dimanche 17 mars 2013

L'impopularité du multi-communautariste et repentiste Hollande

Fort recul de la popularité de Hollande, à 31% de sondés satisfaits
Créé le 11-03-2013 à 18h35 - Mis à jour le 12-03-2013 à 09h25

PARIS (AFP) - Le président François Hollande perd d'un coup 5 points de popularité, avec 31% seulement de satisfaits en mars selon un sondage Ipsos-Le Point publié lundi, l'un des plus bas niveaux pour un président depuis la création de ce baromètre en 1996.

28% des personnes interrogées émettent un jugement "plutôt favorable" sur l'action de François Hollande, et 3% un jugement "très favorable".


Alors que la cote présidentielle était assez stable depuis le début de l'année, 64%, soit une hausse de 5 points, ont un avis défavorable sur l'action du président de la République ("plutôt défavorable" pour 35%, "très défavorable" pour 29%).

Comme en février, 5% ne se prononcent pas.

"Le retour au premier plan des questions économiques et sociales (nouveau record du taux de chômage, prévisions de croissance très faible pour le premier trimestre 2013, reconnaissance de l'impossibilité d'atteindre les 3% de déficit en 2013) semble avoir changé la donne", commente Ipsos.

Selon l'institut, "l'impopularité de François Hollande se situe à des niveaux proches des records observés depuis la mise en place du baromètre en janvier 1996".


L'institut note encore qu'"en 17 ans de mesures, la cote de popularité du président en fonction a été seulement cinq fois inférieure" à celle de François Hollande aujourd'hui. Ce fut le cas notamment pour Jacques Chirac tombé à 27% en juin 2005, et pour Nicolas Sarkozy, descendu à 29% en avril 2011, soit, pour les deux hommes? "des années après leur arrivée à l'Elysée", contrairement à François Hollande, ajoute Ipsos.

L'institut relève encore que seuls 67% des sympathisants socialistes, soit le score le plus faible depuis son élection, émettent un jugement favorable au président de la République, un signe que "la confiance dans le chef de l'Etat se dégrade de façon marquée dans son propre camp".
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault enregistre quant à lui une petite érosion, avec 31% d'opinions favorables (-2) et 59% d'avis défavorables (+3), des niveaux très voisins de ceux de François Hollande. 10% ne se prononcent pas.

Dans le détail, 28% des sondés se déclarent "plutôt favorables" à l'action du chef du gouvernement, et 3% "très favorables". 36% ont un avis "plutôt défavorable" et 23% un avis "très défavorable".

Ipsos note par ailleurs "une défiance généralisée à l'égard de la classe politique". Christiane Taubira est l'une des rares personnalités politiques à progresser (+ 3 points, au 11e rang).

Toujours en tête, Manuel Valls (54% d'opinions favorables) recule de 3 points, suivi par Alain Juppé (49%, -6) et Christine Lagarde (46%, -4). Viennent ensuite avec 44% Bertrand Delanoë (stable), François Fillon, en recul de 3 points, et Nicolas Sarkozy, également à la baisse (- 4).

Marine Le Pen n'échappe pas à cette désaffection, perdant 4 points à 31%.

Sondage réalisé par téléphone les 8 et 9 mars auprès de 969 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas.
Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130311.AFP6220/fort-recul-de-la-popularite-de-hollande-a-31-de-sondes-satisfaits.html

Laurent Bouvet

Professeur de science politique à l’UVSQ

Il n'y aura pas de "hollandisme révolutionnaire"

Publication: 15/03/2013 11:03

Il est temps de prévenir Emmanuel Todd. Son "pari pascalien" de mars 2012 est perdu. La "souplesse d'esprit" et la "capacité de rassemblement" de François Hollande n'ont visiblement pas suffi à ouvrir "le vaste débat sur la globalisation économique" qu'attendait l'anthropologue, confiant dans celui qu'il espérait en "Roosevelt français". On peut même dire que les qualités politiques et humaines du chef de l'Etat ne lui ont même pas (encore ?) permis de s'imposer comme le protecteur des Français qu'il entend être contre les peurs et les incertitudes qui les tenaillent. Contrairement à la prévision de Todd, "les classes moyennes et supérieures" ne se sont pas "détournées du libre-échange voire de l'euro", et n'ont donc pas accepté l'infléchissement économique en faveur des catégories populaires. On reste donc très loin, pour paraphraser cette fois Karl Polanyi, d'une nouvelle "grande transformation".

L'espoir que le départ de Nicolas Sarkozy suffirait à donner le signal du changement est désormais éteint pour ceux qui y ont cru. La crise est toujours là, plus présente encore puisque la facture des années précédentes s'ajoute à celle du jour. Et derrière la silhouette bonhomme et souriante du président Hollande, on distingue davantage le spectre de Queuille et l'ombre de Zapatero que le profil de Roosevelt : la demi-mesure et le renvoi systématique des décisions difficiles à plus tard comme boussole d'un côté ; l'insistance sur les réformes dites "sociétales" comme cache-misère de l'autre.

Ce n'est plus en effet une mauvaise "séquence", comme disent sondeurs et communicants, que traverse le président de la République (et avec lui sa majorité et son gouvernement), ce sont les cercles de l'Enfer de l'impopularité. La cote du président se situe désormais autour de 30% d'opinions favorables, un niveau exceptionnellement bas moins d'un an après l'élection. Au-delà de cet indicateur partiel, c'est bel et bien tout le crédit de la victoire du 6 mai dernier qui est épuisé.

Ce qui frappe surtout, outre la rapidité de l'effondrement, c'est la profondeur de la crise de confiance vis-à-vis d'un pouvoir installé il y a moins d'un an.
Rien de ce que dit ou fait le président ne paraît en mesure de convaincre le pays - même l'intervention au Mali pour "combattre le terrorisme" n'a permis qu'une très courte embellie de popularité. En tout cas, ce ne sont certainement pas les exercices tirés du manuel du petit communicant politique auxquels se plie consciencieusement l'exécutif, du "voyage présidentiel en province" (de deux jours... innovation majeure !) à l'intervention télévisée annoncée à grands coups de cymbales, qui vont sauver la mise.

Reste dès lors le travail méticuleux de la majorité qui, lorsqu'elle ne se divise pas ou ne pétitionne pas dans la presse, trouve tout de même le temps de mettre en œuvre les "engagements" du président. Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement s'est ainsi félicitée récemment que les trois quarts des 60 engagements du candidat Hollande aient d'ores et déjà été "concrétisés" (sic). Or même devant ce grand œuvre, les Français se montrent dubitatifs puisque comme le souligne avec malice Le Canard Enchaîné, "la baisse du chômage, la relance et le retour de la croissance doivent figurer dans le dernier quart".

Si la conjoncture économique difficile explique bien évidemment une part importante du doute des Français vis-à-vis de leurs dirigeants politiques, tous partis de gouvernement confondus, elle n'épuise pas pour autant le sujet. Et ce serait une grave erreur de croire, comme on l'entend souvent, qu'en cas d'embellie - notamment d'inversion de la courbe du chômage - les cotes de popularité du président et de son gouvernement remonteraient mécaniquement. Ce qui est en jeu est ici plus profond ; une fois la confiance perdue, elle se regagne difficilement.

La confiance politique est en effet davantage une affaire de cohérence dans le temps que de stock à gérer plus ou moins habilement au gré des circonstances et de la conjoncture. Or depuis l'élection présidentielle, la cohérence de ce que dit et fait le chef de l'Etat n'est ni visible ni lisible. De l'articulation entre projet, élection et action qui donne sa cohérence au pouvoir politique, on ne perçoit rien aujourd'hui. Le projet de François Hollande comme son élection le 6 mai annonçaient pourtant la possibilité d'un exercice sinon original du moins cohérent du pouvoir - c'était l'hypothèse formulée par Emmanuel Todd.

Le projet hollandais, tel qu'énoncé dans le discours du Bourget le 22 janvier 2012, a constitué le socle de son élection. Il tenait essentiellement dans la promesse de mettre fin au sarkozysme : tenir à coup sûr des engagements conçus et annoncés comme raisonnables ; éviter les effets de communication par rapport à la réalité de la situation ; répartir plus justement l'effort national nécessaire face à la crise notamment par la réforme fiscale ; équilibrer les mesures catégorielles au-delà de son propre "électorat" et investir pour l'avenir malgré les difficultés budgétaires.

L'élection présidentielle elle-même a vu une majorité de nos concitoyens, notamment dans les milieux populaires, répondre positivement à ce projet. Y compris parmi ceux qui ont été séduits au premier tour de l'élection par les propositions plus radicales, côté droit, d'une Marine Le Pen, ou côté gauche, d'un Jean-Luc Mélenchon. Le désir de voir Nicolas Sarkozy quitter le pouvoir autant que la promesse d'une société moins divisée et secouée en permanence par l'activisme présidentiel a rassemblé bien au-delà des frontières partisanes.

Las, de tergiversations en maladresses, de renoncements mal expliqués en nominations maladroites, la cohérence attendue s'est rapidement dissipée. Une impression d'immobilisme impuissant a pris le relais dans la représentation présidentielle de l'agitation stérile du quinquennat précédent. Les choix principaux qui ont été faits autour du triptyque "compétitivité, désendettement, emploi" n'ont en effet été compensés ni par une réforme fiscale d'ampleur ni par une posture d'autorité assumée. Ils ont jusqu'ici simplement été accompagnés d'un accent quasi-quotidien mis, à coup d'annonces, de déploiements ministériels et de relais médiatiques à gauche, sur des mesures ciblées sur certaines catégories minoritaires de la population. Des mesures certes souvent nécessaires mais au final secondaires au regard des enjeux actuels. Comme si le chef de l'Etat et le gouvernement tentaient d'acheter au prix fort une paix "sociétale" pour masquer leur impuissance ou, pis encore, leur manque de courage à assumer clairement et distinctement leurs choix fondamentaux.

Dans sa campagne présidentielle, Hollande avait réussi à se défaire de ses habits d'ancien premier secrétaire du Parti socialiste. Il avait bâti son projet (celui énoncé au Bourget) non à partir d'une vision sociologique de l'électorat qui était supposé le soutenir (il n'avait pas suivi "l'analyse" et l'injonction du think tank Terra Nova notamment) mais à partir d'idées et de pistes de réforme qu'il entendait proposer aux Français dans leur ensemble, comme socle commun, bâtissant ainsi une sociologie dynamique en appui de ce projet, en agrégeant des citoyens, notamment au cœur des couches populaires, plutôt qu'en additionnant des groupes sociaux ou "culturels" (femmes, jeunes, minorités...) plus ou moins homogènes.

C'est une démarche de ce type qu'il lui faut retrouver comme président de la République : dépasser l'idée, fausse, que la satisfaction comptable de telle ou telle partie de "son" électorat résiduel lui permettra de tenir en attendant que la conjoncture économique s'améliore. Une telle "stratégie", boutiquière, peut permettre, sans doute, de sauver les meubles ou plutôt les bijoux de famille lors des élections municipales à venir par exemple, mais elle ne peut pas sauver un pays qui a perdu confiance dans ses institutions et ses élites, et dont une part croissante des citoyens sont désormais prêts à se donner aux pires vendeurs d'illusions.
Source : http://www.huffingtonpost.fr/laurent-bouvet/popularite-francois-hollande_b_2882774.html

Voir également : Le repentisme hautement débile de François Hollande

François Hollande et l'Histoire : les perles d'un cancre

Du danger des ingérences politiciennes en matière d'histoire : Jean-Pierre Chevènement corrige la mauvaise copie d'Hollande sur le Vel d'Hiv

Les ravages du communautarisme en France : la course au vote ethnique arménien

François Hollande et le terrorisme kurde

La gauche sociétale et les lois mémorielles : une rupture avec le modèle républicain français