Ariel
Kyrou et Maxime Mardoukhaïev, "Le Haut-Karabagh, vu du côté
Azerbaïdjan", Hérodote, n° 54-55, 4e trimestre 1989, p. 265-267 :
"A
partir d'août 1987, les Arméniens multiplient les pétitions pour
demander le
rattachement du Haut-Karabagh à l'Arménie. En février 1988, plus
de 500 000 personnes
défilent à Erevan. La population de Stepanakert, chef-lieu du Haut-Karabagh
se prononce pour une grève générale illimitée. Cent ou deux cents
jeunes Azeris se rendent
alors à Stepanakert. Ils sont arrêtés en chemin, à Askeran. Par
des miliciens arméniens, disent les uns. Par des soldats russes,
disent les autres. Bilan : deux morts, de seize et dix-huit ans, et
dix-huit blessés. Auparavant, quelqu'un,
sans doute Alexandre Katoussev, adjoint du procureur général d'URSS,
a donné l'ordre de ravitailler Stepanakert et les environs en vodka,
et ce
en quantité importante, pour la première fois depuis un an.
Un
peu plus tard, comme l'explique la revue Glasnost dans son numéro
spécial «
Arménie », ce même Katoussev annonce à la télévision azerie la
mort des deux
Azeris à Askeran. Sans en préciser les conditions. Pis, ce serait
lui, là encore, qui
aurait envoyé d'Agdam à Soumgait trente autobus de conscrits
prétendument appelés
sous les drapeaux, et qui aurait décidé de diffuser les images d'un
massacre sauvage
(le film Le Dimanche rouge) à la télévision azerie juste avant un
message de Mikhaïl Gorbatchev.
Résultat
: trois jours et trois nuits de pillages et de massacres terrifiants.
Une vraie
barbarie. Officiellement, on dénombrera trente-deux morts. Il y en
aurait eu
plus de cent en réalité.
Trois
hommes ont été jugés dans un simili-procès après une
simili-enquête. Deux
Azeris, et un Arménien, Grigorian, qui aurait tué cinq Arméniens.
Des
leaders de l'Union pour l'autodétermination nationale de l'Arménie
de Paruyr
Hayrikyan, exilé aux Etats-Unis après son expulsion d'URSS, m'ont
certifié qu'ils
avaient de nombreuses preuves que les premières tueries n'avaient
pas été
commises ou tout du moins dirigées par des Azeris, mais par des
agents du KGB.
Pour
Moscou, en effet, il vaut mieux que les peuples se battent entre eux, comme
le font maintenant Azeris et Arméniens, plutôt qu'ils réclament
l'indépendance comme
le font les Baltes. L'histoire se répète.
Dernier
détail : les premiers émigrés azeris, venus de Kafan en Arménie,
sont arrivés
à Soumgait quelques semaines avant le massacre. Dans une ville où
les meilleurs
postes étaient occupés par des Arméniens, parfaitement intégrés
à la population.
A Bakou ou à Soumgait, ce sont ces émigrés qui pourchassent les Arméniens
avec le plus de férocité. Et si beaucoup d'Azeris n'avaient
pas protégé au
risque de leur vie leurs amis ou voisins arméniens, c'est plutôt
par milliers qu'il
aurait fallu compter les victimes de Soumgait.
Aujourd'hui,
une chose est sûre : c'est de guerre civile qu'il faut parler entre Azeris
et Arméniens. Dans
son édition du 9 mai 1989, The Guardian, équivalent anglais du
Monde, livre
le témoignage d'un Azeri : Sadigov, c'est son nom, a été expulsé
d'Arménie en
novembre 1988. Il a vu mourir deux de ses voisins, assommés puis
brûlés vifs
par des Arméniens qu'il voyait pour la première fois. La veille,
des bus étaient arrivés,
et on avait ordonné à tous les Azeris de quitter leurs terres.
Jamais, auparavant, il n'y avait eu de problèmes entre les Azeris et
les Arméniens du village de
Sadigov.
Nous-mêmes
avons rencontré dans des camps plusieurs réfugiés azeris
d'Arménie. Certains,
virés de force en plein hiver, ont vu des enfants mourir.
Il
y a deux ans, on comptait encore quelque 130 000 Azeris en Arménie.
Plus un
seul aujourd'hui. Tous sont partis, ont été forcés de partir ou
carrément expulsés."
Voir également : Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921
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Histoire des Arméniens : la politique anti-azérie et pro-arménienne du régime bolcheviste
Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris
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Le prétendu "pogrom nationaliste azéri" de Soumgaït en 1988 : une manipulation communisto-mafieuse ?
Les circonstances des émeutes anti-arméniennes de Bakou en janvier 1990
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