dimanche 30 décembre 2012

La gauche sociétale et les lois mémorielles : une rupture avec le modèle républicain français

Laurent Bouvet, Le sens du peuple. La gauche, la démocratie, le populisme, Paris, Gallimard, 2012, p. 201-202 :

"(...) si, d'un point de vue économique et social, les discussions sur le caractère plus ou moins à gauche de la politique de la majorité plurielle [1997-2002] ont pu parfois être vives, au point que certains à gauche ont même pu la qualifier de « sociale-libérale », sur le plan culturel et des « valeurs », en revanche, son action a été peu équivoque et peu critiquée. Des mesures symboliques et pratiques relevant directement du libéralisme culturel et de la reconnaissance des revendications et fiertés identitaires ont été promues durant toute la durée de la mandature et sont devenues emblématiques de l'action de cette majorité : parité, pacte civil de solidarité (PACS), politique de lutte active contre « les » discriminations (mise en place du « 114 », numéro d'appel gratuit pour les victimes de discrimination raciale, des CODAC, les commissions départementales d'accès à la citoyenneté, du GELD, le groupe d'études et de lutte contre les discriminations), promotion du thème de la « diversité », mise en avant des « minorités visibles », reconnaissance officielle du droit des victimes par des « lois mémorielles » (loi sur le génocide arménien, loi Taubira sur l'esclavage), etc. L'inspiration au sein du PS, comme d'une partie de la gauche écologiste et « mouvementiste » de la fin des années 1990, est venue notamment de l'influence grandissante pendant toute la décennie des promoteurs d'un multiculturalisme à la française qui ont largement puisé leurs exemples à l'étranger (au Canada, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni, notamment). Ils présentent à l'époque ce programme « progressiste » comme la nécessaire sortie du « modèle républicain » français dont l'universalisme « aveugle aux différences culturelles » ne correspondait plus aux nécessités intellectuelles et aux demandes sociales de l'époque. On constate d'ailleurs que cette injonction au « progressisme » fonctionne de manière idéologique puisque les critiques de ces « progrès » sont rangées dans la catégorie (réactionnaire) du « républicanisme français ». La dénonciation de la domination de la pensée républicaniste en France comme signe d'un indécrottable provincialisme à l'âge du monde ouvert et global est devenue une figure récurrente de cette injonction1. Et ce en dépit de toutes les démonstrations et de toutes les mises en garde sur le risque que fait courir la diversité à la cohésion sociale2.

1. Parmi les dernières publications en date allant dans ce sens, on retiendra l'ouvrage de Béatrice Durand, La Nouvelle Idéologie française, Stock, 2010.

2. Voir notamment Robert Putnam, « E Pluribus Unum : Diversity and Community in the Twenty-First Century. The 2006 Johan Skytte Prize Lecture », Scandinavian Political Studies, vol. XXX, n° 2, 2007, pp. 137-174."

Voir également : Jean-Pierre Chevènement s'élève contre la dérive "victimaire" et communautariste du PS

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