samedi 16 février 2013

Jean-Luc Mélenchon contre l'allégation du "génocide vendéen" et la repentance coloniale

Vendée, Robespierre, Révolution française, etc. Assez de calomnies ! Avec Jean-Luc Mélenchon, je m'adresse aux Présidents de France Télévision et du CSA

janv. 13
30

Bien sûr, il y a la bataille sociale pour le partage des richesses et l'égalité des droits. Le Front de Gauche la mène avec ardeur.

Mais, il ne faut jamais négliger les batailles culturelles qu'impose l'actualité. Depuis des mois, la signification politique de la Révolution française est la cible de multiples attaques qui s'épanouissent particulièrement dans les médias (Cf. à ce sujet l'intéressant article dans l'Humanité d'hier). En moins d'un an, France 3 a ainsi diffusé déjà trois fois une scandaleuse émission à prétention historique sur Robespierre et la Vendée dans le cadre du magazine présenté par Franck Ferrand "L'Ombre d'un doute". Elle s'apprête à le faire une quatrième fois ! C'en est trop.

Avec Jean-Luc Mélenchon, nous avons décidé d'envoyer une lettre à M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévision, ainsi qu'à M. Olivier Schrameck, nouveau Président du CSA. Nous demandons qu'ils donnent la parole, sur les chaines du service public, aux historiens sérieux, spécialistes de la Révolution française, qui protestent ultra majoritairement contre les manipulations.

Voici notre lettre, nous attendons la réponse.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------

A M. Rémy Pflimlin, Président de France Télévision

A M. Olivier Schrameck, Président du CSA

Monsieur le Président,

Pour la troisième fois en moins d’un an, France 3, chaîne de télévision du service public, a diffusé la semaine dernière, une émission nommée « Robespierre : bourreau de la Vendée ? », épisode du magazine historique « L’ombre d’un doute », présenté par M. Franck Ferrand. Le contenu de cet épisode est un offensant et grossier plaidoyer à charge contre la Révolution de 1789, truffé d’erreurs et dangereusement orienté vers une banalisation de l’idée de génocide.  

Il semble qu’après le 7 mars et le 16 août 2012, puis le 23 janvier 2013, dates des trois précédentes diffusion, il soit prévu une quatrième diffusion le 4 février prochain. Quatre diffusions en moins d’un an, cela nous semble assez exceptionnel pour exprimer une intention politique avérée.

Nous nous adressons à vous pour protester avec la plus grande fermeté contre le fond et la forme de cet épisode. Avec la majorité des historiens et universitaires, nous le jugeons scandaleux et absurde. Votre attitude est également condamnable lorsque vous conduisez le service public à  rediffuser étrangement cette émission malgré sa grande médiocrité.

C’est pourquoi notre démarche, inhabituelle vous en conviendrez, ne se limitera pas à une protestation. En fonction des responsabilités qui sont les vôtres et d’une certaine idée du service public, nous demandons un clair sursaut pour essayer de réparer les dégâts qui ont été produits parmi ceux qui, se croyant à l’abri des manipulations, auront fait confiance au service public.

Le contenu idéologique, politique et historique, de cette émission de 52 minutes la range clairement dans l’arsenal de la propagande grossière. Elle reprend à son compte toutes les calomnies et les mensonges contre-révolutionnaires et anti-républicains d’inspiration d’extrême droite et monarchistes, qui persistent depuis plus de deux siècles.

Dès son titre racoleur, « Robespierre, bourreau de la Vendée ? », le ton est donné. Dans la mesure où ce titre se concluait par un point d’interrogation, le téléspectateur aurait pu penser que cette émission, rétablirait les faits historiques, sur la prétendue responsabilité personnelle de Robespierre dans la guerre de Vendée et dans les massacres commis lors de cette guerre civile. Dois-je vous rappeler que cette guerre dura dans sa première phase de mars à décembre 1793, puis de janvier 1794 au traité de la Jaunaye signé le 17 février 1795 dans sa deuxième phase, alors même que Maximilien Robespierre était mort depuis le 28 juillet 1794 ?

L’émission ignore les réalités les mieux établies par le travail des historiens : jamais Robespierre n’a commandé la « destruction » de la Vendée. Il n’a d’ailleurs jamais pris spécifiquement position sur le sujet lors de ses interventions à la tribune de la Convention. Cela, le téléspectateur ne le saura pas. C’est même l’inverse. Pour ceux qui ont fabriqué cette émission, il faut encore alimenter, avec des approximations et des affirmations péremptoires, la légende noire antirobespierriste de l’extrême-droite monarchiste.

Mais, notre indignation ne vient pas seulement de ces violentes charges, sans aucun fondement sérieux, portées contre le personnage emblématique de Maximilien Robespierre. D’un certain point de vue, hélas, nous avons l’habitude.

Nous protestons avec force car c’est la Révolution française elle-même qui est calomniée au cours de cette émission. Comment, en tant que citoyen français, avez-vous pu laisser se répandre les insinuations selon lesquelles la Révolution, ses armées et ses principaux dirigeants, annoncent le nazisme et Adolf Hitler ? Etes-vous négationniste ? Comment avez-vous pu laisser - un journaliste, animateur de l’émission – rediffusée trois fois - conclure  avec beaucoup d’aplomb que les armées républicaines dirigées par Turreau « préfigurent les Einsatzgruppen » nazis ? C’est intolérable.

La plupart des historiens étudiant la Révolution française sont indignés par ce genre d’amalgame et par les nombreuses fausses affirmations proférées lors de cette émission. De nombreux articles ont été publiés sur des sites scientifiques et universitaires pour en dénoncer les mensonges et falsifications. Deux des meilleurs spécialistes de la Révolution française, tous deux professeurs d’Université, dans une tribune qu’ils ont publiée, ont même qualifié cette émission de « splendide leçon d’anti méthode historique ».

Ce n’est pas tolérable ! Nos concitoyens, et notamment les jeunes générations, ont droit à un service public de qualité qui ne travestit pas notre Histoire nationale en donnant la parole à des théories fumeuses, totalement marginales. Pour arriver à ces comparaisons et parallèles aussi stupides qu’ignobles, le vocabulaire inadapté de « génocide vendéen » fut plusieurs fois utilisé à la fin de l’émission pour décrire les évènements tragiques qui se sont produits entre 1793 et 1795, et même plus tard d’ailleurs.

Ce concept bricolé de « génocide vendéen », uniquement utilisé par quelques provocateurs à des fins polémiques et politiques pour salir la République, n’est pas acceptable. Ce terme de « génocide » est clairement, dans le cas historique présent, rejeté par l’immense majorité des historiens et des universitaires qui ont étudié cette période et cette question. Chacun a compris qu’il vise à assimiler par des raccourcis et des approximations, les effets terribles d’une guerre civile, qui a coûté la vie directement ou indirectement à un nombre de personnes compris entre 120 et 170 000, avec la volonté délibérée des responsables nazis d’éradiquer la totalité des juifs d’Europe, ce qui coûta la vie à 6 millions de personnes, durant la seconde mondiale en raison d’une idéologie antisémite. Ce genre d’approximation est une véritable incitation au relativisme et par conséquent au négationnisme.

La spécificité et l’ampleur du génocide qu’ont subi les juifs d’Europe se voient ainsi relativisées, et seront à terme niées, si l’on tolère que le mot de « génocide » soit utilisé dans n’importe quels contextes et conditions historiques. A ce titre, il n’est pas étonnant que M. Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front National, qui fut un des seuls responsables politiques a considéré publiquement que « les chambres à gaz sont un détail de la seconde  guerre mondiale »,soit aussi celui qui dès 1987 à déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance du « génocide vendéen ».

Plus de deux décennies plus tard, il est frappant de constater que la dernière diffusion de cette émission a eu lieu exactement la semaine où des parlementaires UMP et FN ont déposé une nouvelle proposition de loi reprenant la même proposition que M. Le Pen. Cette émission a indiscutablement servi de caisse de résonance à leurs mensonges. Nous considérons que la mission du service public n’est pas d’alimenter, en déformant l’histoire, la pire propagande de l’extrême droite française, hélas ici rejointe par des députés de droite.

C’est pourquoi nous demandons que le service public accorde un droit de réponse aux historiens et aux spécialistes reconnus de la Révolution française, pour qu’ils puissent rétablir la vérité historique à propos de la Vendée et mettre en pièce les nombreux mensonges qui ont été déjà diffusés sur France 3.

« La liberté commence où finit l’ignorance » écrivait Victor Hugo. Pour mieux bâtir le futur, une Nation de citoyens libres a droit à la vérité et à la connaissance, particulièrement au sujet de son passé et de l’histoire de la Révolution française qui subit depuis trop longtemps tant d’attaques.

Enfin, de manière plus générale, nous attendons de votre part que vous preniez toutes les mesures pour que le contenu des émissions à caractère historique diffusées par le service public, soit marqué d’un esprit de sérieux et de rigueur historique.


Dans l’attente de votre réponse, recevez M. le Président, l’assurance de nos sincères salutations républicaines.

Jean-Luc Mélenchon, Co-président du Parti de Gauche

Alexis Corbière, Secrétaire national du Parti de Gauche

----------------------------------------------------------------------------------

Pour ceux qui n'auraient pas vu l'émission de France 3 par laquelle le scandale arrive, et pour une meilleure compréhension du sens de cette lettre, vous pouvez, en consultant le site de l'émission de M. Ferrand, la revoir en cliquant ici.
Source : http://www.alexis-corbiere.com/index.php/post/2013/01/30/Vendée,-Robespierre,-Révolution-française,-etc.-Assez-de-calomnies-!-Avec-Jean-Luc-Mélenchon,-nous-nous-adressons-au-Président-de-France-Télévision

Actualité Jeudi, 14 Février 2013 09:50

Il a animé mardi une conférence à l’Institut français d’Alger
Jean-Luc Mélenchon : “La repentance ? Une belle perte de temps”

Par : Arab Chih

Il a qualifié la Révolution algérienne de “guerre civile”.
Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents.

S’il n’a pas été aussi prolifique en coups de gueule que d’habitude, et s’il semblait avoir mis, lors de son passage mardi à l’Institut français d’Alger (IFA), de l’eau dans son vin en troquant son verbe tranchant et critique contre un langage diplomatique lisse et sans saillies, le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, n’a néanmoins pas démenti sa réputation de parleur à l’emporte-pièce. “Vous êtes assez subtils pour deviner qu’étant de passage à Alger, je n’ai naturellement pas l’intention de m’exprimer sur la situation en Algérie”, a-t-il souligné tout au début de sa conférence.
S’il s’est gardé de critiquer ouvertement le gouvernement algérien et encore moins les autorités de son pays, M. Mélenchon a distillé, subtilement il est vrai,  quelques piques. Au cours de sa conférence comme pendant le point de presse, le leader du Front de gauche a répété à l’envi qu’il est un patriote français qui aime son pays. Une manière, peut-être, de suggérer qu’il n’y a pas lieu de trop espérer une quelconque critique de sa part à l’égard du gouvernement Hollande.
La repentance de la France pour  les crimes coloniaux commis en Algérie ? Il ne veut pas en entendre parler, allant même jusqu’à qualifier la focalisation sur cette question de “belle perte de temps”.

“Je pense que ça serait une belle perte de temps. La France, c’est aussi moi, et moi je n’ai martyrisé personne, ni mes ancêtres (…) Je pense que c’est une perte de temps totale et un subterfuge pour ne pas parler d’autre chose, des problèmes auxquels nous sommes confrontés”, a-t-il soutenu. “Je ne me laisse pas entraîner dans des machins pareils”, a-t-il ajouté. Mais là où le grand tribun de gauche à titillé son monde, c’est quand il a qualifié la Révolution algérienne de simple “guerre civile”.
Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents. Sans plus.

“Optimiste pour la Tunisie”
N’est-il pas gêné par le fait que les relations algéro-françaises se résument presque aux seuls gros contrats pour les entreprises de l’Hexagone ? “C’est qu’il doit y avoir un manque des deux côtés, non ? La vie des nations est faite aussi de contrats”, a-t-il rétorqué, avant de renouer, un petit moment, avec son style cassant : “Si les Algériens ne sont pas contents des contrats, ils n’ont qu’à en signer d’autres avec d’autres pays.” Du pur Mélenchon. M. Mélenchon ne comprend pas les reproches faits par l’opposition algérienne au président français qui, lors de sa visite en Algérie, s’était contenté de discussions avec les officiels. “Qu’est-ce qu’elle veut ? Que nous intervenions ? Ce n’est pas sérieux, je trouve que c’est une critique qui n’a pas de sens. Si les gens ne sont pas contents, ils doivent aller voter. Vous avez des libertés civiques, il faut en profiter”, a-t-il conseillé.
Autres conseils donnés aux Algériens : s’opposer à l’exploitation du gaz de schiste et à l’accord de libre-échange qui rentrera en vigueur en 2020.
Décidé à ne planter à partir d’Alger la moindre hallebarde dans le dos du gouvernement français, M. Mélenchon a refusé de qualifier d’“erreur” la guerre française au Mali, même s’il n’a pas caché son scepticisme devant l’argumentaire déroulé par les autorités de son pays pour soutenir cette décision.
“Je pense que c’est une position discutable, j’ai posé des questions, j’attends les réponses et quand je les aurai, je vous dirai si c’était une erreur ou pas”, a-t-il répondu à une question d’un journaliste.
“Il y a des questions qu’un citoyen responsable doit poser. La première, c’est au nom de quoi agit-on ? Les motifs ont changé à plusieurs reprises, tantôt c’était une résolution de l’ONU, tantôt c’est une demande du gouvernement malien qui n’avait lui-même aucune légitimité”, a-t-il expliqué. 
Pour ce qui est de la révolution tunisienne, le leader du Front de gauche a refusé de parler d’“échec” et s’est dit optimiste pour l’avenir du pays du jasmin. “La révolution est un processus, les Tunisiens n’en ont pas fini avec leur Constituante. Ils font preuve d’un sang-froid extraordinaire alors qu’on vient de leur tuer un de leurs leaders”, a-t-il soutenu. “Je suis un optimiste pour la révolution tunisienne, et je juge très sévèrement les donneurs de leçons, ceux qui écrivent que la Tunisie sombre dans le chaos”, a-t-il encore asséné.


A C
Source : http://www.liberte-algerie.com/actualite/jean-luc-melenchon-la-repentance-une-belle-perte-de-temps-il-a-anime-mardi-une-conference-a-l-institut-francais-d-alger-194448

Voir également : Nicolas Lebourg (à propos de la proposition de loi sur le "génocide vendéen") : "la mémoire est un marché. Des groupes s’y livrent à une concurrence de concentration de capital symbolique."

Nicolas Stoquer, président du parti gaulliste RPF, analyse de manière remarquable l'idéologie victimaire et la généralisation perverse du qualificatif de "génocide" dans les cas arménien et tutsi

L'inanité du concept de génocide tel que défini par Raphaël Lemkin (un juriste souvent cité par les activistes arméniens, comme si il s'agissait d'un historien compétent)

L'anti-repentisme cohérent de Gérard Longuet

Le repentisme hautement débile de François Hollande

A méditer : les liens étroits entre francophobie et turcophobie dans les "Weltanschauungen" nationalitaires arménienne et algérienne