mercredi 3 avril 2013

Le système clientéliste de Guérini en procès : "Si je parlais, certains ne seraient plus ministres"

Affaires Guérini : un conseiller général explique les recettes de Jean-Noël

Par Laurence De Charette
Mis à jour le 03/04/2013 à 09:45
Publié le 02/04/2013 à 21:19

INTERVIEW - Le conseiller général socialiste Michel Pezet qui, comme le premier secrétaire du PS, réclame la démission de Jean-Noël Guérini de la présidence de la collectivité, décrypte les recettes de l'élu pour se maintenir à la tête de l'institution.

LE FIGARO. - Comment expliquer l'ascendant que conserve Jean-Noël Guérini sur la très grande majorité des conseillers généraux socialistes (à part vous et trois autres conseillers) et au-delà?

Michel PEZET. - Les maires, qui sont souvent conseillers généraux, sentent s'approcher l'échéance municipale. Ils s'imaginent que s'ils entrent en désaccord avec le président du conseil général ils risquent de voir leurs subventions diminuer et ils ne veulent pas prendre ce risque. C'est inscrit dans ce clientélisme fort qui fait que les gens n'ont plus la liberté de s'exprimer normalement.

Quelles sont les clés de ce clientélisme?

C'est surtout l'aide aux communes, qui représente un budget total de 235 millions d'euros dont 135 pour les communes hors Marseille. On met ce qu'on veut dans l'aide aux communes. Cela permet à Jean-Noël Guérini de faire plaisir aux maires à un moment où les aides de l'État sont en baisse. Les maires, s'ils veulent terminer un projet d'investissement dans leur commune, acceptent les propositions qui leur sont faites… Les compétences particulières du conseil général dans le sport ou la culture permettent également ce clientélisme. Le budget de fonctionnement également. Il devrait y avoir une échelle de priorité dans les projets, ne dépendant pas de la couleur politique ou des relations personnelles nouées entre le maire et le président de la collectivité.

C'est donc grâce à ce clientélisme que Jean-Noël Guérini se maintient à la présidence du conseil général?

C'est surtout parce qu'il ne veut pas la quitter et qu'il arrive à persuader la majorité des conseillers généraux socialistes. Car il y a un vrai problème de gouvernance dans cette collectivité.

Apparemment, il use également de menaces, comme il l'a fait dans une interview auJDD, où il indiquait que «(s'il parlait), certains ne seraient plus ministres»?

Cette déclaration n'est pas acceptable. S'il a des choses à dire, qu'il les dise! Mais je pense qu'il s'agit un peu d'esbroufe… Est-ce que, au cours de l'histoire du parti, il y a eu des arrangements avec untel ou untel pour obtenir une majorité? La réponse est oui! Mais la fédération des Bouches-du-Rhône n'est pas la seule.

Dans ce contexte, la gauche peut-elle ravir la mairie de Marseille l'an prochain?

Ce n'est pas facile. Le gouvernement est en difficulté. On sait bien que la règle est que, quand on a le national, on n'a pas le local, et vice-versa. Pour gagner, il faut que chacun y mette du sien car à Marseille, le climat est encore plus lourd et il est accentué par ce qui se passe aujourd'hui, les affaires, les mises en examen, la mise sous tutelle de la fédération…

Les primaires sont-elles la bonne solution?

J'ai demandé la mise sous tutelle de la fédération car elle n'a pas appliqué les préconisations du rapport Richard. Nous allions nous retrouver dans une situation où la suspicion pouvait être de mise. À partir du moment où il y a une tutelle de Solferino, la préparation des primaires se fera de façon plus objective. Je ne vois pas comment on peut sortir de la situation actuelle sans des primaires. Les militants sont sous l'emprise de Jean-Noël Guérini. Il faut donc un vote beaucoup plus large pour départager nos candidats.
Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/04/02/01016-20130402ARTFIG00384-affaires-guerini-un-conseiller-general-explique-les-recettes-de-jean-noel.php

Voir également : Etripage interne au PS entre "arménophiles" interlopes : Harlem Désir versus Jean-Noël Guérini et Christophe Masse

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