vendredi 26 octobre 2012

Procès à Nice : "On n'est pas des mafieux"

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Procès des Arméniens : « On n'est pas des mafieux »


Publié le jeudi 25 octobre 2012 à 07h05 

On s'attendait à un « Miro » combatif, niant tout, interprétant à sa manière ses propos au téléphone enregistrés par les enquêteurs, on n'a pas été déçu !
Tout au long de ses trois heures et demi d'audition, hier (1), celui que le ministère public présente comme le chef de clan, le parrain de la mafia arménienne sur la Côte d'Azur, a nié en bloc toutes les accusations portées contre lui : du trafic de fausse monnaie au proxénétisme, du blanchiment à l'association de malfaiteurs.

C'est bien simple : pour ses avocats, Mes Gérard Baudoux et Dominique Garelli, Mirdat Assatrian, alias Miro, 49 ans demain, ancien champion d'Europe de lutte installé à Nice depuis vingt ans, ne serait qu'un « mégalomane ». « Les Arméniens aiment bien se vanter », a-t-on même entendu...

Ses nombreux amis massés dans la salle n'ont d'ailleurs pas hésité à éclater de rire à plusieurs reprises,
histoire de bien souligner que le principal prévenu ne serait qu'un benêt...

La présidente du tribunal correctionnel, Colette Moreau-Zalma, n'a cependant pas baissé la garde, revenant parfois à la charge sur des points déjà évoqués. Comme celui avec lequel elle a attaqué l'interrogatoire de Miro : sa proximité supposée avec un certain Abdullah Erzanoukaev, un Tchétchène assassiné l'an dernier à Nice, en même temps qu'un Arménien, et considéré comme un chef de clan mafieux.

De pirouettes en dérobades

« Oui, je le connaissais, c'était un Tchétchène »,a admis Miro. « Dans une écoute téléphonique,reprend la présidente, Erzanukaev parle de vous, de ce qui se passe dans l'église arménienne. Il semble vous tenir en haute estime, comme quelqu'un jouissant d'un grand prestige... Il s'inquiète de vous savoir en prison... Curieux si vous êtes un vantard ? » Assatrian s'en tire par une pirouette : « Moi aussi, je me suis inquiété l'an dernier... pour que Sarkozy soit réélu. »

De telles dérobades, il y en a d'autres. A l'en croire, quand on lui parle de faux billetsau téléphone, il ne demande pas s'ils sont « de bonne qualité » : « La traduction ne correspond pas. J'ai dit : " si ça se roule bien, tu le mets dans ton derrière ", dans le sens où ça ne m'intéresse pas... »Autre exemple : lorsqu'il prend rendez-vous avec l'un des autres prévenus, à l'issue de la garde à vue de ce dernier, c'est pour tenter de le réconcilier avec sa femme. Le proxénétisme, les deux filles qu'il reçoit à Nice ? « La femme d'un ami et sa sœur... »La présidente : « Vous dites : " si elles sont bonnes, on pourra les baiser "... »Réponse de Miro : « On est humain, c'était une blague... On n'est pas proxénète pour ça ! »

Alors, « voleur dans la loi » (2), Mirdat Assatrian ? « On me présente comme ça, mais j'ai fait mon service militaire, j'ai fait des études, j'ai travaillé. Un "voleur dans la loi" n'a pas le droit d'avoir fait tout ça, sinon il quitte l'organisation. Quand j'ai été arrêté, les enquêteurs m'ont demandé d'être leur indic, mais j'ai refusé. Voilà pourquoi ils disent que je suis un chef de clan. »

FRANCIS LUMINEAU

flumineau@nicematin.fr

1. Voir nos éditions depuis lundi. Le procès doit se terminer le 2 novembre.

2. Les mafieux dans l'ex-URSS.
Source : http://www.nicematin.com/nice/proces-des-armeniens-%C2%AB-on-nest-pas-des-mafieux-».1031768.html

Pour rappel : Nice : une vingtaine de prévenus, notamment arméniens, à la barre

Nice : un clan de mafieux arméniens jugé