste Olivier Dussopt, 33 ans. Fille d'agriculteurs, cette célibataire est titulaire d'un DESS contentieux et arbitrage et d'un DEA de droit fondamental et européen.

Ancienne chef de cabinet du président du conseil général du Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet, président du PRG, elle est conseillère régionale des Midi-Pyrénées depuis 2010.

Présidente de la fédération du PRG de Tarn-et-Garonne, Mme Pinel est vice-présidente aux droits des citoyens, à la sécurité et à la justice au sein des instances nationales du PRG. Elle a été membre de l'équipe de campagne de François Hollande pendant la présidentielle.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/05/16/sylvia-pinel-nouvelle-ministre-deleguee-au-commerce-et-au-tourisme_1702532_823448.html

Le nom de Mme Pinel figure sur la liste des signataires de la saisine du Conseil constitutionnel : http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2012/2012-647-dc/decision-n-2012-647-dc-du-28-fevrier-2012.104949.html

mardi 15 mai 2012

La réponse cinglante de Memmed Emin Resulzade à Khondkarian

Memmed Emin Resulzade (co-fondateur de la première République indépendante d'Azerbaïdjan), "En esclavage chez les Russes", Prométhée, n° 38, janvier 1930, p. 4-9 :
Un journaliste du Caucase en même temps qu'homme politique, a trouvé sous l'épithète de "Volontaires de l'Impérialisme russe", une expression particulièrement heureuse. Il ne serait pas superflu, semble-t-il, d'ajouter à ce titre, le déterminatif d'"esclavage de la Russie" !

Un frappant exemple de cet esclavage nous est donné par un journaliste arménien A. Khondkarian. Pour nous servir de l'expression si réussie de l'organe ukrainien Trizoub, ce "patriote russe arménien" a publié, sous le titre "Au service de la Turquie", un article, dans les Dni, hebdomadaire de l'ancien Président du gouvernement provisoire russe, M. Kerenski. Ledit article a été écrit à la suite d'une déclaration parue sous la signature des représentants des peuples opprimés de Russie, en vue d'un Congrès qui devait s'ouvrir à Genève.

L'activité séparatiste des peuples groupés autour de la revue Prométhée, paraissant à Paris et dont les aspirations ne tendent rien moins qu'à une libération du joug de la Russie, a plus profondément piqué au vif l'Arménien Khondkarian que les Russes même. Songez un peu ! Est-ce de ces chagrins qu'on peut facilement supporter ?.. Le Caucase, l'Ukraine, et le Turkestan, non seulement ne veulent point rester sous le pouvoir de la Russie, mais encore ils osent le déclarer à la face du monde, exigeant leur indépendance... L'indépendance !! Quels que soient les sentiments esclaves qui se cachent au plus profond de leur âme, quel que soit leur désir de rester dans la "prison des peuples", les Khondkarian ne sont pas assez naïfs pour ignorer tout, ce qu'ont d'odieux les attaques contre les aspirations dont il a été parlé. Ces attaques ne peuvent être faites sans se trahir eux-mêmes ; de plus, de pareilles attaques ne répondraient point à l'idée extérieure qu'on se fait de l'organe de M. Kerenski, lequel porte tout de même les couleurs du socialisme.

La campagne enfin contre le séparatisme trouverait difficilement la sympathie dans le milieu national auquel appartient M. Khondkarian, car là encore on parle de l'indépendance de l'Arménie.

Ces considérations permettent d'affirmer que M. Khondkarian, négligeant la vérité, s'efforce de prouver le manque de sincérité du "séparatisme" en Russie. Dans ce but, agissant à l'exemple de certains démagogues arméniens habitués de longue date à altérer le véritable sens du "pantouranisme", il s'attarde à ce thème et tâche de tirer parti d'un prétendu ouvrage en préparation sur la "Turquie et le Panturquisme" de l'un de ses confrères Zarevand. S'emparant de certains passages de ce livre, en préparation, il essaie de démontrer que le but fondamental des séparatistes turko-tartares qui se trouvent groupés autour de Prométhée, n'est pas d'organiser leur propre existence, mais plutôt de se séparer de la Russie pour s'unir à la Turquie. Et pour arriver à le prouver, M. Khondkarian a recours, suivant ainsi l'inclinaison de son âme d'esclave, à l'étrange méthode que voici : d'après lui, l'un des journalistes de Kazan aurait commis un crime impardonnable du fait qu'il se serait par trop intéressé aux productions littéraires de la Turquie... Il est certain, pense M. Khondkarian, que s'il prend la fantaisie à quelqu'un de développer ses goûts et connaissances littéraires en s'inspirant de productions littéraires autres que celles de la Russie, c'est commettre un crime des plus graves.

Non moins impardonnables est le fait pour les pays turko-tatares d'avoir manifesté de la joie et de l'intérêt pour la Turquie lors de la proclamation de la constitution dans ce pays. Comment admettre que quelqu'un s'intéresse à la constitution turque, à la vie politique de la Turquie, au nationalisme, au Kémalisme, du moment qu'il existe une constitution russe, un nihilisme russe, une anarchie, un communisme, un léninisme russes ?..

Si la seule lecture des journaux paraissant à Stamboul et le fait de montrer de l'intérêt pour les libertés turques peuvent être considérés comme une trahison envers le patriotisme russe, il est facile de se représenter l'impression que peut produire tout acte considéré hostile à l'impérialisme russe. N'est-ce point vous qui, au cours de la guerre, n'avez pas défendu les frontières de la Russie avec toute la vaillance que comportait la situation ? Peut-on compter pour russophiles ceux qui sympathisent à une Confédération du Caucase ? Ne pressentez-vous point déjà quels en seront les résultats ? Il vous arrivera en Russie ce qui est arrivé en Turquie à l'Arménie. Attendez-vous à cela !..

M. Khondkarian se trompe profondément s'il croit que nous sommes de ceux qu'on peut asservir par la menace. Dans la lutte pour notre liberté, pour notre indépendance, nous faisons état des formules du siècle. La défense des frontières de l'impérialisme russe, constituées par suite d'annexions successives et d'une politique d'oppression, ne saurait être un idéal pour nous. Lorsque l'empire russe, à une époque où il pourrait nous accuser de lui manquer de fidélité, entra dans le domaine de l'histoire, l'on voit apparaître M. Khondkarian et ses accusations déplacées qui témoignent, on ne peut mieux, de l'état d'esclavage de son âme. L'expression "plus royaliste que le roi" ne convient-elle pas à la personne de M. Khondkarian ? Le lecteur jugera !

Quoi qu'il en soit, nous déclarons que nous ne nourrissons aucun sentiment d'animosité contre le peuple russe habitant les frontières de son territoire ; au contraire, nous lui souhaitons bien-être et prospérité ! Mais nous devons bien reconnaître que nous sommes ennemis de l'impérialisme russe, quelle qu'en soit la couleur, de cet impérialisme, qui nous ayant attelés à son char, empêche l'édification d'une vie à nous, d'une vie qui nous est propre avec ses institutions et sa culture. Affirmer ces sentiments à la face de l'impérialisme russe, que ce soit dans le passé, dans le présent ou dans l'avenir, ne saurait nous déplaire, moins encore nous en cacher. Et nous sommes persuadés que l'histoire et l'opinion publique du monde entier ne sauraient nous désapprouver. L'exemple de la Tchécoslovaquie en est un témoignage ; l'on ne saurait en effet l'accuser de "trahison" envers l'Autriche du fait que pendant la guerre, ses ressortissants patriotes passèrent le front russe.
Passant à la question du "pantouranisme" nous estimons utile de donner quelques détails sur certains milieux où ce problème se trouve mis à l'ordre du jour. Il convient tout d'abord de signaler que, de même que parmi les peuples slaves, l'idée de former un seul groupement, a germé parmi les peuples turks. La conception d'un tel groupement a pris, avec le temps, un caractère romantique qui n'a pas été sans faire sentir son influence bienfaisante et progressive par comparaison avec l'idéologie religieuse-islamiste qui absorbait jusqu'à ce jour la vie du monde turko-tatare. Toutefois, le pantouranisme possédant des conditions et possibilités bien inférieures au panslavisme, est arrivé en un laps de temps bien plus court à des déductions que le panslavisme avait déjà faites. Et c'est pourquoi de nos jours, les plus ardents pantouraniens n'ont d'autre souci que de chercher le moyen de conserver le plus possible la culture générale de leur pays dans son intégrité.

Les Arméniens "patriotes russes" ont exploité à dessein l'article de M. Aïaz Ishaki bey, consacré a l'unité turke et aux obligations de la Turquie par rapport à cette union, pour se livrer à une violente critique dans le journal Inkilap paraissant à Angora. Dans cet organe auquel collaborent depuis très longtemps certains journalistes turkistes, a été publiée, malgré l'opposition d'Ali Haïdar Emir bey sur lequel spécule M. Khondkarian, une vive critique des idées exposées par Aïaz bey sur la nécessité pour la Turquie de défendre les intérêts des autres pays turks. La discussion autour de ce problème ne se limita pas à une seule polémique de presse, elle se manifesta sous un aspect plus réservé dans la philosophie de la politique des penseurs et des hommes politiques de Turquie. Grâce à cette conception, le nationalisme turk se modernise, il se transpose pour passer du plan raciste à un système essentiellement national.

Les adeptes de ce système national avec le grand historien Mukrimin Halil bey ont même fondé une école spéciale d'"Anatoliens" avec pour but de propager l'idée en vertu de laquelle le mot "turk" indiquerait, non pas une "nationalité", mais une "race". Il n'existe pas de nationalité turke, disent les Anatoliens, mais il existe divers groupements nationaux turks.

Développant cette idée, les "Anatoliens" sont allés si loin qu'ils ont été jusqu'à proposer de désigner la Turquie sous le nom d'Anatolie, attendu, disent-ils, que le mot "Anadollou" convient mieux à la personnalité du turc que le mot "turk" (cf. mon article : "Le caractère essentiel du nationalisme de la Turquie", Prométhée, mai 1928, n 18).

Il est bon de souligner que le succès de cette idéologie néo-turke n'est pas seulement du domaine académique. La politique appliquée au cours de l'édification d'une nouvelle vie nationale en Turquie, s'harmonise parfaitement avec la conception des principes nationaux qui caractérisent les démocraties actuelles. Par opposition au romantisme d'hier, le nationalisme effectif d'aujourd'hui en Turquie ne porte plus le nom de "pantouranisme", pas même celui de "panturquisme", mais simplement celui de "turquisme".

Entre le pantouranisme d'hier et le turkisme d'aujourd'hui, existe cette même différence qu'on rencontrait autrefois dans les conceptions du panslavisme des idéologues de Tchécoslovaquie entre Palatski et Gavlitchek. L'on sait que le premier envisageait un grand empire slave sous l'hégémonie de la puissante soeur russe, seule capable de présider à la libération des Tchèques. Le deuxième restait fidèle au slavisme comme par opposition à cette illusion. Il se plaça sur un terrain plus réel et lança le mot d'ordre suivant : "La libération des Tchèques se réalisera par leurs propres forces", si bien que la Tchécoslovaquie actuelle est pour ainsi dire l'aboutissement de cette idée réaliste. Si donc l'idée d'une union des Slaves n'a pas empêché la création d'une Tchécoslovaquie, pourquoi l'idée d'une union de tous les Turks empêcherait-elle la renaissance de l'Azerbaïjan au sein d'une Confédération caucasienne ? Il peut fort bien se trouver de par le monde un idéaliste dans le genre de Polatski pour envisager qu'un beau jour, tous les peuples slaves, les Tchécoslovaques en particulier, puissent constituer une unité politique, sans que cette idée soit de nature à nier le fait de l'existence de la Tchécoslovaquie en tant qu'Etat indépendant. Cette éventualité peut fort bien se réaliser avec l'union du monde turk. En dépit du désir de conserver certaines richesses culturelles, résultat d'une communauté d'origine, les peuples turks aspirent à constituer une série d'Etats indépendants.

Seuls les volontaires de l'impérialisme russe ou les esclaves de la Russie peuvent ne pas remarquer leurs tendances, les prendre en suspicion du fait qu'ils tiennent à conserver certaines richesses culturelles, communes à tous les Turks. Sans nier le fait, que la conception d'une union des peuples turks a inspiré jusqu'à un certain point l'idée de l'indépendance azerbaïdjanienne, nous pouvons néanmoins affirmer que pour les nationalistes azerbaïdjaniens, en tant que réalistes en politique, ces conceptions n'offrent de l'intérêt que pour les questions d'ordre culturel. C'est pourquoi nous estimons que l'idée d'une Confédération indépendante du Caucase est toute d'actualité et c'est ce qui explique en toute franchise pourquoi nous défendons cette thèse.

Le fait que la réalisation d'une Confédération d'Etats caucasiens doit être l'oeuvre des ennemis de l'impérialisme russe ne peut évidemment être considérée comme un secret désir d'union avec la Turquie que par des gens dans le genre de M. Khondkarian, ennemis de la Turquie.


Tout en reconnaissant ses tendances russophiles ou pour mieux dire, son dévouement a l'impérialisme russe, M. Khondkarian estime que cette sympathie ne compromet en rien ses sentiments autonomistes et sans la crainte d'être ridicule il ajoute : "La révolution russe a bien donné la liberté à la Pologne ?" Faut-il ajouter que toute personne qui est tant soit peu au courant des événements sait fort bien que l'indépendance de la Pologne est le résultat d'une puissante hostilité contre l'impérialisme russe ?..

Nous avons l'occasion, dirons-nous à M. Khondkarian, de signaler aux représentants du "pantouranisme romantique" d'hier que la Confédération du Caucase ne peut être un obstacle à l'idée turke, et maintenant, qu'il nous soit permis de dire à M. Khondkarian que le dévouement à la Russie est incompatible avec l'idée de l'indépendance du Caucase. Les sentiments d'amitié que nous manifestons envers les Turcs sont, quoi qu'en pense M. Khondkarian, d'un tout autre ordre : il ne saurait nier du reste que dans la lutte contre l'impérialisme russe, les tendances russophiles ne soient un fait négatif et un appui bien peu sûr. Par contre, des rapports amicaux entre les Caucasiens et les peuples voisins de Turquie et de Perse, vivement intéressés à ce que la Russie reste dans ses frontières ethniques nationales, doivent avoir un effet positif, bienfaisant même pour le Caucase dans sa lutte pour son indépendance.

L'unité du Caucase basée sur une hostilité effective envers la Turquie, ainsi que l'envisage M. Khondkarian ne donnerait d'autre résultat que ce que nous voyons de nos jours, c'est-à-dire que ce serait toujours une Fédération de Transcaucasie, parti intégrante de l'Union soviétique. Et rien d'autre ! C'est là peut être ce que voudraient certains hommes politiques arméniens du même clan que M. Khondkarian et quelques impérialistes russes, mais nous sommes enclins à supposer que cette combinaison ne serait pas goûtée par les autres peuples du Caucase, sans en excepter les véritables représentants du peuple arménien qui eux ont une conception plus véridique des intérêts réels de leur pays.

Tout en spéculant sur les illusions du pantouranisme relégué de nos jours dans l'unique domaine des possibilités culturelles, les "patriotes-russes arméniens" se gardent bien de parler du "panarménisme" lancé dans la presse des Dachnaks. Il est difficile de supposer que M. Khondkarian ait ignoré le projet dont parle l'organe officiel du parti dachnak, le Drochak, au sujet de la création d'un "foyer arménien" et d'un "bureau central arménien". D'après le Drochak, ces "foyer" et "centre" arméniens pourraient bien servir de lieu de groupement et d'union de nobles Persans, de Kurdes belliqueux, de braves Béloutches, les Guilaks des bois, les Arméniens perspicaces et puis les Afghans, les Hindous et autres peuples de race indo-iranienne. Quel est le but d'un pareil groupement ? Il paraîtrait que contre les Touraniens, ces ennemis jurés et sanguinaires des peuples aryens se constituerait une organisation de ces mêmes peuples aryens. De plus, dans cette union de peuples, le principal rôle, d'après M. Eguikian, serait joué par la Perse, de la même manière qu'autrefois la Prusse dans l'oeuvre d'union des Allemands (cf. Les Arméniens et la Perse, par M.B. Memet-Zadé, Stamboul 1927).

Parlant le l'union des peuples aryens, les tacticiens dachnaks n'ont pas soufflé mot de la manière dont la Russie accepterait ce plan grandiose. Ce silence, calqué sur la méthode employée par M. Khondkarian à notre égard n'indiquerait-il pas que l'Arménie, après s'être séparée de la Russie s'unirait à la Perse ?.. Que non, certes ! A force de s'obstiner à rester dans la voie politique dans laquelle ils se sont bien à tort engagés, les Drochakistes et les Khondkarian sont vraisemblablement tombés malades d'un mal qui frappe tout le monde, d'une immense hostilité contre la Turquie et d'une profonde inimitié envers ses voisins. L'union des peuples aryens n'est autre chose que le résultat de cette hostilité. De toute évidence le but à atteindre consiste à dresser les Persans contre leurs voisins, plus particulièrement contre les Azerbaïdjaniens du Caucase et il est douteux que les auteurs de ces plans soient eux-mêmes convaincus de leur réalisation. L'inimitié qu'ils professent envers leurs voisins apparaît ici dans toute sa crudité. Le monde sait ce qu'il en a coûté au peuple arménien de s'être engagé dans cette fausse route. Il est toujours utile d'abandonner une fausse route pour une plus sûre.

Si quelques hommes politiques arméniens, plus préoccupés de leurs goûts et intérêts personnels que de ceux de leur pays, se montraient plus prudents dans leurs attaques contre des voisins avec lesquels ils sont condamnés à vivre incessamment, ce serait, ce nous semble, beaucoup plus raisonnable et beaucoup plus utile pour leur pays.
Stamboul, 25 novembre 1929.
M. E. Rassoul-Zadé.