lundi 5 novembre 2012

Les expulsions de musulmans caucasiens durant la Première Guerre mondiale

Donald Bloxham, The Great Game of Genocide : Imperialism, Nationalism, and the Destruction of the Ottoman Armenians, Oxford-New York, Oxford University Press, 2005, p. 74 :

"L'agitation ottomane et allemande portait un peu ses fruits en Azerbaïdjan et ailleurs dans le Caucase, où les forces turques en marche ont été rejointes par plusieurs milliers de musulmans, tout comme avec certaines tribus kurdes dans les zones frontalières perses et un petit nombre d'activistes plus éloignés dans les territoires britannique et russe. La réaction russe dans le Caucase inclut l'expulsion des communautés musulmanes suspectes sur la frontière turque, et sans doute aussi leur massacre. Pour leur part, l'importance et la brutalité des réactions turques aux incidents déclenchés en interne ou par l'approche des unités de volontaires arméniens peuvent être déduites des références officielles voilées à l'envoi de "forces miliciennes et tribales" et d'"unités punitives"."

Fuat Dündar, "Pouring a People into the Desert : The "Definitive Solution" of the Unionists to the Armenian Question", in Ronald Grigor Suny, Fatma Müge Göçek et Norman M. Naimark (dir.), A Question of Genocide : Armenians and Turks at the End of the Ottoman Empire, Oxford-New York, Oxford University Press, 2011, p. 281-282 :

"Alors que l'évacuation de la région de la Cilicie [les Arméniens de Zeytun et Dörtyol] avait lieu, des populations musulmanes de l'Empire russe se réfugièrent dans les territoires ottomans sur le front de l'Est. Le 2 mai 1915, un général ottoman proposa d'expulser les Arméniens ottomans d'Anatolie orientale vers les terres russes et d'installer ces nouveaux réfugiés musulmans à leur place. Toutefois, Istanbul n'accepta pas cette proposition car le Comité Union et Progrès poursuivait une politique démographique différente vis-à-vis de la population arménienne, qui à son tour conduisit à une troisième vague de déportations séparée.

Au lieu d'envoyer les Arméniens dans les territoires russes, le gouvernement ordonna, le 9 mai 1915, qu'ils soient déportés "vers le Sud". C'était une conséquence de la politique démographique du CUP à l'égard des Arméniens. Si les Arméniens étaient expulsés dans les territoires russes, les dirigeants jeunes-turcs prévoyaient la possibilité qu'ils reviennent avec l'armée russe et se réinstallent dans la région, finissant par constituer la majorité dans certaines zones. Cela aurait établi une hégémonie arménienne permanente sur la terre ottomane. Pareillement, étant donné que les Arméniens étaient des locaux et qu'ils connaissaient donc la topographie, ils auraient pu être enrôlés et utilisés par l'armée russe contre les Ottomans. En bref, ils présentaient une menace potentielle pour la sécurité de l'Anatolie. Du fait de ces raisons démographiques, politiques, militaires, et stratégiques, les Arméniens ne furent pas déportés vers les territoires russes mais plutôt vers le Sud."

Voir également : Le nationalisme arménien : un instrument de l'impérialisme russo-tsariste

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l'expansionnisme russo-tsariste

Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

Les atrocités de l'armée russe contre les civils (sujets russes ou étrangers) durant la Première Guerre mondiale

La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste