mardi 20 novembre 2012

L'"antisionisme" de la mouvance ASALA

Anahide Ter Minassian, "La diaspora arménienne", Hérodote, n° 53, 2e trimestre 1989 :

"Le terrorisme arménien commence en 1975 (si on exclut l'acte isolé d'un Yanikian) avec l'ASALA (Armée secrète de libération de l'Arménie), et le Commando des justiciers du génocide qui exécute à vingt-quatre heures d'intervalle les ambassadeurs de Turquie à Vienne et à Paris, puis la nouvelle Résistance arménienne (1977) et l'Armée révolutionnaire arménienne (1981). Apparu au lendemain de la crise chypriote, pendant la guerre civile libanaise, fortement inspiré par le mouvement palestinien, c'est un nouveau mode d'expression qui renoue avec la tradition révolutionnaire arménienne (le mouvement fédai) et cherche à être un moyen de pression sur la Turquie et sur les gouvernements et les opinions publiques des Etats membres de l'OTAN. Son objectif déclaré est de faire reconnaître le génocide et de faire restituer les terres ancestrales. Le Commando des justiciers et l'ARA, dont les actions ont été cautionnées par la FRA, mènent plus d'une vingtaine d'attentats contre des diplomates turcs. L'ASALA (plus de cent cinquante attentats) change plusieurs fois de tactique (attentats personnalisés ou attentats aveugles dans les aéroports à Ankara, à Orly) et de cibles." (p. 145)

René Backmann, "Arménie : des tueurs déboussolés", Le Nouvel Observateur, 22 juillet 1983 :

"Pendant longtemps, les Arméniens de Beyrouth n'ont rien réclamé d'autre que la paix. Ils avaient obtenu quatre sièges au parlement libanais et contrôlaient un quart du marché de l'or à Beyrouth où se trouvait aussi le siège du secrétariat mondial des assemblées élues par les communautés de la diaspora. Et puis l'O.L.P., au début des années soixante-dix, s'est installée à Beyrouth, armée et représentation politique d'un autre peuple sans terre, les Palestiniens. Pour certains des jeunes Arméniens de la troisième génération, ces guérilleros de vingt ans bardés de cartouchières sont vite devenus des modèles. L'idéologie a suivi et, au début de 1975, c'est dans la « petite Arménie » de Bourj-Hammoud qu'est née une organisation nommée A.S.A.L.A." (p. 24)

Pierre Blanchet, "L'ASALA et ses sponsors", Le Nouvel Observateur, 10 octobre 1986 :


"L'Armée Secrète arménienne pour la Libération de l'Arménie est apparue pour la première fois en 1975 à Beyrouth. Dirigée par Hagop Hagopian, dit le Mujahed, elle se meut dans l'importante communauté arménienne de la capitale du Liban et ses militants sympathisent avec les plus dures des organisations palestiniennes." (p. 54)

Yves Ternon, La cause arménienne, Paris,
Le Seuil, 1991 :

"Hay Baykar se rapproche progressivement de l'ASALA. A partir d'avril 1980, le journal [dont Ara Toranian est le rédacteur en chef] publie des interviews d'Abou Ayad, numéro deux de l'OLP et principal intermédiaire entre les Palestiniens et l'ASALA, de membres du « Front du refus » et de l'« Union générale des étudiants palestiniens »." (p. 259)

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

"L'ennemi principal devient la Turquie à l'égard de laquelle tous les moyens doivent être employés : le terrorisme ciblé sur des personnels diplomatiques et consulaires turcs, et très professionnel du CJGA (Commando des justiciers du génocide arménien), et la lutte politique institutionnelle pour la reconnaissance du génocide arménien par l'ONU, le Congrès américain, le Parlement européen, etc. Celle-ci légitimant celui-là et le terrorisme perpétré d'abord dans la France désotanisée et l'Autriche neutre où la FRA cultive ses contacts avec les socialistes Bruno Kreisky et François Mitterrand, servant à la publicité de la Cause et de moyens de pression pour la reconnaissance du génocide et l'isolement de la Turquie.

Malgré sa radicalité, ce virage n'empêche pas la formation d'une organisation terroriste concurrente et plus extrémiste, l'Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie (ASALA), initialement proche du FPLP palestinien de George Habache, sans stratégie diplomatique et politique globale, qui stigmatise les anciennes attaches de la FRA avec la CIA, et la droite maronite libanaise, les liens passés de H. Maroukhian avec le Shah d'Iran, les échecs successifs de la stratégie institutionnelle de la FRA à l'Ouest (l'élection de Ronald Reagan, la défaite socialiste en France en 1978, l'échec à l'ONU de l'amendement reconnaissant le génocide, etc.)." (p. XV)

"H. Maroukhian est le principal artisan de ce tournant terroriste. Lui qui a, avant de se rétracter, en pleine détente et à l'abri de ses camarades, créé à Beyrouth, en 1971, un premier noyau d'activistes dachnaks et hentchaks, chargés de se documenter sur les techniques du terrorisme et sur le potentiel militaire de la Turquie, tient là sa revanche. Les services de renseignements de l'OLP se sont en effet méfiés des liens existants entre ce groupuscule secret et le Dachnak, considéré comme un relais de la CIA et un allié des Phalangistes au Liban. Les agents du COSE-FPLP (Commandement des opérations spéciales à l'étranger — Front populaire de libération de la Palestine), de George Habache, ont récupéré le groupe, l'ont baptisé « Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie » (ASALA) en vue de l'utiliser en tant que réseau autonome de la résistance palestinienne à l'étranger, en plaçant à sa tête Wadi Haddad et son bras droit, Haroutioun Tachikian alias Hagop Hagopian, El Moudjahed. Impuissant, H. Maroukhian a pris ses distances avec le groupe sans oublier de charger ses agents dachnaks restés à l'intérieur de le tenir informé de la suite des événements." (p. 28-29)

"Alors que l'armée israélienne détruit les structures de l'ASALA au Liban-Sud, H. Hagopian trouve refuge chez son ami Abou Nidal. Celui-ci, privé de l'appui du FPLP, offre à H. Hagopian logistique et moyens financiers dans la Bekaa sous contrôle syrien. Abou Nizar et Abd Al Rhaman Iza, deux hommes d'A. Nidal, mettent en contact H. Hagopian avec le colonel Haitham Saïd, responsable du Département d'intelligence de l'Air Force syrienne, ce qui procure à H. Hagopian des facilités en Syrie et par ficelles interposées entre l'ASALA et le KGB." (p. 78-79)

Nathalie Cettina, Terrorisme : l'histoire de sa mondialisation, Paris, L'Harmattan, 2001 :

"Quand à l'ASALA, sa transnationalité la pousse à concevoir l'action comme étroitement liée à la perspective de déstabilisation d'un équilibre régional qu'elle conteste. En 1979, à la suite d'une campagne d'attaques à la bombe contre des compagnies aériennes occidentales, elle annonce sa coopération logistique et opérationnelle avec des groupes terroristes palestiniens, mettant ainsi ses compétences au service d'une cause distincte de la sienne, comme elle l'avait déjà fait avec les services libyens. La complicité entre ces deux organisations se retrouve dans les revendications d'attentats commis contre la compagnie israélienne El Al à Rome, en 1980. Elle apparaît, à nouveau, dans les relevés balistiques des attentats menés, à Paris, en 1980, contre des intérêts turcs et israéliens. Au départ proche de El-Fatah, l'ASALA penche par la suite en faveur d'une action plus radicale, qui la conduit à se rapprocher de tendances comme le FPLP et le FPLP-CG.

Bref, les Palestiniens aident l'ASALA contre les Turcs et l'ASALA aide les Palestiniens contre les Israéliens et les Occidentaux. La déstabilisation provoquée par les uns n'est pas sans intérêt pour les autres." (p. 190-191)

Voir également : La jalousie maladive des militants arméniens à l'égard des Juifs

Monte Melkonian et l'attentat de la rue Copernic

La confrontation du MIT turc et du Mossad israélien avec le problème du terrorisme arménien


Le monstrueux attentat d'Orly : le terrorisme arméno-syrien contre la France

Quand Ara Toranian admettait avoir été, pendant des années, le complice d'un "antisémite" et d'un "fasciste"

La fidélité d'Ara Toranian au terrorisme de l'ASALA première mouture

La FRA-Dachnak et le tiers-mondisme arabe

L'antiracisme de la FRA-Dachnak

Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien

Les Arméniens et la République islamique d'Iran

L'antisémitisme arménien : quelques pistes à explorer