mercredi 20 février 2013

Le Parlement tchèque adopte à l'unanimité une résolution qualifiant le massacre de Khodjali de crime contre l'humanité

Le Parlement tchèque a adopté une résolution condamnant l’Arménie pour un crime contre l’humanité

19.02.2013 By Gulustan

La République tchèque a été le premier État membre de l’Union européenne à condamner officiellement l’Arménie pour les massacres des civils à Khodjali et à reconnaître ces actions comme un crime contre l’humanité.


Le 7 février, le Comité des Relations Internationales de la Chambre des députés de la plus haute instance législative du pays a adopté à l’unanimité le document condamnant l’Arménie d’avoir commis, il y a 21 ans, « le massacre brutal de 613 civils non armés de la ville azerbaïdjanaise de Khodjaly, occupée par les forces militaires arméniennes».

Le document adopté indique, que «la plupart des médias du monde entier ont fait part de ce massacre, et l’organisation «Human Rights Watch / Helsinki » a publié une déclaration, dans laquelle elle a considéré les actions des soldats arméniens contre les civils dans la zone de guerre comme une violation du droit international coutumier».

Le document souligne, que «les gouvernements de nombreux pays ont condamné ce crime contre l’humanité».

Le document adopté souligne également, que « les résolutions 822 (1993), 853 (1993), 874 (1993) et 884 (1993) du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à mettre fin à l’occupation des territoires azerbaïdjanais, ne sont toujours pas mis en œuvre. Les résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies, du Parlement européen, des Assemblées parlementaires du Conseil de l’Europe et de l’OSCE appuient la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République d’Azerbaïdjan, notamment du Haut-Karabakh ».

Enfin, le dernier paragraphe de la résolution adoptée à l’unanimité dit: «Le Comité des relations internationales de la Chambre des députés du Parlement de la République tchèque condamne le nettoyage ethnique des civils sans défense, le massacre et le génocide, quel que soit le temps et le lieu où ils avaient été produits. Il appelle à la mise en œuvre cohérente de toutes les résolutions condamnant de tels actes. Dans ce contexte, nous considérons le massacre de Khodjali comme un crime contre l’humanité, et nous le condamnons. Nous célébrons le 21e  anniversaire de cette tragédie et exprimons nos condoléances au peuple azerbaïdjanais».

Ainsi, le Parlement tchèque est la première institution législative de l’Union européenne, condamnant l’Arménie pour les crimes contre l’humanité à Khodjaly! La résolution République tchèque a une fois encore confirmé officiellement sa reconnaissance du Haut-Karabakh en tant qu’une partie intégrante de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie comme un envahisseur de ce territoire, coupable d’un crime odieux à Khodjaly.
Source : http://gulustan.info/2013/02/parlement-tcheque/

Voir également : Histoire des Arméniens : élimination de la minorité azérie au Karabagh

Le Sénat colombien reconnaît le massacre de Khodjali comme un génocide

Le Sénat du Mexique qualifie le massacre de Khodjali de génocide

Echec de la manoeuvre du parti ultra-nationaliste Ataka en Bulgarie : le Parlement bulgare ne valide pas les allégations génocidaires arméniennes

Un pétard mouillé à la Knesset : la session sur la "reconnaissance" du prétendu "génocide" arménien a été interrompue sous la pression du ministère des Affaires étrangères

Le Parlement arménien refuse d'entériner les allégations génocidaires ridicules des Grecs pontiques et des Assyro-Chaldéens

lundi 18 février 2013

L'Arménie, un pays mis en coupe réglée par les oligarques

ARMÉNIE • Un pays aux mains des oligarques
Face au président sortant, les principaux candidats d’opposition à la présidentielle du 18 février ont déclaré forfait. L’élite qui monopolise le pouvoir et l’économie maintient la société dans le dénuement.
    Vestnik Kavkaza | David Stepanian | 18 février 2013 |

Une économie “relativement libre”. Telle est la conclusion de l’étude de l’Heritage Foundation et du Wall Street Journal qui place l’Arménie au 38e rang d’un classement annuel mondial fondé sur dix critères fondamentaux tels que la liberté économique et commerciale, la transparence des investissements, l’ingérence de l’Etat ou la corruption. Tigran Sarkissian, Premier ministre, s’est immédiatement félicité de cette amélioration du climat économique et a trouvé cet indicateur très encourageant pour la poursuite des réformes. Cependant, en dépit de cette “liberté relative” et des efforts soutenus du gouvernement, il semble peu probable que les simples citoyens voient leur existence s’améliorer en 2013, si l’on en croit les déclarations d’Artem Assatrian, ministre du Travail et des Affaires sociales. Les allocations ne seront pas revalorisées, et aucune augmentation des retraites et des salaires des fonctionnaires n’est prévue. Par ailleurs, sans politique d’investissement, le problème du chômage n’a aucune chance d’être réglé. Le gouvernement laisse tous les retraités et personnes dépendant d’allocations de misère se débrouiller face à la hausse des prix.

En revanche, il a été décidé d’alourdir encore les impôts, ce qui devrait rapporter 118 milliards de drams supplémentaires [216 millions d’euros]. En 2012, une première augmentation, qui avait provoqué la colère des citoyens, avait déjà permis de collecter 108 milliards de plus. Le résultat de cette politique, nous l’avons sous les yeux. Les chiffres officiels, dont on peut raisonnablement penser qu’ils sont sous-estimés, recensent 34 % de pauvres en Arménie. Les sondages révèlent que seuls 10,3 % des gens sont satisfaits de leur situation, tandis que 49 % ont du mal à s’en sortir mais se font une raison et que 37,4 % ont des difficultés et sont mécontents.

Autre menace pour les maigres ressources de nos concitoyens : la chute de la devise nationale, le dram. En mars 2009, les pouvoirs publics ont déjà grugé le peuple en cessant d’intervenir pendant une journée pour maintenir son cours sur les Bourses locales, et le dollar est ainsi passé de 300 à 360 drams. Tous les affairistes étaient au courant, seuls les citoyens de base n’ont rien vu venir et ont perdu une bonne part de leurs économies. Aujourd’hui, ce scénario pourrait se répéter, car dans ses estimations des risques qui pèsent sur le budget 2013, le gouvernement n’exclut pas que le dram puisse être dévalué de 20 %. La population ne doit donc pas compter sur le pouvoir pour une quelconque amélioration de son quotidien.

Cependant, la belle vie est une réalité pour certains en Arménie. Environ 10 % des habitants en profitent, aux dépens des 90 % restants. Les hommes d’affaires, banquiers liés au pouvoir et hauts fonctionnaires ont un train de vie somptueux. Les postes dans la haute administration sont donc très courus et on compte des dizaines de fois plus de candidats souhaitant entrer à l’Académie nationale d’administration qu’à l’université d’Etat d’Erevan. Les jeunes ont sous les yeux trop d’exemples de la manière dont on peut se faire une place au soleil dans un pays pauvre.

Une opposition discréditée

Ovik Abramian, président du Parlement d’une Arménie qui compte 3 millions d’habitants et où les retraités perçoivent [l’équivalent de] 50 dollars par mois, effectue ainsi la plupart de ses nombreux voyages à l’étranger en affrétant un jet pour l’occasion. Il prélève par ailleurs à chaque fois 40 000 à 50 000 dollars dans les caisses de l’Etat pour ce qu’il qualifie de “frais de représentation”.

Des hommes comme lui, la minuscule Arménie criblée de dettes en compte des centaines, voire des milliers. Le gouvernement, afin de satisfaire l’avidité croissante d’une classe de hauts fonctionnaires, ne cesse de se creuser les méninges pour inventer de nouvelles sources de revenus.

Le plus triste de cette situation, c’est l’absence de perspectives. Tout porte à croire que le pouvoir restera en place, car à la veille de la présidentielle l’opposition est à terre. Et cette soi-disant opposition n’a jamais rien fait pour s’imposer, ce qui discrédite la notion même d’élection dans le pays. Le président actuel, Serge Sarkissian, chef du Parti républicain, est le favori incontesté. Et tout laisse à penser que si les partis siégeant au Parlement, tels le Congrès national arménien, la Fédération révolutionnaire Dachnaktsoutioun et Arménie prospère, ont renoncé à présenter des candidats, c’est à la suite d’un accord passé avec les autorités. Ils affirment ne pas vouloir prendre part à un scrutin faussé, mais leur argumentation ne convainc guère. En effet, rien ne les a empêchés de participer aux législatives du printemps dernier. Si le président sortant n’a pas d’adversaire aujourd’hui, c’est grâce à des tractations qui laissent la société seule face à un pouvoir qui a monopolisé le champ politique et économique.

Les projets de Gagik Khatchatrian montrent ce qu’un tel rapport de force peut donner. Important homme d’affaires, il est aussi chef du Comité des revenus de l’Etat. Pour 2013, il a l’intention de recueillir 118 milliards de drams supplémentaires en modifiant la législation fiscale et douanière, ainsi que la gestion des impôts et des douanes, par des moyens que lui seul connaît. On voit bien pourquoi le businessman collecteur d’impôts reste muet sur la possibilité pour l’Etat d’engranger plus d’impôts par le biais d’une croissance économique ou de ­l’augmentation des revenus de la po­pulation.

L’émigration continue

Notons que Khatchatrian est ­indirectement propriétaire de MegaFood, l’une des deux plus grosses sociétés importatrices de produits alimentaires, d’un supermarché, d’une compagnie de taxis, de la société Megamotors et du restaurant Santa Fe. La société Megasport, le magasin de montres de luxe Chronograf, le fournisseur d’accès internet U Com, le terminal douanier Alians, l’usine de produits laitiers Amasia et d’autres entreprises du pays lui appartiennent également, à lui ou à des membres de sa famille. Le patrimoine de Khatchatrian est un secret de Polichinelle. Alors, de quelle efficacité le responsable des impôts et des douanes, lui-même fraudeur, pourrait-il faire preuve pour lutter contre la fraude qui mine l’économie arménienne ?

La conséquence logique de cette situation est l’émigration.
Lorsque les gens ne sont pas satisfaits de ce qui se passe dans leur pays, soit ils se mobilisent pour changer les choses, soit ils s’en vont. Avec un paysage économique et électoral verrouillé, l’émigration ne peut que croître. L’économie relativement libre de l’Arménie n’a rien pour séduire ses citoyens, qui préfèrent partir plutôt que de continuer à enrichir une élite qui a déjà amassé des fortunes.
Source : http://www.courrierinternational.com/article/2013/02/18/un-pays-aux-mains-des-oligarques-0

samedi 16 février 2013

Jean-Luc Mélenchon contre l'allégation du "génocide vendéen" et la repentance coloniale

Vendée, Robespierre, Révolution française, etc. Assez de calomnies ! Avec Jean-Luc Mélenchon, je m'adresse aux Présidents de France Télévision et du CSA

janv. 13
30

Bien sûr, il y a la bataille sociale pour le partage des richesses et l'égalité des droits. Le Front de Gauche la mène avec ardeur.

Mais, il ne faut jamais négliger les batailles culturelles qu'impose l'actualité. Depuis des mois, la signification politique de la Révolution française est la cible de multiples attaques qui s'épanouissent particulièrement dans les médias (Cf. à ce sujet l'intéressant article dans l'Humanité d'hier). En moins d'un an, France 3 a ainsi diffusé déjà trois fois une scandaleuse émission à prétention historique sur Robespierre et la Vendée dans le cadre du magazine présenté par Franck Ferrand "L'Ombre d'un doute". Elle s'apprête à le faire une quatrième fois ! C'en est trop.

Avec Jean-Luc Mélenchon, nous avons décidé d'envoyer une lettre à M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévision, ainsi qu'à M. Olivier Schrameck, nouveau Président du CSA. Nous demandons qu'ils donnent la parole, sur les chaines du service public, aux historiens sérieux, spécialistes de la Révolution française, qui protestent ultra majoritairement contre les manipulations.

Voici notre lettre, nous attendons la réponse.

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A M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévision

A M. Olivier Schrameck, Président du CSA

Monsieur le Président,

Pour la troisième fois en moins d’un an, France 3, chaîne de télévision du service public, a diffusé la semaine dernière, une émission nommée « Robespierre : bourreau de la Vendée ? », épisode du magazine historique « L’ombre d’un doute », présenté par M. Franck Ferrand. Le contenu de cet épisode est un offensant et grossier plaidoyer à charge contre la Révolution de 1789, truffé d’erreurs et dangereusement orienté vers une banalisation de l’idée de génocide.  

Il semble qu’après le 7 mars et le 16 août 2012, puis le 23 janvier 2013, dates des trois précédentes diffusion, il soit prévu une quatrième diffusion le 4 février prochain. Quatre diffusions en moins d’un an, cela nous semble assez exceptionnel pour exprimer une intention politique avérée.

Nous nous adressons à vous pour protester avec la plus grande fermeté contre le fond et la forme de cet épisode. Avec la majorité des historiens et universitaires, nous le jugeons scandaleux et absurde. Votre attitude est également condamnable lorsque vous conduisez le service public à  rediffuser étrangement cette émission malgré sa grande médiocrité.

C’est pourquoi notre démarche, inhabituelle vous en conviendrez, ne se limitera pas à une protestation. En fonction des responsabilités qui sont les vôtres et d’une certaine idée du service public, nous demandons un clair sursaut pour essayer de réparer les dégâts qui ont été produits parmi ceux qui, se croyant à l’abri des manipulations, auront fait confiance au service public.

Le contenu idéologique, politique et historique, de cette émission de 52 minutes la range clairement dans l’arsenal de la propagande grossière. Elle reprend à son compte toutes les calomnies et les mensonges contre-révolutionnaires et anti-républicains d’inspiration d’extrême droite et monarchistes, qui persistent depuis plus de deux siècles.

Dès son titre racoleur, « Robespierre, bourreau de la Vendée ? », le ton est donné. Dans la mesure où ce titre se concluait par un point d’interrogation, le téléspectateur aurait pu penser que cette émission, rétablirait les faits historiques, sur la prétendue responsabilité personnelle de Robespierre dans la guerre de Vendée et dans les massacres commis lors de cette guerre civile. Dois-je vous rappeler que cette guerre dura dans sa première phase de mars à décembre 1793, puis de janvier 1794 au traité de la Jaunaye signé le 17 février 1795 dans sa deuxième phase, alors même que Maximilien Robespierre était mort depuis le 28 juillet 1794 ?

L’émission ignore les réalités les mieux établies par le travail des historiens : jamais Robespierre n’a commandé la « destruction » de la Vendée. Il n’a d’ailleurs jamais pris spécifiquement position sur le sujet lors de ses interventions à la tribune de la Convention. Cela, le téléspectateur ne le saura pas. C’est même l’inverse. Pour ceux qui ont fabriqué cette émission, il faut encore alimenter, avec des approximations et des affirmations péremptoires, la légende noire antirobespierriste de l’extrême-droite monarchiste.

Mais, notre indignation ne vient pas seulement de ces violentes charges, sans aucun fondement sérieux, portées contre le personnage emblématique de Maximilien Robespierre. D’un certain point de vue, hélas, nous avons l’habitude.

Nous protestons avec force car c’est la Révolution française elle-même qui est calomniée au cours de cette émission. Comment, en tant que citoyen français, avez-vous pu laisser se répandre les insinuations selon lesquelles la Révolution, ses armées et ses principaux dirigeants, annoncent le nazisme et Adolf Hitler ? Etes-vous négationniste ? Comment avez-vous pu laisser - un journaliste, animateur de l’émission – rediffusée trois fois - conclure  avec beaucoup d’aplomb que les armées républicaines dirigées par Turreau « préfigurent les Einsatzgruppen » nazis ? C’est intolérable.

La plupart des historiens étudiant la Révolution française sont indignés par ce genre d’amalgame et par les nombreuses fausses affirmations proférées lors de cette émission. De nombreux articles ont été publiés sur des sites scientifiques et universitaires pour en dénoncer les mensonges et falsifications. Deux des meilleurs spécialistes de la Révolution française, tous deux professeurs d’Université, dans une tribune qu’ils ont publiée, ont même qualifié cette émission de « splendide leçon d’anti méthode historique ».

Ce n’est pas tolérable ! Nos concitoyens, et notamment les jeunes générations, ont droit à un service public de qualité qui ne travestit pas notre Histoire nationale en donnant la parole à des théories fumeuses, totalement marginales. Pour arriver à ces comparaisons et parallèles aussi stupides qu’ignobles, le vocabulaire inadapté de « génocide vendéen » fut plusieurs fois utilisé à la fin de l’émission pour décrire les évènements tragiques qui se sont produits entre 1793 et 1795, et même plus tard d’ailleurs.

Ce concept bricolé de « génocide vendéen », uniquement utilisé par quelques provocateurs à des fins polémiques et politiques pour salir la République, n’est pas acceptable. Ce terme de « génocide » est clairement, dans le cas historique présent, rejeté par l’immense majorité des historiens et des universitaires qui ont étudié cette période et cette question. Chacun a compris qu’il vise à assimiler par des raccourcis et des approximations, les effets terribles d’une guerre civile, qui a coûté la vie directement ou indirectement à un nombre de personnes compris entre 120 et 170 000, avec la volonté délibérée des responsables nazis d’éradiquer la totalité des juifs d’Europe, ce qui coûta la vie à 6 millions de personnes, durant la seconde mondiale en raison d’une idéologie antisémite. Ce genre d’approximation est une véritable incitation au relativisme et par conséquent au négationnisme.

La spécificité et l’ampleur du génocide qu’ont subi les juifs d’Europe se voient ainsi relativisées, et seront à terme niées, si l’on tolère que le mot de « génocide » soit utilisé dans n’importe quels contextes et conditions historiques. A ce titre, il n’est pas étonnant que M. Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front National, qui fut un des seuls responsables politiques a considéré publiquement que « les chambres à gaz sont un détail de la seconde  guerre mondiale »,soit aussi celui qui dès 1987 à déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance du « génocide vendéen ».

Plus de deux décennies plus tard, il est frappant de constater que la dernière diffusion de cette émission a eu lieu exactement la semaine où des parlementaires UMP et FN ont déposé une nouvelle proposition de loi reprenant la même proposition que M. Le Pen. Cette émission a indiscutablement servi de caisse de résonance à leurs mensonges. Nous considérons que la mission du service public n’est pas d’alimenter, en déformant l’histoire, la pire propagande de l’extrême droite française, hélas ici rejointe par des députés de droite.

C’est pourquoi nous demandons que le service public accorde un droit de réponse aux historiens et aux spécialistes reconnus de la Révolution française, pour qu’ils puissent rétablir la vérité historique à propos de la Vendée et mettre en pièce les nombreux mensonges qui ont été déjà diffusés sur France 3.

« La liberté commence où finit l’ignorance » écrivait Victor Hugo. Pour mieux bâtir le futur, une Nation de citoyens libres a droit à la vérité et à la connaissance, particulièrement au sujet de son passé et de l’histoire de la Révolution française qui subit depuis trop longtemps tant d’attaques.

Enfin, de manière plus générale, nous attendons de votre part que vous preniez toutes les mesures pour que le contenu des émissions à caractère historique diffusées par le service public, soit marqué d’un esprit de sérieux et de rigueur historique.


Dans l’attente de votre réponse, recevez M. le Président, l’assurance de nos sincères salutations républicaines.

Jean-Luc Mélenchon, Co-président du Parti de Gauche

Alexis Corbière, Secrétaire national du Parti de Gauche

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Pour ceux qui n'auraient pas vu l'émission de France 3 par laquelle le scandale arrive, et pour une meilleure compréhension du sens de cette lettre, vous pouvez, en consultant le site de l'émission de M. Ferrand, la revoir en cliquant ici.
Source : http://www.alexis-corbiere.com/index.php/post/2013/01/30/Vendée,-Robespierre,-Révolution-française,-etc.-Assez-de-calomnies-!-Avec-Jean-Luc-Mélenchon,-nous-nous-adressons-au-Président-de-France-Télévision

Actualité Jeudi, 14 Février 2013 09:50

Il a animé mardi une conférence à l’Institut français d’Alger
Jean-Luc Mélenchon : “La repentance ? Une belle perte de temps”

Par : Arab Chih

Il a qualifié la Révolution algérienne de “guerre civile”.
Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents.

S’il n’a pas été aussi prolifique en coups de gueule que d’habitude, et s’il semblait avoir mis, lors de son passage mardi à l’Institut français d’Alger (IFA), de l’eau dans son vin en troquant son verbe tranchant et critique contre un langage diplomatique lisse et sans saillies, le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, n’a néanmoins pas démenti sa réputation de parleur à l’emporte-pièce. “Vous êtes assez subtils pour deviner qu’étant de passage à Alger, je n’ai naturellement pas l’intention de m’exprimer sur la situation en Algérie”, a-t-il souligné tout au début de sa conférence.
S’il s’est gardé de critiquer ouvertement le gouvernement algérien et encore moins les autorités de son pays, M. Mélenchon a distillé, subtilement il est vrai,  quelques piques. Au cours de sa conférence comme pendant le point de presse, le leader du Front de gauche a répété à l’envi qu’il est un patriote français qui aime son pays. Une manière, peut-être, de suggérer qu’il n’y a pas lieu de trop espérer une quelconque critique de sa part à l’égard du gouvernement Hollande.
La repentance de la France pour  les crimes coloniaux commis en Algérie ? Il ne veut pas en entendre parler, allant même jusqu’à qualifier la focalisation sur cette question de “belle perte de temps”.

“Je pense que ça serait une belle perte de temps. La France, c’est aussi moi, et moi je n’ai martyrisé personne, ni mes ancêtres (…) Je pense que c’est une perte de temps totale et un subterfuge pour ne pas parler d’autre chose, des problèmes auxquels nous sommes confrontés”, a-t-il soutenu. “Je ne me laisse pas entraîner dans des machins pareils”, a-t-il ajouté. Mais là où le grand tribun de gauche à titillé son monde, c’est quand il a qualifié la Révolution algérienne de simple “guerre civile”.
Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents. Sans plus.

“Optimiste pour la Tunisie”
N’est-il pas gêné par le fait que les relations algéro-françaises se résument presque aux seuls gros contrats pour les entreprises de l’Hexagone ? “C’est qu’il doit y avoir un manque des deux côtés, non ? La vie des nations est faite aussi de contrats”, a-t-il rétorqué, avant de renouer, un petit moment, avec son style cassant : “Si les Algériens ne sont pas contents des contrats, ils n’ont qu’à en signer d’autres avec d’autres pays.” Du pur Mélenchon. M. Mélenchon ne comprend pas les reproches faits par l’opposition algérienne au président français qui, lors de sa visite en Algérie, s’était contenté de discussions avec les officiels. “Qu’est-ce qu’elle veut ? Que nous intervenions ? Ce n’est pas sérieux, je trouve que c’est une critique qui n’a pas de sens. Si les gens ne sont pas contents, ils doivent aller voter. Vous avez des libertés civiques, il faut en profiter”, a-t-il conseillé.
Autres conseils donnés aux Algériens : s’opposer à l’exploitation du gaz de schiste et à l’accord de libre-échange qui rentrera en vigueur en 2020.
Décidé à ne planter à partir d’Alger la moindre hallebarde dans le dos du gouvernement français, M. Mélenchon a refusé de qualifier d’“erreur” la guerre française au Mali, même s’il n’a pas caché son scepticisme devant l’argumentaire déroulé par les autorités de son pays pour soutenir cette décision.
“Je pense que c’est une position discutable, j’ai posé des questions, j’attends les réponses et quand je les aurai, je vous dirai si c’était une erreur ou pas”, a-t-il répondu à une question d’un journaliste.
“Il y a des questions qu’un citoyen responsable doit poser. La première, c’est au nom de quoi agit-on ? Les motifs ont changé à plusieurs reprises, tantôt c’était une résolution de l’ONU, tantôt c’est une demande du gouvernement malien qui n’avait lui-même aucune légitimité”, a-t-il expliqué. 
Pour ce qui est de la révolution tunisienne, le leader du Front de gauche a refusé de parler d’“échec” et s’est dit optimiste pour l’avenir du pays du jasmin. “La révolution est un processus, les Tunisiens n’en ont pas fini avec leur Constituante. Ils font preuve d’un sang-froid extraordinaire alors qu’on vient de leur tuer un de leurs leaders”, a-t-il soutenu. “Je suis un optimiste pour la révolution tunisienne, et je juge très sévèrement les donneurs de leçons, ceux qui écrivent que la Tunisie sombre dans le chaos”, a-t-il encore asséné.


A C
Source : http://www.liberte-algerie.com/actualite/jean-luc-melenchon-la-repentance-une-belle-perte-de-temps-il-a-anime-mardi-une-conference-a-l-institut-francais-d-alger-194448

Voir également : Nicolas Lebourg (à propos de la proposition de loi sur le "génocide vendéen") : "la mémoire est un marché. Des groupes s’y livrent à une concurrence de concentration de capital symbolique."

Nicolas Stoquer, président du parti gaulliste RPF, analyse de manière remarquable l'idéologie victimaire et la généralisation perverse du qualificatif de "génocide" dans les cas arménien et tutsi

L'inanité du concept de génocide tel que défini par Raphaël Lemkin (un juriste souvent cité par les activistes arméniens, comme si il s'agissait d'un historien compétent)

L'anti-repentisme cohérent de Gérard Longuet

Le repentisme hautement débile de François Hollande

A méditer : les liens étroits entre francophobie et turcophobie dans les "Weltanschauungen" nationalitaires arménienne et algérienne

mercredi 13 février 2013

Le point de vue du publiciste allemand Ernst Jäckh sur les massacres d'Arméniens

Ernest Jackh (Ernst Jäckh), The Rising Crescent : Turkey Yesterday, Today and Tomorrow, New York-Toronto, Farrar & Rinehart Inc., 1944, p. 42-44 :

"Massacrer l'ennemi a été un instrument séculaire et endémique de la guerre totale dans tout le Proche et Moyen-Orient, de Belgrade à Bagdad et de l'Ararat à l'Armageddon. Toutes les races et les religions y ont participé. Nous lisons à ce sujet dans les récits bibliques de Moïse en Egypte, ou du massacre des fils d'Ephraïm avec le mot shibboleth, ou de l'extermination des enfants juifs par Hérode, et la triste histoire s'est réalisée à travers les siècles jusqu'aux massacres bulgares, grecs, serbes, arméniens, et turcs. Cela a été une coutume vile, barbare. Mais une coutume ne se limitant pas à une race ou un peuple en particulier.

Les Européens et les Américains ont montré une réaction tout à fait différente selon qu'il s'agissait de récits de musulmans massacrés ou de ceux de chrétiens massacrés. Quand les chrétiens ont été les malheureuses victimes, l'incident a fait les gros titres et a été dramatisé et utilisé comme un exemple de plus des pratiques du "Turc sanguinaire". D'autre part, lorsque des musulmans innocents ont été les victimes, leur cas a été, pour autant que je sache, ignoré ou déformé. Cela a été particulièrement vrai depuis le traité de Berlin, qui a fait des Arméniens les pupilles officiels de la Grande-Bretagne.

Mais faire la distinction entre les musulmans et les chrétiens ou faire de cette pratique une question religieuse est loin de la vérité. Il est également trompeur de comparer les massacres dans l'Empire ottoman aux pogroms contre les Juifs dans la Russie tsariste. Car les Juifs n'ont jamais eu la position hostile, allant jusqu'à la violence et la révolution, contre le gouvernement russe que les nationalités chrétiennes avaient l'habitude de prendre contre l'Etat ottoman. L'expert britannique cité ci-dessus poursuit en disant, se référant aux conclusions de l'enquête et du rapport Carnegie : "Les Arméniens s'étaient comportés en Turquie comme la lutte pour l'existence des nationalistes irlandais à l'égard de l'Angleterre, et avec des résultats similaires. En ce qui concerne les meurtres et les massacres, la responsabilité des Turcs et des Arméniens était assez bien partagée." Ce fut corroboré par la Douma russe qui, en reprenant les termes du Temps de Paris et du Daily Chronicle de Londres du 23 septembre 1915, appelait la révolution des sociétés secrètes arméniennes derrière l'armée turque du Caucase "notre septième allié". En d'autres termes, selon le point de vue des Turcs, les révolutionnaires arméniens, citoyens de l'Empire ottoman, jouaient un rôle de "cinquième colonne" plus de vingt ans avant que ce terme n'ait été inventé lors de la guerre civile espagnole. De nombreux rapports de témoins oculaires, tels que les missionnaires américains, ont corroboré ces déclarations.

L'expérience de l'auteur en tant que médiateur entre les Turcs et les Arméniens après les massacres d'Adana, en 1909, lorsqu'il eut des entretiens avec le patriarche arménien, et au cours de la Première Guerre mondiale, tend à confirmer ce point de vue. La première fois, il vit les coupables kurdes musulmans pendus par le gouverneur jeune-turc, et l'ordre et la tolérance religieuse affichés partout par le gouvernement ottoman. Au moment de la Première Guerre mondiale, il introduisit le défenseur des Arméniens, le Dr. Lepsius, auprès du généralissime turc Enver Pacha, et grâce à l'intervention de l'auteur la vie de nombreux Arméniens, en particulier des femmes et des enfants, fut sauvée.

Il faut admettre que la cruauté et la destruction mutuelles étaient épouvantables. La souffrance et le sacrifice des Arméniens innocents de toute révolution ou de toute conspiration est une page tragique de l'histoire. Les Arméniens sont une race très ancienne, leur histoire précède l'Empire romain. Depuis l'époque romaine, ils ont survécu en tant que peuple, mais pas en tant que nation ou Etat. Par conséquent, en tant que peuple, ils ont lutté constamment pour la renaissance d'un Etat arménien sur les ruines de l'Empire ottoman. Ainsi, les problèmes fondamentaux qui existent entre les Arméniens et les Turcs ont toujours été politiques. Ils relevaient des luttes des nationalités qui cherchaient la déstabilisation de l'Empire ottoman, des luttes qui ont été fréquemment exploitées par les Grandes Puissances intéressées par leur profit personnel."

Voir également : Friedrich Naumann et Ernst Jäckh

Le grand arménophile Jean Jaurès et le géopoliticien allemand Friedrich Naumann

L'agitation arménienne et grecque, d'après le compte rendu du baron von Mirbach (sur le voyage officiel du Kaiser Guillaume II dans l'Empire ottoman en 1898)

Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens

Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895

Le prétendu "massacre jeune-turc" d'Adana en avril 1909

Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

Automne-hiver 1914-1915 : le rôle militaire décisif des belligérants arméniens, d'après la presse française
  
L'imbrication de deux réalités : le martyre des muhacir et les massacres d'Arméniens en Anatolie

Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie
 
Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

lundi 11 février 2013

Les Arméniens de l'armée ottomane ont-ils été "exterminés" pendant la Première Guerre mondiale ?

Mehmet Beşikçi, The Ottoman Mobilization of Manpower in the First World War : Between Voluntarism and Resistance, Leyde, Brill, 2012 : 

"La formation d'unités militaires basées sur le travail n'était pas un phénomène entièrement nouveau dans l'armée ottomane. Il y avait des bataillons semblables appelés "bataillons de service" (hizmet taburları) qui ont été formés au cours de la guerre balkanique. Ce n'était pas propre à l'armée ottomane. Un grand nombre de recrues de l'Inde ont été affectées aux corps de travail et de portage utilisés en Irak par l'armée britannique lors de son invasion de la région durant la Grande Guerre. Ces unités de travail, qui ont été appelées péjorativement corps de "coolies", incluaient aussi des prisonniers.

Les unités de travail de l'armée ottomane étaient à l'origine remplies par des hommes trop vieux ou trop jeunes pour servir dans l'armée, des soldats blessés devenus impropres à la messagerie militaire sur les champs de bataille, et par des conscrits plus âgés qui étaient affectés à la réserve active ou aux unités de réserve territoriales. Des individus volontaires et âgés étaient également utilisés par les bataillons de travail. Mais au cours de la Grande Guerre, les bataillons de travail furent très largement ouverts aux non-musulmans ottomans enrôlés et considérés comme "non fiables" pour porter les armes, quels que soient l'âge ou la condition physique. En ce sens, les bataillons de travail n'avaient pas seulement pour fonction de mener à bien les travaux manuels utiles, mais aussi de contrôler les conscrits "peu fiables" au sein de l'armée.

Par une décision des autorités militaires ottomanes, les conscrits non-musulmans furent pour la plupart assignés à la catégorie du "service non-armé", même s'ils étaient physiquement aptes pour le "service armé". Ceux qui furent enregistrés dans la catégorie non-armée furent presque entièrement déployés dans les bataillons de travail. Il en était ainsi avant même que les Ottomans n'entrent officiellement en guerre. En d'autres termes, la méfiance et la discrimination envers les non-musulmans étaient déjà évidentes à la veille de la guerre. Par une ordonnance du ministère de la Guerre en date du 3 août 1914, il était déclaré explicitement que "les bataillons de travail doivent être composés autant que possible de non-musulmans". De même, dans un télégramme du ministère de l'Intérieur du 11 août 1914 pour les unités provinciales, la décision du ministère de la Guerre sur l'affectation des non-musulmans enrôlés à des tâches manuelles dans la construction de routes était citée et les administrateurs locaux étaient invités à décider, en coordination avec les commandants militaires locaux, sur quelles routes ces hommes seraient mis au travail.

La réalité de la tendance à désarmer des conscrits non-musulmans et à les mettre dans des bataillons de travail avant même l'entrée en guerre de l'Empire ottoman peut aussi être vue dans les rapports des consulats étrangers. Par exemple, un rapport consulaire britannique à Erzurum du 14 octobre 1914 déclarait que "dans les deux ou trois dernières semaines de nombreux soldats arméniens" dans la région avait été "définitivement désarmés et affectés au débroussaillage". D'autre part, la masse des conscrits non-musulmans dans les bataillons de travail fut élargie à certains moments pendant la guerre. Par exemple, après la défaite de Sarıkamış sur le front du Caucase, où les autorités ottomanes affirmèrent que les Arméniens avaient agi en collaboration avec les Russes, le commandant en chef par intérim, Enver Pacha, donna un ordre à toutes les unités militaires, le 25 février 1915, prescrivant que "les Arméniens ne devaient strictement pas être employés dans les armées mobiles, dans les gendarmeries mobiles et fixes, ou dans tout autre service armé". De nombreuses recrues arméniennes de l'armée ottomane furent assignées aux bataillons de travail après cet ordre.

Cependant, comme dans le cas de nombreux ordres donnés et décisions prises par les autorités ottomanes pendant la guerre, l'application de cette ordonnance a été caractérisée par l'incomplétude et les exceptions ; sa mise en oeuvre n'était pas normative.
Non seulement après cet ordre, mais aussi après que la population arménienne ait été expulsée d'Anatolie et exposée à des massacres, il y avait encore des soldats arméniens servant sous les armes dans différents lieux. Par exemple, il y avait des soldats arméniens dans l'armée ottomane combattant avec des armes sur le front du Sinaï et de la Palestine jusqu'au printemps 1916. En fait, on peut affirmer que, si l'existence de ces exceptions implique les limites du pouvoir ottoman dans l'exécution de ses décisions, elle pourrait également traduire la volonté de ce même pouvoir, car cela était en harmonie avec le pragmatisme ottoman pendant la guerre. Si certains éléments d'un groupe ethno-religieux pouvaient apporter une contribution à l'effort de mobilisation ottoman de la manière définie par l'Etat ottoman, les autorités ottomanes n'hésitaient pas à les utiliser même quand elles exprimaient de l'hostilité ouverte pour ce groupe en général. Par exemple, à partir du moment où l'armée ottomane a souffert de l'insuffisance du personnel médical, aucun médecin militaire non-musulman n'a été affecté à des bataillons de travail ; ils ont toujours été maintenus dans des unités combattantes régulières. Alors que leur personnel était en grande majorité non-musulman, de nombreux bataillons de travail eux-mêmes n'avaient pas de médecins militaires.

Tous les non-musulmans dans les bataillons de travail n'étaient pas des Grecs et Arméniens ottomans ; il y avait aussi des non-musulmans de communautés plus restreintes, comme les Assyriens (Süryânî), mais ils étaient beaucoup moins nombreux. Il n'y avait pas non plus de bataillons de travail ne comprenant que des non-musulmans. Des recrues musulmanes étaient également employées en leur sein. Mais ces musulmans enrôlés étaient généralement ceux qui étaient trop vieux ou considérés comme peu aptes physiquement ou guère utiles pour le service armé. Les bataillons de travail comprenaient également des musulmans libérés des prisons pour contribuer à l'effort de mobilisation. En outre, les déserteurs qui étaient pris pouvaient également être affectés aux bataillons de travail comme une sorte de punition." (p. 129-132)

"Les bataillons de travail de l'armée ottomane étaient caractérisés par des conditions de vie et de travail notoirement mauvaises. L'un des problèmes majeurs dont les bataillons de travail souffrirent pendant la guerre était la médiocrité du logement, du ravitaillement et de l'équipement. Par exemple, le soldat vénézuélien Rafael de Nogales, qui servit dans l'armée ottomane pendant la Première Guerre mondiale en tant que soldat de fortune, rapporta dans ses mémoires que lors d'une visite en septembre 1915 avec un officier-inspecteur ottoman de la construction de routes à Islahiye (un district d'Adana), qui a été réalisée par trois ou quatre bataillons de travail composés presque entièrement d'Arméniens et de Grecs ottomans, il observa que de nombreux soldats-ouvriers souffraient gravement et mouraient de faim alors que leurs officiers ottomans volaient les vivres et les salaires alloués. Alors que la médiocrité de la nourriture et des vêtements était en fait un problème général dans l'armée ottomane sur presque tous les fronts et constituait l'un des principaux problèmes s'agissant des désertions (voir chapitre 5), la situation était bien pire dans les bataillons de travail. Par ailleurs, le traitement des soldats-ouvriers dans les bataillons de travail était généralement mauvais. En outre, des documents indiquent également que certaines unités de travail furent attaquées par des brigands dans certaines régions, comme à Nusaybin (un district de Diyarbakir) en 1917. Ces aspects notoires des bataillons de travail, qui furent connus par les expériences des premiers conscrits et furent diffusés au sein des communautés par le bouche à oreille, angoissaient les conscrits potentiels et créaient parmi les non-musulmans réticents un motif supplémentaire de se soustraire au service militaire. A cause de ces problèmes, les désertions dans les bataillons de travail furent fréquentes ; et si les non-musulmans constituaient la majorité, des soldats-ouvriers turcs désertèrent également. Des cas de désertions prirent parfois une forme violente et constituèrent une sorte de rébellion mineure dans un bataillon, comme dans le cas du bataillon de travail d'Urfa, où des soldats-ouvriers arméniens attaquèrent le capitaine du bataillon et plusieurs autres soldats musulmans avec des pioches et des pelles au moment de leur désertion.

Mais une affirmation plus contestée en ce qui concerne les bataillons de travail a été qu'ils seraient devenus les arènes meurtrières des conscrits arméniens après la décision de déporter la population arménienne d'Anatolie en 1915. Par exemple, Vahakn Dadrian a mentionné le cas d'environ deux mille soldats arméniens, qui furent affectés à des fonctions de bataillon du travail, furent "piégés et abattus sur leur chemin vers une nouvelle affectation sur le chemin de fer de Bagdad", et Vehib Pacha, commandant de la Troisième Armée, lança une enquête sur ces meurtres, qui conduisit à une cour martiale et quelques exécutions. Et certains observateurs missionnaires affirmèrent que certains bataillons de travail composés d'Arméniens furent tués en masse, la plupart du temps par des gendarmes locaux, comme dans le cas de deux bataillons de travail dans la région d'Urfa, où Jakob Künzler, un missionnaire suisse, rencontra deux survivants arméniens des bataillons de travail qui racontèrent ces massacres. Bien que tous les bataillons de travail n'étaient pas ethniquement ou religieusement homogènes (comme on le voit dans le tableau 7), il semble que les Arméniens étaient surreprésentés parmi les victimes." (p. 134-135)

"Il y a eu aussi des cas documentés de désertions de non-musulmans, comme dans le cas de certains Arméniens qui désertèrent le front du Caucase, et dont beaucoup participèrent à l'armée russe en tant que volontaires. De même, les cas de désertions arabes étaient non seulement mentionnés dans les sources turques, mais aussi dans les comptes rendus des officiers allemands et d'autres participants étrangers dans l'armée ottomane.

D'autre part, alors que de tels exemples d'insoumission et de désertion de groupes non-musulmans et non-turcs peuvent certainement être multipliés, les généralisations faciles devraient également être évitées. Le tableau est en fait plus complexe. Par exemple, même après 1915, on trouve des exemples de simples soldats arméniens servant sur la ligne de front, sans parler de leur service dans les bataillons de travail. Certains officiers arméniens rendirent des services remarquables sur le front et gagnèrent la reconnaissance des autorités ottomanes. Par exemple, Garabet Haçeryan, un médecin-capitaine, servit sur le front des Dardanelles et fut décoré pour son service exceptionnel pendant la guerre." (p. 255-256)


Erik Jan Zürcher, The Young Turk Legacy and Nation Building : From the Ottoman Empire to Atatürk's Turkey, Londres-New York, I. B. Tauris, 2010 :

"Dans l'ensemble, les bataillons de travail étaient composés d'Arméniens (une source les estime à 75 %), mais aussi de chrétiens syriens et grecs. Ces minorités chrétiennes, dont la fidélité était suspecte aux yeux de l'armée ottomane, étaient des candidats idéals pour le recrutement dans ces bataillons désarmés et gardés. En ce qui concerne les recrues arméniennes, dans un premier temps seulement les hommes les plus jeunes (15-20 ans) et les plus âgés (45-60) furent mis au travail, avec ceux de 20 à 45 ans enrôlés dans l'armée régulière. Mais la décision du 25 février 1915, à la suite de l'échec de l'offensive à l'Est de l'armée ottomane et de la défaite de Sarıkamış, de désarmer tous les Arméniens de l'armée de peur qu'ils ne collaborent avec les Russes signifiait évidemment que beaucoup de ces Arméniens qui avaient été recrutés dans les unités de l'armée régulière ont été alors également transférés dans des bataillons de travail. Ce fut certainement la pratique sur le front du Caucase, bien qu'elle n'ait pas été universelle, étant donné que nous trouvons la mention de soldats arméniens servant sur la ligne de front au Sinaï jusqu'au printemps 1916.

Des témoins oculaires ont décrit les conditions atroces dans les bataillons de travail arméniens. Comme les soldats musulmans, les recrues arméniennes étaient sous-alimentées, épuisées, souffraient de maladie, même si les unités de soutien, comme les bataillons de travail, ainsi que les garnisons des forteresses, étaient encore plus mal loties que les soldats du front. Les mauvais traitements infligés aux recrues arméniennes dans les bataillons de travail à l'hiver 1914-1915 n'étaient qu'un cas extrême de ce qui se passait dans toute l'armée." (p. 171-172)

"La plupart de ces déserteurs [de l'armée ottomane] ne rallièrent pas l'ennemi en règle générale, bien que, en particulier dans la seconde moitié de la guerre, le nombre des Arméniens et des Arabes qui passèrent aux Britanniques augmenta fortement." (p. 177)


Voir également : Le projet ottomaniste d'admission des Arméniens dans l'armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

La position équivoque des Arméniens, notamment dachnaks, durant les Guerres balkaniques (1912-1913)

1912-1914 : la réactivation du thème de l'"autonomie arménienne" et les velléités de la Russie tsariste sur les vilayet d'Anatolie orientale

Enver Paşa (Enver Pacha) et les Arméniens

Epidémies et carence de moyens de transport dans l'Empire ottoman en 1914-1918

La tragédie des musulmans d'Anatolie