vendredi 1 mars 2013

Le conflit arméno-azéri : "Les opérations de nettoyage [ethnique], qui concernent en gros 200 000 personnes de chaque côté, semblent avoir été menées plus systématiquement et étalées dans le temps en Arménie et plus par à-coups violents en Azerbaïdjan"

Stéphane Yerasimos, "Transcaucasie : le retour de la Russie", Hérodote, n° 81, avril-juin 1996, p. 186-193 :

"Si le nationalisme géorgien se situe à moyen terme entre celui des Russes et celui des peuples soumis à la Géorgie, créant ainsi une hiérarchie, qui n'empêche pas (bien au contraire) l'alliance des extrêmes, les nationalismes arménien et azéri se renvoient leur image comme dans un miroir déformant, comme s'ils ne pouvaient exister que par l'opposition à l'autre. Quoi de plus naturel alors que le conflit soit focalisé sur une région peuplée d'Arméniens mais incluse en territoire azerbaïdjanais (situation foncièrement inacceptable par les deux parties), celle du Haut-Karabagh.

Or, la tragédie permanente que constituent les relations entre Arméniens et Turcs (dont les Azéris sont considérés comme une branche par les premiers) résulte de cette imbrication historique où, le pouvoir étant le plus souvent détenu par les Turcs, les Arméniens deviennent les perdants, ce qui les pousse alors à s'appuyer sur un pouvoir qui leur est favorable, notamment celui des Russes. Ainsi, il serait inutile de chercher dans la région des territoires qui seraient à telle où telle époque « ethniquement purs », à moins de remonter, évidemment, aux périodes antérieures à l'arrivée des Turcs au XIe siècle. Tout au plus constate-t-on un glissement progressif des populations arméniennes, au XIXe et au début du XXe siècle, des territoires appartenant aujourd'hui à la Turquie vers le Caucase russe, cette recolonisation arménienne du Caucase russe alimentant à l'infini la querelle du premier occupant.

Après l'éradication complète de la population arménienne de l'Est anatolien en 1915-1917, l'exode de 300 000 réfugiés sur le territoire de la République arménienne de 1918, la prise de contrôle, après de longs combats entre 1918 et 1921, du Nakhitchévan par les Azéris et du Zanguezour (le sud de l'Arménie actuelle entre le Nakhitchévan et l'Azerbaïdjan) par les Arméniens entraîna des nettoyages ethniques réciproques visant à rendre le territoire de chaque république le plus homogène possible. Dans le cas du Haut-Karabagh, la présence arménienne massive assura son maintien tandis que les pressions politiques azéries amenèrent les Britanniques, en 1919, suivis par les Soviétiques, à décider de maintenir la région sous tutelle azerbaïdjanaise avec un statut d'autonomie.

La question du Karabagh, sous le régime soviétique, refait surface à chaque période de libéralisation relative. Ainsi, des pétitions sont adressées en 1963 (sous Khrouchtchev) et en 1965 à Moscou, par les dirigeants arméniens du Karabagh, pour dénoncer la « politique chauviniste » de l'Azerbaïdjan et demander le rattachement à l'Arménie. La même demande est réitérée en 1966 par Erevan sans résultats tangibles. Avec le déclenchement de la perestroïka, l'Académie des sciences d'Arménie prépare en août 1987 une adresse à Gorbatchev, signée par plusieurs centaines de milliers de personnes, demandant le rattachement du Karabagh à l'Arménie, mais aussi celle du Nakhitchévan — où le recensement de 1979 comptait 3 400 Arméniens contre 229 700 Azéris (81 300 Azéris contre 53 700 Arméniens en 1914). La présence alors d'un état-major composé d'intellectuels arméniens autour de Gorbatchev, dont l'économiste Abel Aganbeguian et Sergeï Mikoyan, le fils du vieux militant bolchevique Anastas Mikoyan, considérés comme l'avant-garde de la perestroïka, donnait des espoirs à Erevan, relayés par la diaspora arménienne, notamment après une visite d'Aganbeguian en Europe occidentale, en novembre 1987. L'éloignement de l'Azéri Gheïdar Aliev du Politburo en octobre 1987 était considéré comme un autre signe encourageant.

Les 17 et 18 octobre 1987, des manifestations sont organisées à Erevan pour réclamer la fermeture des usines polluantes, dont la centrale nucléaire de Medzamor, quand arrivent les nouvelles d'affrontements dans le village de Tchardaklou, situé en territoire azerbaïdjanais, mais en dehors de l'enclave du Haut-Karabagh (au nord-ouest de celle-ci), où la population arménienne refuse la nomination d'un chef de kolkhoze azéri. Les slogans écologiques laissent alors la place à la demande d'annexion du Karabagh et du Nakhitchévan.

Les expéditions punitives engagées par les Azéris contre le village rebelle entretiennent l'émoi de l'opinion publique, tandis que des pressions s'exercent sur les villages azéris de l'Arménie, entraînant les premières émigrations vers l'Azerbaïdjan. Trois vagues successives totalisant environ 4 000 personnes arrivent le 25 janvier, les 18 et 23 février 1988, et ces populations sont installées dans des conditions précaires à Soumgaït, dans la grande banlieue industrielle de Bakou.

Le 18 février, une nouvelle série de manifestations écologiques commence à Erevan quand, le 20, le Soviet du Haut-Karabagh adopte une résolution demandant aux Soviets d'Azerbaïdjan et d'Arménie de tout faire pour parvenir à une « décision positive concernant le transfert de la région de la RSS d'Azerbaïdjan à la RSS d'Arménie ». Cette première absolue dans l'URSS d'alors fait l'effet d'une bombe. Un « Comité Karabagh », première structure d'opposition, se crée à Erevan et envoie deux de ses représentants, avec le catholicos, chef spirituel des Arméniens, s'entretenir avec Gorbatchev. Celui-ci fait une déclaration qui se veut apaisante et prometteuse, dont le principal effet est de décevoir les Arméniens et d'inquiéter les Azéris.

Ceux-ci se voient tout d'un coup menacés par ce qui leur semble être une orchestration internationale, dans ce qui leur paraît être un droit acquis. Les manifestations qui s'étendent au Karabagh prennent là-bas un caractère plus violent et la télévision azerbaïdjanaise parle de deux morts azéris. Il suffit alors d'un moment d'hésitation ou de complaisance des autorités pour que les ingrédients traditionnels : la peur et la haine raciale, le dénuement, le désoeuvrement et le désir de vengeance des récents réfugiés, et, au-delà, la convoitise du rural déraciné pour les richesses de la ville, se réunissent dans un lieu des plus défavorisés : Soumgaït, banlieue industrielle sinistrée, et pour que la vieille habitude des pogroms refasse surface. Du 27 au 29 février, des attaques de propriétés arméniennes, des pillages, des viols, des affrontements feront selon les chiffres officiels 32 morts, dont 26 Arméniens et 6 Azéris. Mais, les Arméniens s'accordent à le multiplier au moins par dix. Les événements de Soumgaït, qui sont loin d'être les plus graves par rapport à ceux qui suivront, creusent de nouveau un gouffre entre les deux communautés.

Désormais, deux objectifs sont visés, le nettoyage ethnique de ce qui reste d'Arméniens en Azerbaïdjan (en dehors du Haut-Karabagh) et d'Azéris en Arménie et la sécession du Haut-Karabagh, ce qui n'implique pas forcément son annexion à l'Arménie. Les opérations de nettoyage, qui concernent en gros 200 000 personnes de chaque côté, semblent avoir été menées plus systématiquement et étalées dans le temps en Arménie et plus par à-coups violents en Azerbaïdjan (Bakou, juin 1988 ; Gandja, novembre 1988 ; Bakou, janvier 1990).

Le 23 mars 1988, le Présidium du Soviet suprême de l'URSS rejette la demande de sécession du Haut-Karabagh en échange de quelques mesures sociales et culturelles. Le lendemain, le communiqué du bureau de la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun (Dachnak), le grand parti traditionnel arménien et le plus influent dans la diaspora, rompt également les ponts en plaçant la lutte au premier plan : « Il ne peut y avoir ni paix ni coopération sincère entre les nationalités tant que ne seront pas rétablis les droits spoliés. » Il fera désormais de la question du Karabagh son affaire. Le Comité Karabagh se radicalise également.

En juin, la tension monte encore. Le 7, quatre-vingt-six maisons d'Azéris sont détruites dans la ville de Masis entre Erevan et la frontière turque. Le 13, des manifestations à Bakou terrorisent la population arménienne. Le 15, le Soviet d'Arménie vote à l'unanimité le rattachement du Karabagh, ce que refuse deux jours plus tard le Soviet d'Azerbaïdjan. Le 28 juin, à la 19e conférence du PCUS à Moscou, Gorbatchev écarte toute éventualité de modification des frontières. En réponse, une grève générale est déclenchée en Arménie et l'occupation de l'aéroport de Zvarthnots se soldera par un mort. Entre-temps, les Azéris essayent d'empêcher l'envoi d'aide et de renforts au Karabagh par le couloir de Latchine, ce qui provoque des affrontements.

Tout se passe comme si les Arméniens profitent de la formidable mobilisation à propos du Karabagh dont la diaspora, comme une caisse de résonance, renvoie l'écho amplifié, pour isoler et écarter progressivement le pouvoir soviétique, tout en se préparant à une lutte politique et militaire ; tandis qu'en revanche la direction azerbaïdjanaise essaye de maintenir le statu quo, en comptant sur le goût pour l'immobilisme de Moscou.

C'est dans ces conditions, et tandis que 165 000 réfugiés azéris affluent à Bakou, que naît en août 1980 le Front populaire d'Azerbaïdjan comme un refus à l'inertie du pouvoir politique. Mélange tout aussi hétéroclite que les autres fronts populaires des peuples de l'URSS, il sera dès le début l'otage de la question du Karabagh, ouvert à toutes les hésitations et à tous les excès. Et il est remarquable que les mouvements d'opposition arménien et azerbaïdjanais, nés au nom de l'émancipation du régime soviétique et de la décolonisation par rapport à la Russie, ne songent pas un instant à se concerter et que, aussi bien à l'opposition qu'au pouvoir, ils participent activement à la diabolisation de l'adversaire.

Entre-temps, le nettoyage ethnique continue et même s'accélère. Les Azéris s'attaquent aux districts à majorité arménienne situés entre Gandja et le nord de la frontière du Haut-Karabagh, donc sous juridiction azerbaïdjanaise directe. Ensuite, à partir du 21 novembre, c'est le tour de Gandja (ex-Kirovabad) où vivent environ 40 000 Arméniens qui sont chassés de la ville. En réponse, les Arméniens déclenchent, à partir du 27, l'étape finale de l'expulsion des Azéris de leur territoire. Le 2 décembre, le Comité Karabagh parle de 120 000 Arméniens ayant quitté l'Azerbaïdjan et reconnaît que 80 000 Azéris ont quitté l'Arménie. Evidemment, chaque côté parle de départs volontaires, mais mis à part quelques villages qui, voyant l'inévitable, procèdent à des échanges négociés, comment évaluer la « volonté » du départ ?

Le terrible tremblement de terre de Spitak en Arménie, le 7 décembre 1988, accélère l'évolution politique. Profitant de la stupeur causée par la catastrophe, Moscou décide l'arrestation, entre le 10 décembre et le 7 janvier, de onze membres du Comité Karabagh et décide le 12 janvier de prendre directement en charge l'administration du Haut-Karabagh. Si cette décision soustrait l'enclave au contrôle de Bakou, elle rend en même temps inopérants les organes locaux fonctionnant de plus en plus au profit de la sécession.

Toutefois, les passions semblent relativement se calmer pendant la première moitié de l'année 1989. Le 31 mai, les membres du Comité Karabagh sont libérés et rentrent à Erevan. En juin, le Comité donne naissance au Mouvement national arménien (Hayots Hamazgayin Charjoum, MNA), dans lequel se détache la figure de Levon Ter Petrossian, linguiste réputé. En même temps se déroule à Bakou le congrès fondateur du Front populaire azerbaïdjanais (FPA). Enfin, le 16 août, les membres arméniens du Soviet du Karabagh, suspendu en janvier, se constituent en un Conseil national, qui va prendre progressivement en main le sort de l'enclave et où le parti Dachnak prédomine.

Cependant, le 1er décembre 1989, le Parlement arménien proclame l'union du Karabagh et de l'Arménie. En janvier 1990, les Azéris attaquent les villages arméniens des districts de Khanlar et de Chaoumianovsk entre la frontière nord du Karabagh et Gandja. Le même jour, le FPA, qui avait déjà montré sa force en détruisant des bornes frontières et des barbelés sur la frontière entre le Nakhitchévan et l'Iran, réunit une manifestation à Bakou demandant la démission du gouvernement, incapable selon lui de résoudre la question du Haut-Karabagh, et menace d'organiser une marche sur ce territoire. En quelques jours, la flambée devient générale, des hélicoptères et des véhicules blindés font même leur apparition des deux côtés et les manifestations de Bakou tournent en un nouveau pogrom anti-arménien.

Les Izvestia du 16 janvier annoncent 56 morts, dont 27 Arméniens, 9 Azéris, 2 membres des forces de l'ordre et 156 blessés tandis que des milliers d'Arméniens sont évacués en avion ou en bateau vers Krasnovodsk, sur la rive est de la Caspienne. Mais les Azéris proches du FPA, relayés par la presse de la Turquie, accusent Moscou de monter en épingle ces événements pour justifier l'intervention de l'Armée rouge qui aura lieu le 10 janvier 1990. Celle-ci, doublée de la proclamation de l'état d'urgence, entraîne la mort de 170 personnes les 19 et 20 janvier à Bakou.

Sous le choc de ces événements, Arméniens du MNA et Azéris du FPA acceptent de se rencontrer à Riga à l'initiative des Fronts des pays baltes. Dans cette première et dernière réunion bilatérale, tenue le 3 février, les Arméniens avancent le droit à l'autodétermination et les Azéris, le principe de respect des frontières ; et les choses en restent là. Désormais, c'est la course à l'armement, mais tandis que les Arméniens attaquent régulièrement les casernes russes et reçoivent également des armes de l'étranger grâce aux filières Dachnak (notamment via Beyrouth), les Azerbaïdjanais semblent se fier à l'armée russe et à l'efficacité du blocus décrété contre le Karabagh et l'Arménie.

Effectivement, l'armée russe semble engager la répression dans le Karabagh pour le compte des autorités de Bakou. Mais cela ne semble pas entraver sérieusement ni l'organisation ni la combativité des habitants du Karabagh, qui s'attaquent désormais aux soldats russes. Douze sont tués dans le Haut-Karabagh en 1990 et quatorze pendant les quatre premiers mois de 1991. Levon Ter Petrossian, élu en août 1990 président du Soviet suprême d'Arménie, parle de dialogue, de compromis, mais la situation semble lui échapper et le conflit suivre sa propre logique.

Mais bientôt l'échec du putsch du 19 août 1991 à Moscou va renverser le cours des événements. Le Karabagh devient un enjeu dans la dernière phase de la lutte pour le pouvoir entre Gorbatchev et Eltsine, tandis que le Conseil national du Karabagh réuni le 3 septembre à Stepanakert proclame la République du Nagorno-Karabakh De son côté, Eltsine tente une action d'éclat. Après avoir effectué une visite à Bakou, Erevan et Stepanakert, avec son homologue kazakh Noursultan Nazarbaiev, il entraîne Ter Petrossian et Ayaz Moutalibov, le président azerbaïdjanais, à la station thermale de Jeleznovodsk pour signer ce qui restera comme le premier de l'infinie série des cessez-le-feu mort-nés, tous entachés du même défaut, celui de ne pas reconnaître, sous pression de la partie azerbaïdjanaise, les autorités de fait du Haut-Karabagh comme partie contractante, ce qui les dispense d'honorer ce qui a été signé sans leur accord. Aussi les combats continuent-ils. Un mois plus tard, c'est au tour de Gorbatchev de réunir les présidents Moutalibov et Ter Petrossian. Nouvel échec, la partie arménienne refusant la proposition d'une zone tampon de 10 kilomètres, contrôlée par les troupes du MVD entre les deux républiques, ce qui aurait pour effet de stopper l'aide en hommes et en matériel de l'Arménie au Karabagh.

Le 20 novembre, les derniers espoirs de paix sombrent en même temps que l'hélicoptère qui s'écrase dans le district de Martouni, la partie orientale de l'enclave, tuant ses vingt-deux occupants, tous officiels, dont le commandant et l'administrateur russes de l'enclave, le chef du KGB, le procureur d'Azerbaïdjan, des représentants des ministères russes et kazakhs, etc. On ne saura jamais s'il s'agissait d'un accident, ce qui permettra à chacun d'avoir des opinions bien arrêtées sur la question.

Le 8 décembre 1991, un référendum organisé par la population arménienne de la « République du Nagorno-Karabagh » obtient 99 % de « oui » en faveur de l'indépendance et, le 12 décembre, les autorités de l'enclave demandent leur adhésion à la CEI, la Communauté des Etats indépendants qui vient d'être créée après la disparition de l'URSS. Le 24 décembre, le général commandant les troupes russes dans l'enclave annonce leur évacuation rapide, comme conséquence du vide juridique laissé par la disparition de l'URSS. Le lendemain, 600 Arméniens armés attaquent les postes militaires à Stepanakert s'emparant d'armes et de véhicules blindés.

Sur le plan militaire, à la fin de cette année cruciale, les forces arméniennes du Haut-Karabagh ainsi que celles de l'Arménie paraissaient mieux organisées, plus aguerries et bien plus déterminées que celles d'Azerbaïdjan. Tandis que l'Arménie abrite plusieurs groupes paramilitaires liés à différentes organisations, le parti Dachnak semble contrôler le Karabagh où affluent également des combattants d'Arménie. Côté azerbaïdjanais, les velléités de créer une armée nationale, manifestées à partir du mois d'octobre, étaient loin de se matérialiser à la fin de l'année et la police, quoique bien armée, démontrait qu'elle n'était capable d'agir que dans l'ombre des troupes russes. Sur le plan politique, la passivité des dirigeants communistes de Bakou, ayant attendu jusqu'à la fin que la solution vienne de Moscou, se révélait dès lors désastreuse, entraînant une démoralisation générale, capable de se manifester par des accès de colère, lesquels, habilement exploités par la partie adverse, ne servent qu'à noircir l'image de l'Azerbaïdjan dans l'opinion publique internationale.

Ainsi, la période de formation des républiques indépendantes du Caucase, contrairement à ce que l'on pourrait attendre, fut marquée beaucoup moins par la lutte contre un pouvoir impérial en liquéfaction que par les luttes intra- ou interrégionales. Quel que soit le poids symbolique dans l'opinion publique interne et externe des morts arméniens et azéris, du fait des interventions russes, ils ont été infiniment moins nombreux que ceux tombés dans les conflits ethniques. Ce sont finalement ceux-ci qui ont forgé les nouvelles identités nationales, bien plus que la lutte contre l'impérialisme russe ou soviétique. Par ailleurs, pendant cette période, Moscou fut davantage tentée d'utiliser les pays en question et les événements qui s'y sont déroulés pour ses luttes intestines que d'y maintenir coûte que coûte sa présence.

Ainsi, pendant la dernière phase de dislocation de l'URSS, Boris Eltsine et les forces qui le soutenaient semblent avoir appuyé bien plus les forces centrifuges que celles fidèles à l'ancien régime, incarné par Mikhaïl Gorbatchev. A partir de 1992, le nouveau pouvoir russe, malgré ses divisions internes, continuera de soutenir les forces sécessionnistes au sein des républiques caucasiennes, dans le cadre d'une politique de récolonisation de la région."

Voir également : Histoire des Arméniens dans le Caucase : le déchaînement de la violence nationaliste arménienne à l'occasion de la décomposition soviétique

L'histoire du Karabakh

L'expulsion méthodique des derniers Azéris d'Arménie

L'épuration générale des minorités ethniques en Arménie

Les Arméniens d'Azerbaïdjan

Le prétendu "pogrom nationaliste azéri" de Soumgaït en 1988 : une manipulation communisto-mafieuse ?

Les circonstances des émeutes anti-arméniennes de Bakou en janvier 1990

Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

La double oppression des Azéris en Arménie soviétique

Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921