vendredi 17 août 2012

Chalon : une famille de squatteurs qui a fui la mafia régnant en Arménie

Chalon. Assignée par l’Opac, une famille sans papiers était hier devant la justice.
Sans toit et au tribunal
le 20/07/2012 à 05:01 par Valérie Monin
La famille arménienne qui squattait le hall d’un immeuble de l’Opac a dû s’expliquer sur sa situation. Une audience compliquée.

Légèrement agacée, la présidente du tribunal d’instance de Chalon a dû hier statuer sur une deuxième demande d’expulsion émanant de l’Opac – la deuxième en un mois pour les mêmes motifs – contre une famille sans papiers, cette fois venue d’Arménie. Sans solution d’hébergement, ayant fait plusieurs fois appel au 115 en vain, cette famille s’est résignée, comme deux autres familles avant elle, à squatter un hall d’immeuble du cours Marcel-Pagnol, où se situe le siège de la Croix Rouge (lire notre édition d’hier).
Sacs de couchage

Vendredi dernier, Aramaïs, Lena et leurs deux filles de 10 et 12 ans, Azatuhi et Anushik, se sont glissés dans les sacs de couchage laissés dans le hall d’immeuble de la famille arménienne précédente – qui a trouvé une solution d’hébergement à Louhans – qui elle-même avait pris la place d’une famille kosovare finalement partie en Belgique. « Il y a visiblement actuellement un souci avec l’hébergement d’urgence. Il est malheureux de devoir faire ce genre de procédure pour déclencher une solution » soulignait l’avocat de l’Opac, Maître Sagnes. « Ce genre de dossier monopolise beaucoup de temps, d’énergie » déplorait également la présidente du tribunal, « c’est un coût pour l’Opac, c’est un coût pour notre activité. Ni l’Opac, ni le tribunal d’instance n’ont à se substituer aux autorités compétentes. » Accompagnée de membres du Réseau éducation sans frontières et de la Ligue des droits de l’homme, la famille a donc dû hier s’expliquer sur les raisons de sa présence à Chalon. Un dialogue difficile, traduit par une interprète de bonne volonté, elle-même en situation irrégulière – ce qui n’a pas manqué de faire sourire la salle lorsque cette dernière a dû prêter serment. Difficulté d’abord pour comprendre quel était le véritable nom du chef de famille, après une confusion de l’huissier qui a rédigé ses documents au nom de la famille précédente, puis au nom de Lena, alors que le couple n’est pas marié – du moins sur les « registres », puisqu’il s’agit d’un mariage coutumier. Difficulté juridique ensuite puisque cette famille ne fait pas partie des demandeurs d’asile, n’ayant pas eu la possibilité de constituer un dossier pour l’instant.
Mafia

Le couple n’a pas vraiment pu raconter son histoire : Aramaïs tenait un magasin en Arménie, mais il dit avoir été persécuté par la mafia – il en garderait des séquelles qui le feraient particulièrement souffrir – et a préféré s’enfuir avec sa famille. Leurs accompagnateurs ont pu toutefois insister sur le point principal : la famille a quitté le hall de l’immeuble de l’Opac mercredi soir. Elle est très provisoirement hébergée chez un membre du RESF. Ce qui rend la procédure d’expulsion caduque. Le tribunal d’instance devrait toutefois se prononcer sur la question ce matin. Hier après-midi, les soutiens de la famille ont remué ciel et terre pour trouver une solution d’hébergement. En vain. Un dossier de demande d’asile devrait être déposé dans les prochains jours.
Source : http://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2012/07/20/sans-toit-et-au-tribunal

Voir également : Une famille de réfugiés politiques à Tourcoing : l'Arménie, "c'était trop dangereux pour nous"

Cholet : deux familles de réfugiés arméniens poussées à l'exil du fait de la loi de la jungle mafieuse qui régne dans leur pays