samedi 27 octobre 2012

"Comme celui des Tatars !"

Assemblée nationale, séance du 28 avril 1976 :

"M. le président. La parole est à M. Franceschi.

M. Joseph Franceschi. Ma question s'adresse à M. le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Monsieur le ministre, je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'indiquer les raisons exactes pour lesquelles, samedi dernier, vous avez interdit et durement réprimé, alors qu'elle s'était déroulée dans le calme et sans incident, la manifestation pacifique organisée en souvenir du soixante et unième anniversaire du massacre du peuple arménien perpétré par le gouvernement turc en 1915.

Les démocrates de ce pays expriment leur réprobation devant l'interpellation, et le fichage de plus de cent cinquante honnêtes citoyens qui étaient venus participer à un défilé d'une dignité exemplaire, dans le seul et unique but d'honorer la mémoire des 1 500 000 victimes du premier génocide du XXe siècle. (Applaudissements sur les bancs de l'opposition.)

M. le président. La parole est à M. le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

M. Michel Poniatowski, ministre d'Etat, ministre de l'intérieur. Monsieur Franceschi, les associations arméniennes organisent en effet chaque année des manifestations publiques en souvenir des massacres de la population arménienne qui ont été ordonnés par le gouvernement ottoman en 1915.

Le peuple arménien est de très vieille civilisation. Il a connu les plus grandes épreuves...

M. Joseph Franceschi. Il n'en avait pas besoin d'autres !

M. le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur. ... qui l'ont conduit très près du génocide. Après ces événements, une grande partie de cette communauté s'est réfugiée en France où elle s'est parfaitement intégrée à la population. La plupart des Arméniens ont été naturalisés et ce sont maintenant des descendants à la deuxième, à la troisième et même à la quatrième génération qui vivent au sein de la nation française.

M. Pierre Mauger. Ils ont largement payé pour la France.

M. le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur. Néanmoins nous sommes obligés de faire attention. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu à travers l'Europe, toute une série d'incidents et d'attentats contre les ambassades et consulats turcs et que l'ambassadeur de Turquie en France a été assassiné l'année dernière. Nous devons donc surveiller toutes les communautés qui peuvent, éventuellement, être à l'origine de ces attentats.

Une première manifestation commémorative s'est déroulée à Marseille ; elle n'a donné lieu à aucun incident, si ce n'est qu'un officier de paix a été légèrement mordu. (Rires sur plusieurs bancs de la majorité.)

En revanche, à Paris, de petits incidents s'étant produits pendant le défilé, la police a dû procéder à des vérifications et à des interpellations, mais la dislocation s'est effectuée dans le calme.

Je crois que nous devons à la nation arménienne beaucoup plus que de l'estime. C'est une communauté qui a réussi a survivre, avec sa civilisation et sa langue, à travers les épreuves les plus dures. Le fait que nous devions surveiller ce qui se passe, parce que les représentants diplomatiques d'un Etat sont menacés, n'enlève rien aux sentiments que nous portons aux Arméniens. (Applaudissements sur les bancs de la majorité.)

M. Guy Ducoloné [communiste]. Vous reconnaissez le génocide !

M. Jean Fontaine. Comme celui des Tatars !"

Voir également : Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

La double oppression des Azéris en Arménie soviétique

La déportation des Hemşinli (Hémichis), Arméniens islamisés, par Staline

Sud-Caucase soviétique : les déportations de divers musulmans dans les années 30 et 40

L'union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)

La turcophobie exacerbée de l'historiographie arménienne et les buts stratégiques de l'URSS vis-à-vis de la Turquie : éclaircissement du cas de la RSS d'Arménie par celui de la RSS de Géorgie

Le contexte international de la formulation de la revendication génocidaire arménienne (1965)

Si c'est la Pravda qui le dit...

L'inanité du concept de génocide tel que défini par Raphaël Lemkin (un juriste souvent cité par les activistes arméniens, comme si il s'agissait d'un historien compétent)

Le terrorisme arménien en France : images d'archives