vendredi 30 novembre 2012

La liberté d'expression selon le multi-communautariste Roger Madec

Mariage gay : un élu PS sabote un «Complément d'enquête»

Par Anne-Laure filhol

Mis à jour le 30/11/2012 à 15:34 | publié le 30/11/2012 à 14:37

VIDÉO - Faisant suite à l'incident survenu pendant le tournage de l'émission de Benoît Duquesne «Complément d'enquête», le maire du XIXe arrondissement de Paris revendique son comportement. Et s'explique.

Un plateau de télévision soudainement plongé dans le noir. Cette scène étrange pour un présentateur d'émission a eu lieu jeudi soir pour les téléspectateurs sur le plateau de «Complément d'enquête» sur France 2. Mais, c'est le matin pendant le tournage que l'affaire a eu lieu. Benoît Duquesne tourne depuis la salle des mariages de la mairie du XIXe arrondissement de Paris. Ce lieu de tournage n'est pas anodin. Le journaliste a choisi de traiter le sujet des «croisades antigays». Il voulait être dans une belle salle.

Au bout de cinq minutes, alors qu'il est en entretien avec Frigide Barjot, égérie de la lutte contre le mariage homosexuel, les lumières s'éteignent. Les deux interlocuteurs poursuivent leur conversation, l'une n'a pas l'air perturbée, l'autre ne cache pas son étonnement, voire son désarroi et sa colère. Car il n'y a pas eu de coupure d'électricité dans la mairie. Il s'agit d'un sabotage de l'émission.

Frigide Barjot trouvée par surprise, installée dans un fauteuil

Derrière ce «boycott», Roger Madec, maire PS du XIXe. Il n'a jamais dissimulé ses convictions en faveur du mariage gay. Il n'a pas supporté de ne pas avoir été informé de la venue de Frigide Barjot. Il s'est senti trahi. «Cette invitation n'était pas du tout prévue! s'insurge-t-il encore excédé ce vendredi matin. L'émission traitait de l'homophobie et des victimes de l'homophobie. Benoît Duquesne devait, dans ce sens, recevoir l'écrivain Louis-Georges Tin, et à la place, ma directrice de communication trouve hier matin, Frigide Barjot, installée dans un fauteuil! Ce ne sont pas des manières de faire!»

Sur son site, l'animateur Jean-Marc Morandini, explique que le maire se serait donc opposé au tournage. Face au refus du journaliste de s'exécuter, il aurait demandé aux employés de la mairie d'éteindre progressivement les lumières au moment de l'entretien avec l'humoriste antimariage gay.
Une lettre envoyée au PDG de France Télévisions

Roger Madec confie d'ailleurs que, même s'il avait été prévenu en avance de la venue de Frigide Barjot, il «s'y serait opposé si une personne de l'autre camp n'avait pas été invitée pour lui répondre».

Le sénateur maire s'est empressé d'envoyer le jour même une lettre dévoilée par le Huffington Post à Rémy Pflimlin, président-directeur général de France Télévisions où il affirme: «Il ne s'agit pas pour moi de contrarier le débat sur cette réforme majeure de la société (…) ni d'empêcher les opposants à cette réforme de s'exprimer: pour le coup, j'ai eu l'occasion de débattre en direct avec Mme Barjot sur un autre média (…).

Il ne serait guère raisonnable que la Mairie du XIXe puisse entraver de quelque manière que ce soit la liberté des journalistes de faire leur métier correctement. Cette correction suppose en revanche, un dialogue franc et honnête, qui en l'espèce n'a pas eu lieu.»
Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/11/30/01016-20121130ARTFIG00475-un-elu-ps-plonge-dans-le-noir-un-complement-d-enquete.php

En tant que sénateur, Roger Madec a soutenu la proposition de loi Boyer :

"Groupe socialiste et apparentés (130)
Pour : 56 - MM. Serge Andreoni, Maurice Antiste, Jean-Étienne Antoinette, David Assouline, Mme Delphine Bataille, MM. Claude Bérit-Débat, Jacques Berthou, Jean Besson, Martial Bourquin, Jean-Pierre Caffet, Mme Claire-Lise Campion, MM. Luc Carvounas, Yves Chastan, Jacques Chiron, Mme Karine Claireaux, MM. Gérard Collomb, Jacques Cornano, Roland Courteau, Marc Daunis, Mmes Christiane Demontès, Odette Duriez, MM. Vincent Eblé, Philippe Esnol, Mme Samia Ghali, MM. Jacques Gillot, Jean-Noël Guérini, Didier Guillaume, Claude Haut, Mme Odette Herviaux, MM. Philippe Kaltenbach, Yves Krattinger, Serge Larcher, Mme Françoise Laurent-Perrigot, MM. Jacky Le Menn, Alain Le Vern, Roger Madec, Jacques-Bernard Magner, Marc Massion, Rachel Mazuir, Gérard Miquel, Jean-Jacques Mirassou, Thani Mohamed Soilihi, Robert Navarro, Alain Néri, Georges Patient, Bernard Piras, Roland Povinelli, Marcel Rainaud, François Rebsamen, Simon Sutour, Michel Teston, René Teulade, Jean-Marc Todeschini, Richard Tuheiava, Yannick Vaugrenard, Michel Vergoz"

Source : http://www.senat.fr/scrutin-public/2011/scr2011-93.html

Voir également : Le "modèle" répressif arménien et dachnak importé en France par Valérie Boyer

Le Conseil constitutionnel repousse les ingérences liberticides d'un ethno-nationalisme étranger en France

Le Conseil constitutionnel et le droit européen : "ce n'est pas un hasard (...) si le Conseil constitutionnel a annulé la loi sur le génocide arménien au nom de la liberté d'opinion." (Jean Quatremer)

Le "socialiste" "arménophile" François Pupponi : casseroles, forte abstention et "liste noire"

Le maire et sénateur "socialiste" Philippe Kaltenbach, collaborateur notoire et hargneux du lobby raciste arménien, est soupçonné de corruption

Choquant : après avoir soutenu publiquement la dictature de Ben Ali en Tunisie, le politicien douteux Gérard Collomb fait de même avec la satrapie de Sarkissian

mardi 27 novembre 2012

L'Ubu arménien est mécontent : un journaliste français lui pose pour une fois des questions pertinentes

politique
France 3 énerve le président arménien
La rédaction | 22/11/2012 - 00:00 |

Incident diplomatique la semaine dernière à France 3 Rhône-Alpes. Le président de la République d’Arménie, Serge Sarkissian (photo), qui était interviewé par la chaîne régionale, n’a pas apprécié les questions du journaliste lyonnais Olivier Michel. “Je l’ai interrogé sur la corruption dans le pays et sur les soupçons d’entretien du régime syrien par l’Arménie ”, explique-t-il. Des questions qui ont créé un climat de tension après l’interview. “La traductrice m’a pris à partie et l’un des ministres m’a menacé du doigt ”, assure Olivier Michel qui ne devrait pas passer ses prochaines vacances en Arménie.
Source : http://www.tribunedelyon.fr/?actualite/politique/36085-france-3-enerve-le-president-armenien

vendredi 23 novembre 2012

Le grand arménophile Jean Jaurès et le géopoliticien allemand Friedrich Naumann

Philippe Alexandre, "Friedrich Naumann, la revue Die Hilfe, la Russie et les relations franco-allemandes avant 1914", in Pierre Guillen et Ilja Mieck (dir.), Deutschland - Frankreich - Russland : Begegnungen und Konfrontationen. La France et l'Allemagne face à la Russie, Munich, R. Oldenbourg Verlag, 2000 :

"Die Hilfe [dirigée par Naumann] devait apporter son soutien à tous ceux qui, en France, menaient un "Kulturkampf" contre les cléricaux qui avaient fait alliance avec l'armée et incarnaient l'esprit de "revanche" sur l'Allemagne. De même, elle mettait en exergue les propos qui, à Paris, étaient de nature à favoriser un rapprochement franco-allemand. C'est surtout à l'action de Jean Jaurès en faveur de ce rapprochement que Die Hilfe ne cessa d'apporter une attention toute particulière. La rencontre avec Jaurès lors la conférence de Bâle qui, à la Pentecôte de 1914, réunit des parlementaires français et allemands en vue d'une action commune en faveur de la paix, fut pour Naumann l'un des grands moments de sa carrière politique. Celui-ci avait, depuis 1894, considérablement tempéré son adhésion à l'impérialisme. Ses contacts avec les libéraux de gauche allemands, en particulier avec le Wurtembergeois Conrad Haußmann, semblaient lui avoir donné une vision plus sereine et plus optimiste de l'Europe. S'il avait participé à la conférence de Bâle, c'était, expliquait-il, pour soutenir la politique du ministère des Affaires étrangères allemand qui travaillait à la paix avec la France, pour témoigner en tant que député allemand du fait que son peuple ne préparait pas la guerre contre la France, pour soutenir le pacifisme de la gauche française qui venait de remporter une belle victoire lors des dernières élections ainsi que l'action de l'Union interparlementaire qui lui paraissait prometteuse.

Après l'assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914, Die Hilfe devait rendre hommage à celui qu'elle appelait "le meilleur ami de l'Allemagne". Les efforts faits depuis des années par le socialiste français venaient d'être "anéantis par la rage aveugle du tsarisme"." (p. 133-134)

 

Friedrich Naumann, Asia. Eine Orientreise über Athen, Konstantinopel, Baalbek, Nazareth, Jerusalem, Kairo, Neapel, Berlin, Georg Reimer, 1913 (première édition : 1899) :

"Nous avons parlé des Arméniens à l'Association des Artisans (de Constantinople). Nous étions assis en face d'un maître-potier allemand qui vit depuis 19 ans à Constantinople et qui connaît l'Anatolie. Il déclara les choses suivantes à ce sujet : "Je suis chrétien et je crois dans la charité envers mon prochain, et je dis que les Turcs ont bien agi quand ils ont assommé les Arméniens. Le Turc, exploité de la façon la plus irresponsable, ne peut pas se protéger autrement de l'Arménien, de sa luxure, de sa fainéantise et de sa superficialité. L'Arménien est le pire scélérat au monde. Tout Constantinople est moralement contaminée par les Arméniens. Ce ne sont pas les Turcs qui ont attaqué, mais les Arméniens. Nous étions là le jour de l'attaque contre la Banque ottomane et nous savons ce qui s'est passé. Ce n'est pas l'Arménien uniate qui était en cause, mais l'orthodoxe, parce qu'ils sont incorrigibles. Pour les Arméniens d'Asie mineure qui seraient mieux, c'est un mensonge anglais. J'ai été dans les villages et je connais la situation. Et c'est là aussi l'Arménien seul qui favorise l'usure. Le fait que des enfants arméniens soient éduqués par des chrétiens allemands n'arrange rien. Ceux-ci seront aussi mauvais plus tard. Il n'existe pas de moyen ordonné pour se protéger des Arméniens. Le Turc est en état de légitime défense !" — Il est à noter que cette description faite par notre compatriote a eu l'approbation de ses amis. Nous n'avons pas entendu d'avis différent. La colère envers les Arméniens était même parfois enflammée. L'Arménien est le révolutionnaire que l'Anglais utilise pour renverser le Sultan. Tel était le refrain à droite et à gauche." (p. 31-32)

"On ne doit pas oublier que l'Etat turc n'est pas un Etat-nation comme l'Allemagne, ni un Etat dynastique basé sur une constitution et une union personnelle comme l'Autriche, mais un Etat conquérant dans lequel un peuple de maîtres relativement restreint dirige des peuples dépendants. Cet Etat se décompose quand la domination ottomane est brisée. Quiconque veut le détruire, doit soutenir à cette fin les Grecs, Serbes, Bulgares, Macédoniens, Syriens, Arméniens. Toutes les grandes puissances, à l'exception de l'Allemagne, ont adopté cette méthode qui tend à renverser l'ordre existant en Turquie." (p. 138)

"Notre politique en Orient est fixée pour longtemps, nous faisons partie du groupe des protecteurs de la Turquie, c'est en cela qu'il nous faut mettre notre confiance." (p. 140)

"Le 6 septembre 1871 mourut Ali Pacha, l'homme politique turc le plus doué de notre siècle. Il avait compris à merveille le changement que la victoire de l'Allemagne sur la France avait amené dans la situation politique. A une époque où peu d'Allemands encore pressentaient les conséquences que la paix de Francfort pourrait avoir au sujet de la question d'Orient, il dit à l'ambassadeur autrichien, Prokesch-Osten, "que les relations entre la Russie et la Prusse ne gagneraient pas à cette victoire sur la France. Que la Prusse s'efforcerait de conquérir l'alliance de l'Autriche. Mais que de là résulterait pour la Porte l'appui dont elle avait manqué si longtemps." (Geschichte der orientalischen Angelegenheit im Zeitraum des Pariser und des Derliner Friedens, von Félix Bamberg, Berlin 1892.) Ce que ce Turc mourant disait par ces mots, est en effet le germe de notre politique orientale. Il faut que nous protégions l'Empire ottoman, parce que nous avons vaincu à Sedan. Par notre victoire, nous avons brisé, même en Orient, la force politique si importante de la France. Il se forma une brèche par laquelle la Russie et l'Angleterre se seraient introduites sans ménagement, si nous n'avions pas existé. Nous recueillîmes, ici comme ailleurs, l'héritage de Napoléon III, tandis que la France reprit le rôle de la Prusse dans ses rapports avec la Russie. Autrefois, c'est Napoléon III qui était l'ami du Padischah, aujourd'hui, c'est Guillaume II." (p. 141-142)

"La Turquie peut bien avoir la constitution qu'elle voudra, pourvu qu'elle se maintienne à flot encore quelque temps. C'est dans ce sens que Bismarck nous a appris à séparer la politique extérieure de la politique intérieure.

La même chose s'applique aussi à la mission chrétienne. En tant que chrétiens, nous désirons tous les progrès de la foi qui assure notre salut, mais notre politique n'a pas pour tâche de faire oeuvre de mission chrétienne. Les deux choses se trouvent mieux de ne pas s'engager dans un travail commun. Napoléon III était à la fois ami du sultan et protecteur des chrétiens d'Orient. C'est en cela qu'a résidé la faiblesse fatale de sa politique orientale. Dans la conversation déjà mentionnée d'Ali Pacha avec M. de Prokesch-Osten, il fait un reproche à la France de ce que "toute insurrection dans les pays soumis à la Porte ait trouvé un appui dans la France". Cela fut le résultat du protectorat chrétien. La tentation est grande, en effet, pour un monarque chrétien, auquel sa situation politique particulière comme protecteur des mahométans cause un sentiment pénible, de chercher un contrepoids dans un droit de protection sur les chrétiens, mais, au fond, on ne peut pourtant avoir la prétention que d'être l'un ou l'autre. Ce fut une bonne fortune, croyons-nous, que la volonté de l'Allemagne de servir tous les chrétiens d'Orient se soit heurtée à des obstacles à Rome comme à Paris. A l'heure présente, l'attitude de Guillaume II est plus nette que celle de Napoléon III. Comme empereur allemand, il protège les protestants et les catholiques allemands de l'Empire turc, mais, pour tout le reste, il ne fait pas de politique religieuse en Orient, il ne fait que de la politique allemande." (p. 148)


Voir également : Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

L'arménophile Jean Jaurès et la question du "despotisme" ottoman

Jean Jaurès et Pierre Loti : avec les Turcs

Un article de Jean Jaurès : "La Pologne Turque"


L'agitation arménienne et grecque, d'après le compte rendu du baron von Mirbach (sur le voyage officiel du Kaiser Guillaume II dans l'Empire ottoman en 1898)

Istanbul, 1890-1896 : les provocations des comités terroristes arméniens

L'usure arménienne
  
Le Turc osmanli : oppresseur des Arméniens ou victime démunie ?

Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895

Mauvaise nouvelle pour le régime bananier arménien : déploiement d'antimissiles de l'OTAN à la frontière turco-syrienne

L'armée allemande rattrapée par le conflit syrien

Par Patrick Saint-Paul

Mis à jour le 19/11/2012 à 19:31 | publié le 19/11/2012 à 16:22

Le gouvernement allemand se prépare à déployer des missiles Patriot et des soldats pour sécuriser la frontière turco-syrienne à la demande d'Ankara.

Correspondant à Berlin

La Turquie a intensifié ses discussions avec ses alliés de l'Otan en vue de renforcer la sécurité de ses 900 km de frontière avec la Syrie. Cependant, la perspective d'une intervention militaire a déclenché les foudres de l'opposition allemande.

«Si un partenaire nous demande maintenant une telle mesure, il est clair que nous l'étudierons en faisant preuve d'ouverture et de solidarité», a commenté, lundi, le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, qui s'attendait à recevoir une demande officielle turque dans la journée. De Maizière évoque «une mesure défensive se limitant strictement au territoire de l'Otan» et promet de répondre «rapidement» à la requête d'Ankara.

Les forces syriennes et les rebelles ont été impliqués dans des combats acharnés et souvent meurtriers, autour de la frontière turco-syrienne. Selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, Berlin se prépare depuis plusieurs jours à envoyer des missiles Patriot en Turquie dans le cadre d'une aide de l'Otan. L'armée allemande, la Bundeswehr, prévoit d'engager jusqu'à 170 soldats et une à deux batteries de missiles Patriot dans cette mission de l'Alliance atlantique.

Cependant, il n'est pas certain qu'un tel déploiement puisse avoir lieu sans un vote du Bundestag. Et l'opposition réclame un débat parlementaire sur cette question. «En tant que partenaire de l'Otan, la Turquie peut faire appel au soutien de ses alliés, lorsque son territoire national et sa population sont agressés et sérieusement menacés. Dans la poudrière du Proche-Orient, cette question est délicate à trancher. Seul le Bundestag peut prendre cette responsabilité», juge Frank-Walter Steinmeier, patron du groupe SPD au Bundestag.

De leur côté, les Verts soulignent les dangers d'une intervention militaire. «Je mets en garde l'Allemagne et l'Otan contre les dangers de se laisser aspirer dans le conflit syrien sans le moindre fondement de droit international», prévient Omid Nouripour, expert des questions militaire des écologistes allemands.
Source : http://www.lefigaro.fr/international/2012/11/19/01003-20121119ARTFIG00604-l-armee-allemande-rattrapee-par-le-conflit-syrien.php

L'Otan va déployer des antimissiles Patriot en Turquie

Par Laure Marchand

Mis à jour le 22/11/2012 à 18:30 | publié le 22/11/2012 à 18:17

Face à la menace syrienne, Ankara a obtenu le soutien de ses alliés pour mettre en place un système d'interception à sa frontière.


La requête d'Ankara de déploiement de missiles antimissiles Patriot à sa frontière avec la Syrie devrait être satisfaite rapidement par l'Otan, aucun allié n'ayant manifesté de réserve à ce sujet.


Officiellement déposée mercredi au siège de l'Alliance, la demande vise «à renforcer la capacité de défense aérienne de la Turquie afin de protéger sa population et son territoire», a déclaré le secrétaire général de l'organisation, Anders Fogh Rasmussen. Y répondre favorablement sera «une manifestation concrète de la solidarité» de l'Otan avec un de ses membres.

Les trois pays qui possèdent des Patriot, l'Allemagne - qui enverrait également 170 soldats, selon la presse outre-Rhin, les Pays-Bas et les États-Unis -, pourraient donc les mettre à la disposition des Turcs.

Dès la semaine pro­chaine, l'Otan dépêchera des experts en Turquie afin d'étudier les modalités techniques de l'installation des batteries antimissiles. Leur utilisation sera «purement défensive»,a précisé Anders Fogh Rasmussen, et ne servira en «aucun cas à soutenir une zone d'exclusion aérienne ou toute opération offensive»en Syrie.

Depuis Islamabad, où il participe à un sommet de pays musulmans, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a également confirmé jeudi qu'il s'agissait uniquement «d'une mesure défensive contre une possible attaque qui viendrait de l'autre côté de la frontière».

Ce ne sera pas la première fois que l'Otan met à la disposition de la Turquie des missiles Patriot. Le système avait déjà été déployé à sa frontière avec l'Irak lors des guerres du Golfe en 1991 et 2003. La démarche turque pour consolider la protection des 820 kilomètres partagés avec la Syrie a de nouveau été évoquée publiquement après que des tirs de l'artillerie syrienne ont touché le territoire turc le 3 octobre. Cinq civils avaient été tués et dix autres blessés par des obus qui s'étaient abattus sur le village limitrophe d'Akçakale.
L'opposition de Moscou

Pourtant, ces batteries mobiles n'ont pas vocation à contrer ce type de menace. Elles servent à intercepter des missiles balistiques, comme les Scud que possède le régime de Damas, ou des missiles de croisière d'une portée de plus de 60 km. «Le souci turc concerne la fin de la crise en Syrie,décrypte Sinan Ülgen, ancien diplomate et président du think-tank Edam. Ankara craint que Bachar el-Assad ne cherche, avant de tomber, à internationaliser le conflit en attaquant les pays qui ont soutenu l'opposition syrienne, la Turquie en particulier. Ce scénario n'est pas totalement à exclure.»

Or l'armée turque, la deuxième de l'Otan en hommes, dispose d'un arsenal déficient. Elle ne possède pas de système antimissile. Les Patriot de ses alliés permettront à Ankara de se défendre en cas d'agression à l'arme chimique, a expliqué le président de la République, Abdullah Gül.

Si l'Otan n'a aucune intention d'intervenir en Syrie, ainsi que le répète régulièrement Anders Fogh Rasmussen, l'aide à son allié signale une internationalisation croissante du conflit. Jeudi, Moscou, soutien de Damas, a fait savoir son opposition au déploiement des batteries Patriot à la frontière turco-syrienne.
Source : http://www.lefigaro.fr/international/2012/11/22/01003-20121122ARTFIG00718-l-otan-va-deployer-des-antimissiles-patriot-en-turquie.php

Voir également : Le régime bananier arménien toujours plus isolé : déploiement du bouclier antimissile de l'OTAN en Turquie

Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien

 

mardi 20 novembre 2012

L'agitation arménienne et grecque, d'après le compte rendu du baron von Mirbach (sur le voyage officiel du Kaiser Guillaume II dans l'Empire ottoman en 1898)

Ernst von Mirbach, Die Reise des Kaisers und der Kaiserin nach Palästina : Drei Vorträge, Berlin, E. S. Mittler, 1899, p. 107 :

"Le vaste empire que nous avions parcouru de Constantinople à Jérusalem et Damas, qui est appelé depuis plus d'une centaine d'années l'"homme malade", dont les jours parmi des héritiers jaloux semblaient comptés, porte en lui une immense et solide vitalité, à travers son peuple sobre, profondément religieux et humble, inconditionnellement dévoué à sa religion et à son souverain. Toutefois, son administration, difficile, laisse à désirer, parce qu'il n'y a pas assez de forces appropriées de disponibles. A l'extérieur, les trésors de l'âme populaire, richesse autrefois si prisée du pays, ne sont ni améliorés, ni conservés par les chrétiens, mais d'une manière non-chrétienne les Grecs et Arméniens, souvent instrumentalisés, n'ont pas hésité à causer de l'embarras à leur propre souverain et à son gouvernement, en fomentant des émeutes et des révoltes."

L'"antisionisme" de la mouvance ASALA

Anahide Ter Minassian, "La diaspora arménienne", Hérodote, n° 53, 2e trimestre 1989 :

"Le terrorisme arménien commence en 1975 (si on exclut l'acte isolé d'un Yanikian) avec l'ASALA (Armée secrète de libération de l'Arménie), et le Commando des justiciers du génocide qui exécute à vingt-quatre heures d'intervalle les ambassadeurs de Turquie à Vienne et à Paris, puis la nouvelle Résistance arménienne (1977) et l'Armée révolutionnaire arménienne (1981). Apparu au lendemain de la crise chypriote, pendant la guerre civile libanaise, fortement inspiré par le mouvement palestinien, c'est un nouveau mode d'expression qui renoue avec la tradition révolutionnaire arménienne (le mouvement fédai) et cherche à être un moyen de pression sur la Turquie et sur les gouvernements et les opinions publiques des Etats membres de l'OTAN. Son objectif déclaré est de faire reconnaître le génocide et de faire restituer les terres ancestrales. Le Commando des justiciers et l'ARA, dont les actions ont été cautionnées par la FRA, mènent plus d'une vingtaine d'attentats contre des diplomates turcs. L'ASALA (plus de cent cinquante attentats) change plusieurs fois de tactique (attentats personnalisés ou attentats aveugles dans les aéroports à Ankara, à Orly) et de cibles." (p. 145)

René Backmann, "Arménie : des tueurs déboussolés", Le Nouvel Observateur, 22 juillet 1983 :

"Pendant longtemps, les Arméniens de Beyrouth n'ont rien réclamé d'autre que la paix. Ils avaient obtenu quatre sièges au parlement libanais et contrôlaient un quart du marché de l'or à Beyrouth où se trouvait aussi le siège du secrétariat mondial des assemblées élues par les communautés de la diaspora. Et puis l'O.L.P., au début des années soixante-dix, s'est installée à Beyrouth, armée et représentation politique d'un autre peuple sans terre, les Palestiniens. Pour certains des jeunes Arméniens de la troisième génération, ces guérilleros de vingt ans bardés de cartouchières sont vite devenus des modèles. L'idéologie a suivi et, au début de 1975, c'est dans la « petite Arménie » de Bourj-Hammoud qu'est née une organisation nommée A.S.A.L.A." (p. 24)

Pierre Blanchet, "L'ASALA et ses sponsors", Le Nouvel Observateur, 10 octobre 1986 :


"L'Armée Secrète arménienne pour la Libération de l'Arménie est apparue pour la première fois en 1975 à Beyrouth. Dirigée par Hagop Hagopian, dit le Mujahed, elle se meut dans l'importante communauté arménienne de la capitale du Liban et ses militants sympathisent avec les plus dures des organisations palestiniennes." (p. 54)

Yves Ternon, La cause arménienne, Paris,
Le Seuil, 1991 :

"Hay Baykar se rapproche progressivement de l'ASALA. A partir d'avril 1980, le journal [dont Ara Toranian est le rédacteur en chef] publie des interviews d'Abou Ayad, numéro deux de l'OLP et principal intermédiaire entre les Palestiniens et l'ASALA, de membres du « Front du refus » et de l'« Union générale des étudiants palestiniens »." (p. 259)

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

"L'ennemi principal devient la Turquie à l'égard de laquelle tous les moyens doivent être employés : le terrorisme ciblé sur des personnels diplomatiques et consulaires turcs, et très professionnel du CJGA (Commando des justiciers du génocide arménien), et la lutte politique institutionnelle pour la reconnaissance du génocide arménien par l'ONU, le Congrès américain, le Parlement européen, etc. Celle-ci légitimant celui-là et le terrorisme perpétré d'abord dans la France désotanisée et l'Autriche neutre où la FRA cultive ses contacts avec les socialistes Bruno Kreisky et François Mitterrand, servant à la publicité de la Cause et de moyens de pression pour la reconnaissance du génocide et l'isolement de la Turquie.

Malgré sa radicalité, ce virage n'empêche pas la formation d'une organisation terroriste concurrente et plus extrémiste, l'Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie (ASALA), initialement proche du FPLP palestinien de George Habache, sans stratégie diplomatique et politique globale, qui stigmatise les anciennes attaches de la FRA avec la CIA, et la droite maronite libanaise, les liens passés de H. Maroukhian avec le Shah d'Iran, les échecs successifs de la stratégie institutionnelle de la FRA à l'Ouest (l'élection de Ronald Reagan, la défaite socialiste en France en 1978, l'échec à l'ONU de l'amendement reconnaissant le génocide, etc.)." (p. XV)

"H. Maroukhian est le principal artisan de ce tournant terroriste. Lui qui a, avant de se rétracter, en pleine détente et à l'abri de ses camarades, créé à Beyrouth, en 1971, un premier noyau d'activistes dachnaks et hentchaks, chargés de se documenter sur les techniques du terrorisme et sur le potentiel militaire de la Turquie, tient là sa revanche. Les services de renseignements de l'OLP se sont en effet méfiés des liens existants entre ce groupuscule secret et le Dachnak, considéré comme un relais de la CIA et un allié des Phalangistes au Liban. Les agents du COSE-FPLP (Commandement des opérations spéciales à l'étranger — Front populaire de libération de la Palestine), de George Habache, ont récupéré le groupe, l'ont baptisé « Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie » (ASALA) en vue de l'utiliser en tant que réseau autonome de la résistance palestinienne à l'étranger, en plaçant à sa tête Wadi Haddad et son bras droit, Haroutioun Tachikian alias Hagop Hagopian, El Moudjahed. Impuissant, H. Maroukhian a pris ses distances avec le groupe sans oublier de charger ses agents dachnaks restés à l'intérieur de le tenir informé de la suite des événements." (p. 28-29)

"Alors que l'armée israélienne détruit les structures de l'ASALA au Liban-Sud, H. Hagopian trouve refuge chez son ami Abou Nidal. Celui-ci, privé de l'appui du FPLP, offre à H. Hagopian logistique et moyens financiers dans la Bekaa sous contrôle syrien. Abou Nizar et Abd Al Rhaman Iza, deux hommes d'A. Nidal, mettent en contact H. Hagopian avec le colonel Haitham Saïd, responsable du Département d'intelligence de l'Air Force syrienne, ce qui procure à H. Hagopian des facilités en Syrie et par ficelles interposées entre l'ASALA et le KGB." (p. 78-79)

Nathalie Cettina, Terrorisme : l'histoire de sa mondialisation, Paris, L'Harmattan, 2001 :

"Quand à l'ASALA, sa transnationalité la pousse à concevoir l'action comme étroitement liée à la perspective de déstabilisation d'un équilibre régional qu'elle conteste. En 1979, à la suite d'une campagne d'attaques à la bombe contre des compagnies aériennes occidentales, elle annonce sa coopération logistique et opérationnelle avec des groupes terroristes palestiniens, mettant ainsi ses compétences au service d'une cause distincte de la sienne, comme elle l'avait déjà fait avec les services libyens. La complicité entre ces deux organisations se retrouve dans les revendications d'attentats commis contre la compagnie israélienne El Al à Rome, en 1980. Elle apparaît, à nouveau, dans les relevés balistiques des attentats menés, à Paris, en 1980, contre des intérêts turcs et israéliens. Au départ proche de El-Fatah, l'ASALA penche par la suite en faveur d'une action plus radicale, qui la conduit à se rapprocher de tendances comme le FPLP et le FPLP-CG.

Bref, les Palestiniens aident l'ASALA contre les Turcs et l'ASALA aide les Palestiniens contre les Israéliens et les Occidentaux. La déstabilisation provoquée par les uns n'est pas sans intérêt pour les autres." (p. 190-191)

Voir également : La jalousie maladive des militants arméniens à l'égard des Juifs

Monte Melkonian et l'attentat de la rue Copernic

La confrontation du MIT turc et du Mossad israélien avec le problème du terrorisme arménien


Le monstrueux attentat d'Orly : le terrorisme arméno-syrien contre la France

Quand Ara Toranian admettait avoir été, pendant des années, le complice d'un "antisémite" et d'un "fasciste"

La fidélité d'Ara Toranian au terrorisme de l'ASALA première mouture

La FRA-Dachnak et le tiers-mondisme arabe

L'antiracisme de la FRA-Dachnak

Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien

Les Arméniens et la République islamique d'Iran

L'antisémitisme arménien : quelques pistes à explorer

jeudi 8 novembre 2012

Un bref commentaire sur le fascicule (excellemment didactique) de l'association Alliance Démocrate à propos des manuels scolaires de 3e


http://www.alliancedemocrate.eu/wp-content/uploads/2012/11/FASCICULE-DESTINE-AUX-ELEVES-DE-3ème2.pdf

"Le nombre de victimes est estimé selon les éditions HATIER et HACHETTE à 1,2 million de morts. Les éditions HACHETTE reposent même leur estimation sur des chiffres de l’historien britannique Arnold J. TOYNBEE alors que ce dernier lui-même n’a jamais parlé 1,2 millions mais avançait le nombre de 600 000 morts (toutes causes confondues : massacres, morts dans les combats, épidémies, faim), 600 000 déportés survivants et 600 000 personnes non déportées." (p. 11 du fascicule)

L'évaluation de Toynbee a en effet été reprise sous sa forme déformée par Hachette (1,2 million au lieu de 600.000 morts). On peut ajouter en complément que Toynbee a de toute façon reconnu le caractère sélectif et partial du Blue Book (1916) dans The Western question in Greece and Turkey (1922) :

"During the European War, I edited, under the direction of Lord Bryce, the Blue Book published by the British Government on the 'Treatment of Armenians in the Ottoman Empire : 1915' (Miscellaneous No. 31, 1916), and incidentally learnt, I believe, nearly all that there is to be learnt to the discredit of the Turkish nation and of their rule over other peoples." (p. VIII-IX)

"Russia's intentions in regard to it [Eastern Anatolia] may be judged, not only from the general record of the Tsardom towards subject nationalities, but from the fact that during the period in 1916 and 1917 when this territory was temporarily under Russian military occupation. General Yudenich began to plant Cossack colonies on lands belonging to local Ottoman Armenians who had previously been deported and massacred by the Turks on account of their supposed sympathy with the Allies. The colonies were meant to be permanent, and natives of Transcaucasia (i.e. practically all Russian Armenians) were declared ineligible ! The intention was clear, and the terms of the agreement debarred our Government from protesting against it. Yet at the very time when the agreement was being made, I was being employed by His Majesty's Government to compile all available documents on the recent treatment of the Armenians by the Turkish Government in a 'Blue Book,' which was duly published and distributed as war-propaganda !" (p. 50)

"Various consequences of this [Greek] landing occupy most of the remaining chapters in this book. The diplomatic con-sequences may conveniently be narrated here in anticipation. Within the first few weeks, so much bloodshed and destruction occurred that the Allied and Associated Governments sent a commission of senior officers, under the presidency of Admiral Bristol, United States High Commissioner at Constantinople, to put a stop to the fighting and establish the responsibility for the atrocities already committed. But the mischief could not be undone so easily. The Commissioners arranged an armistice line ; they could not demobilise the forces already opposing one another in this new war. They reported on the crimes committed, but their report has never been published by their Governments. Possibly they were tactless. It may have been difficult to indict Greeks and Turks who had killed, burnt, robbed, and violated in the vilayet of Aidin without reflecting upon statesmen who had made decisions at Paris. There is no doubt that the 'Big Three' were morally as well as technically responsible for the consequences of this particular decision, for they cannot plead that they were badly informed. The suggestion of a Greek landing at Smyrna had been aired in official circles for some weeks before it was carried into effect, and had evoked emphatic comments and forecasts from the local representatives of the several Powers who were controling the execution of the armistice on the spot. These representatives cannot be blamed for having reported, as they were in duty bound to do, the danger of an Italian coup de main upon Smyrna. They could not know the diplomatic situation at Paris, or foresee that a Greek occupation would be the safeguard selected by their Governments. The 'Big Three' were responsible, and if any of them demur to this, they can be challenged to publish, or to invite their successors in office to publish, the official information on which they acted, as well as the Bristol Report. Their unwillingness to publish the report is not incomprehensible, and besides, Mr. Venizelos threw all his personal influence into the scale. He objected to the publication of evidence which had been taken by the Commission without the presence of a Greek assessor, and in which the names of the witnesses were withheld. There was, of course, a good reason for this, which reflected on the local Greek authorities and not on the Western Commissioners. The individuals giving damaging evidence against the Greeks were living under a Greek military occupation and could not safely be exposed to reprisals. There were the same legal flaws in the Bryce Reports on Alleged German Atrocities in Belgium and on The Treatment of Armenians in the Ottoman Empire. Did the Allied Governments hesitate to publish these documents on that account ?" (p. 78-80)

Dans ce même livre de 1922, il juge l'existence d'une "provocation" arménienne comme possible (ce qu'il niait absolument en 1916) :

"The Greeks, for their part, declared that the Turkish villages which they had destroyed had harboured Turkish bands, which had penetrated the Greek lines and had been raiding their railway communications. Probably there was truth in both statements, for guerilla bands are always likely to be at work in such conditions as those created in Anatolia after the 15th May 1919. This used to be the excuse of the Turkish troops in Macedonia before the Balkan War for the 'shooting up' and pillaging and burning of villages, and it is quite possible that (as the Turks allege) there was similar provocation for the atrocities against the Armenians in 1915." (p. 276)

Source : http://archive.org/details/cu31924027921778

mardi 6 novembre 2012

Marne : l'Arménien Artur sous la menace d'une expulsion

Artur l'arménien sera-t-il expulsé ?

Publié le dimanche 04 novembre 2012 à 09H55

CHALONS-EN-CHAMPAGNE (Marne). Avec une maman hospitalisée à Châlons, une sœur placée au foyer de l'enfance de cette même ville, Artur l'Arménien, actuellement en centre de rétention administrative à Metz, sera-t-il expulsé de France ?

C'est, aux yeux de RESF, le réseau éducation sans frontières, un cas humanitaire proche de celui de la famille Gashi qui, depuis janvier dernier, n'a eu de cesse de mobiliser chacun. Emmené en début de semaine de Châlons à Metz et transféré au CRA (centre de rétention administrative), Artur Altunian, 19 ans, est sous la menace d'une expulsion à la suite du rejet de son recours décidée vendredi matin par le tribunal.

Supplique au préfet

Selon, RESF, « la volonté du CRA est de le faire réadmettre en Pologne où il avait premièrement demandé l'asile au sortir de l'Arménie (NDLR : procédure Dublin dont le but est d'éviter les doublons dans les dossiers d'adoption) ». Pour le réseau, la situation est inacceptable pour deux raisons : « La maman d'Artur, hémiplégique, est hospitalisée, handicapée, depuis le 14 septembre à l'hôpital de Châlons, elle ne peut pas marcher. Elle est morte d'inquiétude. La sœur d'Artur, Anni, depuis cette même date est placée au foyer de l'Enfance de cette même ville ». De fait, le jeune homme est donc seul soutien de famille.

Le réseau est une nouvelle fois remonté au front, même si le week-end de la Toussaint n'est pas un moment propice : « Beaucoup de services sont fermés et le personnel fait le pont : Artur a du mal à trouver des soutiens sur place à Metz. Nous travaillons avec lui à distance mais c'est compliqué : il a 24 heures pour déposer un nouveau recours et ne parle hélas, pas très bien français ».

Neuf personnes relogées

Du coup, les membres du réseau ont décidé d'abreuver la préfecture, à toute heure, de coups de fils, de mails, de fax et de marteler ce message : « Nous vous demandons de suspendre l'OQTF (Obligation de quitter le sol français) qui le frappe et d'annuler les procédures d'expulsion en cours ». Ils se disent certains que le préfet de la région Champagne-Ardenne Michel Guillot « saura reconnaître que cette situation humanitaire mérite la plus grande bienveillance ».

Artur Altunian a donc été transféré lundi, le jour où il a été décidé de mettre fin au campement sauvage dans l'enceinte d'une école maternelle désaffectée, propriété de la collectivité municipale située rue Joseph-Servas. Depuis plusieurs semaines, une dizaine de migrants, provenant principalement de Géorgie et d'Arménie, dormaient sous des tentes en attendant le dépôt de dossier de demandeurs d'asile à la préfecture.

A la suite d'une plainte de Benoist Apparu, adjoint et ancien ministre du Logement, et sous la pression de riverains lassés, ils ont été délogés de leurs campements. Ils ont été relogés à Châlons. A l'exception d'Artur…
Source : http://www.lunion.presse.fr/article/marne/artur-larmenien-sera-t-il-expulse

Verdicts dans l'affaire du clan mafieux de Nice

justice
Procès du gang des Arméniens: 3 ans de prison ferme pour deux prévenus


Le délibéré du procès des Arméniens de Nice a été rendu dans la soirée du 2 novembre. Au total, 15 peines prononcées contre 18 prévenus. Elles vont de trois ans de prison ferme à un an de prison.


    Par Pierre-Olivier Casabianca
    Publié le 03/11/2012 | 15:33, mis à jour le 03/11/2012 | 18:48

Le tribunal de Nice a rendu son délibéré dans l'affaire du gang des Arméniens. Dix-huit prévenus étaient poursuivis pour trafic de fausse monnaie, blanchiment d'argent, non-justifications de ressources, proxénétisme et violences. Les peines prononcées sont bien en deçà de celles demandées lors des réquisitions.

A la tête du groupe, Miradt Assatrian a été reconnu coupable de détention de fausse monnaie. Un délit qui lui vaut 18 mois de prison ferme.
Le champion de lutte ne retourne pas en détention, il a déjà accompli sa peine en préventive.

Sarkis Mnatsakanyan et Antonio Corrieri, fiché comme membre de la Camorra, ont été reconnus coupables d'être des fournisseurs de faux billets.
Ils écopent de la sanction la plus lourde: 3 ans de prison ferme.

Deux hommes accusés d'écouler les faux euros, Robert Mekhitarian, dont le rôle a été qualifié de central, et son fils Aren, ont été respectivement condamnés à 30 mois d'emprisonnement (contre sept ans requis) et deux ans (contre quatre ans requis).

Le tribunal a prononcé trois relaxes, dont celles contre le prêtre arménien Artur Ayrapetyan, poursuivi pour violences et association de malfaiteurs, et de Aram Aroutiounian, poursuivi pour blanchiment.


Voir le reportage sur les réquisitions (Diffusé le lundi 29 octobre 2012)
Source : http://cote-d-azur.france3.fr/2012/11/03/proces-du-gang-des-armeniens-3-ans-de-prison-ferme-pour-deux-prevenus-138597.html

Actualité  Nice - L'info en continu
Vendredi 02 novembre 2012

Procès d'un clan arménien à Nice: son chef présumé condamné mais libre


Le chef présumé d'un clan mafieux arménien installé sur la Côte d'Azur, accusé notamment de trafic de fausse monnaie, a été condamné vendredi par le tribunal correctionnel de Nice à 18 mois de prison - une peine déjà effectuée en détention provisoire - alors que sept ans avaient été requis.

En tout, seize prévenus d'origine arménienne et deux camorristes italiens étaient jugés depuis le 22 octobre pour une large gamme de motifs dont blanchiment, non-justification de ressources, association de malfaiteurs, violences...

Quinze des accusés, dont les deux Italiens, ont finalement été condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à trois ans d'emprisonnement, essentiellement pour détention ou mise en circulation de fausse monnaie.

Quasiment tous les accusés sont sans profession, vivant d'aides sociales, mais roulant souvent dans des voitures de luxe ou jouant dans les casinos de la Côte d'Azur, parfois avec des fausses coupures.

A la tête de l'édifice, un ancien champion de lutte, Mirdat Assatrian dit "Miro", 49 ans, naturalisé Français. Il a tout nié à la barre. Il ressort finalement de ce procès condamné, mais libre.

Le Napolitain Antonio Corrieri, 74 ans, habitant Menton (Alpes-Maritimes) et fiché comme membre de la Camorra, a été dénoncé par plusieurs Arméniens comme étant le fournisseur de fausse monnaie. Durant l'enquête, il a menacé de mort le juge d'instruction. Il est le plus lourdement condamné: trois ans de prison, dont deux restent à exécuter, au lieu des cinq requis.

Deux hommes accusés d'écouler les faux euros, Robert Mekhitarian dit "Roubo", 49 ans, et son fils Aren, ont été respectivement condamnés à 30 mois d'emprisonnement (contre sept ans requis) et deux ans (contre quatre ans requis).

Le tribunal a prononcé trois relaxes, dont celle du "sulfureux" Artur Ayrapetyan, dit "père Vatché", ex-prêtre de l'église arménienne niçoise, notamment accusé de violences à l'égard de l'unique partie civile au procès.

"C'est un échec de l'accusation. Peu de détention et beaucoup de relaxes: cela prouve bien que le dossier de l'instruction était mal monté", a estimé Me Zia Oloumi, qui défendait "Roubo".
AFP  AFP 
Source : http://www.nice.maville.com/actu/actudet_-Proces-d-un-clan-armenien-a-Nice-son-chef-presume-condamne-mais-libre_fil-2237251_actu.Htm

Procès du "gang" arménien à Nice : 2 à 3 ans de prison et une série de relaxes

Publié le samedi 03 novembre 2012 à 12h09

Le procès du gang présumé des Arméniens est terminé après deux semaines de débats qui devaient dénouer ce trafic de fausse monnaie, blanchiment, association de malfaiteurs.


Les peines prononcées ont été singulièrement réduites par rapport aux réquisitions. Les plus lourdement condamnés Sarkis Mnatsakanyan et Antonio Corrieri, fournisseur des faux billets, écopent de 3 ans de prison (seul le premier reste en détention).

Quatre peines de deux ans de prison sont tombées sur le premier cercle des prévenus. Le champion de lutte Mirdat Assatrian sur lequel planait 7 ans de détention est finalement condamné à une peine de 18 mois en raison d'un large relaxe.

Le tribunal n'a retenu que la fausse monnaie et la détention d'un faux. La relaxe est totale pour le prêtre Artur Ayrapetyan (il était poursuivi pour violences et association de malfaiteurs) et Aram Aroutiounian (poursuivi pour blanchiment).

Quinze peines au total ont été prononcées contre les 18 prévenus, la moins lourde étant d'un an de prison.
Source : http://www.nicematin.com/nice/proces-du-gang-armenien-a-nice-2-a-3-ans-de-prison-et-une-serie-de-relaxes.1040816.html

Pour rappel : Procès à Nice : "On n'est pas des mafieux"

Nice : une vingtaine de prévenus, notamment arméniens, à la barre

Nice : un clan de mafieux arméniens jugé

lundi 5 novembre 2012

Les expulsions de musulmans caucasiens durant la Première Guerre mondiale

Donald Bloxham, The Great Game of Genocide : Imperialism, Nationalism, and the Destruction of the Ottoman Armenians, Oxford-New York, Oxford University Press, 2005, p. 74 :

"L'agitation ottomane et allemande portait un peu ses fruits en Azerbaïdjan et ailleurs dans le Caucase, où les forces turques en marche ont été rejointes par plusieurs milliers de musulmans, tout comme avec certaines tribus kurdes dans les zones frontalières perses et un petit nombre d'activistes plus éloignés dans les territoires britannique et russe. La réaction russe dans le Caucase inclut l'expulsion des communautés musulmanes suspectes sur la frontière turque, et sans doute aussi leur massacre. Pour leur part, l'importance et la brutalité des réactions turques aux incidents déclenchés en interne ou par l'approche des unités de volontaires arméniens peuvent être déduites des références officielles voilées à l'envoi de "forces miliciennes et tribales" et d'"unités punitives"."

Fuat Dündar, "Pouring a People into the Desert : The "Definitive Solution" of the Unionists to the Armenian Question", in Ronald Grigor Suny, Fatma Müge Göçek et Norman M. Naimark (dir.), A Question of Genocide : Armenians and Turks at the End of the Ottoman Empire, Oxford-New York, Oxford University Press, 2011, p. 281-282 :

"Alors que l'évacuation de la région de la Cilicie [les Arméniens de Zeytun et Dörtyol] avait lieu, des populations musulmanes de l'Empire russe se réfugièrent dans les territoires ottomans sur le front de l'Est. Le 2 mai 1915, un général ottoman proposa d'expulser les Arméniens ottomans d'Anatolie orientale vers les terres russes et d'installer ces nouveaux réfugiés musulmans à leur place. Toutefois, Istanbul n'accepta pas cette proposition car le Comité Union et Progrès poursuivait une politique démographique différente vis-à-vis de la population arménienne, qui à son tour conduisit à une troisième vague de déportations séparée.

Au lieu d'envoyer les Arméniens dans les territoires russes, le gouvernement ordonna, le 9 mai 1915, qu'ils soient déportés "vers le Sud". C'était une conséquence de la politique démographique du CUP à l'égard des Arméniens. Si les Arméniens étaient expulsés dans les territoires russes, les dirigeants jeunes-turcs prévoyaient la possibilité qu'ils reviennent avec l'armée russe et se réinstallent dans la région, finissant par constituer la majorité dans certaines zones. Cela aurait établi une hégémonie arménienne permanente sur la terre ottomane. Pareillement, étant donné que les Arméniens étaient des locaux et qu'ils connaissaient donc la topographie, ils auraient pu être enrôlés et utilisés par l'armée russe contre les Ottomans. En bref, ils présentaient une menace potentielle pour la sécurité de l'Anatolie. Du fait de ces raisons démographiques, politiques, militaires, et stratégiques, les Arméniens ne furent pas déportés vers les territoires russes mais plutôt vers le Sud."

Voir également : Le nationalisme arménien : un instrument de l'impérialisme russo-tsariste

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l'expansionnisme russo-tsariste

Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

Les atrocités de l'armée russe contre les civils (sujets russes ou étrangers) durant la Première Guerre mondiale

La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste

La tragédie des musulmans d'Anatolie

Erik Jan Zürcher, The Young Turk Legacy and Nation Building : From the Ottoman Empire to Atatürk's Turkey, Londres-New York, I. B. Tauris, 2010, p. 139-140 :

"En raison de la guerre [la Première Guerre mondiale et ses suites], des épidémies et de la famine, quelque 2,5 millions de musulmans anatoliens, ainsi que jusqu'à 800.000 Arméniens et quelque 300.000 Grecs, avaient perdu la vie. Dans l'ensemble, la population de l'Anatolie déclina de 20 % du fait de la mortalité (un pourcentage 20 fois plus élevé que celui de la France, qui fut le pays ouest-européen le plus touché durant la Première Guerre mondiale). Les effets de la guerre et de la maladie furent répandus inégalement, néanmoins : dans certaines provinces orientales, au moins la moitié de la population avait péri et un autre quart fut composé de réfugiés. Il y avait 12 provinces, la plupart à l'Ouest, où plus de 30 % des femmes adultes étaient veuves. La Turquie après la guerre était un pays vidé. Les voyageurs qui visitèrent le pays dans les années 20 et 30, tels que les jeunes turcologues dont les exploits sont décrits dans la partie IV, remarquent sans exception la désolation de ses campagnes.

Outre la mortalité, la population anatolienne de la nouvelle république présentait les effets d'une migration à grande échelle. Tout au long du XIXe siècle et au début du XXe, les musulmans avaient fui, ou avaient été forcés de fuir, des territoires qui furent perdus par l'Empire au profit d'Etats chrétiens : la Russie, la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie et la Grèce. En dernière instance, ces gens ont été réinstallés en Anatolie (souvent sur d'anciennes propriétés arméniennes). Ces réfugiés et leurs enfants constituaient alors un tiers de la population d'après-guerre. La perte des zones à prédominance chrétienne et l'immigration des musulmans avaient signifié qu'en 1913, pour la première fois de toute son histoire, l'Empire ottoman avait une majorité turque."

Voir également : Epidémies et carence de moyens de transport dans l'Empire ottoman en 1914-1918

L'imbrication de deux réalités : le martyre des muhacir et les massacres d'Arméniens en Anatolie

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

vendredi 2 novembre 2012

L'anti-repentisme cohérent de Gérard Longuet

Gérard Longuet, communiqué diffusé sur France Inter, 1er novembre 2012 :

"C’est un sujet sensible pour moi : ce faisant, l’Algérie ravive une plaie non pas tellement avec l’Algérie, mais aussi entre nos compatriotes, nos compatriotes pieds-noirs, qui ont l’impression d’être collectivement jugés et condamnés, et nos compatriotes métropolitains qui se disent : qu’est ce que c’est que ces gens qui étaient au fond des criminels.

Je souhaite profondément que nous nous entendions avec l’Algérie, comme la France a su se réconcilier avec l’Allemagne. Je crois que cela ne sera possible que si on reconnaît que chacun a été utile, que le travail des pieds-noirs en Algérie a été digne et qu’ils avaient des vies simples.

Les Algériens doivent se développer en sachant que la France est leur amie, mais qu’on ne peut pas se développer en Algérie sur le ressentiment de la France, alors que je crois profondément que la France a fait beaucoup pour que l’Algérie soit un pays plus moderne, mieux équipé, mieux formé. Tout n’a pas été parfait, mais si on se dresse en permanence des procès collectifs, on ne progressera jamais."

Gérard Longuet, interview à France 2, 22 décembre 2011 :

"(...) moi ce qui me navre c’est que la Turquie est un très grand pays qui fait des efforts pour aller vers l’Europe, à sa manière et qui s’efforce je crois, avec l’Arménie d’établir de nouvelles relations. Et je suis un petit peu désolé de ce que l’on ne se préoccupe pas, point de l’avenir, c'est-à-dire les relations entre la Turquie et l’Europe, les relations entre la Turquie et l’Arménie, et qu’on parle du centenaire d’une tragédie, qui est une vraie tragédie, mais c’est un centenaire. Pourquoi les arrières petits fils paieraient-ils indéfiniment les fautes des arrières grands-parents ?"

Ahmet Davutoğlu, interview à Libération, 9 juillet 2012 :

"Pour le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne, le président François Hollande a écrit un bel article évoquant le nécessaire travail commun entre les deux pays sur la mémoire. C’est exactement ce que nous voulons avec l’Arménie et cela fait partie des protocoles signés avec Erevan. Il est temps de remplacer la haine par un travail commun sur le passé."

Voir également : Le discours éblouissant du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé en Turquie, dans la grande tradition de la turcophilie gaulliste

"Cohérence", "nuance" et "exactitude" chez Nicolas Sarkozy, "fin connaisseur" de l'histoire de France, comme de celle de la Turquie

François Hollande a-t-il la "mémoire" courte ?

jeudi 1 novembre 2012

L'histoire du Karabakh

Stéphane Yerasimos, "A propos du Karabagh et des troubles ethniques d'Arménie et d'Azerbaïdjan", Hérodote, n° 48, 1er trimestre 1988, p. 143-146 :
Le problème du Karabagh est la cause des troubles ethniques qui viennent de se déclencher (mars 1988) dans deux républiques soviétiques de Transcaucasie : manifestations massives d'Arméniens qui réclament le rattachement à leur république de ce territoire du Karabagh en grande partie peuplé d'Arméniens, mais qui est inclus en république d'Azerbaïdjan ; contre-manifestations des Azéris (en grande majorité turcophones et chiites) qui, en Azerbaïdjan, s'en prennent aux Arméniens dans des pogroms qui font de nombreuses victimes. Pour expliquer le problème de cette enclave arménienne du Karabagh sous autorité de la république d'Azerbaïdjan, les médias évoquent une décision de Staline. Or cette explication, au demeurant inexacte, ne suffit pas à rendre compte de cette situation géopolitique dont les causes sont beaucoup plus complexes. Ce n'est d'ailleurs qu'une petite partie du casse-tête ethnique qu'est le Caucase.

L'ancien Karabagh, lieu d'estivage des chahs d'Iran, faisait partie des khanats musulmans Azeris de Gandja et de Karabagh, vassaux de l'Empire perse, tandis que dans le « Karabagh des montagnes » (= Nagorny Karabagh), cinq « principautés » arméniennes subsistaient comme vassales à leur tour des khanats azéris. La concentration arménienne à cet endroit résultait d'un afflux de populations depuis la plaine du Kura à l'est, jadis occupée par le puissant khanat azéri de Chirvan, et le Nakhitchévan à l'ouest, couloir des invasions turques vers la Perse et des ripostes persanes. Cet ensemble complexe de territoires est annexé par la Russie au début du XIXe siècle. Le découpage administratif de 1868 divisait le Karabagh, compris dans le gouvernement d'Elizavetpol, en une série de districts, disposés en bandes est-ouest, comprenant chacun une partie de montagne et une partie de plaine. Cela correspondait à une complémentarité économique, puisque la montagne fournissait des pâturages d'été aux musulmans de la plaine et la plaine approvisionnait en céréales les Arméniens de la montagne. Mais ce découpage enlevait aux Arméniens la majorité dans la quasi-totalité des districts.

A la veille de 1914, la situation au nord de la frontière russo-iranienne se présentait ainsi, d'est en ouest : la plaine de Chirvan ; le Karabagh ; la vallée de Hakaru — qui sépare aujourd'hui l'enclave du Nagorny Karabagh de la République arménienne — peuplée de villages kurdes et azéris ; le Zanguezour — le sud du territoire arménien actuel — peuplé de 120 000 musulmans et de 101 000 Arméniens, et le Nakhitchévan — l'actuelle enclave azerbaïdjanaise — en république d'Arménie (81 000 musulmans et 54 000 Arméniens), tandis que de l'autre côté du fleuve Araxe, en territoire iranien, se trouve le khanat azéri de Maku. L'ensemble de ces régions est traversé par l'unique route qui relie Baku aux hauts plateaux anatoliens et qui sert de couloir de communication entre les populations turques de l'Anatolie et du Caucase, tandis que les routes du nord traversent des territoires géorgiens ou arméniens. Le massif montagneux du Karabagh, majoritairement peuplé d'Arméniens, est donc le seul obstacle sur cette route, tout en constituant un formidable poste d'observation de la plaine azerbaïdjanaise.

Cet axe prendra toute son importance lors de l'aventure panturquiste de la Turquie d'Enver Pacha, qui profite de la révolution russe en 1918 pour tenter de conquérir les territoires peuplés de Turcs. A l'époque, tout en occupant le Nakhitchévan, pour avancer vers Tabriz, la grande ville de l'Azerbaïdjan iranien, l'armée turque préfère se frayer un passage par la route du nord, entre Alexandropol (Leninakan) et Elisavetpol (Kirovabad), plutôt que d'attaquer le Zanguezour, solidement défendu. Mais après la chute de Baku, l'armée turque prend le Karabagh de revers et obtient sa soumission le 8 octobre 1918, trois semaines avant la reddition de la Turquie devant les Alliés.

Les troupes turques évacuent alors le Caucase et sont remplacées par les Anglais, qui prennent sous leur protection les républiques d'Arménie, d'Azerbaïdjan et de Géorgie qui viennent de se constituer. Profitant de cette circonstance, et de l'hiver, le Karabagh retrouve une autonomie de fait sous la direction d'une assemblée arménienne, tandis que les Turcs laissent derrière eux au Nakhitchévan un « gouvernement provisoire de l'Araxe » musulman. Les Arméniens du Karabagh demandent alors l'aide de ceux du Zanguezour, mais le temps que ces derniers puissent réduire la résistance opposée par les villages kurdes et azeris de la bande intermédiaire, les Anglais, poussés par le gouvernement azerbaïdjanais, à l'approche de la transhumance du printemps 1919, attribuent le Karabagh aux Azeris et ceux-ci envoient un gouverneur soutenu par les baïonnettes britanniques. En même temps les Anglais occupent le Nakhitchévan pour s'interposer entre l'armée régulière arménienne et les forces locales turques.

La progression de l'Armée rouge en Transcaucasie et la naissance du mouvement national turc en Anatolie remettent en cause cet état des choses au début de 1920. La nouvelle communauté d'intérêts des Soviétiques et des Turcs, qui s'opposent aux vainqueurs de la guerre mondiale, menace les républiques transcaucasiennes sous protection britannique, et des envoyés nationalistes turcs en Azerbaïdjan oeuvrent même pour sa soviétisation. Celle-ci ayant été obtenue en avril 1920 un contact turco-soviétique peut s'établir par le Karabagh. Or, ce territoire, après avoir constitué le dernier réduit de la résistance azérie contre l'Armée rouge, vient d'être occupé par l'Arménie. Aussi, le 10 août 1920, le jour même où le traité de Sèvres accorde l'Arménie turque à la république arménienne, celle-ci accepte, par un accord, signé à Erivan, l'occupation, « provisoire » du Karabagh, du Zanguezour et du Nakhitchévan par l'Armée rouge, afin que les Soviets puissent ravitailler le mouvement national turc.

En décembre, l'Arménie, vaincue par les Turcs, devient une république soviétique. En félicitant le nouveau régime, Ordjonikidzé, commissaire politique du Caucase, déclare que le Karabagh, le Zanguezour et le Nakhitchévan lui seront attribués. Or, en mars 1921, le parti national arménien Daschnak se révolte. Vaincu, il se réfugie dans le Zanguezour où il tient jusqu'en juillet. Les montagnes du Sud risquent ainsi de devenir le réduit du nationalisme arménien. Le Kavburo, la plus haute instance soviétique du Caucase, décide alors d'attribuer le Karabagh des montagnes à l'Azerbaïdjan, tout en le dotant d'une large autonomie. Le Zanguezour restera en revanche à l'Arménie, quant au Nakhitchévan, cas sans doute unique en Union soviétique, son attribution à l'Azerbaïdjan « sans qu'il puisse jamais être cédé à un tiers état », ainsi que ses frontières ont été fixées par le traité russo-turc signé à Moscou le 16 mars 1921.

Voir également : Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921

Deux siècles d'homogénéisation ethnique du territoire arménien

Le prétendu "pogrom nationaliste azéri" de Soumgaït en 1988 : une manipulation communisto-mafieuse ?

Les circonstances des émeutes anti-arméniennes de Bakou en janvier 1990

 
Histoire des Arméniens : élimination de la minorité azérie au Karabagh