mercredi 27 juin 2012

Le monstrueux attentat d'Orly : le terrorisme arméno-syrien contre la France

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 88-89 :

"L'ASALA et l'ARA ont, à douze jours d'intervalle, atteint le point paroxystique de l'horreur et du fanatisme, avec ceci de particulier que l'ASALA a touché, avec l'attentat d'Orly, le 15 juillet 1983, le fond de la destruction systématique, alors que l'ARA a atteint, lors du suicide collectif de son commando de Lisbonne, le 27 juillet 1983, le sommet de l'autodestruction.

Le 15 juillet 1983, l'ASALA revendique l'attentat contre le comptoir de la Turkish Airlines à l'aéroport d'Orly, en France, faisant huit morts et cinquante-six blessés. Jamais dans son histoire la France n'a été aussi durement frappée par le terrorisme. Son président F. Mitterrand dénonce « la violence aveugle et folle ». Paris, qui a déjà connu l'horreur des attentats des rues Copernic et des Rosiers attribués au groupe d'Abou Nidal, partenaire officiel de l'ASALA, veut détruire cette bête du crime international qui prolifère sur le territoire français. (...)

La police française arrête trois membres ou présumés de l'ASALA, Varoujan Garbidjian, chef du commando, Soner Nayir, Ohanes Semerci.

L'enquête démontre que H. Hagopian est le chef d'orchestre de l'opération. Lui qui avait simulé sa mort le 31 juillet 1982, pour éviter de tomber entre les mains du Mossad et du MIT, a été repéré en France, par la DST, dès avril 1983, de passage à Paris pour réorganiser son réseau après que le MNA a commencé à s'émanciper de son autorité. La DST y apprend que H. Hagopian prépare un attentat contre la Turquie sur le territoire français. Mais comme les agents du contre-espionnage français manquent d'informations sur l'organisation clandestine, ils le laissent circuler librement en France. Puis l'enquête remonte la filière jusqu'à la piste syrienne : en frappant la France, l'ASALA rend service à la Syrie qui proteste contre la présence française au Liban. L'attentat d'Orly serait donc le premier d'une longue série d'attentats contre la présence de la Finul au Liban. Le 23 octobre 1983, un double attentat-suicide contre les quartiers généraux américains et français de la force multinationale fait deux cent trente-neuf morts américains et cinquante-huit du côté français."






mardi 26 juin 2012

Une famille de réfugiés politiques à Tourcoing : l'Arménie, "c'était trop dangereux pour nous"

TOURCOING / SOLIDARITÉ
Une famille sans papiers vit dans les locaux de la CGT


Publié le samedi 23 juin 2012 à 06h00

Venus d'Arménie, Hakob, Susanna, leurs parents et leurs deux enfants sont demandeurs d'asile. N'ayant nulle part où aller, ils ont frappé à la porte de la CGT qui les héberge. Le syndicat envisage de monter un comité pour les sans-papiers.

Ils n'avaient nulle part où aller, alors Hakob et Susanna ont frappé à la porte de la CGT. « On ne laisse pas les gens dormir dehors », explique Samuel Meegens, le responsable local, qui n'a pas hésité une seconde à « offrir le gîte et le couvert » à ces « précaires absolus ». Avec Mounir Assadi, ils ont aménagé un bureau : « On fait en sorte que nos syndiqués participent à la solidarité. » Jusqu'à récemment, Hakob et sa famille vivaient dans l'attente, au CADA (centre d'accueil des demandeurs d'asile), dans le quartier de la Croix Rouge. Ils apprennent le français et les deux enfants sont scolarisés. Mais par deux fois, l'administration leur a répondu « non ».
En décembre 2010, Hakob, Susanna, leurs parents et leurs deux enfants ont tout laissé derrière eux en Arménie. « C'était trop dangereux pour nous » , explique Hakob qui se sentait menacé par des réseaux mafieux. La France, c'était pour eux « le pays des droits de l'Homme » .

Contactée, la préfecture répond que la famille « fait état de menaces liées à un conflit personnel qui n'entre pas dans le cadre du droit d'asile, d'autant plus que l'Arménie fait partie des pays d'origine sûrs. Elle a sollicité un réexamen auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui n'a pas encore statué. » « La politique Sarkozy, c'est fini, objecte Samuel Meegens. Maintenant que le pouvoir est rose à 100 %, on pense que le changement, c'est maintenant. » La CGT, qui entend « pointer l'absence de réponse des services publics », a alerté la mairie. « On va les mettre face à leurs responsabilités. S'il le faut, on fera le bordel et on les installera à l'hôtel de ville ! » La CGT « défie quiconque de les déloger » de ses locaux. Elle milite pour une régularisation de tous les sans-papiers et envisage de créer un comité local.
F.SA.
Source : http://www.nordeclair.fr/Locales/Tourcoing/2012/06/23/une-famille-sans-papiers-vit-dans-les-lo.shtml

Voir également : Manya Gevorgyan, réfugiée arménienne en France : "Nous ne voulons pas retourner en Arménie, c'est trop dangereux pour notre vie."

Les réfugiés arméniens eux-mêmes le disent : "l'Arménie est dangereuse pour nous"

Cholet : deux familles de réfugiés arméniens poussées à l'exil du fait de la loi de la jungle mafieuse qui régne dans leur pays

Clermont-Ferrand : une famille d'opposants politiques menacée de retour en Arménie (vidéo)

En vidéo
Leur vie est menacée s'ils retournent en Arménie

Une famille arménienne (les deux parent âgés de 46 ans et leur fils de 18 ans), vivant à Clermont-Ferrand, est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire. Ils tentent de faire annuler la décision. Considérés comme opposants politiques, ils redoutent de rentrer dans leur pays d'origine. - Romain DUCHEZ -
Auteur : Romain Duchez
Vidéo ajoutée le : 22/06/2012 13:00:58
Source : http://www.lamontagne.fr/accueil/brightcove/2012/06/22/leur-vie-est-menacee-s-ils-retournent-en-armenie-91701453920001.html

Leur avocat Laurent Rauzier déclare à juste titre que l'Arménie est "un pays qu'on connaît mal finalement" et qui "ne respecte pas les droits de l'homme".

Pour rappel : Clermont-Ferrand : une famille de réfugiés politiques arméniens risque de se retrouver à la rue

Auvergne : une famille d'exilés arméniens n'est pas reconduite en Arménie

vendredi 22 juin 2012

R. Khérumian : refus de l'appellation "arménoïde" et européanocentrisme en 1940-44

R. Khérumian, "Contribution à l'anthropologie des Arméniens et le problème de la race dinarique", Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, IXe série, tome 4, 1943 :

"Les données qui suivent proviennent d'une enquête anthropologique que nous avons réalisée en 1941-1942 et qui eut lieu principalement au dispensaire arménien de la Croix-Rouge à Paris, dans une usine d'Issy-les-Moulineaux et dans la banlieue parisienne d'Alfortville. Nous avons examiné 351 hommes, 153 femmes et 100 enfants et adolescents (de moins de 17 ans), filles et garçons. Les résultats de cette étude feront l'objet d'un livre où toutes les questions que nous exposons brièvement ici seront traitées d'une manière plus étendue et complète." (p. 25)

"Cet essai de classification correspond, dans ses grandes lignes, aux conclusions de Kossovitch, qui a trouvé comme principales composantes du peuple arménien les races suivantes : méditerranéenne, alpine, atlanto-méditerranéenne, dinarique et nordique.

Nous n'avons pas mentionné, intentionnellement, la race dite arménoïde ou « vorderasiatische Rasse » des auteurs allemands. En effet, arrivé au terme de notre enquête anthropologique, après avoir mesuré, décrit et photographié plus de 600 sujets, nous nous sommes vus forcés d'écarter ce terme et les notions qui s'y rattachent. Une race étant diagnostiquée par une somme de certains caractères mesurables et descriptifs bien définis, l'individualité de la race, dite arménoïde, ne paraît pas devoir subsister. On doit la considérer comme une variété de la race dinarique, ou, plutôt, comme un de ses types locaux. Les partisans les plus convaincus de la race dite arménoïde en tant que race distincte furent obligés du reste de reconnaître que sa ressemblance avec la race dinarique est tellement grande que Fischer les appela races-soeurs ; Günther : deux rameaux de la même race ; Haddon les réunit sous le nom de race illyro-anatolienne ; et enfin Skerlj les assembla par le terme de race dinarménienne.

L'inventeur du mot « arménoïde » fut von Luschan, qui crut avoir isolé en Syrie et en Asie Mineure un type particulier, à occiput aplati et nez proéminent, qu'il rapprocha des personnages des bas-reliefs hittites. Pour von Luschan, les individus de ce type représentaient la plus vieille population autochtone d'Asie Antérieure, à laquelle appartenait le peuple des Hittites, et qui se serait conservé parmi les Arméniens et certaines sectes musulmanes de l'Anatolie, tels que les Tachtadjis, les Bechtadjis, etc. Mais von Luschan n'avait jamais vu d'Arméniens ailleurs qu'en Syrie, et à l'époque (1885) où il élaborait sa théorie, les caractères anthropologiques des Arméniens n'étaient pas connus. Déjà en 1921, Hauschild objecta que le type « hittite » était différent du type arménien, et s'éleva contre la désignation de la race « hittite » par le terme d'« arménoïde ». Pour Hauschild, le principal élément du peuple arménien (Hauptcomponent) est la race dinarique. Cet auteur souligne qu'un des caractères essentiels du masque hittite, la grande largeur de la face et du nez, est très éloigné de la morphologie faciale des Arméniens. On constate aussi sur les bas-reliefs hittites l'absence de la dépression nasale remarquée par Vallois sur le vivant en Syrie, mais, ainsi que nous l'avons déjà signalé, rare chez les Arméniens.

Nous pouvons conclure, en opposant à la thèse de von Luschan l'identité incontestable entre le type classique dinarique, tel qu'il fut isolé par Deniker, et le type correspondant qui se laisse aisément reconnaître parmi les Arméniens. Nous ne pensons pas qu'il faille admettre l'existence d'une race particulière, propre à l'Asie Mineure, et présentant des caractères justifiant la conception de l'anthropologiste allemand, mais, de toute évidence, cette race, si race il y a, est sans rapport avec le type arménien. Le terme « arménoïde » nous apparaît dès lors comme une source de fâcheuse confusion.

Le second postulat de von Luschan, l'ancienneté de cette race hypothétique et ses origines antéro-asiatiques, se trouve aussi en contradiction complète avec les données actuelles de la paléoanthropologie. A l'encontre de son opinion, les fouilles démontrèrent que les brachycéphales à occiput aplati ne sont aucunement autochtones en Asie Antérieure, pas plus qu'en Arménie ; ils n'y apparurent que tardivement, vers la fin du deuxième millénaire avant J.-C. La place nous manque pour rappeler les résultats de nombreuses fouilles faites en Asie Mineure, en Mésopotamie, en Arménie, au Caucase, en sur les ossements de Tépé-Sialk et récapitulées dans notre dernière étude anthropologique sur les Arméniens. Leurs conclusions sont formelles : les brachycéphales à occiput aplati apparurent d'abord en Europe, d'où l'on suit leur migration jusqu'en Asie Antérieure, Arménie, Iran et Caucase. Les types qui les y précédèrent se rattachent à la race méditerranéenne, et, à l'époque plus tardive, à la race alpine. On note également l'élément nordique, attesté en Arménie, près du lac de Sevan. La succession chronologique des races dans toute cette vaste région se présente donc comme suit, par ordre d'ancienneté : d'abord Proto-méditerranéens et Méditerranéens ; ensuite Alpins et Nordiques ; et enfin, en dernier lieu, Brachycéphales dinariques, ces derniers, tardivement venus d'Europe.

Cette conception, imposée par la paléoanthropologie, s'accorde par ailleurs parfaitement avec les traditions historiques, relatives à l'origine européenne des Arméniens (Hérodote, Strabon), ainsi qu'avec les données de la linguistique (Meillet, Marqwart). On sait en effet que, selon Hérodote, les Arméniens étaient à l'avant-garde de la migration phrygienne, qui, elle-même, dérivait de la souche thrace. Et bien que la langue arménienne se situe à part dans le système indo-européen, on se souviendra que Meillet la rapprocha du grec, c'est-à-dire d'une langue voisine du thrace (dans la mesure où l'on peut juger d'une langue disparue comme le thrace).

On voit que les conclusions auxquelles nous aboutissons sont en apposition avec les idées qui, sous l'influence de von Luschan, avaient cours jusqu'à présent sur les origines et la place d'une des importantes races europoïdes. Nous ajouterons même que l'acharnement que mirent certains auteurs à séparer la race arménoïde de la race dinarique ne semble pas d'inspiration purement scientifique et nous pensons que, dans l'état actuel de nos connaissances, cette conception doit être abandonnée, comme contraire aux faits. Notre point de vue (qui du reste n'a pas le mérite de l'originalité, car il fut pressenti et même préconisé depuis plusieurs années par divers auteurs), en s'harmonisant avec les résultats des fouilles et avec toutes les recherches somatologiques sur les Arméniens et les Dinariques des Balkans, apparaît comme préférable, tout au moins jusqu'à ce que de nouvelles découvertes paléoanthropologiques permettent de résoudre définitivement le problème." (p. 35-38)


Yves Ternon, La cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983 :

"Pour chaque nationalité qui dispose de légions, l'Ostministrum a créé un Conseil général. C'est ainsi qu'est formé, le 15 décembre 1942, un « Conseil national arménien ». Son président est Ardaches Apeghian, qui s'occupait d'une association arméno-germanique chargée d'établir (comme Kherumian à Paris) la pureté raciale des Arméniens. Parmi ses membres, Nejdeh et Vahan Papazian. Le Conseil national publie jusqu'à la fin de 1944 un hebdomadaire, Armenian, édité par Viken Chanth, le fils de Levon Chanth, et diffusé par Radio Berlin. Comme le Conseil national arménien, le mouvement Azatamargan (« bataillon pour la liberté ») que dirige Nejdeh, est une organisation nazie." (p. 132)


Cyril Le Tallec, La communauté arménienne de France : 1920-1950, Paris, L'Harmattan, 2001 :

"Dans un but de "clarification", on diffuse alors en France des ouvrages consacrés à la "pureté raciale" des Arméniens, tel Les Arméniens, Race, Origines ethno-raciales de R. Kherumian (Paris, Vigot, 1941) ou Die Armenische Nation (H. H. Sandel, 1943), très admiratif envers le Parti "national-révolutionnaire" Daschnak." (p. 186)


Du même auteur (Rouben Khérumian) : Les coutumes matrimoniales des Arméniens





La collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Allemagne hitlérienne

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

 

jeudi 21 juin 2012

Dominique Jamet et l'autisme liberticide des "élites" actuelles de la société française

"Y a-t-il plus de sujets « politiquement incorrects » qu’auparavant ? Quels sont aujourd’hui les sujets politiquement incorrects ?

Nous ne sommes pas dans une époque plus contraignante du point de vue de la liberté d’expression, par rapport à il y a 200 ans, lorsque l’Eglise faisait sa loi. Mais par rapport à d’autres époques, il y a une progression de la mastication et du refus de discuter sur ces sujets. De tous temps, il y a des opinions dominantes. Pourtant, refuser de les remettre en question est typique de notre époque. L’évolution a été imperceptible, malgré quelques dates marquantes qu’on peut distinguer, comme la loi sur le génocide arménien, qui suppose l'existence d'une vérité historique. Elle est surtout due au bipartisme et à la réduction du pluralisme, symptomatiques de notre époque, que ce soit au niveau médiatique ou des partis politiques.

Comme s’il n’y avait pas de réalité en-dehors de l’UMP et du PS.
Parallèlement aux mécanismes de la Ve République, qui favorisent la bipolarisation, on assiste à une tendance à la concentration médiatique et à l’impossibilité pour les opinions minoritaires de faire vivre une presse et donc d’exister. Certes, internet permet une nouvelle forme de liberté d’expression. Mais il est fort possible que l’histoire des radios libres se répète. Lorsqu’on a ouvert les radios, on s’attendait à une explosion dans l’expression des opinions. Cela dit, progressivement, ces radios sont toutes tombées dans les mains de grands groupes. Vue la désorganisation des pôles d’expression sur le net, il est de même possible que les grands groupes traditionnels se saisissent finalement du débat. Comme à la radio.

A l’heure actuelle, un certain nombre de sujets sont soumis à une vérité unique dogmatique : la parité, l’immigration, ou l’Europe. On postule que l’immigration n’est pas un problème, que l’insécurité est un fantasme, ou qu’il faut sauver l’Euro, sans jamais remettre ces assertions en question. Tout le monde doit se plier à la vérité du groupe."

Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/ces-nouveaux-sujets-rattrapes-politiquement-correct-francais-dominique-jamet-396377.html

Voir également : L'historien de gauche Marc Ferro s'oppose aux exigences liberticides du lobby arménien

mercredi 20 juin 2012

La remarquable natalité des chrétiens (dont les Arméniens) "oppressés" (sic) par les Ottomans

Youssef Courbage, "Démographie des communautés chrétiennes au Proche-Orient : Une approche historique", Confluences Méditerranée, n° 66, 2008/3, p. 35-38 :

"La croissance démographique ne fut pas régulière au cours des quatre siècles ottomans. Epidémies et famines pouvaient annuler en quelques semaines des décennies de progression démographique. Les communautés confessionnelles connurent donc des progressions et des décrues qui ne furent pas forcément parallèles. Cependant, le résultat net cumulé ne fait pas de doute. Le règne ottoman s’est accompagné d’une extraordinaire remontée de la chrétienté. Sa population fut multipliée par 4,6 tandis que celle des musulmans n’augmentait que de 21 %.

Au début de l’ère ottomane, l’immigration « internationale  » explique en partie la croissance démographique plus forte des chrétiens. On raconte qu’à Alep, le Sultan Sélim Ier fut affligé d’y voir si peu de chrétiens et ordonna un sürgun (un transfert autoritaire de population) vers la ville pour la repeupler et pour augmenter le nombre de ses habitants chrétiens. D’où la grande diversité de ce peuplement : 52 % de grecs orthodoxes et catholiques, 33 % d’arméniens, 14 % de syriaques au recensement de 1914.

Qu’il s’agisse du Bilad el-Cham dans son ensemble, de ses diverses provinces ou de ses villes (tableau 4), tous les chiffres concordent sur la disparité démographique des communautés. En arrière-plan, l’on trouve la pax ottomanica, une paix intérieure plus qu’extérieure (sauf dans les années 1860 à Damas et dans le Mont-Liban), qui a profité aux chrétiens du Bilad el Cham.
Ponctuellement, les migrations internationales ont pu jouer un rôle dans la constitution des populations de cette région et sur leur répartition confessionnelle, mais sur le long terme ce sont les composantes de la croissance naturelle qui l’emportent. Ce sont bien une mortalité beaucoup plus basse et une natalité beaucoup plus élevée qui expliquent la supériorité de la croissance démographique des chrétiens.

Certaines données ottomanes précoces, sur une trentaine de bourgades de la province de Damas, où les populations musulmanes et chrétiennes étaient mélangées, montrent que le taux de croissance démographique de ces dernières était deux fois plus élevé : 2,03 % par an contre 0,98 en 1533-1559.

La mortalité musulmane doit se comprendre notamment à l’aune de l’obligation du service militaire. Si en temps de guerre, la mortalité s’expliquait aisément, elle se comprend aussi en temps de paix, en raison des foyers d’infection qui pouvaient décimer les conscrits revenus du front. Ainsi, durant la Première Guerre mondiale, les conscrits du Bilad el-Cham, pris dans le safarbalek sur les fronts des Balkans, craignaient bien plus de mourir du typhus que sur le champ d’honneur.

A l’évidence, la mortalité dans les troupes ottomanes était donc redoutable et imprimait sa marque sur les statistiques,
et même le Mont-Liban n’y échappa pas. Dans la localité de Batroun, un exemple est fourni par Issam Khalifé, qui note une forte diminution de sa population musulmane entre 1519 et 1571, puisqu’elle est de 15 % alors que les chrétiens augmentaient de 5 %. Il attribue ces tendances à la conscription forcée décrétée par le wali de Tripoli dans les troupes du Sultan pour la conquête de Chypre. En effet, seuls les musulmans y étaient « conviés » et y laissèrent de nombreuses victimes. Exemptés des servitudes militaires au prix du paiement de la jizya, les chrétiens y furent théoriquement astreints par les tanzimat (1858). En réalité, les chrétiens et les juifs échappaient à cette contrainte en payant des frais d’exemption (Badal Askari).

Après le facteur militaire, un autre élément accéléra ensuite l’avancée chrétienne au XIXe siècle : la scolarisation offerte par les missions chrétiennes joua ainsi également sur la mortalité.
Dans la wilaya de Beyrouth, le taux de scolarisation des enfants était de 65 % chez les chrétiens et de 40 % chez les musulmans. Certes, l’effet de la scolarisation des enfants sur la santé et sur la mortalité n’est pas immédiat. Mais au terme d’une génération cependant, les pères et les mères qui ont eu la chance de profiter de la fréquentation de l’école sont mieux outillés pour affronter la maladie, la leur et celle de leurs parents, et diminuer les risques planant sur la vie de leurs enfants, qui décédaient très fréquemment à cette époque.

Malgré les fortes ponctions migratoires de la deuxième moitié du XIXe siècle, les chrétiens conservèrent un avantage certain en terme de croissance naturelle et totale. De plus leur urbanisation croissante influença favorablement leur accroissement naturel (tableau 4).


Certes la deuxième phase de la transition démographique, celle de la baisse de natalité, concerna les chrétiens avant les musulmans, avec un demi-siècle d’avance. De manière concomitante, la fécondité des chrétiens baissa régulièrement au cours du XXe siècle, alors même que la fécondité musulmane augmenta du fait d’une stabilisation des unions et d’une moindre fréquence des divorces, au moins jusqu’aux années 1970. Mais jusqu’à la fin des temps ottomans, les chrétiens furent plus féconds. Il s’agit d’ailleurs d’une idée récurrente qui remonte au célèbre satiriste al-Djahiz. Celui-ci remarqua au IXe siècle que les chrétiens monogames étaient plus prolifiques que les musulmans polygames, et, en conséquence, il s’émouvait du fait qu’ils « remplissent la terre ». En effet, à cause de la répudiation et de la polygamie (moins répandue) les musulmanes pouvaient vivre de longues périodes d’infertilité, au contraire des chrétiennes. La monogamie et l’interdiction ou l’extrême difficulté du divorce avaient ainsi contribué au dynamisme démographique de la chrétienté.

Les pratiques de restriction volontaire des naissances par la contraception ou l’avortement, étaient plus répandues qu’on ne l’imagine, dans les familles musulmanes surtout.
Dès 1856, le voyageur Nassau Senior, notait la fréquence des pratiques de contrôle des naissances chez les femmes musulmanes « les moyens nuisibles dont usent les femmes turques des classes sociales les plus basses pour éviter d’avoir beaucoup d’enfants  ». En outre, « l’avortement et la prévalence choquante d’un crime contre la nature parmi les musulmans » furent avancés par le consul d’Angleterre à Istanbul comme des facteurs significatifs de la faible croissance démographique chez les Turcs. Le malthusianisme s’était répandu à Istanbul à la fin du XIXe siècle, chez les musulmans surtout ainsi que dans les autres villes ottomanes : Beyrouth, Alep, Damas ou Jérusalem.

De l’incidence du service militaire sur la démographie, on ne retient habituellement que son effet le plus spectaculaire, sur la mortalité, un phénomène déjà évoqué par ailleurs. Les différences de natalité, également, doivent beaucoup au service militaire. En plaçant très haut dans la hiérarchie des fonctions, la fonction militaire et en la réservant aux musulmans, les Ottomans rendaient un service inestimable aux chrétiens et aux juifs, qui en furent dispensés, au prix d’une pénalité la jizya ou durant les temps modernes, le badal askari (exonération du service militaire). La contrainte était lourde puisque les jeunes musulmans étaient astreints à un très long service. Les effets sur la natalité étaient ravageurs : éloignement des jeunes de leurs foyers ce qui pour les célibataires entraînait un retard de l’âge au mariage, et pour les mariés des rapports sexuels différés ou épisodiques avec leur épouse légitime. Ce sont là des facteurs inhibiteurs de la natalité. La portée délétère du service militaire sur la démographie musulmane ressort des chiffres des recensements du XVIe siècle : la mobilisation pouvait toucher jusqu’à 12 % des hommes d’âge sexuellement actif. Toutefois, jusqu’aux guerres balkaniques, l’Anatolie fut mise à contribution, plus que les autres régions de l’Empire, le Bilad el-Cham notamment."

Voir également : Les Arméniens d'Istanbul



Pamiers : trois ans ferme pour un spécialiste du "vol à l'italienne"

Publié le 19/06/2012 07:56

Pamiers. Un spécialiste du vol à l'Italienne jugé

Même s'il nie les faits avec constance, adoptant une attitude flegmatique (et arrogante) qui aura le don d'exaspérer conjointement tribunal et ministère public, T.G., 40 ans, sujet arménien qui vit depuis sept ans en France « en se débrouillant », selon son interprète (plusieurs condamnations précédentes pour vols, violences et violences avec arme…), sera confronté à des images vidéo accablantes, le montrant dans deux parkings de Pamiers à la mise en place d'un stratagème jusqu'ici peu usité en France, le vol « à l'italienne ». Le système, plutôt bien huilé, consiste à se rendre en voiture sur un lieu d'achat fréquenté et de choisir un véhicule (en l'absence du propriétaire) dont on perforera l'un des pneus. Au retour du conducteur, on n'aura plus qu'à le suivre et attendre le moment où il s'arrêtera pour changer la roue crevée, profitant alors de la diversion pour dérober prestement sur le siège sacoche ou portefeuille à l'insu de la victime ainsi bernée…
Vidéos accablantes

Détenu dans son box (il est en état de récidive légale), T.G. se contentera de dire « ne pas se souvenir » de sa présence bien effective aux abords d'Intermarché et de Leclerc Pamiers les 29 mars et 22 avril 2011 (jours où deux victimes ont été détroussées), niant l'évidence des investigations et enquêtes menées ayant même constaté l'image bel et bien réelle de son véhicule Opel Astra blanche sur d'autres parkings où des vols ont été commis, tels ceux de Portet et Roques-sur-Garonne. Pour Mme le procureur Deprade, peu dupe, « aucun doute n'est possible et les circonstances réitérantes et récurrentes sont particulièrement désagréables » : « Après les sept délits précédents pour lesquels il a déjà été condamné, aucune insertion ni réinsertion ne paraît possible… ». Et de requérir la peine-plancher de trois ans ferme encourue. Me Fabbri, pour la défense de T.G., plaidera au final la relaxe, pour un dossier « vide », ne reposant que sur « des supputations, des suppositions et des images ».

Après en avoir délibéré, le tribunal se montrera inflexible : la peine-plancher de trois ans ferme pour T.G.


La Dépêche du Midi
Source : http://www.ladepeche.fr/article/2012/06/19/1380897-specialiste-du-vol-a-l-italienne.html

samedi 16 juin 2012

Une parenthèse dans l'histoire du nationalisme révolutionnaire arménien : la résistance du Hintchak et de la FRA-Dachnak à la politique de russification inaugurée par Alexandre III

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 223-225 :

"En 1897, le général Golitsyne était nommé commandant en chef du Caucase. Il fut un partisan résolu de la politique de russification comme principe de résolution de la question des nationalités au sein de l'empire. Cette famille de pensée jouissait de la faveur de différents cercles proches du pouvoir. Pobiedonostev, conseiller du tsar, et von Plehve, ministre de l'Intérieur, polonais et catholique d'origine, converti zélé à l'orthodoxie russe, en furent les plus influents représentants dans les hautes sphères du pouvoir. Des mesures anticatholiques et antijuives y firent suite.

Le gouverneur de Finlande, Bobrikov, nommé en 1898, fut un exécuteur convaincu de cette politique, luttant contre les institutions particulières dont cette nation avait été dotée dans un passé récent, notamment une Constitution propre. Russifier « en imposant la langue russe, en inondant ce pays d'agents russes, en renvoyant ses sénateurs, en expulsant les opposants », tel était son plan.

Dans le Caucase, la nation arménienne fut la première victime de cette politique d'assimilation et de mise au pas des particularités nationales. En 1897, Golitsyne s'attaqua à différentes institutions communautaires : il ferma les écoles arméniennes de Transcaucasie, instaurant le principe d'un quota d'Arméniens dans les autres écoles, ferma ses bibliothèques, supprima ses journaux. Les fondations et sociétés de bienfaisance furent harcelées.

En 1903, un décret impérial ordonna la nationalisation des biens de l'Eglise arménienne, suscitant des mouvements de révolte dans la population (notamment à Shousha au Karabagh) ; certains opposèrent une résistance armée à la saisie des lieux de culte par les autorités. On fit donner la troupe en plusieurs endroits. L'Eglise arménienne à Etchmiadzine fut prise d'assaut après que le catholicos eut refusé de donner les clés du sanctuaire et de son trésor.

Bien loin d'intimider le peuple et d'abattre ses sentiments identitaires, ces mesures les accentuèrent, les revigorant chez ceux qui s'étaient intégrés à la société russe, et étoffant les rangs des mouvements nationalistes ou socialistes. Le parti Hentchak, fondé à Genève en 1887, et le parti Dashnaksoutioun, nationaliste et socialiste, fondé à Tiflis en 1890, en étaient le moteur. Orienté à l'origine contre l'Empire ottoman pour obtenir davantage de libertés politiques et économiques, pratiquant attentats et assassinats politiques, le mouvement nationaliste arménien fut souvent en délicatesse avec les autorités tsaristes, soucieuses de maintenir de bonnes relations avec son voisin turc, « la puissance » d'Abdulhamid. De nombreux militants et activistes furent jetés en prison ou bannis du Caucase.

Les autorités russes encouragèrent des groupes informels azéris à s'opposer aux activistes arméniens. L'utilisation de tels groupes, profitable à l'intérieur, donnait à l'extérieur un gage de la bonne foi russe : le tsar ne pouvait plus être accusé de soutenir les menées anti-ottomanes arméniennes. La passivité russe face aux massacres d'Arméniens par des bandes kurdes en 1894-1896 dans l'Empire ottoman acheva de faire perdre à nombre d'entre eux la foi dans une Russie protectrice des chrétiens de la Porte. Le mouvement nationaliste arménien prit peu à peu une coloration antitsariste qui trouva un puissant allié dans les mouvements socialistes russes, au travers des revendications sociales et de l'agitation dans les milieux ouvriers de Bakou, dans lesquels les Arméniens étaient fortement mobilisés."





1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Entente et contre l'Empire ottoman







vendredi 15 juin 2012

Egemen Bagis : "Au lieu de s’occuper de ce qui est survenu il y a une centaine d’années, nous devrions nous concentrer sur ce qui se passe aujourd’hui, sur le sort d’Azéris sans abris en raison de l’occupation arménienne du Haut-Karabach"

"Au lieu de s’occuper de ce qui est survenu il y a une centaine d’années, nous devrions nous concentrer sur ce qui se passe aujourd’hui, sur le sort d’Azéris sans abris en raison de l’occupation arménienne du Haut-Karabach, territoire azérien. Le groupe de contact auquel participent la France et la Russie n’a produit aucun résultat. La Turquie est prête à faire face à son histoire si l’Arménie est prête à affronter la sienne. Nous acceptons de constituer un comité d’historiens, avec la participation de pays tiers comme la France. Mais les dirigeants politiques ne doivent pas faire le travail des historiens."

Source : http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Egemen-Bagis-La-Turquie-veut-toujours-rejoindre-l-Union-europeenne-_NP_-2012-06-11-817187

Ces propos ont également été rapportés par le site azerbaïdjanais Gulustan.wshttp://gulustan.ws/2012/06/egemen-bagis/




Le douloureux problème des réfugiés azéris

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 372 :

"La très pénible situation de centaines de milliers de réfugiés s'éternise. Ils forment des groupes compacts rassemblés dans les camps du centre du pays où la misère et la précarité s'ajoutent au traumatisme de l'exode. La difficulté à trouver un règlement politique au conflit du Karabagh et, surtout, au retour des familles déplacées des districts occupés environnants, qui forment le plus gros contingent d'entre eux, ne laisse pas entrevoir un retour à brève échéance et pourrait être une source d'instabilité."



mercredi 13 juin 2012

Le "socialiste" "arménophile" François Pupponi : casseroles, forte abstention et "liste noire"

François Pupponi menacé de poursuites judiciaires

Par Laurence De Charette

Mis à jour le 07/06/2012 à 23:39 | publié le 07/06/2012 à 16:44

Un rapport policier comptabilise près de 26.000 euros de dépenses litigieuses du député-maire de Sarcelles et candidat aux législatives, facturées sur le compte de la société de chauffage urbain de la ville.


La pression judiciaire s'accroît autour du député maire de Sarcelles, François Pupponi, qui, selon un rapport de police révélé par Le Monde, pourrait être poursuivi pour «abus de biens sociaux». L'élu PS est en effet mis en cause depuis 2008 dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Pontoise après avoir reçu une lettre anonyme détaillée: François Pupponi est soupçonné d'avoir utilisé la Carte bleue de la «Sem Chaleur», la société d'économie mixte chargée du chauffage des quelque 40.000 Sarcellois entre 2004 et 2006 pour son agrément personnel. Le rapport de synthèse remis au procureur par les enquêteurs n'a toutefois pas encore donné lieu à une décision du parquet. Il reviendra à Yves Jannier, qui vient de succéder à Marie-Thérèse de Givry à sa tête, de trancher dans ce dossier extrêmement sensible.

L'affaire serait relativement banale si elle ne visait pas François Pupponi, membre éminent du parti socialiste, personnalité corse connue pour son entregent et proche de Dominique Strauss-Kahn… La brigade financière de Versailles chiffre à 25.800 euros les sommes «indûment dépensées» par l'édile sur le compte de la Sem chaleur qu'il présidait.
25.800 euros «indûment dépensés»
Il s'agit essentiellement de factures de restaurants et d'hôtel. Pêle-mêle, lui sont notamment reprochés une nuit à l'hôtel le Napoléon, Paris VIIIe, des repas au Train Bleu le restaurant chic de la gare de Lyon, ou au Café de Flore. Une partie des frais litigieux sont également intervenus en province, à l'occasion d'événements liés à la vie du PS comme les états généraux et le congrès du parti. Jusqu'à présent, le maire s'est défendu en expliquant que les factures payées par la société de chauffage urbain correspondaient à des dépenses effectuées dans l'intérêt de l'entreprise, par exemple des négociations avec Dalkia, filiale de Veolia. Plusieurs témoins interrogés auraient toutefois nié avoir participé à des déjeuners d'affaires avec l'intéressé.

Malgré ces démêlés, et bien que son nom soit également cité dans le dossier du cercle de jeux Wagram, François Pupponi est donné favori dans son bastion pour les législatives. Dans un communiqué transmis jeudi soir par son avocat, il a d'ailleurs dénoncé une «tentative de déstabilisation», disant «s'étonner (...) que ces fausses accusations qui portent sur des faits qui remontent à 2004 et 2005 soient relayées dans la presse quelques jours seulement avant le premier tour des élections».
Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/06/07/01016-20120607ARTFIG00639-francois-pupponi-menace-de-poursuites-judiciaires.php
23h38
Pupponi contraint à un 2e tour en raison de l'abstention

Le député-maire PS de Sarcelles François Pupponi a obtenu dimanche la majorité absolue au premier tour des législatives dans la 8e circonscription du Val-d'Oise, mais devra participer à un second tour en raison de la faible mobilisation des électeurs.

L'ancien bras droit de Dominique Strauss-Kahn a obtenu 50,22% des voix, contre 22,39% pour sa principale adversaire, l'UMP Marie-France Blanchet. Avec 21,13% suffrages inscrits, il n'a toutefois pas atteint les 25% nécessaires pour être élu au premier tour.

Seuls 53,56% des électeurs de la 8e circonscription (Garges-lès-Gonnesse, Bonneuil, Villiers-le-Bel, Sarcelles Nord-Est) sont allés voter dimanche pour le premier tour des législatives.
Source : http://lci.tf1.fr/filnews/politique/pupponi-contraint-a-un-2e-tour-en-raison-de-l-abstention-7346205.html

"Le FN se maintient dans 61 circonscriptions

Au Front national, Marine Le Pen, a annoncé que les candidats du parti d'extrême droite se maintiendraient dans la totalité des 61 circonscriptions où le FN a accès au second tour. En revanche, elle a appelé à faire battre deux socialistes et quatre UMP, dont les ex-ministres Nathalie Kosiuscko-Morizet, Xavier Bertrand et Georges Tron.

Outre NKM et Xavier Bertrand, la présidente du FN a donné les noms des quatre responsables qu'elle souhaite voir battus: François Pupponi, candidat PS à Sarcelles (Val d'Oise), Manuel Aeschliman (UMP, Hauts-de-Seine), Georges Tron (UMP, Essonne) et Jack Lang (PS, Vosges). Concernant NKM, elle a demandé explicitement à ses électeurs, dans un point de presse, de « voter pour le Parti socialiste »."

Source : http://www.lesechos.fr/economie-politique/elections-legislatives/0202109118645-legislatives-l-ump-et-fn-definissent-leurs-positions-332377.php

Pour information, le communautariste Pupponi était un fervent supporter de la proposition liberticide de Boyer. 

Voir également : Le maire et sénateur "socialiste" Philippe Kaltenbach, collaborateur notoire et hargneux du lobby raciste arménien, est soupçonné de corruption

Choquant : après avoir soutenu publiquement la dictature de Ben Ali en Tunisie, le politicien douteux Gérard Collomb fait de même avec la satrapie de Sarkissian

Un pas supplémentaire de franchi dans la coopération trilatérale entre la Turquie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan

Azerbaijan, Turkey and Georgia signed a declaration on joint economic cooperation

Baku, Fineko/abc.az. After the meeting of Foreign Ministers in Trabzon on 8 June Azerbaijan, Turkey and Georgia signed a tripartite Trabzon declaration.

The Ministry of Foreign Affairs of Azerbaijan informs that the declaration says of expansion of existing cooperation and partnership between the parties to facilitate the common development in economy, banking, energy, trade, transportation, environmental protection, if necessary through trilateral cooperation mechanisms. It is also planned to develop cooperation in tourism, culture, security, stability and prosperity in the region and the world at large.

The parties agreed to renew their commitments to strengthen cooperation and coordination within the Organization of Black Sea Economic Cooperation (BSEC), during the presidency of Turkey to the OSCE, which begins on 1 July 2012. In particular, it is provided assistance in settlement of Nagorno Garabagh conflict and the conflict over Abkhazia and the Tskhinvali region of Georgia (South Ossetia) on the basis of respect of sovereignty, territorial integrity and inviolability of internationally recognized borders of Azerbaijan and Georgia, and the right for safe and dignified return of refugees and internally displaced persons to places their origin. Neighbouring countries have pledged to reaffirm their commitment to strengthening cooperation and coordination in the fight against terrorism, extremism and separatism in all its forms and manifestations, transnational organized crime and illicit arms and drug trafficking.

The countries have also recognized the importance of agriculture and food security for poverty eradication. Azerbaijan, Turkey and Georgia also consider it important to cooperate in preventing and dealing with emergencies, especially those that can not be mitigated or eliminated by forces of one party, and requiring the coordination of the parties.

11.06.2012 11:56
Source : http://abc.az/eng/news_11_06_2012_65610.html

Mauvaise nouvelle pour les satrapes arméniens : la Turquie contribue à l'isolation économique de l'Iran

La Turquie a réduit ses achats de brut iranien, achètera à la Libye
Posted by Redaktion

[AFP] - La Turquie qui a réduit ses achats de brut d'Iran, sanctionné pour son programme nucléaire controversé, a conclu un accord pour la livraison d'un million de tonnes de pétrole libyen et est aussi en négociations avec l'Arabie Saoudite, a annoncé mardi son ministre de l'Energie.

Tüpras (principale compagnie pétrolière turque) a conclu un accord pour environ un million de tonnes avec la Libye, a indiqué Taner Yildiz, cité par l'agence de presse Anatolie.

Il a précisé que son pays menait aussi des négociations pour un accord à long terme avec l'Arabie Saoudite.

Fin mai, Tupras avait réduit de 20% ses achats de brut iranien, sous la pression des Américains qui veulent imposer des sanctions contre les institutions financières internationales achetant du brut à l'Iran, d'où la Turquie importe environ un tiers de son approvisionnement en pétrole.

La déclaration du ministre turc intervient au lendemain de l'annonce faite par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton d'exempter sept pays, dont l'Inde, la Turquie et l'Afrique du Sud, des sanctions économiques visant les institutions important du pétrole iranien. Ces pays s'ajoutent à 11 autres pays —dont la France, l'Allemagne ou le Japon— qui avaient déjà été exemptés en mars.
Source : http://www.turkishpress.de/fr/news/francais/12062012/la-turquie-reduit-ses-achats-de-brut-iranien-achetera-la-libye/1059

Voir également : Les Arméniens et la République islamique d'Iran

 

Yigal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien : "La position officielle d'Israël sur les massacres arméniens est toujours que cette question doit être tranchée par les historiens et ne pas être soumise à une délibération politique"

"Yigal Palmor, a spokesman at Israel's Foreign Ministry, said Israel's formal position on the Armenian killings remained that the issue "must be decided by historians and not be subject to political deliberation.""

Source : http://www.hurriyetdailynews.com/israeli-minister-calls-to-recognize-armenian-genocide-.aspx?pageID=238&nID=23048&NewsCatID=352









lundi 11 juin 2012

La diaspora circassienne se fait entendre à travers le monde

Publié le 07 juin 2012 à 07h21 | Mis à jour le 07 juin 2012 à 07h21

Les Circassiens de Sochi: le nouveau cauchemar de Moscou

Andréane Williams, collaboration spéciale
La Presse

(Beyrouth, Liban) Tandis que la Russie prépare avec enthousiasme ses Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sochi, le passé trouble de la ville pourrait faire ombrage au beau projet de Vladimir Poutine. Depuis la sélection de la ville comme hôte des Jeux, les Circassiens, anciens habitants de la région, chassés en 1864 par l'armée impériale russe au terme d'une invasion sanglante ayant duré un siècle, sont déterminés à faire entendre leur cause: la reconnaissance de leur génocide par Moscou.

Ils étaient des milliers à s'être rassemblés à Istanbul et dans différentes villes d'Europe et des États-Unis, le 21 mai dernier (jour de la défaite des Circassiens face à l'armée tsariste), afin de manifester contre la tenue des prochains Jeux olympiques d'hiver dans la capitale de leurs ancêtres. Car si, pour la Russie, l'année 2014 marquera la tenue des premiers Jeux d'hiver sur son territoire, pour les Circassiens, elle marquera les 150 ans d'une défaite qui hante, jusqu'à aujourd'hui, la mémoire de ses descendants.

«Nous ne sommes pas contre l'esprit des Jeux olympiques, mais personne n'accepterait la tenue d'un tel événement à Auschwitz. Sochi, c'est notre Auschwitz», déclare Zack Barsik, militant américain et cofondateur du site www.nosochi2014.com.

Pour M. Barsik, Sochi représente une ville perdue. Les Jeux de 2014 sont donc, pour beaucoup de Circassiens, l'occasion de ramener leur génocide au premier plan de la scène internationale. «Nous militons pour notre droit à retourner sur notre terre natale. [...] À la chute de l'Union soviétique, je suis allé en Russie afin de demander ma citoyenneté russe, dans l'espoir de pouvoir vivre sur la terre de mes ancêtres. Le gouvernement a refusé de me l'accorder, car mon père est jordanien. Beaucoup de Circassiens peinent, comme moi, à faire légaliser leur statut en Russie.»

La Géorgie a récemment reconnu le génocide et érigé un monument à la mémoire des Circassiens, mais Moscou n'entend pas du tout emboîter le pas. Un rapport publié en mai dernier par l'Institut russe d'études stratégiques intitulé La question circassienne et le facteur externe, faisait même état des causes du danger de la question circassienne pour la sécurité du pays. Parmi celles-ci, l'existence de réseaux d'organisations radicales, formés grâce aux nouvelles technologies.

«Beaucoup de gens en Russie ne sont pas contents que la question circassienne ait été soulevée. Les autorités du pays ont tendance à voir toute forme de critique sur l'histoire de la Russie comme un complot de l'Occident visant à miner la crédibilité de la Russie», explique l'auteur du livre Let our fame be great: Journeys Among the Defiant People of the Caucasus, Oliver Bullough.

À l'approche de 2014, les militants circassiens sont cependant déterminés à multiplier les manifestations. Plusieurs membres de nosochi2014 se sont rendus à Vancouver, lors des Jeux d'été de 2010, afin de manifester. Ils tenteront d'ailleurs de réitérer l'expérience à Londres cet été.

Bien qu'il n'y ait pas de chiffres officiels, entre 500 000 et 1 million de Circassiens auraient été chassés de leur nation en 1864 et près de 400 000 auraient péri durant l'exode. Ils seraient environ 700 000 en Russie aujourd'hui, contre 3 millions à l'étranger, dispersés entre l'Europe, les États-Unis, la Turquie, la Syrie et la Jordanie. Il n'en resterait presque aucun à Sochi.

Révolution syrienne et retour au Caucase

Depuis le début de la révolution syrienne, des centaines de familles d'origine circassienne ont demandé à être rapatriées vers leur terre natale pour échapper aux combats. Bien qu'une centaine de personnes ait pu regagner le Caucase depuis l'année dernière, la Russie devra rapidement décider si elle accueillera davantage de réfugiés, malgré ses liens avec Damas et ses réserves quant aux minorités musulmanes du Caucase du Nord.
Source : http://www.lapresse.ca/international/europe/201206/07/01-4532506-les-circassiens-de-sochi-le-nouveau-cauchemar-de-moscou.php

Voir également : La Géorgie condamne le génocide des Circassiens, à la différence de l'Arménie

En Géorgie, pays du discernement, on commémore le génocide circassien mais pas le prétendu génocide arménien

Akbar Ahmed et Frankie Martin font le point sur la question du génocide circassien

La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste

 
L'imbrication de deux réalités : le martyre des muhacir et les massacres d'Arméniens en Anatolie

Replacer la tragédie arménienne dans le temps long du déclin ottoman

L'ingratitude du clan Devedjian : ils mouchardent sur Sarkozy, une fois celui-ci battu

Interview exclusive
Pour la porte-flingue de Devedjian, Sarkozy incarne «la violence en politique»

Dimanche 10 Juin 2012 à 05:00 |

Laureline Dupont - Marianne
Laureline Dupont
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur

Marie-Célie Guillaume, directrice de cabinet de Patrick Devedjian au Conseil général des Hauts-de-Seine, publie le 13 juin « Le Monarque, son fils, son fief », une fable politique dans laquelle elle raconte avec moult détails les quatre années de guerre politique qui a opposé «l'Arménien» (Devedjian) à la droite du 92 et à Nicolas Sarkozy.

Marianne : Vous publiez le 13 juin « Le Monarque, son fils, son fief », livre pamphlet sur le système Sarkozy dans les Hauts-de-Seine. Déjà, à droite, les critiques fusent et certains vous reprochent d’avoir tenu la plume pour Patrick Devedjian auquel vous dédiez le livre…

Marie-Célie Guillaume : Ce n’est en aucun cas une commande de sa part. Quand il a quelque chose à dire, il le dit lui-même ! J’ai commencé à écrire pour moi, absolument pas dans l’idée de faire un livre mais parce que j’avais besoin d’un exutoire. Quand Patrick Devedjian a été réélu président du Conseil général du 92 en 2011 après 4 ans de violence inouïe, il a fallu reprendre la vie comme si de rien n’était. J’ai eu du mal à passer sans transition à la paix. L’écriture m’a aidé.

Dans votre livre, Sarkozy s’appelle Rocky, Devedjian devient l’Arménien, Jean Sarkozy le Dauphin… Pourquoi avoir choisi d’attribuer des surnoms à des personnages que l’on reconnaît aisément ?

Pour leur donner une dimension romanesque ! Je ne voulais pas faire un essai politique. Paradoxalement, la forme de la fable politique m'a permis d'être plus près du réel, de recréer l'atmosphère et les dialogues tels qu'ils sont derrière les portes, loin du politiquement correct.

Vous décrivez des relations humaines faites de menaces, de rapports de force, de chantage. Tout est vrai ?

Les faits que je raconte sont pour la plupart publics. Je les remets en situation et les raconte de l’intérieur, c’est ça la différence.

Y a-t-il des événements que vous n’avez pas osé raconter ?

Non, j’ai essayé de montrer la politique dans son aspect cru et brutal.

Vous donnez parfois une version très différente de celle retenue par l’histoire officielle. Concernant l’affaire de l’Epad par exemple, vous racontez que c’est Nicolas Sarkozy qui a prié son fils de renoncer…

Jean a raconté que c’était lui qui avait renoncé pour épargner son père. Mais de ce que je sais ce n’est pas comme cela que ça s’est passé. Le Château a été effrayé par le courrier que recevait l’UMP, les lettres d’insultes, les cartes d’adhésion déchirées. A un moment, ils ont ont fini par comprendre qu’il fallait que tout cela cesse.

Vous racontez une scène surréaliste qui se déroule dans le bureau de « Rocky » au Château. Face au miroir, il mime un combat de boxe avec lui-même, s’agite, s’énerve, monte en tension. Puis Madame de P., une élue de province, toque à la porte, elle a rendez-vous avec le Monarque auquel elle espère arracher des subventions pour un musée d’histoire médiévale. « Encore sous l’effet de l’euphorie de son combat de boxe imaginaire », écrivez-vous, « il (le Monarque) ressent dans tout son corps la tension du duel et l’excitation de la victoire. Il a chaud, très chaud. » A force d’insistance, il finit par obtenir de la parlementaire qu’elle cède à ses avances. « Cela ne dure que quelques instants, le monarque est pressé et Madame de P. compréhensive. »

Je ne pouvais pas faire un livre sur la politique sans parler des relations entre le pouvoir et le sexe. Toutes les femmes qui travaillent dans l’univers politique, qu’elles soient élues, collaboratrices ou journalistes, sont confrontées un jour ou l’autre à ce genre de situation. Tout le monde le sait mais personne n’en parle. La scène du combat de boxe recrée une ambiance similaire à celle d’un meeting, avec la tension, les acclamations et l’ivresse… Le pouvoir excite, c’est bien connu !


Le livre n’est pas encore sorti, pourtant vous avez déjà reçu des menaces…

Oui, mais ça ne m’a pas étonnée. Je savais très bien à quoi je m’exposais, j'ai l'habitude vous savez !  Il y a eu un entrefilet dans un journal local qui a créé une certaine agitation. J’ai été prise à parti publiquement par une adjointe de Patrick Balkany qui m’a injuriée et menacée de représailles rapides. Ils s’affolent alors qu’ils n’ont même pas lu le livre…

De tous ces « personnages », lequel incarne le plus cette violence politique que vous dénoncez ?

Le Monarque (ndlr : Sarkozy). Parce que sa violence est d’autant plus frappante et choquante qu’il est le Monarque, celui qui doit rassembler et pacifier.

Le livre se termine sur l’élection de l’Arménien (ndlr : Patrick Devedjian) à la présidence de la Principauté (ndlr : le Conseil général des Hauts-de-Seine). Vous pensez que cette « paix des braves » dans le 92 va durer ?

Dans le département, les électeurs souhaitent qu'on en finisse avec une certaine façon de faire de la politique. Vous savez, dans les Hauts-de-Seine, la grande majorité des élus sont travailleurs, dévoués, discrets, mais ils souffrent de la mauvaise image du département. Ces dernières années, l'élection de Jean-Christophe Fromantin à Neuilly, la défaite d'Isabelle Balkany aux dernières cantonales à Levallois, la réélection de Devedjian et le mauvais score de la liste sénatoriale incarnée par le couple Karoutchi-Balkany ont été des signes forts de cette volonté de changement. Je pense que ça correspond à un mouvement de fond.

« Le Monarque, son fils, son fief », de Marie-Célie Guilaume, éd. du Moment, 240 p., sortie le 13 juin, 18,50 €
Source : http://www.marianne2.fr/Pour-la-porte-flingue-de-Devedjian-Sarkozy-incarne-la-violence-en-politique_a219444.html

Et ça, ce n'est pas de la "violence", peut-être ? "Ils appellent ça terrorisme, j'appelle ça résistance. Je défends ces garçons [membres de l'ASALA] parce que ce sont des Arméniens en révolte. Et c'est de loin plus important que les différences politiques entre mes idées politiques et les leurs." (Patrick Devedjian, cité dans The Armenian Reporter, 6 juin 1985, p. 2)

Voir également : L'extrémiste et carriériste franco-arménien Patrick Devedjian (issu du groupuscule néo-fasciste Occident et ancien avocat des terroristes de l'ASALA) se retourne contre la "Sarkozie" (Sarkozy, Balkany)




Les pratiques ethno-clientélistes fort peu républicaines de Renaud Muselier à Marseille : le témoignage confondant d'une Franco-Arménienne

"Les dernières fois que j'avais eu ce type d'appels, c'était pour entendre la voix du député UMP Renaud Muselier me vantant ses interventions à l'Assemblée nationale quant au projet de loi interdisant la négation du génocide arménien. J'en avais déduit qu'en raison de mon nom d'origine arménienne, je me trouvais sur une liste spécifique. C'est certainement la même raison qui m'a valu un appel automatique vendredi ponctué par la voix de Jean-Claude Gaudin."

Source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/568105-legislatives-a-marseille-quand-le-candidat-ump-me-demarche-au-telephone.html

Pour rappel, une "conversation" entre Patrick Devedjian et Renaud Muselier en 2007 :

http://www.dailymotion.com/video/x2ell7_comparini-salope-selon-devedjian_news


dimanche 10 juin 2012

Agop Bey Cherbetgian : "Appel à la France"

Agop Cherbetgian, "Appel à la France", La Jeune Turquie, 7 novembre 1912 :
Voici donc qu'aujourd'hui le gouvernement qui a assumé la lourde tâche du salut de notre patrie se retourne, comme en 1908, vers les deux nations occidentales, celles vers qui sont toujours allées les sympathies et l'admiration du peuple ottoman, la France et l'Angleterre.

S'il était permis à des coeurs ottomans de se réjouir dans des heures aussi sombres, nous pourrions triompher, nous qui ici avons toujours combattu pour la bonne cause, aussi bien au point de vue ottoman qu'au point de vue français. Nous ne nous sommes jamais laissé abuser, nous, comme l'ont malheureusement fait, certains de nos hommes d'Etat, par l'idée allemande, par l'influence néfaste qui a creusé l'abîme où s'effondre aujourd'hui notre puissance. Nous avons toujours combattu cette influence que maudissent aujourd'hui les patriotes en deuil, nous avons toujours crié qu'avec sa « force », sa « science », sa suffisance, son dogmatisme, son exécrable orgueil, l'Allemagne conduisait la Turquie au désastre. Malgré tout, nous n'aurions jamais cru que la déroute serait aussi grande, et que le détestable esprit germanique, brisant la force de notre empire, nous conduirait directement à l'abattoir. Ah ! ils peuvent être fiers, ces messieurs en lunettes, ces officiers rogues, ces trop habiles diplomates ! En quelques années, ils ont fait ce que n'avait pu faire ni le chauvinisme slave, ni l'avidité des puissances réunies : ils ont jeté à bas cette chose farouche et rudimentaire, mais imposante, et pleine, d'idéal, qu'était la nation ottomane.

Mais, dans le lamentable effondrement de nos armées, tout est-il perdu, l'Europe n'a-t-elle plus qu'à nous laisser anéantir, polnice verso, ou même à se joindre à la meute pour la curée, comme semble le ruminer l'ineffable Triple-Alliance ?

Nous ne le croyons pas, nous ne voulons pas le croire !

Officiellement, avant-hier, notre grand-vézir, notre ministre des affaires étrangères ont fait appel aux deux nations occidentales, à leurs sages gouvernements, à leurs peuples généreux et libéraux. Faute d'une rédaction complète, M. Poincaré a dû momentanément repousser la demande de la Turquie. Nous comprenons ce geste. La France, ayant affirmé sa neutralité, ne peut jeter dans la balance une intervention qui serait un acte d'hostilité contre les alliés puisqu'elle leur ferait perdre le fruit de leurs succès en nous permet tant d'organiser notre résistance. Mais nous sommes persuadés que telle n'est pas l'intention de la Porte. Elle renonce à la lutte. Il y a déjà trop de sang versé et l'épouvante pèse sur Constantinople. Si les puissances interviennent pour nous, nous sommes prêts à remettre l'épée au fourreau. Demain, S. E. Gabriel effendi complétera sa demande en exposant les concessions que la Turquie est prête à faire, puisque le sort des armes lui a été défavorable.

Mais c'est pour ce jour-là que nous faisons appel à l'amitié du gouvernement et du peuple français. La Turquie reconnaît ses erreurs. Trop tard, malheureusement, elle s'aperçoit que ceux qui avaient capté sa confiance l'ont conduite à l'abîme. Comme l'exposait si magistralement M. Camille Pelletan, dans le Matin, elle s'explique aujourd'hui à la fois comment l'Allemagne a pu reconquérir son influence malgré la révolution jeune turque et comment l'armée ottomane a perdu toute sa force. Il y a rapport étroit entre ces deux tristes phénomènes : pour combattre et étouffer les aspirations gallophiles et anglophiles des libéraux, les envoyés du kaiser n'ont pas hésité à jeter l'armée dans la politique et à tuer à la fois notre patrie et la liberté.

Aujourd'hui, le désastre nous a ouvert les yeux et nous revenons à nos amis séculaires. Il faut que le peuple français nous entende. Il ne nous connaît pas assez, nous le savons, hélas ! Mais qu'il écoute ceux d'entre ses illustres enfants qui nous connaissent, les Pierre Loti, les Pierre Mille, Edouard Herriot, Pierre Mortier, Paul de Cassage, qu'il entende la voix éloquente et généreuse de Jean Jaurès, qu'il relise les lignes éloquentes et courageuses que Claude Farrère écrivait hier encore dans l'Intransigeant, et ensuite nous ne doutons pas qu'il ne nous tende la main.

« Si j'aime les Turcs et si je n'aime pas leurs ennemis, c'est à double cause, dit le brillant écrivain et le vaillant officier. J'ai deux raisons qui justifient ma sympathie : une raison d'intérêt et une raison de sentiment.

« En Orient, les intérêts français sont liés, et mieux que liés : mêlés, enchevêtrés, confondus avec les intérêts turcs. Chaque pas perdu par la Turquie est un pas perdu pour la France. Chaque progrès des Bulgares, des Serbes ou des Grecs est un recul pour nous, Français.

« Qu'on veuille bien se souvenir, d'abord, de l'état actuel de la question turque. La Turquie moderne est, dit-on, inféodée à l'Allemagne. Si vous voulez. Mais qu'est-ce à dire ? Ceci simplement : que, menacée et entamée par ses ennemis slaves, les Turcs ont dû chercher appui chez les ennemis actuels des Slaves : en Autriche, en Allemagne. Cela empêche-t-il la langue française d'être, « au même titre que la langue turque », la langue officielle de l'empire ? Cela empêche-t-il nos écoles de rayonner sur tout le territoire ottoman ? Cela empêche-t-il le peuple turc de nous connaître, de nous aimer ? comme l'unique nation qui fut toujours son alliée contre tous ses ennemis successifs, depuis François Ier jusqu'à Napoléon III ? Cela empêche-t-il le Turc musulman, continuellement envahi et entamé par le Slave orthodoxe, de s'appuyer logiquement sur le Franc catholique « et de le favoriser de toutes ses forces ? » Questionnez nos missionnaires latins, véritables pionniers de notre civilisation occidentale en Anatolie : tous se loueront du Turc et maudiront l'orthodoxe. Aux jours des grandes fêtes catholiques, qui sont là-bas, que la France anticléricale le sache ou l'ignore, les grandes fêtes françaises (concurremment avec le 14 juillet, fêté musique en tête par tous les religieux latins d'Orient), à Pâques nouveau style, à Noël, à l'Assomption, que voit-on, de Stamboul jusqu'à Diarbékir ? On voit les garnisons ottomanes, baïonnette au canon, faire la haie sur le passage des processions françaises pour leur faire honneur et pour les protéger contre les injures, les cailloux et autres aménités, dont toute la gent orthodoxe s'efforce de lapider ces Francs maudits, barbares et idolâtres ».

Et Claude Farrère conclut nettement :

« Qu'on le sache bien, qu'on en soi sûr : l'armée bulgare, en cet instant même, refoule et culbute la France latine hors des Balkans. »

Ah ! il connaît bien les questions orientales, et il fait justice de tous les préjugés, de tous les racontars, de toutes les calomnies qui nous ont aliéné l'opinion publique. Il a vu, de ses yeux, sur place, la vraie statistique des meurtres commis en Macédoine, — non pas la statistique des journaux occidentaux. Il sait comment certains Machiavels de la politique ou de la finance ont organisé et provoqué certaines manifestations, certains massacres qu'on nous impute à crime inexpiable. Il sait quels flots effroyables de sang turc coulèrent sous le couteau des féroces comitadjis bulgares avant de provoquer des revanches excusables, sinon légitimes. Les Bulgares, cousins germains des Huns, préparaient déjà alors la guerre actuelle en tuant le plus possible de leurs adversaires. Et aux calomnies anciennes ou actuelles concernant la cruauté turque, il peut opposer des listes interminables de victimes musulmanes égorgées ou torturées sur les frontières de la Macédoine.

Il était temps qu'une voix s'élevât enfin pour supplier les Français de ne plus accepter comme paroles d'Evangile le flot de légendes mensongères qui coule sans interruption dans les colonnes d'une presse trop intéressée. M. Claude Farrère, nourri de ces racontars, était parti en 1902 turcophobe, en 1904 il revenait de Turquie, portant dans son coeur l'estime et l'amour de ses habitants. De même, en ce moment, la voix éloquente de M. Stéphane Lausanne clame la vérité dans les colonnes du Matin.

Entendez-les, Français, entendez-nous ! Le Turc s'est tu jusqu'à présent. Voilà, le plus grand de ses torts. De généreux écrivains viennent de lui prouver qu'en dehors de la cloche slave il y avait la cloche musulmane, et qu'elle avait le même son que la cloche française.

Voilà pourquoi la France, champion du droit et de la justice, ne doit pas laisser rayer la Turquie de la carte d'Europe. Ce serait un grand malheur pour la civilisation. C'en serait un aussi pour la patrie de François Ier et de Napoléon III. Et elle pourrait un jour regretter de nous avoir laissé déchirer, comme elle a regretté d'avoir laissé démembrer la Pologne.







Memmed Emin Resulzade : "Sous le mot d'ordre de l'Unité du Caucase"

Memmed Emin Resulzade, "Sous le mot d'ordre de l'Unité du Caucase", Prométhée, n° 46, septembre 1930, p. 3-8 :
Voilà déjà six mois que notre pays est la proie d'événements exceptionnels. Toutes les montagnes de l'Azerbaïdjan et des pays limitrophes, Arménie et Géorgie ainsi que Nord-Caucase sont embrasées du feu de l'insurrection populaire. Les meilleurs enfants du pays ont décidé de mourir avec honneur dans la lutte, plutôt que de mourir sans gloire dans l'esclavage, après avoir été soumis aux expériences monstrueusement diaboliques des tyrans moscovites. Car, la "suppression du "koulak" en tant que classe" dans les conditions de vie de l'Azerbaïdjan et de tout le Caucase n'est autre que l'extermination massive de tout un peuple. Les 60 % de la population rurale de l'Azerbaïdjan appartiennent à cette catégorie de personnes appelés à être "dékoulakisés". Il ne faut pas oublier qu'ici on a collectivisé, non seulement l'économie rurale, mais aussi l'élevage.

Le Caucase n'a jamais connu ce que c'est que l'agriculture communale, phénomène de la vie russe. Rappelons encore que ces expériences ont été appliquées par des fonctionnaires soviétiques dans les proportions de 70 %. La force "révolutionnaire" mise à la disposition de ces fonctionnaires était russe : l'armée rouge, armée d'occupation.

Dans ces conditions, la résistance paysanne contre le système des "kolkhoz" (collectives agricoles) avait un caractère anti-soviétique en même temps que d'opposition à l'armée d'occupation et, conséquemment, anti-russe. Ces manifestations avaient un caractère non seulement social, mais aussi national. Il est apparu que les insurgés exigent, non seulement la suppression de toute collectivisation, mais encore le rétablissement de leur pouvoir national. Le fait que les soldats rouges locaux passent en masse dans les rangs des insurgés, que les miliciens n'ont jamais été sûrs, que même les communistes locaux vont rejoindre les insurgés, ne prouve-t-il pas la justesse de nos affirmations ?..

Les orateurs soviétiques n'ont-ils pas, maintes fois dans leurs discours aux réunions du parti, signalé ces "regrettables" constatations ? L'un d'eux, Tchapline, parlant des "cadres ruraux" du parti communiste n'a-t-il pas appelé "indigne" leur conduite, au cours des derniers événements ? "Le fait, ajouta-t-il, qu'à Noukha à un moment difficile nombre de communistes nous ont trahis, qu'ils sont passés ouvertement du côté de l'ennemi, nous oblige à souligner un fois de plus que le noyau communiste rural ne doit être accepté qu'après une filtrage sérieux des éléments éprouvés au cours des récents combats" (Cf. Khorourdaïn, Aïastan, n 117, 23-5). Cet acte de "trahison" de jeunes communistes dont il a été fait mention par les orateurs soviétiques, confirme pleinement nos informations au sujet de ces dix jeunes communistes qui ayant gagné la montagne soutinrent avec acharnement l'assaut des tchékistes lancés à leur poursuite et se défendirent jusqu'à la dernière cartouche qu'ils employèrent héroïquement pour se brûler la cervelle, afin de ne pas tomber vivants dans les mains de l'ennemi. (Le chef du groupe était Moursal Ibat Ogly. Cet exploit eut lieu à Askeran). Qu'est-ce qui oblige ces soldats rouges, ces miliciens, ces indigents, ces paysans moyens, ces communistes et jeunes communistes à entrer dans les rangs des "koulaks", de "l'ennemi de classe", et gagner la montagne rejoindre les insurgés, les "bandits" comme les appellent les bolcheviks ? Si l'on en croit le "camarade" Guikalo, cet orateur qui prit la parole à une réunion du Comité régional à Tiflis, ce mouvement serait l'oeuvre du parti (nationaliste) "Moussavat". C'est le "moussavatisme" qui anime le mouvement insurrectionnel antisoviétique.

Le "moussavatisme" évidemment, en tant que synonyme du nationalisme azerbaïdjanien joue dans ce mouvement un rôle de premier plan. Mais la question est suffisamment claire sans son intervention. C'est dans le malheur national commun qu'il faut chercher la cause de ces soulèvements, cause qui s'est traduite sous forme de protestation nationale partagée par le peuple azerbaïdjanien dans son entier. Et dans leur lutte, les insurgés ont levé l'étendard national azerbaïdjanien.
Les Azerbaijaniens n'ont pas été les seuls à se soulever. La lutte n'a pas été proclamée pour la seule libération de l'Azerbaïdjan. Le cauchemar rouge de la tyrannie soviétique presse de tout son poids sur tous les peuples du Caucase. La pénible destinée historique unit. La dure école de la vie leur apprend la nécessité de se solidariser. L'instinct national usuel leur suggère la communauté de leurs intérêts politiques et c'est pourquoi nous voyons cet admirable élan de fraternisation des masses populaires du Caucase. Dans le Nakhitchévan, à ce même Vedi-Bassar qui défendait sa liberté, il n'y a pas longtemps encore contre la république arménienne, les insurgés turks fraternisent aujourd'hui avec les volontaires arméniens.

D'après les données fournies par nos correspondants, ainsi que selon les informations indirectes de la presse soviétique, il est établi une communauté de tactique. Le bruit d'un Congrès des délégués des insurgés de toutes les nationalités du Caucase qui se serait tenu dans les montagnes de Zakatal n'est pas sans fondement. Au Congrès auraient pris part des délégués d'Azerbaïdjan, du Caucase du Nord, de Géorgie et d'Arménie. Des informations venues d'Azerbaïdjan signalent toute une série de hauts faits, témoignant de la solidarité effective entre éléments nationaux prenant part à la lutte au Caucase. Quoi de plus convaincant que ces réfugiés arméniens trouvant asile chez les Turks d'Azerbaïdjan et ces derniers chez les Arméniens. Il est des cas où des villages arméniens tels que Vedi-Bassar et Aïnaroz ayant eu autrefois, au cours de la guerre civile des comptes à régler avec les insurgés arméniens préféraient avoir affaire aux Turks-Azéris qu'aux détachements arméniens.
Les faits confirmant la justesse de la résolution du Comité de l'Indépendance du Caucase, à savoir "que le malheur qui s'est abattu sur les peuples du Caucase et la pénible lutte qu'ils soutiennent ensemble contre l'ennemi commun contribuent certainement à renforcer l'idée de communauté des destinées historiques pour tous les peuples du Caucase". Ces faits, répondent à la réalité. Il est vrai, dit encore ladite résolution, qu'il se crée une psychologie révolutionnaire propre à tout le Caucase, sans laquelle le succès de la lutte engagée n'est pas possible.
Unité du Caucase ! tel est le mot d'ordre qui anime désormais les peuples du Caucase. Ce que les masses populaires comprennent par instinct de conservation, ce qu'elles réalisent dans la pratique, les organes dirigeants du Caucase le fixent en théorie. "Il faut renforcer l'activité du mouvement d'organisation et de propagande dans le pays natal, et mettre au premier plan la formule de la Confédération indépendante du Caucase" dit cette même résolution du Comité de l'Indépendance du Caucase, approuvée à l'occasion des derniers événements du Caucase.

Dans leurs résolutions touchant à l'insurrection en Azerbaïdjan le Centre national azerbaïdjanien et le Comité central du parti "Moussavat" proposent avec insistance à "tous ceux qui font partie de l'organisation et à tous les patriotes de mentionner en parlant de l'indépendance de l'Azerbaïjan, la Confédération du Caucase indépendante, attendu que la libération de l'Azerbaïdjan n'est possible que conjointement avec la libération de tout le Caucase". Cette idée clairement exprimée par ces deux institutions responsables du mouvement national et révolutionnaire azerbaïdjanien figure également dans les proclamations adressées au peuple. C'est aussi dans cet esprit qu'a été libellée la proclamation du Comité pour l'indépendance du Caucase.

Les bolcheviks qui pendant longtemps ont fait le silence sur les insurrections au Caucase ont enfin reconnu ouvertement le fait du "mouvement insurrectionnel". Nous disons "ouvertement", attendu que jusqu'à ces derniers temps, dans leurs déclarations sur les mouvements locaux, les hommes politiques soviétiques recouraient à des qualificatifs tels que "mouvement anti-sovétique", contre les "kolkhoz", contre le "parti communiste", évitant soigneusement d'employer le mot "insurrection". Ce mot sacramentel est enfin prononcé ! Eliava, le chef du gouvernement soviétique de Transcaucasie, fit à ce sujet à la réunion plénière du Comité communiste régional de Transcaucasie, à Tiflis dans la première moitié de juillet un long rapport sur la situation politique en Transcaucasie. D'après ses affirmations, cette situation est extrêmement tendue, particulièrement grave, plus grave que partout ailleurs en Union soviétique. Cet état de choses apparaît surtout dans les campagnes.

Faisant à ce sujet un tableau de la situation à la campagne, le dirigeant soviétique procède à une classification par républiques. De ce tableau il apparaît "qu'en Géorgie l'on observe l'expectative ; que dans les rayons turks du district de Tiflis, la situation est grave ; qu'en Arménie elle est plus compliquée, notamment dans la région de Zanguézour, de Karaïaz et en partie dans celle de Delijan et de Lori, district de Bambak. En Azerbaïdjan, la situation est encore plus mauvaise, plus particulièrement dans les régions où s'opère le mouvement insurrectionnel, dans le Nakhitchévan, dans les districts de Zakatal et de Noukha. L'affaire en est venue à un isolement. Tout cela est l'oeuvre de nos ennemis, des puissants koulaks d'Azerbaïdjan et de l'influence étrangère. Actuellement, la situation est très tendue dans ces mêmes districts de Zakatalo-Noukha, Karabagh et Gandja". Dans ce mouvement insurrectionnel contre le pouvoir d'occupation soviétique se sont groupés tous les éléments du peuple et tous les peuples du pays. Voici du reste dans quels termes remplis de haine et d'inquiétude à la fois, M. Eliava s'exprime :

"Le koulak par lui-même n'est pas dangereux tant que les "sérédniaks" (paysans moyens) ne sont pas tombés sous son influence. Malheureusement, nous avons très peu fait pour opposer les masses pauvres et moyennes à cette influence. L'on constate en ce moment au village l'union de toutes les forces anti-soviétiques : popes, mollahs, mencheviks, dachnaks, moussavatistes, ittikhadistes, etc." A tout cela il n'a garde d'ajouter : "...et une lutte très sérieuse contre les Soviets à l'extérieur...".

A la tête de ce "danger de l'extérieur" ainsi que le proclame M. Eliava, se trouve le Comité pour l'indépendance du Caucase lequel a "tout récemment repris son activité" avec, "l'appui de l'Angleterre" évidemment. L'analyse de faits politiques par les bolcheviks ne saurait se passer de quelque allusion à de prétendues "intrigues anglaises".
De quoi parlent les "agents de l'Angleterre" du Comité pour l'indépendance du Caucase ? "Il n'existe point de différence, disent-ils, ainsi que l'affirme M. Eliava, entre le coran et l'évangile, entre l'église orthodoxe et l'église grégorienne et comme résultat, nous avons vu dans le Nakhitchévan des bandes turkes (lire "insurgés") à la tête desquelles figuraient des prêtres arméniens ; nous avons vu à Daralaghez des bandits arméniens (lire des "insurgés") se battre sous le commandement de chefs turks..."
Le fait que les Caucasiens ont senti la nécessité de s'unir pour lutter contre le régime abhorré, sans distinction de nationalité ni de croyance est très désagréable au représentant de l'impérialisme rouge qui a subjugué tous les peuples du Caucase.
Ce n'est pas le sang versé d'une population sans défense, pas plus que la tragédie d'un pays déchiré qui occupent l'esprit des communistes, voici plutôt :

"L'Azerbaïdjan est une base cotonnière pour la Transcaucasie et pour l'Union ; le naphte d'Azerbaïdjan, l'élevage azerbaïdjanien ont une grande importance et jouent un grand rôle. S'il arrivait qu'il y eut un fléchissement de ce côté, la répercussion se ferait sentir sur les autres fronts" (discours de M. Eliava).

A qui la faute ? Ni le Comité régional de Transcaucasie, ni Moscou, évidemment, ne sont coupables ; les dictateurs du Kremlin sont infaillibles, le régime colonial rouge n'est pour rien dans tout cela. La faute en revient, d'une part, à des "influences extérieures" et, d'autre part, aux communistes azerbaïdjaniens. Ce sont les organisation azerbaïdjaniennes du parti qui n'ont pas assez vite réagi.

Nonobstant les instructions du Comité central du parti d'envoyer des agitateurs à la campagne, le Comité central n'en a rien fait. Telle est l'accusation que ce même Eliava a lancé publiquement au visage des délégués azerbaïdjaniens. Sous le coup de cette outrageante accusation, les délégués azerbaïdjaniens se divisèrent en deux camps. "La faute n'incombe point à un excès d'indépendance des organisations du parti azerbaïdjanien", répondit le délégué Kassoumov, mais à un "centralisme excessif". Combien préférable aurait été un simple conseil du Comité central laissant aux forces locales le soin de s'occuper de ces affaires. La faute, dans les derniers événements, réside tout entière dans cet excès de centralisme ; voilà la vérité", ajouta-t-il.

En dépit des déclarations serviles des communistes azerbaïdjaniens à tendances russophiles, dans le genre de M. Karaev, qui au cours d'une vive polémique gratifia le commissaire du peuple Bouniat-Zadé de "serviteur du moussavat", dans les larges couches soviétiques d'Azerbaïdjan domine à n'en point douter l'influence du groupe Kassimov. Les journaux de Bakou relatent le discours hardi de l'ouvrier Zoulfaliev qui au cours d'une réunion, dans un quartier ouvrier, démontra les fautes commises par les organisations centrales. Ledit Zoulfaliev compara la situation du paysan des kolkhoz avec celle du serf sous l'ancien régime, ce qui lui valut d'être descendu de la tribune et emmené en un lieu qu'on devine sans peine. Un groupe d'étudiants de Bakou ne put se défendre de critiquer la politique centrale ; ils allèrent jusqu'à exiger la non-immixtion de Moscou dans les affaires du Caucase. Les étudiants pas trop hardis furent expulsés de l'Université et les professeurs ainsi que les autres étudiants furent "blâmés" pour leur "passivité", laquelle s'était manifestée par le fait même qu'ils avaient écouté des "discours contre-révolutionnaires" prononcés dans les murs de l'Université.

Comme on peut le voir, le mouvement "insurrectionnel" s'est emparé même des "classes dirigeantes" à la tête desquelles se trouvent des "camarades" choisis parmi les travailleurs responsables. Dans ce même discours de M. Eliava il y a des indications indirectes telles que "chez nous ont surgi tout dernièrement des cas individuels surtout en Arménie et en Azerbaïdjan de groupements au sein du parti". Ces dirigeants prêchaient la liquidation de tous ces groupements : "Nous devons à ce point discipliner toutes nos organisations de manière que le parti agisse comme un seul homme sur tous les secteurs et qu'il réponde pour chaque secteur en Transcaucasie aussi bien sur le secteur Géorgien qu'Arménien et qu'Azerbaïdjanien".

Malgré le triomphe du secrétaire général, la crise de la dictature communiste continue, sans aucun doute, à se trouver dans une situation incurable. Les contradictions créées par le régime soviétique lui-même croissent de jour en jour. Dans ce système de contradictions le principal rôle est joué comme toujours par deux facteurs capitaux qui se développent dans des directions diamétralement opposées. D'une part se développe un centralisme basé sur le fait de la concentration sur une étendue plus restreinte de la dictature du parti et, d'autre part, sur le développement de plus en plus grand de l'autonomisme dans les républiques nationales du fait de l'existence d'un renforcement du mouvement national.

Ces deux tendances divergentes de la réalité soviétique commencent à se heurter. Le mouvement insurrectionnel que nous analysons ici constitue l'une des étapes de ce conflit. Les victimes de ce conflit sont innombrables. Les meilleurs enfants du pays périssent dans cette lutte ; le peuple supporte des souffrances inouïes, des privations sans fin. De braves insurgés repoussent les furieuses attaques des occupants exclusivement avec leurs propres moyens, sans le moindre secours, séparés du monde civilisé. Il est possible que le sort leur réserve encore de pires souffrances ; abandonnés à eux-mêmes ils seront encore peut-être battus ; mais ce ne sera qu'une défaite matérielle et passagère. Au point de vue moral ils sont déjà vainqueurs car la victoire finale leur est garantie attendu qu'ils défendent moralement les principes invincibles de liberté, les principes du droit et de l'indépendance nationale. Le meilleur gage de succès de ces hauts bienfaits de la culture humaine pour les peuples du Caucase, consiste dans l'unité des intérêts politiques du Caucase ; l'idée de cette unité en raison même des derniers événements a progressé formidablement ainsi qu'en témoignent éloquemment les faits que nous venons de citer.
Dans le temps où l'on remarque la présence de "groupements" et de tendances divergentes dans les rangs ennemis, nous sommes heureux de constater la présence de tendances convergentes parmi les peuples du Caucase qui luttent en pleine solidarité pour l'indépendance des républiques du Caucase.
Oui, les peuples du Caucase qui, en la personne de leurs insurgés, soutiennent une lutte sanglante, la main dans la main, contre l'ennemi commun suivent la véritable voie historique. Les documents des organes dirigeants du Caucase national démocrate cités plus haut, montrent que dans cette voie qui est la vraie existe une certaine harmonie entre les théoriciens et les éléments pratiques du mouvement caucasien. Il ne nous reste qu'à désirer plein succès au Caucase dans cette direction, mais il faut se souvenir fermement que la lutte entre dans une phase décisive et que nombreuses seront les difficultés. Pour surmonter ces difficultés et pour atteindre une victoire complète il faut que l'union la plus intime de tout le Caucase se fasse, aussi bien entre le Nord et le Sud qu'entre l'Est et l'Ouest. C'est dans l'union de tous les peuples du Caucase et dans sa conception bien arrêtée de la réalisation indispensable de l'idée d'une Confédération indépendante du Caucase que réside le gage certain de notre victoire finale.
Ainsi, peuples du Caucase, unissez-vous, serrez vos rangs et autour de vos bannières nationales, levez plus haut l'étendard de l'unité caucasienne. En cela répétons-nous réside notre salut à tous.

M. E. Rassoul-Zadé.

Voir également : La réponse cinglante de Memmed Emin Resulzade à Khondkarian