mardi 18 septembre 2012

Ara Toranian et l'apogée de l'ASALA

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 65-66 :

"Le bras de fer FRA-ASALA prend, à partir de 1980-1981, un ton nettement plus radical, à coups d'invectives et de menaces de mort. Désormais, la concurrence fait intervenir un nouveau paramètre : isoler l'autre, le combattre si nécessaire, par les idées et les actes pour mieux incarner l'actualité de la question arménienne. L'attaque par un commando de l'ASALA sur le consulat turc à Paris, le 24 septembre 1981, qui fait un mort, un employé turc et cinq blessés, synthétise trois thématiques distinctes mais parallèles d'isolement d'un adversaire. En occupant le consulat toute la journée, l'ASALA fait la une de l'actualité internationale et la question arménienne crève l'écran. Pour la première fois, le terrorisme arménien change de nature. Avec les prises d'otages, l'ASALA inaugure une méthode plus spectaculaire que celle de l'assassinat en public. L'ASALA est à son apogée. Elle a une maîtrise parfaite des moyens de communication et du pouvoir de l'image sur les masses. Sur ce plan, l'ASALA perfectionne le concept de marketing terroriste jusqu'à isoler médiatiquement le CJGA. L'ASALA gagne la guerre des images. Affublés de cagoules noires et de pseudonymes, les terroristes de l'ASALA manient, selon Y. Ternon, « la désinformation, le bluff, l'intoxication et la provocation de main de maître » et jouent sur la fibre nationaliste des Arméniens. Coup médiatique, cette prise d'otages du 24 septembre tombe également à pic sur le plan politique. La France vient à peine de passer à gauche, l'attaque du consulat polarise l'attention de la communauté internationale sur le passé de la Turquie et se déroule en pleine conférence de presse du président F. Mitterrand, lequel doit subitement en modifier le contenu pour se prononcer sur un événement imprévu. Le MNA, bras politique de l'ASALA, consolide ses assises en France et son porte-parole, Ara Toranian, devient un interlocuteur du nouveau gouvernement. Coup politique, le MNA, après avoir occupé les plateaux de télévisions et de radio, prend place autour de la table de négociations et renforce ses relations avec les partis français. Enfin, dernier avantage, le succès partisan, l'ASALA est en train de réaliser son objectif : prendre par le biais du MNA le contrôle de la communauté arménienne de France. En frappant la Turquie à deux mois du XXIIe Congrès de la FRA, à Paris, l'ASALA devient le nouveau centre d'intérêt des Arméniens, qui préfèrent s'enthousiasmer pour ces quatre jeunes membres du commando, plutôt que de suivre des « partis sclérosés ». L'ASALA ne néglige pas ce détail. Il y a quelques mois déjà, elle a annoncé que le dachnak Socrate Demirdjian, l'un des agents de H. Maroukhian qui infiltrait l'ASALA dès sa création, a été démasqué et qu'il s'est depuis repenti en faveur de l'ASALA. Histoire de dire que les militants, même les plus déterminés, fuient les partis. S'agissant du commando du 24 septembre, il se compose de deux ex-dachnaks, Kevork Guzelian et Aram Basmadjian, et de deux anciens hentchaks, Vasken Sislian et Hagop Djoulfayan, ce qui montre que l'heure des partis est révolue. Illustration de cette triple victoire de l'ASALA, la FRA reconnaît publiquement le courage de ces quatre jeunes Arméniens, alors que son discours officiel est une somme de condamnations en règle de l'ASALA."

Voir également : La fidélité d'Ara Toranian au terrorisme de l'ASALA première mouture

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