samedi 20 avril 2013

"Génocides" vendéen et arménien : légitimité et nécessité du débat historiographique

Jean-Clément Martin, La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l'histoire, Paris, Perrin, 2007, p. 75-77 :

"Proposer que l'on examine, dans un protocole de recherche, ce que la dénomination « génocide » apporte de neuf pour comprendre la nature de la « Terreur » n'était donc pas en soi irrecevable. L'écriture de l'histoire est par nature « anachronique » ; même si elle doit prendre en considération la complexité de la globalité d'un contexte donné pour y inscrire une qualification importée d'un autre contexte, les faits n'existent qu'au terme d'un questionnement, élaboré en fonction d'une hypothèse heuristique. Que le mot « génocide » ait été forgé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, par les vainqueurs, n'enlève rien à ses possibilités d'explication pour peu que l'on précise les caractères de validité. Le mot sera mieux défini s'il est examiné pour envisager les massacres des Arméniens en 1915, des Indiens aux XVIe-XVIIe siècles, et éventuellement des Vendéens. Cependant, il doit s'agir, dans un premier temps, d'une proposition réalisable, relevant de l'expérimentation scientifique : cela signifie que les déterminations de la notion soient exposées contradictoirement, que les limites d'application soient fermement établies (même provisoirement), que soit laissé le temps des vérifications et des contre-expertises. L'introduction d'une telle notion suppose que la vérité historique soit contingente (ce qui ne veut dire ni relative, ni faible) et qu'elle ne puisse être tenue pour certaine qu'au terme d'un débat (deux conditions réfutées d'emblée par les préfaciers de R. Sécher). Sur ce point, la défaillance scientifique était une violation déontologique, et la volonté idéologique apparente.

En réponse à ces usages, contre la tentation de mettre sous le vocable « génocide » des tueries de masse qui en dénaturent le sens, le mot « génocide » ne serait plus à comprendre en fonction des critères que lui avait attribués Lemkin, mais selon des questions plus précises : « qui décide ? » et « pourquoi ? », évitant, mieux que la question « comment ? », tout amalgame entre crime de guerre, tuerie de masse et crime contre l'humanité. Dit autrement, sans l'intentionnalité idéologique appliquée à un groupe bien délimité, la notion de génocide n'a pas de sens. Enfin la révision historiographique emploie le mot « génocide » sans faire du nazisme un bloc intangible, mais en insistant sur l'adhésion de nombreux individus à une même idéologie, appliquée peu à peu. (...)

La logique d'exclusion dans la France révolutionnaire vise d'innombrables opposants, compris comme appartenant à des catégories définies dans l'héritage de la culture de la violence, venues de l'Ancien Régime et radicalisées par la recherche de la volonté générale. Les révolutionnaires n'ont disposé ni d'un corps de doctrine organisé autour d'un projet idéologique d'exclusion, ni d'une organisation matérielle systématique, ni d'une planification des tueries : même les tribunaux d'exception ont respecté les termes de la loi. Le silence de la Convention, du Comité de salut public et de Robespierre est assurément à juger, mais sans oublier non plus leur ignorance de la réalité régionale [vendéenne]. Les violences, aussi importantes qu'elles furent, s'apparentent moins à une politique « génocidaire » qu'à d'autres luttes qui existèrent dans l'histoire du monde entre Etat et paysanneries, celles-ci traitées comme des rebelles par celui-là. Sous réserve du respect du protocole de recherche, le détour par le génocide n'est donc pas scientifiquement vain, puisqu'il a obligé à penser nos catégories ; reste que la polémique qu'il a suscitée entraîne des conséquences pratiques à terme."

Voir également : Nicolas Lebourg (à propos de la proposition de loi sur le "génocide vendéen") : "la mémoire est un marché. Des groupes s’y livrent à une concurrence de concentration de capital symbolique."

Jean-Luc Mélenchon contre l'allégation du "génocide vendéen" et la repentance coloniale

L'inanité du concept de génocide tel que défini par Raphaël Lemkin (un juriste souvent cité par les activistes arméniens, comme si il s'agissait d'un historien compétent)

"Génocide arménien" : la parole aux historiens turcologues et islamologues

La controverse historique autour du prétendu génocide arménien


"Génocide arménien" : connaître les thèses contradictoires en présence

Le cas Yves Ternon : un soi-disant "historien spécialiste" du "génocide arménien" qui ne comprend ni l'arménien, ni le turc moderne, ni l'osmanli... et qui veut faire taire les historiens compétents (soutien au projet Boyer)