vendredi 17 août 2012

Romanswiller : soupçons sur l'assassinat d'Harutyun Ohanyan

par Antoine Bonin, publié le 10/07/2012 à 05:00

Romanswiller / Mystère autour d’un cadavre carbonisé
Assassiné par son fils ?

Le 10 août 2011, un corps carbonisé avait été découvert dans une voiture sur les hauteurs de Romanswiller. La victime était un père de famille arménien domicilié à Strasbourg. L’un de ses fils, âgé de 22 ans, est soupçonné d’être l’assassin.

C’est un moniteur de colonie de vacances parti en repérage pour un jeu de piste sur la colline du Kopp qui a découvert le cadavre, le 10 août 2011 au matin, à l’intérieur d’un véhicule calciné. Mais les gendarmes ont pu établir que l’incendie était vieux de quelques jours. Un témoin leur a indiqué avoir aperçu un petit feu à l’endroit approximatif où se trouvait la voiture, le 7 août vers 4 h du matin. Un homme qui faisait du quad ce jour-là affirme avoir vu l’épave, également remarquée par un chasseur le lendemain matin.

Les investigations effectuées sur la carcasse de la voiture ont permis de déterminer qu’il s’agissait d’un Renault Scenic immatriculé en Meurthe-et-Moselle. Son propriétaire, contacté par les enquêteurs, l’avait vendu quelques semaines auparavant à Harutyun Ohanyan, un Arménien de 47 ans domicilié à Strasbourg-Koenigshoffen. Les analyses odontologiques ont confirmé qu’il s’agissait bien de sa dépouille.
Des brûlures suspectes aux mains et au visage

Les gendarmes de la section de recherches (SR) de Strasbourg ont commencé à s’intéresser à l’environnement de la victime. Arrivé en France en octobre 2005 avec son épouse et leurs deux enfants, le quadragénaire ne travaillait pas. Il faisait de l’achat-vente de véhicules sur Internet.

Archak, l’un des fils d’Harutyun Ohanyan, a déclaré aux enquêteurs que son père était parti en voiture pour Paris dans la matinée du 6 août 2011. Or les analyses téléphoniques ont démontré que la victime n’avait pas quitté Strasbourg et se trouvait toujours chez lui dans la soirée du 6 août. Pourquoi Archak Ohanyan a-t-il évoqué ce déplacement vers la capitale s’il n’a pas eu lieu ?

Un autre élément a éveillé les soupçons des gendarmes de la SR à l’encontre du jeune homme de 22 ans. Celui-ci s’est présenté dans la soirée du 7 août à l’hôpital de Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) pour des brûlures aux mains, au cou et au visage. Interrogé sur l’origine de ses blessures, il a expliqué qu’elles provenaient de l’ouverture du bouchon du radiateur de son véhicule qui avait surchauffé.


L’expertise médicale réalisée à la demande du magistrat instructeur a révélé que la vapeur chaude s’échappant du bouchon du radiateur à l’ouverture atteignait principalement les éléments les plus proches – nécessairement les mains – et éventuellement dans un second temps le visage. Or Archak Ohanyan a été plus fortement brûlé au visage qu’aux mains, dont la face antérieure est indemne. Le médecin expert en conclut que les brûlures de l’intéressé ne sont pas compatibles avec celles qui auraient pu être occasionnées par l’ouverture d’un bouchon de radiateur d’un véhicule.

Egalement mis en cause par des éléments informatiques, le fils aîné d’Harutyun Ohanyan a été placé en garde à vue dans les locaux de la SR le 4 juin dernier. Le lendemain, il a été mis en examen pour assassinat par la juge d’instruction Nathalie Beaudoux.
Quel mobile ?

Audition après audition, Archak Ohanyan n’a cessé de clamer son innocence, insistant notamment sur l’importance de la famille dans sa communauté. Son avocat M e Renaud Bettcher souligne que les enquêteurs n’ont pas trouvé la moindre trace de conflit entre le fils et le père, et ignorent donc quel serait le mobile du crime.

Une autre inconnue demeure : de quoi est mort le quadragénaire ? L’autopsie pratiquée le 22 août 2011 à l’institut de médecine légale de Strasbourg n’a pas permis de répondre à cette question. « Mis à part la carbonisation étendue et intense du corps, il n’a pas pu être retrouvé les causes initiales du décès », écrit le légiste dans son rapport.

Le fils est incarcéré à la maison d’arrêt de Strasbourg depuis un mois. Il a interjeté appel de l’ordonnance de placement en détention provisoire mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Colmar l’a confirmée. Les investigations se poursuivent pour tenter de faire toute la lumière sur un dossier énigmatique.

par Antoine Bonin, publié le 10/07/2012 à 05:00
Source : http://www.dna.fr/edition-de-molsheim-schirmeck/2012/07/10/assassine-par-son-fils