mardi 30 avril 2013

L'Arménie, pays mafieux, fait fuir les Arméniens

Expulsions. Le Réseau éducation sans frontières vient en aide à deux familles menacées. L’Arménie fait fuir ses habitants

RESF s’alarme pour deux familles arméniennes installées sur Montceau et qui risquent d’être expulsées vers leur pays d’origine où elles ont été martyrisées.


La chanson a désormais 25ans mais les paroles de Maxime Le Forestier sont toujours d’une réalité accablante : « On ne choisit pas son pays de naissance. Et suivant où on naît, la vie sera… »

Prenez le cas de ce couple arménien : L. est infirmière spécialisée, son mari A. policier, gradé, après avoir été international de volley-ball. Ils ont un garçon et une fille, aujourd’hui âgés de 7 et 5 ans. Ils sont installés à Erevan, la capitale.

Mais leur vie va basculer le 17 août 2009. Ce jour-là, A. est abordé dans la rue par deux individus, qui lui laissent trois jours pour réfléchir à leur proposition : de l’argent pour installer du matériel d’espionnage dans la demeure de l’ancien président, Levon Ter-Petrossian. Il refuse. Le 29 août, il est agressé chez lui et après un détour à l’hôpital, prévient le procureur. Mais rien n’est fait et le 17 mars 2010, il est coincé par deux voitures dans la rue. Pour s’en sortir, il tire deux coups de feu de sommation, en l’air. Il se rend ensuite au commissariat de quartier, pour expliquer ce qui vient de lui arriver.
En prison sans jugement


Et là, sans jugement ni avocat, il est mis en prison pour deux mois pour « trouble à l’ordre public et hooliganisme ». Séjour où il apprend par courrier que sa peine est alourdie à 18 mois. Régulièrement, des hommes de main viennent voir sa femme pour lui faire passer le message que s’il accepte le deal, il sortira de prison. Ce qu’il finit par faire au bout de 16 mois. Une fois sorti, le chef de la police lui assène un « tout ce qui t’es arrivé est de ta faute, tu n’avais qu’à accepter de travailler pour eux.»

Le harcèlement continue et L. et A. décident de fuir leur pays, emportant avec eux les preuves et documents de leur insécurité. Contre 12 000 dollars, un passeur leur fait prendre l’avion pour la Biélorussie et c’est en camion qu’ils arrivent à Montceau en mai 2012. Dès leur départ, leur appartement est mis sous scellés. Les brimades se reportent alors sur le père d’A., harcelé de questions, frappé pour qu’il dise où est son fils. Aveugle, on tue même son chien. Il paiera à son tour 6 000 dollars pour faire le même chemin que son fils, il y a quelques semaines…

Depuis leur arrivée sur le Bassin minier, la famille a été hébergée à Palinges, Saint-Eugène, Saint-Berain et Montceau. Les enfants ont été scolarisés dans différentes écoles.

« Cette famille est appréciée de tous ceux qu’ils ont côtoyés depuis leur arrivée, ils cherchent vraiment à s’intégrer dans des associations, insiste un des membres de RESF. Institutrice en retraite, ils sont très assidus aux cours que je leur ai proposés. » En témoignent, lors de notre entretien avec RESF, leurs différentes interventions : si le phrasé est hésitant, leur compréhension de notre langue est impressionnante, n’hésitant pas à interrompre la conversation pour apporter des précisions. Notamment lorsque les membres de RESF élargissent le débat : « L’Arménie fait partie de la liste des pays sûrs alors que c’est un pays mafieux, dans tous les domaines : sucre, pétrole, scolaire, blé, etc. C’est pourquoi il faut que l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) revienne sous le giron du ministère des Affaires Étrangères et non plus celui de l’Intérieur comme le gouvernement Sarkozy l’avait décidé… Car il ne peut pas y avoir de suivi avec le Cada (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) par exemple. »RESF veut un changement en France

En attendant, A. et L., déboutés de leur droit d’asile par l’Ofpra, ont reçu une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Elle est suspendue suite à un recours devant la cour nationale des droits d’asile. Mais l’OQTF suspend aussi leur allocation temporaire d’attente de régularisation de 340 € par mois. « On a rencontré le député Sirugue et Laurent Selvez (1er adjoint à Montceau), qui nous ont promis qu’ils interviendraient avec Didier Mathus, assure RESF. Ils se sont mobilisés pour Ylies et ça a fonctionné. Alors, on espère… » « Car si on retourne en Arménie, c’est la prison », conclut A.
Source : http://www.lejsl.com/edition-de-montceau-les-mines/2013/04/30/l-armenie-fait-fuir-ses-habitants